‹ L'évangile expliqué, défendu, médité (volume 2)Chapitre 253 sur 359 · JÉSUS ET BARABBAS · texte numérisé non relu

JÉSUS ET BARABBAS

(M», xxvii, 45-23; M', xv, 6-14; L. xxm, 13-25; Jo. xvm, 39-40.)

Les Juifs suivirent Jésus jusqu'au prétoire, et se rassemblèrent de nouveau devant le palais du gouverneur, d'autant plus acharnés à poursuivre la mort de Jésus-Christ qu'ils rencontraient devant eux plus d'obstacles. « Pilate » sortit de nouveau hors de son palais, et « réunissant près de lui les Princes des prêtres, les anciens et le peuple, il leur dit : Vous m'avez amené cet homme » comme un factieux, vous l'avez accusé de « soulever le peuple » contre la domination romaine, « mais je l'ai interrogé en 'cotre présence, et je n'ai rien trouvé en lui de ce dont 'vous l'accusez; lié rode non plus, car vous savez que je vous ai renvoyés a lui, et il n'a rien trouvé en lui qui mérite la mort. » Je devrais le rendre immédiatement à la liberté ; mais pour vous complaire, « je le relâcherai après l'avoir fait fustiger. »

Après avoir porté cette sentence, bien plus digne d'un caractère faible et irrésolu que d'un juge consciencieux et équitable, Pilate s'aperçut qu'il avait manqué son but; les Juifs témoignaient leur mécontentement par leurs murmures, et il comprit que la mort de Jésus-Christ pouvait seule les satisfaire. Un nouvel incident lui fournit à propos un nouvel expédient pour dérober Jésus à la haine de ses ennemis. « C'était, » parmi les Juifs, « une coutume » ancienne (du moins, tout autorise à le penser, bien qu'on n'en

L. XIII. 13. Pilatus autem convoeatis principibus sacerdotum, et magistratibus, et plèbe, — ! 4. Dixit ad dlos : Obtulistis mihi hune hominem quasi avertentem populum, et ecce ego coràm vobis interrogans. nullam causam inveni in homine isto ex his in quibus eum aceusatis. — 15. Sed neque Herodes ; nam remisi vos ad illum; et ecce nihil dignum morte actum est ei. — 16. Emendatum ergo illum dimittam.

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ait pas de preuves décisives), que, « le jour de la fête de Pâques, » établie en mémoire de la délivrance des Juifs de l'esclavage des Egyptiens et de leurs premiersnés, échappés au glaive ae l'ange exterminateur, de mettre en liberté une partie des prisonniers. Les Romains, en s'emparant de la Judée, ne crurent pas devoir abolir cette coutume, et chaque année, lors de la fête de Pâques, « le gouverneur devait, » sur la requête des Juifs, « mettre en liberté un, prisonnier, à leur choix. » — « Or, il y avait alors en prison un malfaiteur insigne, » un brigand, « nommé Barabbas, condamné à raison d'une sédition faite à Jérusalem, et d'un meurtre commis en cette circonstance. » — Justement, « une députation du peuple vint demander, selon la coutume, » l'élargissement d'un prisonnier. Pilate fut heureux de saisir encore cette circonstance pour faire une nouvelle tentative en faveur de Jésus. « Que voulez-vous , leur dit-il, que j'élargisse^ Barabbas, » cet infâme meurtrier, « ouf Jésus, que vous proclamez le Christ? — Voulez-vous que je délivre le Roi des Juifsl II n'ignorait pas, » remarque l'Evangéliste, « que les princes de la /Synagogue lui avaient livré Jésus par envie, » et il ne doutait pas que le peuple ne lui fût plus favorable : c'était donc, selon lui, une habile politique, que de soustraire Jésus à la haine des Sanhédristes, et d'en appeler au jugement du peuple; mais il devait être encore trompé dans son attente, et il était décidé, dans les conseils de Dieu, que le peuple juif tout entier prendrait part à la mort de Jésus-Christ, et en prendrait sur lui la terrible responsabilité.

Du temps d Origène, on lisait dans plusieurs anciens manuscrits dont plusieurs existent encore aujourd'hui,

W. XXVII. 45. Per diem autem solemnem consueverat praeses populo dimittere unum vinctum, quem voluissent. — 46. Habebat autem tune vinctum insignem, qui dicebatur Barabbas. — L. Qui erat propter seditione-m quamdam factam in civitate et homicidium mi>sus in carcerem : — M1". 8. Et cùm ascendisset turba, cœpit rogare, sieut semper faciebat iliis. — M*. 17. Congregatis e-rgo illis. dixit Pilatus : Quem vultis dimittam vobis : Barabbam, an Jesum, qui dicitur Christus? — 10. Sciebat enim quod per invidiam tradidissent eum summi sacerdotes.

