‹ L'évangile; études iconographiques et archéologiquesChapitre 302 sur 395 · FLAGELLATION. — COURONNEMENT D’ÉPINES · texte numérisé non relu

FLAGELLATION. — COURONNEMENT D’ÉPINES

nombre de cordes tordues et nouées comme les antennes d’un polype, qui sont désignées parle même mot. Quoique ce mot soit un diminutif de flagrum , le genre de fouet désigné par flagellum était en réalité beaucoup plus dur ; le diminutif, en effet, ne s’applique qu’à la finesse des fibres qui le composaient; mais cette finesse même augmentait la douleur des coups. Aussi est-il caractérisé par l’épithète horribile. Dans certains cas il donnait la mort. Les blessures qu’il faisait sont toujours exprimées par des mots qui indiquent l’action de couper : ainsi cœdere, secare , scinder c, par opposition à ceux qui accompagnent flagrum, et qui expriment l’action de frapper lourdement, ou avec force, comme pinsere ou rumpere ' .

f. 2. — Les soldats menant jésus : Milites suscipientes Jesum. — Les soldats prirent Jésus dans la cour du prétoire avec toute la cohorte. La cohorte, de mille deux cent cinquante hommes , était prétorienne, accompagnait le préteur Pilate, et le défendait contre la fureur du peuple et les embûches de ses ennemis. Elle était donc dans la tour Antonia , placée entre le prétoire et le temple, prête à se porter dans l’un ou dans l’autre, s’il y avait quelque tumulte à réprimer i 2.

f. 3. — Et l’ayant dépouillé... : Et exuentes eum... — Après avoir dépouillé Jésus pour le flageller et l’avoir flagellé, ils lui mirent le manteau rouge, chlamydem coccineam. Les rois des Juifs portaient une robe blanche et un manteau de pourpre. Philon dit que les Juifs d’Alexandrie, voulant se moquer d’ Agrippa, qui venait d’être déclaré roi des Juifs par les Romains, revêtirent un certain Caraba d’ornements semblables à ceux des rois ; ils lui posèrent une couronne de joncs sur la tête, lui donnèrent un débris de roseau pour sceptre, et un mauvais tapis de pied pour manteau royal 3. On doute si , après la flagellation , Jésus reprit scs vêtements afin de recevoir le manteau, ou s’il le reçut sur le corps nu. On ne peut savoir s’il fut dépouillé trois fois de ses vêtements, ou deux seulement.

i Rich. — 2 Cornélius a Lapide. — ;i Molé, Observa-

tions historiques et critiques sur les erreurs des peintres

dans les sujets tirés de l’Écriture sainte; 2 vol. in- 12,

Saint Matthieu dit que le manteau était de couleur écarlate, cocçmea ; saint Jean et saint Marc, qu’il était de couleur de pourpre, purpurea. Les uns disent d’après cela qu’il fut couvert de deux manteaux de couleur différente ; les autres, avec plus de raison, croient que le manteau était rouge, et put être indifféremment appelé de pourpre ou écarlate, parce que ces couleurs se ressemblent beaucoup. D’ailleurs purpurea peut être pris dans le sens à' éclatant. C’était un habit royal dont ils couvrirent ironiquement le Christ pour s’en jouer. Claudien dit:

Sub tua purpurei venient vestigia reges.

Et Cassiodore : « La couleur rouge indique le souverain, parce qu’elle le fait remarquer, afin qu’on ne puisse , d’après son aspect , oublier qu’il est le prince. » Trebellius : Purpuram imperatoriam péplum L La couleur pourpre proprement dite n’est pas parfaitement déterminée. Elle était violacée chez les anciens. Cependant on la prend souvent pour une couleur rouge ; d’où le sang est appelé pourpre. Tholaat liasschani, colorem coccineum, doit se traduire par rouge cramoisi2.

La pourpre. — Près de Saïde3, sur la plage, on Irouve des amas de coquillages ( murex trunculus) de plus de cent mètres de long sur six à huit mètres de hauteur, et sur une largeur qu’il n’est pas possible de reconnaître. Leur test a été vigoureusement entamé d’un coup de meule sur le premier et le second tour de spire, pour permettre d’extraire la poche génératrice du mollusque. Ceci ne peut être l’effet du hasard, et il y a là évidemment la trace du procédé industriel à l’aide duquel les teinturiers sidoniens se procuraient la base tinctoriale de la pourpre phénicienne. M. de Lamark 4 trouvait aussi la pourpre dans le murex brandaris ; mais on ne dit pas où se trouvait ce mollusque, qui donnait la pourpre la plus estimée5.

La chlamycle était un manteau léger et court, venu des habitants de la Thessalie et de la Macédoine. C’est de là qu’il fut importé dans les autres parties de la Grèce. On connaissait deux

i Cornélius a Lapide. — 2 Lamy. — s Sidon.

I Les Animaux invertébrés f genre roches J, t. IX , p. 559 et 500.

5 Saulcy, Voyage en Terre-Sainte, II, 285.

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