‹ L'évangile; études iconographiques et archéologiquesChapitre 178 sur 395 · CHAPITRE CXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXII

pellent Fils de Dieu. 11 ressuscite les morts, et guérit les malades de loutes sortes d’infirmités et de langueurs. Cet homme est d’une taille haute et bien proportionnée, sa physionomie sévère et pleine d’active vertu , de façon qu’en le voyant on puisse l’aimer et le craindre tour à tour. Les cheveux de sa tête sont couleur de vin ; jusqu’à la naissance des oreilles , ils sont droits et sanséclal ; des oreilles aux épaules, bouclésetbrillants , et à partir des épaules , ils descendent dans le dos, séparés, à la façon des Nazaréens. Front pur et uni, figure sans tache, et tempérée d’une certaine rougeur, physionomie noble et gracieuse. Nez et bouche irréprochables; barbe abondante, de la couleur des cheveux, et fourchue. Les yeux bleus et très-brillants. Quand il blâme ou réprimande, il est terrible; s’il instruit et exhorte, il a la parole aimable et caressante. La grâce de son visage est admirable et mêlée de gravité. Personne ne l’a vu rire, mais il a parfois pleuré. 11 est d’une haute stature, a les mains droites et bien faites, les bras beaux. Grave et mesuré dans ses discours, il est sobre de paroles. C’est la tête la plus belle qui soit parmi les enfants des hommes '.

Ce portrait, quel qu’il soit, a servi de point de départ aux plus anciens que l’on ait faits. Dans l’origine, Notre -Seigneur est jeune et imberbe; mais avec le progrès des siècles son âge semblait aussi s’avancer. Ainsi, en France, à la fin du x° siècle, il est encore adolescent; au xi°, son attitude et sa physionomie deviennent sévères. Du x° au xne, on s’arrête à peine aux miracles de sa charité, pour développer en détail tous les épisodes de sa Passion et le jugement dernier. Du xü jusqu’au xvi°, il porte la barbe, est dans la force de l’âge, et ne sourit jamais. Les crucifix suivent eux -mêmes une progression de tristesse remarquable -. C’est toujours avec des idées et sous des formes pleines de douceur, qu’au milieu des plus horribles supplices inventés par les persécutions, on représente Noire- Seigneur, le plus souvent par des symboles ou des emblèmes. Vers le iv° siècle, un sarcophage figure la Passion, la croix et la couronne: mais

< Codex apocryph. Nov. Test. Fabricius, Hambourg, 1703, première partie, p. 301-302. Cité par Didron . Histoire de Dieu, p. 227. — - Didron.

la croix est portée par Simon , et la couronne est tressée avec des roses, et respectueusement posée sur la tête du Christ par un soldat romain. Ce n’est qu’au vi° siècle qu’on voit Notre-Seigneur en croix. Didron parle d’un crucifix exécuté alors à Narbonne, comme d’un fait nouveau. A Borne, dans les peintures du soubassement de l’église Saint-Clément, que l’on suppose être du ix° ou x° siècle, Jésus-Christ est posé sur une croix, mais sans traces de clous aux pieds ou aux mains.

Au x° siècle commencent les crucifix de physionomie douce, couverts d’une longue robe à manches. Du xi° au xn°, la robe devient plus courte, les manches disparaissent, la poitrine se découvre. Au xmc, la tunique devient aussi courte que possible, et elle est remplacée au xive par un morceau de toile roulé autour des reins '.

11 est néanmoins fort difficile de reconnaître exactement l’époque des monuments. Ainsi, depuis le xi1' ou le xnc siècle, l’art grec est resté tellement stationnaire jusqu’au xvme, que les œuvres de ce dernier siècle même ont une grande valeur archéologique. Aujourd’hui l’école d’Argos est éteinte, et presque tous les peintres chrétiensdela Grèce se sont réfugiés au mont Athos-’. La présence ou la forme du nimbe peuvent être des indices de l’âge des peintures. Ainsi les premières images chrétiennes et les sarcophages n’ont pas de nimbe, et lorsqu’elles finissent païen prendre, elles ne comportent pas de croix; ce n’est qu 'après le ix° siècle, que le nimbe entoure constamment la tête des saints.

Au vme siècle, sous le pontificat de Paul F1' (757-768), la façade de Saint-Pierre fut couverte d’une mosaïque représentant Jésus-Christ assis dans un cercle d’étoiles, et tenant un livre sur lequel était écrit : Ego sum resurrectio et vita. Cinq anges l’entouraient , et quatre saints lui offraient des couronnes.

Un manuscrit du ix° siècle, de la Bibliothèque nationale, représente une belle figure de Jésus, imberbe, mais sérieux et d’un âge assez avancé, reproduite par M. de Bastard3. Les croisillons du nimbe sont formés chacun de trois faisceaux de

1 Didron. — - ld., Histoire de Dieu, p. 192.

3 Peint, et Orn. des manuscrits , IVe liv.

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