CHAPITRE CL1V
Pescenius Niger, selon Spartianus , défendit de boire du vin pendant une expédition, et voulut que tous se contentassent de vinaigre. On lit dans Ruth ' : « Mange du pain, et trempe tes bouchées dans du vinaigre i 2. »
jr. 14. — Le bon larron demandait à Jésus de se souvenir de lui quand il serait revenu dans son royaume. Il est possible, dit Suarès, qu’avant d’avoir été mis en prison, le bon larron eût assisté à la prédication du Christ, vu ses miracles, et peut-être cru en lui. Quelques églises ont été élevées à saint Dysmas, larron, inscrit dans le martyrologe au 25 mars, et qui souffrit en même temps que le Christ 3.
Une des reliques les plus intéressantes qui nous viennent des temps apostoliques est la croix du bon larron, conservée à Rome dans l’église Sainte -Croix in Jérusalem. C’est une traverse de bois résineux de deux mètres vingtcinq centimètres de longueur 4, percée dans le milieu d’un trou de cheville. Elle a été un des éléments qui nous ont servi à déterminer d’une manière précise la forme de la croix de Notre- Seigneur 5.
j. 15. — Tu SERAS AVEC MOI DANS LE PARADIS I Mecum eris in paradiso. — Jésus, en parlant du paradis au bon larron, savait, qu’il serait compris de lui. Paradis semble être un mot persan qui ne commença à être en usage chez les Grecs qu’après Xénophon. Les traducteurs grecs et puis Philon se servirent du mot grec -acdostGot; pour traduire l’hébreu gen-éden, ou jardin dans Yéden , c’est-à-dire le lieu bienheureux où Dieu avait placé Adam. Ce nom a été ensuite appliqué au lieu de béatitude où les saints étaient reçus après leur mort, et attendaient le Rédempteur. De là vient que dans le Talmud on trouve souvent celte formule de prière pour un mort : Que son âme, que son esprit soit reçu dans le jardin de Véden; et dans les prières solennelles, au moment de la mort : Qu’il ail sa place dans le paradis et dans les siècles futurs ; et dans cette autre formule : Que son âme repose; que son sommeil soit en paix jusqu’ à l’ar-
i n , 14. — 2 Lamy. — ;i Cornélius a Lapide in Luc.
xxiii, 33. — 4 Cinq coudées. — 5 Jnstr. de la Pass.
rivée du consolateur... Ouvrez-lui les portes du paradis , et dites la paix.
La doctrine des anciens Pères établit que le Christ, en mourant, descendit dans le lieu où les âmes des saints reposaient en paix, attendant le ciel, et que les Juifs comparaient au jardin de volupté, gen-éden, où Adam fut d’abord placé. Ce lieu était invisible, comme celui où se trouvaient les âmes malheureuses , et qu’ils appelaient Yenfer.
Quel que soit le nom de ces lieux , il est de foi dans l’Église que Jésus y descendit, et cela est prouvé par la promesse qu’il fit au bon larron : «Tu seras aujourdh’ui avec moi dans le paradis. Ainsi l’article du Symbole des apôtres : descendit ad inferos , nous apprend que Jésus a été dans le lieu où les âmes des saints attendaient sa mort pour qu’il leur ouvrît le ciel ou le paradis, lieu de félicité parfaite ’.
Si nous ne nous étions imposé la loi de ne pas sortir des scènes racontées par les évangélistes, c’eût été le lieu de placer ici les représentations qui ont été faites de la descente de Notre -Seigneur aux limbes. Nous ne pouvons nous dispenser cependant de dire quelques mots d’un sujet qui a tant occupé le monde au moyen âge, et qui nous eût fourni tant d’exemples du xc au xme siècle, où l’on représentait partout le jugement dernier.
Plusieurs Pères en ont parlé : c’était un des motifs de tableaux religieux pour lesquels un moine, du nom de Dionysius (Denys), donnait des préceptes dans le Guide de la peinture 2.
Parmi les exemples que nous aurions pu présenter, on en aurait vu à Torcello, à Saint-Marc de Venise, dans un dessin que l’on admire à la bibliothèque de Saint-Marc, à la Pala-d’Oro, sur l’autel principal de cette vénérable basilique, aux portes de Saint- Paul, dans les souterrains de Saint - Clément , dans l’exultet de la bibliothèque de la Minerve à Rome, dans un beau manuscrit de la Ribliothèque nationale 3. Ce sujet, si souvent répété, se reproduit toujours de la même façon : Notre-Seigneur foule aux pieds deux vantaux de porte, tient de la main droite une croix légère, et de la gauche attire à lui un roi
i Lamy. — 2 Didron, Manuel d’icon. chr. , p. 199. — 3 Bibliothèque nationale, fonds grec, n° 75.