L. XXII
(Vendredi, vers six heures du matin.)
« Lorsqmle jou r se fit, les anciens du peuple, les princes des prêtres, et les docteurs de la loi, » sur la convocation du grand-prêtre, « se réunirent de nouveau, « probablement dans la salle du temple appelée Gazith, affectée à ces sortes de réunions, pour rendre un jugement tout à fait régulier, car il n'était pas conforme à la loi qu'on jugeât la nuit, et il pouvait y avoir seulement une instruction préparatoire, à cause de l'urgence. Obligés de faire confirmer leur sentence par le gouverneur romain, ils voulaient transformer, à l'égard de Jésus, la question religieuse, qui ne pouvait avoir aucune importance pour Pilate, en une accusation politique, lui représenter Jésus-Christ comme un homme ambitieux qui, sous
L. XXI!. 66, Et, ut factura est dies, convenerunt seniores plcbis, et princip - sacerdotum et Scribae.
l. xxii. 66-71. — g CXIX. jésus devant le sanhédrin. 279
prétexte de se faire reconnaître pour le Messie, voulait se faire proclamer roi des Juifs, et soulever le peuple contre les Romains. Dans ce dessein, Caïphe voulait faire renouveler par Jésus-Christ la déclaration solennelle qu'il avait faite, dans son premier interrogatoire, de sa dignité messianique, d'autant plus que plusieurs membres de l'assemblée avaient pu n'être pas présents au premier interrogatoire. « Ayant » donc « fait amener Jésus devant lui, il lui dit : Si tu es le Christ, dis-non sle lien clairement. — Jésus, » qui lisait dans leurs cœurs, et savait parfaitement qu'ils ne cherchaient pas la vérité, « leur dit, » d'un ton calme et digne : A quoi bon toutes ces interrogations inutiles ? « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas, » et vous ne vous servirez de ma confession que pour me condamner; « si je von s interroge, » aiin de vous amener à reconnaître la vérité, « vous ne me répondrez point » et quoi que je dise, avec quelque évidence que je fasse luire la vérité à vos yeux, « vous ne me relâcherez pas, » car je sais que ma mort est résolue. Mais ces jours d'iniquité auront leur terme, et n'empêcheront pas les desseins de Dieu ; en voulant me perdre, vous ne faites que m'ouvrir les portes de la gloire céleste, « ou désormais le Fils de l'homme sera assis à la droite du Dieu tout-puissant. » Ils se regardent entre eux, « et dirent, » à Jésus, avec un rire dédaigneux : « Tu es donc le Fils de Dieu? Et Jésus répondit, » avec l'accent de la vérité éternelle : « Vous le dites, je le suis. » A cette parole, « ils crièrent tous, » en simulant nne hypocrite indignation : « Qu'avonsnous besoin d'autres preuves ? Nous avons entendu » son blasphème « de sa propre douche. » Ils se concertèrent ensuite sur la manière dont ils devaient s'y prendre pour faire confirmer leur sentence par le gouverneur romain.
Et duxerunt illum in coneilium suum, dicentes : Si tu es Christus. die nobis. — 67. Et ait Mis : Si vobis dixero, non cred^tb mihi, 68. Si autemet intorrogavero, non respohdebitis mihi neqiu dimittetis. — 69. Ex hoc auU'in erii Filius hominis sedens à dextris virtulis Dei. — 70. Dixcrunt autem omnes ■ Tu ergo es Filius Oei ? Qui ait : Vos dicitis, quia ego sum. — 71. At illi dixerunt : quid adhùc desideramus testimonium? Ipsi enim audivimus de ore eju9.
Nous empruntons au docteur à'epp les remarques qui suivent :
« Les trois états delà nation, les prêtres, les docteurs de la loi et les anciens d'Israël concourent également à ce jugement inique. Les prêtres attendaient un Messie qui remettrait en honneur le culte et le sacerdoce mosaïque, et foulerait aux pieds tous leurs ennemis; un Messie sous la conduite auquel ils parcoureraient l'univers en vainqueur, détruisant tous les temples païens, anéantissant tous les prêtres des idoles, et lèveraient ensuite la dîme sur tous les peuples du monde. Au lieu de ce Messie, ils avaient, devant eux, un homme qui donnait puhliquement aux Samaritains la préférence sur eux ; qui leur ôtait la considération dont ils jouissaient; qui rejetait les prescriptions qu'ils avaient inventées, et qu'ils mettaient au-dessus même de la loi de Moïse ; qui voulait abolir une partie des dîmes dont ils s'enrichissaient; qui avait parlé de renverser le temple, et qui profanait continuellement le sabbat. C'était bien plus qu'il n'en fallait, pour le rendre à leurs yeux coupable et digne de mort.
« Los docteurs de la loi, esclaves de la lettre, attendaient un Messie qui décideraient en leur faveur les subtilités de l'école, comme un autre Salomon, et expliquerait tous les mystères de la nature; un Messie, à l'aide duquel ils formeraient une académie savante, qui verrait accourir à elle tous les rois de la terre, comme autrefois Salomon fut visité par la reine de Saba. Mais, au lieu de ce Messie, ils avaient devant eux un homme dont les disciples étaient, pour la plupart, de pauvres artisans, qui ne savaient pas même écrire, et qui ne comprenaient ni le Thalmud, ni les autres sciences. La doctrine qu'il enseignait était si simple, si peu savante, qu'elle ne paraissait bonne que pour le peuple.
« Les anciens d'Israël, qui formaient la noblesse et la magistrature du peuple Juif, attendaient un Messie politique, qui mettrait en ordre leurs généalogies, un Messie conquérant, dont ils seraient les généraux, et avec lequel ils se vengeraient des peuples ennemis de la nation juive; un Messie qui entrerait triomphale-
M(. XXVII. 3-lU. — § OXIX. MORT DE JUDAS. 2^81
ment à Jérusalem, traînant derrière son char les rois vaincus et humiliés, qui, de la montagne de Sion, dicterait avec eux des lois à la superbe Rome. Mais au lieu de ce Messie, ils avaient devant eux un homme pauvre, qui n'attachait aucune importance à sa généalogie, qui jamais ne parlait de son origine royale, qui recommandait de payer le tribut à César; un homme, en un mot, qui semblait mépriser tout ce qu'ils estimaient le plus. Il leur parut donc aussi digne de mort. Mais les Romains s'étaient réservé le droit de décerner cette peine...
« Le grand conseil a prononcé la sentence de mort ! Pour qu'elle ait son effet, il faut qu'elle soit confirmée par le gouverneur. Le rôle des Juifs est terminé. Maintenant va commencer un nouveau jugement contre le Sauveur. Prêtres, nobles, docteurs de la loi, tous accourent, comme accusateurs, devant le tribunal de Pilate. Rome, la reine du monde, va maintenant prendre part à la grande iniquité qui doit être consommée sur le Calvaire, et la postérité saura ce que c'était que cette justice romaine tant vantée. » (Voy. Vie de Jésus- Christ, par le docteur Sepp. trad. de Ch. Sainte-Foi, tome II, p. 142).