CHAPITRE CLII
formes de manteau sous ce même nom. La partie la plus étroite était passée par derrière, autour du cou, et l’on ramenait les deux coins au-devant de la gorge , où ils étaient réunis par une boucle, une agrafe ou une broche, de telle sorte qu’on en pouvait rejeter les coins derrière les épaules. Ou bien un pan de la partie étroite était rabattu de manière à former une ligne plus longue, puis attaché de côté sur l’épaule droite , le bras gauche couvert, le bras droit dégagé, les quatre pointes d’en bas tombant de côté, deux par devant, deux par derrière
jr. 4. — Tressant une couronne d’épines : Plectentes coronara de spinis. — Tolet, Perier et d’autres disent que ces épines étaient de jonc marin, dont les pointes sont comme des épines très-longues et très-aiguës. Bellonius, et, d’après lui, Grctzer, pensent qu’elles étaient en rhamnus. Peut-être, disent-ils, que des épines de rhamnus ont été mêlées à celles de jonc. Cornélius a Lapide a vu à Rome deux de ces épines, qui y avaient été apportées par sainte Hélène; elles sont longues et aiguës comme de grosses aiguilles. Toutes les peintures figurent le Christ crucifié avec la couronne d’épines. Origène et Tertullien ont parfaitement discuté cette questioni 2.
La tradition de la Palestine et de l’Italie confirme bien ce que nous avons dit 3 sur la nature de la plante qui a servi à former la couronne d’épines. Voici ce qu’on lit dans un livre d’histoire naturelle écrit au xvie siècle , par un médecin nommé P. Belon, qui voyageait en Orient.
« Cherchant les plantes en tournoyant les murs de Jérusalem, en les examinant diligemment, pource que je désiroye sçavoir quelles espines je trouveroye, pour entendre de quelle espèce estoit celle dont fut faicte la couronne de nostre Seigneur, et n’y ayant trouvé rien d’espineux plus fréquent que le rhamnus, m’a semblé que sa couronne fut d’un tel arbre, car je n’y ay veu croistre nulles ronces ou autre chose espineuse. Il y a bien quelques câpriers espineux, parquoy voyant que les Italiens appellent vulgairement
i Rich. — 2 Cornélius a Lapide.
3 Instr. de la Pass., p. 206.
le rhamnus spina sancta, et principalement entour Maceraca et à Pesaro, au quel lieu ay trouvé les Payes n’estre faictes d’autres arbres, comme aussi en Jérusalem, l’ay bien voulu mettre en ce passage, joint que les anciens Arabes nomment l’arbre du quel fust faicte la couronne, alhansagi, que les interprètes tournent en latin : Corona spinea ’. »
Si tous les commentateurs avaient vu et rapproché, comme nous avons eu le bonheur de le faire, la couronne de joncs qui est à Paris et les épines de rhamnus ( zizyphus , spina Chrisli) qui sont à Pise, ils n’auraient pas douté plus que nous que la couronne se composait d’une espèce de corde en joncs, servant à relier les branches du rhamnus qui couvraient , comme d’un bonnet, la tête de Notre-Seigneur 2. Le jonc nous paraît être le jonc des jardiniers ( juncus tenax ), qui a beaucoup de rapports d’ailleurs avec le juncus marilimus que Spacli décrit ainsi : Ses tiges sont hautes d’un pied ou environ, cylindriques, terminées par une pointe roide et piquante. Cette plante croît sur les bords de la Méditerranée et de l’Océan. Le jonc des jardiniers s’en distingue par ses tiges plus profondément striées, presque filiformes.
Le zizyphus spina Chrisli, rhamnus spina Christi de Linné a des feuilles ovales, aiguillons géminés, l’un rectiligne, l’autre falciforme; cette espèce, qui croît en Barbarie, en Égypte, en Arabie et en Orient, produit aussi un fruit bon à manger 3.
Avec un roseau : Et arundinem. — D’après une relique que nous avons vue à Florence, le roseau ( arundo ) qui servit de sceptre dérisoire à Notre-Seigneur est la plante appelée vulgairement canne de Provence ou roseau à quenouille, arundo tenax de Linné. Elle croît au bord des eaux et dans les localités marécageuses de l’Europe méridionale. C’est celle des graminées indigènes qui atteint les dimensions les plus considérables. Vers la fin de l’année, ses tiges, bien que creuses et légères, ont acquis une dureté remarquable. Dans cet état de lignification, elles servent à faire des que-
i Pierre Belon, Singularités et choses mémorables trouvées en Grèce, Asie, Judée. Paris, 1533; in-4°, folio 146. — - Mém. sur les instr. de la Pass., p. 208. — 3 Spach.