‹ L'évangile expliqué, défendu, médité (volume 2)Chapitre 198 sur 359 · AGONIE DE JÉSUS-CHRIST AU JARDIN DES OLIVES · texte numérisé non relu

AGONIE DE JÉSUS-CHRIST AU JARDIN DES OLIVES

(Gethséinani.)

(W. xxvi, 26-46; Mr. xiv, 32-42; L. xxii, 39-46; Jo. xvm, 4.)

« Lorsque Jésus eut terminé son » dernier « entretien » avec ses disciples, il quitta la salle où il venait de faire la Pâque avec eux, située, s'il faut en croire latradition, sur la montagne de Sion, dans la partie méridionale de la ville, non loin de la demeure du grandprêtre Caïphe, et que, sous le nom de cénacle, l'on montre encore aujourd'hui aux pèlerins. De là, le Sauveur se dirigea d'abord vers l'Orient, puis tourna vers le Nord, et passant par la porte, appelée alors des Brebis, maintenant porte de Maint- Etienne, à l'exemple de David, fuyant devant Absalon, « traversa » sur un pont « le torrent de Cédron, suivi de ses disciples, se dirigeant selon sa coutume, vers le mont des Oliviers, » situé à environ un quart de lieu de Jérusalem, et une demi-lieue du cénacle.

Cédron, d'après son étymologie hébraïque, (kédar, noir), signifie le noir torrent, ainsi nommé des eaux boueuses qu'il roulait dans son cours, ou, peut-être, dit Sepp. du sang des victimes qu'il recevait dans son lit. C'est là, dit le même écrivain, qu'avait été jetée, sous les pieux rois de Juda, la cendre des bosquets consacrés aux dieux, et la poussière des idoles et des autels de Baal et de Priape, et c'est pour cela qu'on l'appelait aussi la vallée des cendres. Ce ravin formait l'entrée de la vallée spacieuse qui, sous le nom de vallée de Tophet, ou Benliinnon, et plus tard, de Josaphat, servait de limite aux deux tribus de Juda et de Benjamin. Elle avait été témoin, autrefois, des horribles sacrifices offerts à Moloch, puis, plus tard (selon la tradition juive et chrétienne), du martyre du prophète Isaïe, scie par

Jo. XVIII. \ . Haec cùm dixisset Jésus, egressus est cum discipulis suis trans torrcntem Odron. — L. XXII. 39. Et egressus ibat smmdùm consuetudinem in montem Olivarum : secuti sunt autem illum et discipuli.

le milieu du corps, d'après l'ordre du roi Manassès, et en garde encore le tombeau. C'est au dessus du ravin de cette vallée, à l'Est, que la vache rousse passait pour aller de la montagne du Temple à celle des Oliviers, où elle devait être immolée pour l'expiation des péchés du peuple. On dressait, à cet effet, un chemin de planches, long de cinq stades,, pour qu'elle ne pût être souillée, pendant la route, par la poussière de cette vallée des tombeaux. C'était de là aussi que, chaque année,, on lançait le bouc émissaire, qui devait en se précipitant des roches de Zuk, à douze milles de Jérusalem, expier les péchés du peuple; comme on jetait, chez les Romains, du haut de la roche Tarpeïenne, les malfaiteurs : c'est cette même vallée qui, d'après les prophéties, doit être le théâtre du jugement dernier, et les Juifs y trouvaient l'image et le symbole de l'enfer. L'aspect sauvage de cette vallée tout entière porte encore aujourd'hui comme les traces de la désolation et de la mort.

C'est à travers cette vallée sombre et triste que le Fils de Dieu, qui allait bientôt accomplir en sa personne sacrée tous les symboles des temps anciens, celui de la la vache rousse, comme celui du bouc émissaire, s'en allait silencieux, s'acheminant vers le mont des Olives. La lune brillait au firmament, les ombres s'étendaient dans la vallée, mais Judas, le traître, attendait, avec la troupe qui lui avait été donnée, le moment où il pourrait exécuter son crime. « Ils arrivèrent » bientôt « à une métairie » ou maison de campagne, avec le maître de laquelle Jésus était sans doute en relation, et, « qui se nommait Gethsémani » (de Gath-semane, pressoir d'huile), parce que, sans doute, il y avait un pressoir où l'on épurait l'huile des olives que la montagne produisait en abondance. « Il y avait là un jardin, » dont huit gros oliviers désignent encore aujourd'hui la place, « où Jésus entra, suivi de ses disciples ; mais Judas, qui le trahissait, connaissait aussi le lieu » et

M1. XXVI. 36. Tune venit Jésus cum illis in villam, quae dicitur Gethsémani. — Jo. XVIII. Ubi erat hortus, in quem introivit ipse, et disçipuli ejus. — 2. Sciebat autem et Judas, qui tradebat eum, locum :

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avait l'espérance d'y découvrir son Maître, > parce que Jésus et ses disciples s'y étaient souvent rjmis. » Arrivé « là, il dit à ses disciples, » à qui, dcms sa tendre sollicitude, il voulait épargner le spectacle de son agonie, que leur faiblesse n'aurait pu supporter : « Asseyezvous ici, pendant que je vais prier là-haut, un peu plus loin. » Toutefois, en laissant là les huit autres Apôtres,, « il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean; » témoins autrefois de sa transfiguration sur le mont Thabor, ils devaient l'être aussi de ses angoisses et de son agonie dans le jardin des Olives.