« que voulez-vous délivrer, Jésus, Bar- Allas (fils du Père), ou Jésus, appelé le Christ? » Ainsi, par une disposition singulière de la Providence {ludit in humants divina potentia relus, Olsli.), ce meurtrier qui fut mis en comparaison avec le Sauveur s'appelait Jésus. Plus tard, on trouva la chose inconvenante, et ce premier nom fut effacé du texte. Il y avait eu, dit Sepp., dans Cette coïncidence, comme une ironie du destin, qui voulait que Jésus, fils d'Abhas ou du Père, voleur et meurtrier, comme une caricature diabolique du véritable Messie, fût préféré, par le peuple choisi, à Jésus, fils unique du Père éternel. Les deux autres malfaiteurs, compagnons de Barrabas., qui furent crucifiés avec Jésus-Christ, étaient déjà condamnés, et ne purent, par conséquent, profiter du privilège attaché à la fête.

« Tandis que Pilate siégeait sur son tribunal, » situé en plein air, au dehors du palais, sur le forum, ou place publique, pavée de marbre, appelée lithostraton, attendant la réponse du peuple à sa proposition, « sa femme, » nommée Claudia Procula, selon la tradition attestée par Nicéphore. Hist. eccl., i, 50, et, suivant l'évangile de Nicodème, c. 2, prosélyte de la porte, qui, plus tard, se fit chrétienne, et est mise, par l'Eglise orientale, au nombre des saintes, « envoya dire » à son mari : « Qu'il n'y ait rien entre vous et ce juste : car, j'ai été aujourd'hui étrangement tourmentée en songe à cause de lui. » Sans doute Dieu lui fit voir, dans un songe mystérieux et prophétique, les malheurs qui attendaient les Juifs et Pilate lui-même s'il condamnait Jésus-Christ; et Dieu voulut qu'une païenne rendit ce nouveau témoignage à l'innocence du Sauveur.

La loi qui défendait aux gouverneurs Romains d'emmener leurs femmes avec eux se trouva abrogée sous l'empire de Tibère : « lnvaluerat Tiberii temfore, contra morem vêler um, ut in provincias missis, uxores suce comitarentur . » (Tac. Ann., m, 33).

Pendant que Pilate recevait ce message, les Phari-

W. 4 9. Sedente autem illo pro tribunali, misit ad eum uxor ejus, diceris : Nihil tibi, et justo illi ; multa enim passa sum hodiè per visum propter eum.

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siens profitèrent du délai qui leur était accordé , se répandirent dans la foule, « et excitèrent le peuple à demander la délivrance de BarraMs et la mort de Jésus- Christ. M quand Pilate leur cria de nouveau : Que voulez-vous que je vous délivre, de Jésus ou deBaraWas, un cri général s'éleva » dans tout le forum : « Nous ne voulons point de celui-ci; donnez-nous BarcCobas. — Que ferai-je donc de Jésus, de ce roi des Juifs, que vous appelez- le Christ? leur répliqua Pilate, » surpris et indigné d'une haine aussi opiniâtre; «mais to%is redouolcrentleurs clameurs : Crucifiez-le, crucifiez-le! Pilate leur dit une troisième fois : qu'a-t-il fait de mal? je ne vois rien en lui qui mérite la mort. Je vais le faire fouetter, et je le renverrai ensuite. Mais ils insistaient avec de grands cris, demandant qu'on le crucifiât, et leurs clameurs, » éclatant partout comme une tempête infernale, « devenaient de plus en plus fortes. » Alors le faible Pilate, n'ayant pas le courage de prendre une résolution décisive, délivra le malfaiteur Barabbas, et condamna Jésus à la flagellation , ne comprenant pas que les demi-mesures ne satisfont jamais ceux que l'on veut contenter, et qu'il vaut mieux se déclarer franchement pour le bien ou pour le mal.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

L. xiv. « Vous m'avez amené cet homme, l "accusant de soulever le peuple; mais je Vai interrogé en votre présence, et je n'ai rien trouvé en lui de ce dont vous l'accusez; Hérocle non plus, n'a rien trouvé en lui qui mérite la mort. » — L'innocence de Jésus, après une enquête minutieuse, déclarée publiquement en

