DERNIERS EFFORTS DE PILATE. — CONDAMNATION DE JESUS
(Jo. xix, 4-16; M», xxvii, 24-26; L. xm, 24-25.)
Lorsque la parodie des soldats romains fut terminée, « Pilate sortit de nouveau du prétoire, et dit au peuple : Je vous amène de nouveau » celui que vous accusez; je l'ai interrogé plusieurs fois; je viens de le mettre au cruel supplice de la flagellation, au tourment de la torture, et il n'a rien avoué : « Sachez donc que je ne trouve en lui aucun crime. » Tous les moyens légaux de trouver la vérité sont épuisés ; il ne reste plus qu'à le renvoyer. « Jésus parut donc, » conduit par les soldats, du haut d'une galerie extérieure {a), « portant »
Jo. XIX. 4. Exivit ergo iterùm Pilatus foras, et dicit eis : Ecce adduco vobis eum foras, ut cognoscatis quia nullam invenio in eo causam. — 5. (Exivit ergo Jésus portans
(a) L'arcade de VEcce homo faisait autrefois partie d'un portique trè»-vastç| actuellement, elle est au-dessus d'une rue. Une couche de plâtre ou de chaux en recouvre toutes les parties, et il en résulte que l'observateur distrait ou superficiel est loin d'en soupçonner la haute antiquité. Plus d'un voyageur prétendu savant (M. de Lamartine, entre autres), a attribué à l'aveugle crédulité des chré-
encore le costume burlesque dont on l'avait affublé, « la couronne d'épines et le manteau de pourpre, » appareil propre, dans l'intention de Pilate, à inspirer à la fois le mépris et la pitié, « et Pilate leur dit : Voila l'Homme ! » Oui, voilà l'homme, voilà celui qui, chargé du lourd fardeau de nos péchés, dont il est la victime expiatoire, représente en ce moment l'humanité dans toute sa misère. Voilà aussi, dans la personne du Fils de Dieu incarné, s'immolant, se dévouant à tous les outrages, à la mort la plus ignominieuse, pour nous sauver, l'homme idéal, l'homme par excellence, l'homme-Dieu, dans toute l'héroïsme de la vertu, dans toute sa splendeur et dans toute sa gloire ! Mais Pilate ne comprenait pas dans toute leur profondeur les paroles qu'il prononçait. Voilà, voulait-il dire aux Juifs, l'homme que vous accusez de prétendre à la royauté : voyez combien il est faible et misérable, voyez dans quel état on l'a réduit! Vous devez être contents, et trouver que c'est bien assez comme cela. — Mais Pilate perdait ses peines en prêchant l'humanité aux Juifs : rien ne pouvait attendrir leur haine implacable ; aussi « les prêtres et les satellites crièrent-ils à l'envi » avec un redoublement de fureur : « Crucifiez-le! crucifiez-le! » — « Crucifiez-
coronam spineam : et purpureum vestimentum). Et dicit eis : Ecce Homo. — 6. Cùm ergo vidissent eum pontifices et ministri, clamabant dicentes : Crucifige, crucifige eum.
tiens la tradition locale et immémoriale qui donne ce monument comme étant l'arc de Pilate. Mais un examen attentif des blocs considérables de pierre qui entrent dans sa construction, et surtout du style de son architecture, entrain bientôt la conviction, et ne permet pas de douter qu'on n'ait sous les yeux l'arcade primitive de VEcce homo. Elle est aujourd'hui surmontée d'une ignoble construction arabe, percée d'une fenêtre donnant sur les deux côtés opposés de la voie publique, et servant d'habitation aérienne à l'un des senteurs ou derviches indiens musulmans, qui possèdent un petit couvent au pied de l'arc, du côté méridional, le long de la voie douloureuse, à l'extrémité du palais de Pilate. Tout récemment, la face extérieure septentrionale de l'arc a été dégagée des décombres qui en dérobaient la vue, et d'une croûte ou revêtement de"chaux, qui recouvrait le travail primitif. En déblayant les décombres, on a découvert un seconè arc, en tout semblable au premier, mais d'une hauteur et d'une ouverture beaucoup moins considérable. L'ouverture de l'arc qui passe sur la rue, est d'environ 6 mètres; la largeur des pieds droits, des deux côtés parallèles à la rue, est de 2 mètres 40 centimètres. L'architecture est chargée de peu d'ornements, et, en général, ces ornements sont d'un style simple, ètc (Mgr MislinL
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Te vous-même, » reprit, avec une ironie sarcastique, Pilate indigné ; vous êtes bien dignes d'être ses bourreaux ; abreuvez-vous de son sang puisque vous en êtes si avides; « quant à moi, je ne trouve pas de crime en lui. »
« Les Juifs, » voyant que leur accusation de crime politique à l'égard de Jésus ne prenait pas auprès de Pilate, revinrent de nouveau à l'accusation religieuse. « Nous avons une loi, crièrent-ils, et selon cette loi, il doit mourir ; car, » il s'est rendu coupable de blasphème, en osant « se dire le Fils de Dieu. » Confirmez donc par votre autorité, le jugement que nous avons porté.