En ce moment, « il commença à être saisi de frayeur et de dégoût, de tristesse et d'angoisse : Mon âme, leur dit-il, est triste jusqu'à la mort, « est enveloppée (Tcept- Xunjç), accablée d'une noire tristesse, qui me causerait la mort si je n'étais soutenu par la puissance divine « attendez ici, et veillez avec moi. » C'était trop peu pour le Fils de Dieu de ne souffrir que des tourments physiques; les tortures de l'âme, bien autrement terribles, ne devaient pas lui être épargnées, car « le pontife que nous avons n'est pas tel qu'il ne puisse compatir à nos faiblesses, mais il a éprouvé, comme nous, toutes sortes de tentations, hormis le péché » (Heb., iv, 15). La première cause de sa tristesse fut la vive représentation des douleurs inouïes, de la mort cruelle et honteuse qui l'attendaient. L'homme a naturellement horreur de la mort, qui est la suite et la solde du péché, un effet de la colère divine. Cette horreur est plus vive encore quand elle survient dans la fleur de l'âge et dans toute la force de la santé et la vigueur de l'intelligence, quand elle se présente accompagnée de cruauté et d'infamie. Toutes les circonstances de sa douloureuse Passion, de la flagellation, du couronnement d'épines, du crucifiement, les railleries insultantes des valets, les impré-

quia fréquenter Jésus convenerat illùc cum discipulis suis. M*. Et dixit discipulis suis : Sedete hic, donec vadaro illùc, et orem. — Mr. 33. Et assumit Petrum, et Jacobum, et Joannem secùm : Et cœpit pavere, et taedere, M1, contristari et mœstus esse. — 38. Tune ait illis ; tristis est anima mea usquè ad mortem . Sustinete hic et vigilate mecum.

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cations du peuple, la joie impie des Pharisiens, la trahison de Judas, l'abandon de ses disciples, etc., etc., se présentent à son imagination dans tous leur détails... Mais sa tristesse a d'autres causes encore. Il souffre comme le représentant du genre humain coupable, dont il a pris sur lui tous les crimes. Tous les péchés de l'univers, qui étaient devenus les siens, se présentèrent à son esprit plus fortement qu'ils n'avaient jamais fait : « Il éprouva, dit saint Thomas, réunis tout à la fois, en lui-même, ces sentiments de douleur amère et de terrible épouvante, qui devraient agiter le pécheur, s'il voyait ses fautes avec la profondeur de l'œil de Dieu, s'il connaissait toute la malice et toute la laideur du péché, et les châtiments affreux qui lui sont réservés » (S. Thom., IIIe p., q. 46, a. 6) ; il se représente son Père, armé contre lui de toutes ses vengeances, levant le bras pour le frapper, et le traiter comme un objet de malédiction, Il se représente enfin l'ingratitude des hommes, rendant inutiles toutes ses douleurs, et ne s'en servant que pour s'attirer une condamnation plus terrible. Ne peut-on pas supposer encore que le démon fit tous ses efforts pour remplir l'âme de Jésus-Christ de terreur et d'effroi, et essaya de vaincre, parla crainte et la frayeur, celui qu'il n'avait pu vaincre autrefois par les attraits de la triple concupiscence, de la volupté, de la vaine gloire et de l'ambition ?

Gomment concilier cette tristesse du Sauveur avec la vision intuitive dont il jouissait en vertu de l'union hypostatique ? Nous ne prétendons pas percer ici ce mystère, impénétrable aux anges mêmes; nous nous contentons de dire, avec saint Ambroise, que la divinité, unie à l'humanité sainte, tout en lui donnant des forces surnaturelles, afin qu'elle pût supporter les souffrances excessives qu'elle devait endurer, s'était comme retirée d'elle, l'avait comme délaissée, avait cessé de la soutenir d'une manière sensible, l'avait privée des délices de la contemplation divine, et de toute consolation, afin qu'il partageât toute l'infirmité de notre faible nature ; « Sequestratâ delectatione divinitatis œternœ, tœdio mecs infirmitatis affkit » (S. Amb.).