20. Principes autem sacerdotum et seniores M"', concitaverunt turbaSj M', ut péteront Rarabbam, Jesum vero perderent. — 21. Respondens autem pneses, ait illis :Oucm vultis vobis de duobus dimitti ï' — L. Exclamavit autem fimul universa turba : J. Non hune, sed lia— rabbam. — 12. Pilalus autem iterùm respondens, ait illis : Quid ergo vultis faciam régi Juda>orum M1, qui dicitur Christus? — 13. At illi iterùm clamavenmt, L. Dicentes : Crueifigo, crucifige eum. — 22. Illo aulem tertio dixit ad illos : Quid enim mali lecit iste? nullam causam rhortïs invenio in eo : corripiam ergo illum, et dimiltam. — 23i At illi ins'tàbaht vocibus magms postulantes ut cruciûgerclur ; cl invalescebant voces eorum.

présence du peuple Juif, en présence de ses accusateurs, de ses ennemis acharnés, par ce même juge, qui tout à l'heure, aura la lâcheté de le condamner à la flagellation, puis à la mort. — Que de crimes la faiblesse seule de caractère peut faire commettre !

M. xxvii. 15. « C'était une coutume que, le jour de la fête de Pâques, le gouverneur fit mettre en liberté un -prisonnier à leur choix. Or, il y avait en prison un malfaiteur, nommé Barabbas.... Qui voulez-vous, leur dit-il, que j'élargisse? Barabbas, ou Jésus, que vous proclamez le Christ? » — Conduite injuste et inexcusable de Pilate I Lui qui est juge, qui vient de déclarer lui-même l'innocence de Jésus, il s'humilie devant le peuple ; il lui donne le droit de choisir, là où lui seul doit décider. Il se rend l'esclave des passions de la populace, pour qu'à son tour elle garde le silence sur ses propres injustices. Il livre le sort de l'innocence aux caprices d'un peuple entraîné et séduit ; il abandonne au hasard ce que la justice seule doit décider ; il met l'innocence reconnue en parallèle avec le crime !

v. 19. « Tandis que Pilate siégeait sur son tribunal, sa femme envoya lui dire : qu'il n'y ait rien entre vous e.t ce juste : car j'ai été aujourd'hui étrangement tourmentée en songe à cause de lui. » — L'épouse de Pilate fut alors véritablement pour lui son bon ange. Elle avait de plus nobles sentiments que son mari, était désintéressée et impartiale dans cette affaire, et lui parlait comme sa propre conscience. Pilate en fut vivement impressionné; mais, étourdi par les clameurs des Juifs, cédant à une lâche frayeur, il repousse les avis de son bon ange, et tombe sous la puissance de l'ange des ténèbres. — Quand l'homme veut faire le mal, Dieu, souvent, dans sa miséricorde, l'avertit d'avance, par le trouble secret de sa conscience, par la voix d'un ami fidèle, d'une épouse chrétienne. — Malheur à celui qui repousse cette voix divine. — C'est un devoir pour chacun de nous, d'être à l'occasion, l'ange gardien de nos frères ; une épouse chrétienne, en particulier, doit être celui de son mari. — Les songes peuvent être quelquefois la voix de Dieu pour nous.

« Quand Pilate leur cria de nouveau : Que voulez-vous que je vous délivre, de Jésus ou de Barabbas? un cri général s'éleva : Nous ne voulons 2)oint de celui-ci; donnezrnous Barabbas... Que ferai-je donc de Jésus? Tous redoublèrent leurs clameurs : Crucifiez-le, crucifiez-le. » — L'envie, la haine, la méchanceté dirigent le choix; l'aveuglement l'exécute. — L'innocence se tait comme si elle était coupable ; le vice fait entendre ses tumultueuses clameurs. — Barabbas est préféré à Jésus, un vil meurtrier, au plus saint des hommes... Les ingrats..., voilà comme ils traitent celui qui vient les sauver, qui leur a fait tant de bien,

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que peu de jours auparavant, ils avaient mené en triomphe aux portes de Jérusalem... ! Mais, pourquoi en vouloir aux Juifs?... N'avons-nous pas aussi, en commettant le péché, préféré Barabbas à Jésus-Christ, Satan au Fils de Dieu, un vil et ignoble plaisir..., à l'Etre infini...? etc.. — Ici-bas, tout est mêlé, confondu ; la vertu doit être méconnue, obscurcie, afin de briller plus tard avec plus d'éclat; « alors que les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. » Cette espérance et l'exemple de Jésus-Christ, doivent nous consoler.

PROJETS HOMILÉTIQUES.

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