PRODIGES APRÈS LA MORT DU CHRIST
une lettre qu’ils adressèrent à Rome avec de l’argent. Pilate envoya des soldats pour l’arrêter; ils cernent sa maison en silence, et l’un d’eux, entré précipitamment sans le reconnaître, lui demande à lui-même où est Longin. Heureux de voir arriver le martyre, il reçoit splendidement les soldats chez lui, les fait dîner à sa table, et leur demande ensuite ce qu’ils veulent. Ils lui font prêter serment de ne pas parler de ce qu’ils allaient lui dire, et lui confient qu’ils sont venus par ordre de César pour arrêter Longin et les deux soldats ses compagnons. Après trois jours, il fait avertir les deux soldats, et ayant conduit dans un champ ceux qui étaient venus le prendre, il leur dit : « Voici Longin que vous cherchez et ses deux compagnons; tranchez-leur la tête. » Mais ses hôtes ne voulurent pas payer par la mort l’hospitalité qu’il leur avait donnée, préférant porter leur tête à Pilate.
Il les décide cependant, fait apporter une robe blanche comme pour une fête , et a la tête tranchée. Les licteurs la portent à Pilate, qui la montre aux Juifs, et la fait placer en dehors de la porte de la ville, où elle demeura à l’abri de la corruption.
Une veuve qui était aveugle vint la vénérer, espérant y trouver la guérison de sa cécité. Elle recouvra la vue, en effet; mais son fds devint aveugle à son tour, et mourut. Saint Longin lui apparut en songe pour la consoler, et lui dit que son fils était dans la céleste gloire, et qu’il ne quitterait pas ses côtés
D’après une autre version, également rapportée par les Bollandistes , saint Longin souffrit le martyre ; le spectacle de son courage convertit le peuple ; et même le gouverneur fut gagné à la foi par un miracle qui avait suivi la mort du saint.
7. — Il Y AVAIT LA... PLUSIEURS FEMMES : Stabant autem et mulieres. ■ — ■ Plusieurs femmes se tenaient là. « Voyez, dit Euthymius, les disciples fuient, et les femmes restent. Parmi ces femmes était la mère de Jésus, qui resta debout près de la croix. Trois évangélistes disent qu’elles
i Bolland., d’après un manuscrit, de la bibliothèque du Vatican.
se tinrent : a longe, au loin ; saint Jean dit : juxta crucem. Juxta veut dire en face, pas tout à fait auprès, mais un peu reculées; car la foule des gardes qui environnaient le Christ ne permettait pas de s’approcher de la croix. Il fallait cependant qu’elles fussent assez près pour voir et entendre facilement Jésus '.
f. 9. — - Ce jour étant celui de la préparation : Quoniam parasceve erat. — C’était la préparation, pendant laquelle les Juifs préparaient la nourriture et tout ce qu’ils ne pouvaient légalement faire cuire le jour du sabbat. Ce temps durait de none au coucher du soleil, moment où commençait le jour du sabbat; les corps ne devaient pas demeurer en croix dans ce saint jour; car leur présence prolongée sur le gibet aurait souillé la terre sainte. On lit, en effet, dans le Deutéronome"- : « Lorsqu’un homme aura commis un crime digne de mort, et qu’ayant été condamné à mourir, il aura été attaché à une potence, son corps mort ne demeurera point à cette potence, mais il sera enseveli le même jour, parce que ce qui est pendu au bois est maudit de Dieu. Et vous prendrez garde de ne pas souiller la terre que votre Dieu vous a donnée pour la posséder. »
Josèpbe 3 écrit que de son temps les Juifs observaient encore religieusement cette loi.
Le sabbat qui allait venir était important : il coïncidait avec le grand jour des azymes, le jour solennel de la fête de Pâque. C’est, dans ce jour de fête que les Juifs étaient sortis de la captivité d’Égypte. Ils demandèrent donc à Pilate de briser les jambes des crucifiés pour accélérer leur mort, et les enlever de la vue du public, avant le soir. Suivant la coutume romaine, au contraire, les crucifiés restaient suspendus à la croix pour servir de pâture aux corbeaux
j. 12. — Lui ouvrit le côté avec une lance : Lancea latus ejus aperuit. — La lance était employée par les Romains comme une pique pour percer, et comme un trait pour être jetée avec la main. Elle se composait de trois parties distinctes : la tête ( cuspis ) , en bronze ou en fer ; le
i Cornélius a Lapide. — - xxi, 22 el 23.
J Liv. IV de Dell., cap. ullimo. — 4 Lamy.