Après avoir parlé à ses Apôtres, Jésus-Christ, « s'étant

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un peu éloigné, environ de la distance d'un jet de pierre, s'agenouilla, tomba la face contre terre, et pria, en disant : Mon Père, si c'est possible, » si, dans votre divine sagesse vous pouvez trouver le moyen de procurer la rédemption des hommes, et de glorifier votre nom, sans me livrer aux cruelles épreuves qui m'attendent, et comment ne le pourriez-vous, « vous à qui tout est possible? » si mes souffrances endurées jusqu'ici pouvaient suffire pour apaiser votre justice? Oh! je vous en supplie, « éloignez de moi ce calice » amer, contre lequel ma faible nature se soulève tout entière. . . ; mais non, Seigneur...; je veux sacrifier ici toute ma répugnance; je me soumets sans réserve à ce que vous exigez de moi; « que votre volonté soit faite, et non pas la mienne.»

Alors, il se leva, « revint vers ses disciples, » pour chercher auprès d'eux quelque consolation ; « mais %l les trouva endormis, » accablés qu'ils étaient « -par la tristesse, » qui les rendait comme stupides, et comme assoupis; « et il dit à Pierre : Tu dors, Pierre, » toi si ardent, si présomptueux dans tes promesses; « ainsi, vous n'avez pu veiller une heure avec moi » (son agonie avait donc duré une heure de temps). Vous qui avez promis si chaleureusement de ne pas m'abandonner, vous voilà, néanmoins, endormis, pendant que, depuis une heure, je veille, je prie, je lutte contre les horreurs de ma mort; mais, si vous ne veillez pas pour moi, « veillez, » du moins, « et priez pour vous ; « car, vous avez besoin de toutes vos forces, « pour ne pas succomber à la tentation, » à la grande épreuve que je vous ai prédite, et qui s'approche rapidement. Ne vous fiez pas trop à vos dispositions présentes, car, « l'esprit est

39. Et progressus pusillùm, L- 41. avulsus est ab ci?, quantum jactus est lapidis, et positis genibus, Mr. procidit super terram, M1, in faciem suam, orans, et dicens: Pater mi, sipossibileest, Mr. et omnia tibi possibilia sunt, transfer ealicem hune a me ; L. verùmtamen, non mea voluntas, sed tua fiât. — L. 45. Et cùm surrexisset ab oratione, et vonisset ad discipulos suos, invenit eos dormientes prœ tristitiâ. Mr. Et ait Petro : Simon, dormis? Mt. Sic non potuistis unà horà vigilaro mecum? — M'. 44, Vigilate, et orate, ut non jrtretis in tentationem : spiritus quidem

prompt, mais la chair est faible; » il est facile d'être fort avant le combat ; ce n'est qu'à l'épreuve qu'on connaît sa faiblesse.

Le Sauveur, après ce court entretien, sentant sa tristesse redoubler d'intensité, quitta de nouveau ses disciples, et « s'en alla encore prier une seconde fois, disant : Mon Père, s'il n'est pas possible que ce calice s'éloigne de moi, que votre volonté s'accomplisse. » Puis il revint de nouveau « vers ses disciples, et il les trouva encore endormis, car leurs yeux étaient appesantis, et ils ne savaient que lui répondre. Il les laissa de nouveau, s'éloigna, et pria une troisième fois, avec les mêmes paroles. » Une angoisse mortelle s'empara de lui; « tombant dans une véritable agonie, il redoublait ses instantes prières, et il lui vint une sueur, et comme des gouttes de sang qui coulaient jusqu'à terre, » et il eut besoin qu « 'un ange descendit du ciel pour le fortifier. »

Ensuite, ayant retrouvé le calme, et sa fermeté habituelle, par sa soumission entière à la volonté de Dieu, « il revint trouver ses disciples, et leur dit, » avec une douce ironie : « Dormez maintenant, et reposez-vous, » si vous pouvez; si je ne puis vous réveiller, d'autres viendront tout à l'heure, qui vous réveilleront à coup sûr. Puis d'un ton grave : « c'est assez » de sommeil maintenant; « l'heure est vernie; voici que le Fils de l'homme va être livré aux mains des pécheurs. Levezvous, allons; » le traître s'avance ; « voici venir celui qui me livrera. » Jésus, tout à l'heure si troublé, s'a-

promptus est, caro autem infirma. — 42 Iterùm secundo abiit, et oravit dicens : Pater mi, si non pot est hic calix transire nisi bibam illum, fiât voluntas tua. — 43. Et venit iterùm, et invenit eos dormientes : erant enim oculi eorum gravati, W. Et ignorabant quid responderent ei. — M1. 44. Et relictis illis, iterùm abiit, et oravit tertio, eumdem sermonem dicens. L. 43. Et factus in agonià, prolixiùs orabat. — 44. Et factus est sudor ejus, sicut guttse sanguinis decurrentis in terram. Apparuit autem illi angélus dé cœlo confortans ouin. — M"". 41. Et venit tertio ad discipulos suos, et ait illis : Dormite ;jam, et rpquiescite : sutficit; venit hora ; eccè Filius hominis tradetur in manus peccatorum. -— 42. Surgi te, eamus : eccè qui me tradet propè est.

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