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CHAPITRE GXXX.VI

— Notre-Seigneur leur ordonne d’entrer dans la maison qu’il leur désigne. Le jour de la Pâque, toutes les maisons de Jérusalem étaient ouvertes à tout venant. Chacun cherchait un cénacle vide pour y faire sa Pâque; et c’est ce que fit le Seigneur, en envoyant ses disciples à l’homme dont il savait la maison libre '.

y. 8. — Cénacle : Gœnaculum. — C’était, dans le haut de la maison, le lieu ou l’on prenait le souper. Au Latran, le pape Zacharie fit construire un cœnaculum ou triclinium sur un belvédère, au niveau des terrasses du palais. Celui que trouvent les disciples était grand, tapissé, et garni de tables et de lits nécessaires pour célébrer la fête qui commençait alors. Outre la préparation, qui consistait à purger la maison de tout ferment, on devait, d’après les livres juifs, acheter ce qu’il fallait pour immoler l’agneau et le manger le jour suivant, et pour le grand festin qui préludait dans cette nuit à la fête solennelle 2.

On a dit que la maison où se fit la Cène était celle de la mère de Jean -Marc. A ce sujet, Quaresmius fait observer que Notre-Seigneur n’aurait pas dit : La maison du père de famille, mais de la mère de famille; il n’aurait pas dit : üuemdam, qui indique un inconnu et non un disciple. Ce ne pouvait être non plus la maison de Simon , disciple connu , et dont la maison était à Béthanie, hors de la ville, et non in civitate 3. La tradition qui fixe sur le mont Sion l’emplacement du cénacle, est une des plus authentiques de celles qui donnent un nom à chacun des points de la Ville sainte. Dès le iv° siècle, saint Épiphane pouvait affirmer que cette tradition était antérieure au règne d’Adrien. Depuis cette époque, elle est constante, et l’on en retrouve la trace dans tous les siècles. Antonin de Plaisance, au vi° siècle, saint Arculphe, saint Willibald, et Bernard le Sage, au vn° et au ix° siècle, mentionnent la basilique du mont Sion. Une donnée a survécu à toutes les transformations de cette église, comme si elle était imposée par une tradition nécessaire : c’est la division de l’église en deux étages superposés *. L’abbé Michon a signalé l’existence d’une partie

1 Lamy. — 2 Jd. — 3 Id. — 4 Vogué, Églises, p. 322.

notable du mur oriental de la maison où se fil la Cène.

f. 10. — Préparèrent la paque : Paraverunt pascha. — Ici il n’est nullement question du temple. Entrant dans la ville, les disciples vont directement au cénacle, en suivant l’homme qu’ils ont rencontré; ils s’occupent ensuite de préparer le repas jusqu’à l’arrivée du Christ. Il fallait cependant que, le jour de Pâque, tous vinssent au temple; car l’agneau devait être amené dans le parvis, présenté sous le nom d’agneau pascal, immolé dans l’assemblée d’Israël, et porté dans la maison où il devait être rôti et mangé. Or il n’y a , dans le passage de l’Évangile qui nous occupe, aucune trace de ces cérémonies’. Il semble ressortir de là que Notre-Seigneur ne fit pas la Pâque comme la faisaient les Juifs, ni dans la forme, ni dans le temps; sa loi était nouvelle. Bossuet est de cet avis. Mastaï Ferretti croit , au contraire, que Notre - Seigneur mangea la Pâque le jour où tous les Juifs la mangèrent, et n’anticipa en rien, puisque la loi imposait une obligation 2.

Quelques docteurs ont dit que Judas n’avait pas participé à l’Eucharistie; mais indépendamment de la tradition, qui ne paraît pas favorable à cette opinion, on voit que Judas s’est mis à table avec les autres apôtres. Ils étaient douze3; ils burent tous du calice'1; la main de Judas est sur la table s. Enfin , le Christ lave les pieds de tous les apôtres, y compris Judas, puisqu’il leur dit : « Vous êtes purs, mais non pas tous. » Or le lavement des pieds devait avoir lieu immédiatement avant l’institution de l’Eucharistie, dont il était la préparation G.

y. 12. — Il se mit a table... : Discubuil... — Cherchons à nous rendre compte de ce qu’était ce repas que saint Jean7 appelle cœna. La plupart des anciens ne dînaient pas , si ce n’est trèslégèrement ; c’était ce que nous appelons un déjeuner; mais ils soupaient abondamment et y prenaient plaisir; c’était le soir, pour avoir plus de calme et de liberté, et afin, comme le dit

i Lamy. — 2 M. Ferretti, II, 192. — 3 Matthieu, xxvi, 20. — 4 Luc, xxii, 17. — 5 Marc, xiv, 18. — 3 Jean, xm, 4 - 11. — 7 Ibid., xm, 2.

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