« A ces mots, » Pilate fut comme frappé d'une horreur secrète, et « ses terreurs augmentèrent. » Il craignait de trouver dans cet homme extraordinaire, qui lui imposait malgré lui, dont son épouse elle-même se montrait si préoccupé, un être supérieur à l'humanité, un demi-Dieu peut-être caché sous la figure d'un homme. « Il rentra donc dans le prétoire, » se fit amener Jésus de nouveau, « et il lui dit : Qui es-tu? » que dois-je penser de toi? es-tu un Dieu ou un homme? viens-tu du ciel ou de la terre? — « Mais Jésus ne fit point de réponse. » Une simple affirmation de la nature divine aurait été comprise par Pilate dans le sens grossier du paganisme; et ce n'était ni le lieu, ni le temps d'entrer dans de longues explications. Et puis, Jésus savait qu'il devait mourir, et il ne voulait rien faire pour éviter une mort volontairement acceptée. D'ailleurs, son silence même n'est-il pas une réponse?
« Pilate, » surpris et choqué de ce silence qui blessait son orgueil, lui dit, « tu refuses de me parler? Ignores-tu donc » que je suis ton juge, et que ton sort est
Dicit eis Pilatus : Accipite eum vos, et crucifigite ; ego enim non invenio in eo causam. — 7. Responderunt ei Judaei : Nos legem habemus; et secundùm legem débet mori : quia Filium Dei se fecit. — 8. Cùm ergo audisset Pilatus hune sermonem, magis timuit. — 9. Et ingressus est praetorium iterùm ; etdixit ad Jesum : Unde es tu? Jésus autem responsum non dédit ei. — 40. Dicit ergo ei Pilatus : Mihi non Ioqueris?
entre mes mains? « que je puis, à mon gré, te faire mettre en croix, ou en liberté? Jésus répliqua, » avec calme et majesté : Il est vrai, je suis en ce moment en votre pouvoir, mais ce pouvoir, c'est Dieu, dont la providence dirige tout, et fait servir les hommes, sans qu'ils le sachent, d'instruments à l'accomplissement de ses desseins éternels, qui vous l'a donné, et qui vous en demandera compte. « Vous n'auriez sur moi aucun pouvoir, s'il ne vous eût été donné (V en haut, » et il n'arrivera, après tout, que ce que Dieu a décrété. Du reste, « ceux qui m'ont livré à vous » (Judas, les prêtres, le peuple tout entier), « sont plus coupables que vous. » Si vous me livrez à mes ennemis, c'est par faiblesse, par peur, par politique; ce n'est pas, du moins, par une haine obstinée, comme ces Juifs.
« Pilate, » toujours plus inquiet, de retour vers les Juifs, « cherche, encore à sauver Jésus. Mais les Juifs se mirent à crier de plus belle: Si vous le délivrez, vous n'êtes pas l'ami de César; » vous ne prenez pas ses intérêts, puisque vous prenez le parti d'un factieux, d'un ennemi de César, » car quiconque se fait roi s'élève contre César. » Vous vous exposez donc à être accusé devant lui. Ces hypocrites, pour satisfaire leur haine sanguinaire, se proclament les défenseurs de César, dont au fond du cœur, ils détestent le pouvoir, et, pour perdre Jésus-Christ, ne rougissent pas d'abjurer l'indépendance de leur nation et leurs espérances messianiques.
Du moment que Pilate se vit menacé d'être dénoncé à César, la cause de Jésus fut irrévocablement perdue. Il savait combien son administration prêtait aux accusations des Juifs, il n'ignorait pas non plus à quel point Tibère était ombrageux : être accusé de crime de lèsemajesté devant ce prince, c'était être condamné {Majes-
nescis quia potestatem habeo crucifigere te, et potestatem habeo dimittere te? — 14. Répondit Jésus : Non haberes potestatem adversùm me ullam, nisi tibi datum esset desuper. Proptercà : qui me tradidit tibi, majus pcccatum habet. — 42. Et exinde quœrebat Pilatus dimittere eum. Judeei autem clamabant dicentes : Si hune dimittis, non es amicus Caesaris; omnis enim qui se regem facit, contradicit Ceesari,
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tatis crime n omnium accusationum complementum erat). (Tacite, Annal., in, 38). Pour un homme du caractère de Pilate, la conscience, évidemment, devait céder devant la peur.
