‹ L'évangile expliqué, défendu, médité (volume 2)Chapitre 249 sur 359 · L. XXIII. 5-12. — § CXXI. JÉSUS ENVOYÉ A HERODE · texte numérisé non relu

L. XXIII. 5-12. — § CXXI. JÉSUS ENVOYÉ A HERODE

avait causés la mort de Jean-Baptiste, il se vengea du moins, en abandonnant Jésus aux outrages de sa Cour. « 11 le fit revêtir, par dérision, d'une rôle blanche '{à). » semblable à celle dont on revêtait alors les insensés, « et il te renvoya à Pilate. » Cette indigne dérision, du reste, retomba plus tard sur celui qui se l'était permise. Dix ans après, Hérode fut dépouillé de son manteau royal et de toutes ses richesses, et renvoyé honteusement en France, avec l'impudique Hérodiade, et après y avoir vécu quelque temps dans la misère, il alla mourir en Espagne.

Le palais d'Hérode, témoin de cette scène sacrilège, n'était distant de la maison de Pilate que d'une centaine de pas, et était situé sur la colline d'Acra. Il n'en reste que des ruines ; les décombres remplissent en partie les voûtes à demi-renversées ; des débris de fût et de colonnes rompues sont éparses çàet là. Quelques maisons habitées par des Turcs, et construites avec ces débris, paraissent à travers ces ruines. Le lieu où fut traduit le Sauveur a été converti en église, mais il a subi le sort du reste du palais.

Si Pilate n'atteignit pas le but principal qu'il s'était proposé en envoyant Jésus à Hérode, grâce à la légèreté de ce prince, il en obtint un autre. Il s'était brouillé avec ce tétrarque, peut-être parce qu'il avait empiété sur sa juridiction, ëii massacrant, aux portes du temple, les Galiléens sujets de ce prince. L'acte de civilité dont il usa envers Hérode le réconcilia avec lui; et « à 'partir de ce jour, » remarque l'Evangéliste, « ils derinrent amis, d'ennemis qu'ils étaient auparavant. » C'était le jour où tout ce qu'il y avait de mauvais et de corrompu devait se réunir contre Jésus-Christ.

et illusit indutum veste albà, et remisit ad Pilatum. — 42. Et facti sunt amici Herodes et Pilât us in ipsà die : nam anteâ inimiei erààt ad invicem.

.(a) Le mot grec é?0fji:a Xau-upâv, signifie proprement une robe éclatante, et la traduction syriaque l'a nommée robe de pourpre. Dans ce sens, Hérode aurait préludé aux moqueries insultantes des soldats romains, lors du couronnement d'épines, comme s'il eût voulu dire : Prenez cet insensé, et rendez à ce roi risibie les honneurs qui lui sont dus : c'est plutôt un fou qu'un criminel.

polémique rationaliste.

« Ce récit, dit d'Eicthal, qui ne se rencontre que chez Luc, est un tissu d'invraisemblances. » Voyons la preuve. (1 « En admettant que Jésus fût, en Galilée, justiciable d'Hérode, évidemment, il cessait de l'être sur le territoire romain, pour un crime commis sur ce territoire contre la domination de Rome » — Réponse. Cela prouve seulement que Pilate avait le droit déjuger Jésus-Christ, et pouvait le citer à son tribunal; mais la jurisprudence romaine permettait, lorsqu'il y avait des raisons pour cela, de renvoyer un accusé à foro appréhensions ad forum originis veï domicilii, et on en trouve des exemples parmi les auteurs. (Voyez par exemple Denys, d'Halicarnasse, Ant. Rom., I. m, c. 22). Festus (Act. Ap., xxvi, 7), eut recours à un semblable expédient pour arracher saint Paul à la fureur des Juifs, altérés de son sang. — 2) « L'abandon de la juridiction romaine, invraisemblable de tout autre, Test à plus forte raison, de la part d'un magistrat romain. » Réponse. Les raisons qui déterminèrent Pilate, et que nous avons exposées , très-appropriées au caractère du gouverneur, expliquent suffisamment sa conduite, et la rendent très-vraisemblable. 3) « Si Jésus appartenait à la juridiction d'Hérode, comment se fait-il qu'il ait refusé la réponse qu'il lui devait? » — Réponse. Hérode, au lieu d agir en juge grave et sérieux, agissait en homme léger et frivole, et faisait des questions de pure curiosité, et qui n'avaient pas de rapport aux accusations dont Jésus était l'objet. Il était de la dignité de Jésus-Christ de répondre par le silence à ces questions frivoles et impertinentes. Le Fils de Dieu, d'ailleurs, est supérieur à toute juridiction humaine, et ne doit rien à personne. — 4) « Pourquoi les autres évangélistes ne disent-ils rien de cet épisode? — Réponse. Parce qu'ils n'ont pas cru que cela fût nécessaire au but qu'ils se proposaient, et qui n'était pas, nous l'avons mille fois répété, de donner une histoire complète de tout ce qui était arrivé à Jésus-Christ. — 5) « Si, avant cette circonstance, Pilate et Hérode étaient ennemis, comment Pilate a-t-il pu avoir la pensée de renvoyer

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