LE CHRIST EN CROIX. — SA MORT
qu’il fait sortir du tombeau ; derrière ce roi , une femme en manteau rouge lève les mains au ciel. Au troisième plan, on voit plusieurs autres personnages. A la gauche du Sauveur, dans un autre tombeau , saint Jean - Baptiste est reconnaissable à sa tunique brune et ses cheveux hérissés; derrière lui, des têtes couronnées. Dans le haut, un demi-cercle figure le ciel : les portes en sont ouvertes ; un ange reçoit et va couronner deux personnages , dont un porte une croix double ’.
jL 17. — Femme , voila votre fils: Mulier, ecce filius luus. — Noire -Seigneur, en recommandant sa mère à saint Jean, ne dit pas : Ma mère, voilà votre fils; mais : Femme, voilà votre fils , afin de ne pas exciter contre elle la colère des Juifs2, et surtout afin de manifester devant tous les siècles qu’elle était la femme forte, mulier fortis, dont l’Esprit - Saint avait fait l’éloge, la Femme prédite dès le commencement. En disant: Voilà votre fils, il a encore indiqué que saint Joseph était mort, et ce que la sainte tradition nous apprend infailliblement, que Marie n’avait pas d’autre enfant que luimême.
f. 18. — Le disciple la prit chez lui : Accepit eam discipulus in sua. — En prenant la sainte Vierge avec lui, saint Jean la conduisit à Ephèse. Elle était pauvre, puisqu’elle a dû accepter une hospitalité étrangère 3.
f. 19. — Les ténèbres couvrirent toute la terre : Tenebræ factæ sunt super universam terram. — On ne pouvait pas dire, comme dans les éclipses ordinaires, que la lune était interposée entre le soleil et la terre; car on était au temps de Pâque, qui se célébrait pendant la pleine lune, moment où le soleil était opposé4.
Les ténèbres commencèrent à midi , quand le Christ fut crucifié, et durèrent trois heures, c’est-à-dire jusqu’à none ou à trois heures de l’après - midi , à l’instant où le Christ expira. C’est à cette heure du jour que la lumière est le plus éclatante; cela fit mieux paraître ces ténèbres insolites, prodigieuses et surnaturelles.
1 Voir la vignette, ch. clv. — - Cornélius a Lapide. — ^ Ici. — 4 Lamy.
D’où venaient ces ténèbres? Saint Chrysostome et d’autres ont pensé que c’étaient des nuages épais , qui se placèrent entre le soleil et la terre. Mais saint Denys l’Aréopagite, témoin oculaire , enseigne qu’elles proviennent d’une éclipse véritable et miraculeuse. Origène et Maldonat bornent l’éclipse à la Judée; mais d’autres, avec plus de raison, pensent qu’elle dut être universelle. La lettre de saint Denys, qui l’a vue en Égypte, en fait foi '. a Cherchez dans vos annales, dit Lucien martyr aux gentils, et vous trouverez qu’au temps de Pilate, le soleil étant caché, le jour fut interrompu par les ténèbres2.»
On vit des étoiles dans le ciel, et il y eut des tremblements de terre, racontés dans ses Olympiades par Phlégon, affranchi de l’empereur Adrien , et auteur païen. Sous le règne de Tibère, dit Pline l’Ancien . un tremblement de terre , tel qu’on n’en vit jamais de mémoire d’homme, renversa douze villes en Orient. Suétone le rapporte, Tacite en fait mention dans ses Annales 3.
L’histoire a enregistré la date des principaux tremblements de terre qui ont successivement agité le sol de la Palestine , et en ont si profondément modifié la nature et l’aspect.
1° Au temps d’Élie, neuf cents ans avant Jésus -Christ4. 2° Sous le règne d’Osias, sept cent cinquante ans avant Jésus-Christ; ce dernier fut si terrible, qu’il a été cité comme une époque par les prophètes5. 3° Celui qui arriva à la mort de Jésus-Christ, en l’an 33. 4° En 409, sous le consulat de Monaxius et de Plinta. Ce tremblement de terre, d’après saint Augustin, dura sept jours, anéantit des villes considérables en Judée, et se fit sentir jusque sur la
i Cornélius a Lapide. — - Grelzer.
3 Sedisse immensos montes, visa in arduo quœ plana fuerint, cffulsisse inter ruinam ignés memorant. Cette même année, douze villes considérables de l’Asie furent détruites au milieu de la nuit par un tremblement de terre, fléau d’autant plus terrible qu’il était plus imprévu. On n’eut pas la ressource, ordinaire en pareil cas, de se réfugier dans la campagne, où les terres, s’entr’ouvrant de toutes parts, n’olfraient que des abîmes. On rapporte que de hautes montagnes s’affaissèrent; qu’il s’en éleva d’autres dans des plaines, et que les flammes sortirent du milieu des ruines. Sardes, la plus maltraitée de ces villes, reçut aussi le plus de soulagement. Après Sardes, Magnesia de Syppe, Tcmnos, Philadelphie, Éger, Apollonide, Mortène, Hyracrie la macédonienne, Ilierocæsarée, Tmole, Myrine, Cymé. (Tac. Ann., 11, p. 47. Traduit par Nisard.)
4 111 Rois, xi, IL — r> Ainos , I, 1. — Zacharie, xiv, 5-