‹ L'évangile expliqué, défendu, médité (volume 2)Chapitre 2 sur 359 · M1. XXII. 15-22. — <§ CV. LES HÉRODIENS CONFONDUS · texte numérisé non relu

M1. XXII. 15-22. — <§ CV. LES HÉRODIENS CONFONDUS

et « droiture sans acception de personne, » avec une sainte liberté, « et sans égard à la condiction des hommes, » sans vous laisser imposer par le rang et l'apparence extérieure des personnes auxquelles vous parlez. Ces vils flatteurs, en parlant ainsi, disaient la vérité, mais sans la croire eux-mêmes, et dans le but perfide d'extorquer à Jésus-Christ quelque parole compromettante. Lier l'honnête homme par sa conscience, quand on n'en a pas soi-même, louer pour trahir, c'est la tactique ordinaire des méchants. Une question importante et épineuse, poursuivirent -ils, embarrasse notre conscience ; les avis sont partagés, et nous ne savons ce qu'il faut faire. Ayez la bonté de nous éclairer et de décider entre nous. « Dites nous donc ce que vous en semble : Est-il permis de payer le trilmt à César, on devons-nous le refuser? »

La question était brûlante, et le piège adroit et subtilement tendu. Quelque réponse qu'il nous donne, pensaient-ils en eux-mêmes, jamais il ne se tirera de nos mains. Si, comme nous l'espérons, il se déclare contre un tribut odieux à toute la nation juive, les Hérodiens sont là, qui recueilleront ses paroles, et n'auront rien de plus pressé que de le traduire auprès du gouverneur romain comme un séditieux et un perturbateur du repos public. Si, au contraire, il se déclare pour les Romains, dès lors il perdra l'estime et la faveur du peuple. Le Messie, dirons-nous, doit nous apporter l'affranchissement et la liberté, et celui-ci veut nous forcer à accepter l'esclavage honteux des païens; un véritable prophète, un homme de Dieu doit être prêt à sacrifier sa vie, s'il le faut, pour la vérité; et celui-ci a peur de se compromettre auprès des Romains ! Ce ne peut être, évidemment qu'un imposteur et un faux prophète.

« Mais Jésus, » dont le regard « pénétrait lenrs pensées, » les plus secrètes, n'était pas dupe de leurs vains

et non est tibi cura de aliquo; non cnim respicis personam hominum. -r- 17. Die ergo nobis quia tibi videtur : liect censura dare Canari, an non? — 18. Cognità autem Jésus nequitià eorura, ait : Quid me tentatis, hypocrite? — 49. Ostendite mihi numisma censùs. At ilii obtulerunt ei denarium.

artifices. « Hypocrites, » leur dit-il, croyez-vous m'imposer, par vos louanges sans sincérité et sans franchise, et me cacher la malice de vos cœurs ; « Pourquoi » sous prétexte de chercher à vous éclairer, « me tendez-vous mi piège? Montrez-moi la monnaie du tribut. » — « Ils lui 'présentèrent un denier, » monnaie romaine, car le sickel, monnaie juive, n'avait pas un cours légal et n'était pas reçu par les collecteurs des impôts. « De qui est leur dit-il, cette image et cette inscription, » que je vois gravée sur la monnaie que vous me présentez? — « De César, répondirent-Us. » — Eh bien! alors, si vous recevez la monnaie de César, et lui donnez cours parmi vous, vous le reconnaissez donc pour votre souverain, sinon de droit, au moins de fait. Mais si César est votre souverain, si c'est lui qui est chargé de maintenir au milieu de vous l'ordre, la tranquillité, la sécurité publique, donnez-lui donc ce qui lui est nécessaire pour qu'il remplisse ce devoir, rendez-lui donc ce que les sujets doivent à leur souverain, l'obéissance, la soumission, le tribut : « Rendez a César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » Acceptez le souverain que la Providence vous impose, et que vous avez mérité par vos péchés ; ne courez pas à une ruine certaine, en vous insurgeant contre une puissance qui vous écraserait; mais ne poussez pas votre obéissance servile jusqu'à faire ce que vous défend la loi divine; rendez » également « à Dieu ce qui est à Dieu; » rendez-lui l'adoration, l'obéissance, le culte d'amour et de dévouement que vous lui devez; en payant, le tribut de César, n'oubliez pas celui du temple. Votre âme est faite à l'image de Dieu; elle porte en elle l'empreinte divine; consacrez-la entièrement à lui. Peut-être, en agissant ainsi, mériterez-vous qu'il vous délivre du joug sous lequel vous gémissez.

Que dire contre Jésus, après un réponse si sage, si simple, si précise? A quel tribunal l'accuser? Il ne donne pas lui-même une réponse odieuse. Il la laisse tirer des

20. Et ait Mis Jésus: Cujus est imago haec et superscriptio ? —

21. Dicunt ei : Cœsaris. Tune ait illis : Reddite ergo quœ sunt Ca> saris, Cœsari, et quae sunt Dei, Deo.

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prémices fournies par ses ennemis eux-même. César est satisfait, Dieu est glorifié, ses ennemis sont pris par leurs propres paroles, et réduits à se taire. Il déjoue tous leurs vains artifices avec une sagesse qu'on ne peut assez admirer, avec calme, avec une douceur inaltérable et une majesté toute divine.

Aussi, « ne 'pouvant reprendre ses paroles devant le peuple, y> les Pharisiens « gardèrent le silence, admirant » malgré eux, « sa réponse, » pouvant à peine comprendre comme une question si éjrineuse, hérissée de tant de difficultés, compliquée de tant d'intérêts divers, préparée avec tant de soins, proposée avec tant d'artifices, s'était trouvée nettement décidée en deux mots, sans qu'il fût possible d'y trouver à redire, et comment l'échafaudage qu'ils avaient dressé avec tant d'artifices se trouvait tout-à-coup renversé par terre. Voyant ainsi leur but manqué, leur espoir avorté, « ils le laissèrent là, et s'en allèrent. »

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