« Ayant entendît ces clameurs, Pilate fit amener Jésus sur le forum, » car le jugement devait être annoncé en plein air, en présence du peuple, « et s'assit sur son tribunal, » placé sur une sorte d'estrade ou de terrassé ronde, où conduisaient des marches, pavée en mosaïque, « appelée en grec Litliostrotos » (l'estrade de pierre), « et en Hébreu Gabbatha» (place haute). — « C'était le jour de la préparation au sabbat de la Pâque, et il n'était pas loin de la siamme heure du jour, » ou de midi, suivant notre manière actuelle de compter; il pouvait être environ onze heures; « et Pilate dit aux Juifs, y> avec un accent d'ironie amère : « Voilà votre Roi; » un puissant roi, en effet, et bien à craindre. « Mais eux criaient, » avec un redoublement de force : « Qu'il meure, qu'il meure, crucifiez-le! Quoi donc, reprit Pilate, crv.cifierai-je votre Roi? » est-ce là le sort que vous lui préparez? — « Lés Juifs reprirent: Nous n'avons d'autre roi que César. » Plutôt le joug odieux d'un roi étranger, d'un païen, que le Roi messianique que nous ne voulons pas reconnaître.
« Pilate voyant qu'il ne gagnait rien, et que le tumulte allait croissant, » et menaçait de dégénérer en sédition ouverte, voulut du moins, avant de prononcer la sentence définitive, exprimer publiquement, par une action symbolique, qu'il en déclinait la responsabilité, comme si la faiblesse et la peur étaient une excuse suffisante; comme si, en se lavant les mains, il pouvait se laver la conscience; comme si le devoir d'un juge, d'un gouverneur, n'était pas de défendre l'innocent, et de l'arracher à tout prix aux mains de ses persécuteurs :
13. Pilatus autem cum audisset hos sermones, adduxit foras Jesum; in loco qui dicitur Liihostrotos, hcbraïcè autem Gabbatha. — 14. Erat autem parasceve Paschœ, hora quasi sexta, et dicit Judaeis: Ecce Rex vester. — 15. Illi autem elamabant : Toile, toile, crucifige eum. Dicit cis Pilatus : Regmn vestrum crueifigam*? Responderant pontitices : Non habemus regem, nisi Csesarem. — Mt. 24. \idens autem Pilatus quia nihil proûceret, sed magis tumultus fieret,
c il fit apporter de l'eau, et, se lavant les mains devant le peuple, il dit : Je suis innocent du sang de ce juste » que vous me forcez de condamner ; « à vous d'en répondre. — Et tout le peuple de s'écrier : » Oui, si c'est un crime de répandre ce sang, nous le revendiquons pour nous, nous en assumons toute la responsabilité et tout l'odieux ; pourvu qu'il soit versé, que le châtiment pèse sur nous, sur notre famille, sur notre postérité; nous consentons à tout : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants! » — Imprécation terrible, trop exaucée depuis dix-huit siècles. Oui, malheureux Juifs, votre vœu sacrilège sera satisfait : le sang de Jésus- Christ retombera sur vous, pour vous perdre, au lieu de vous sauver. Il retombera aussi sur vos enfants, enveloppés pendant de longs siècles dans votre crime et votre malédiction. Dispersés et fugitifs par toute la terre, comme Gain, ils seront abhorrés de Dieu et des hommes, et porteront sur leur front le stigmate du déicide.
« Pïlate, alors, voulant complaire au peuple, ordonna qu'il fût fait selon le vœu des Juifs; il mit en liberté te séditieux meurtrier, et il abandonna Jésus à leur volonté, ' pour être mis en croix. » — Pilate, remarque ici le docteur Sepp, est ici le représentant de l'humanité toute entière. Elle aussi s'était révoltée contre le Tout-Puissant; elle aussi se rendait coupable d'un meurtre à l'égard du Fils de Dieu. Mais, de même qu'aujourd'hui l'immolation du juste ouvre les portes de la prison de Barabbas, ainsi la mort du Christ, par une véritable substitution, tire l'humanité toute entière de la prison ténébreuse où elle languissait depuis de longs siècles, et l'introduit dans la liberté des enfants de Dieu. Ce jour est le grand jour des expiations, le jour déterminé dès l'éternité dans les conseils de Dieu.
accepta aquâ, lavit manus coram populo dicens : Innocens ego sum à sanguine justi hujus : vos videritis. — 25. Et respondens universus populus, dixit : Sanguis ejus super nos, et super filios nostros. — M1'. 15. Pilatus autem volons populo satisfacere, L. 24. adjudicavit fieri petitionem corutn. — 25. Dimisit autem illis eum qui propter homicidium et seditionem inissus fuerat in carcerem, quem petebant; Jesum vero, Mt. tradidit eis, ut crucifigeretur.
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C'est le plus grand jour de toute l'histoire, le plus fécond en résultats et pour le passé, et pour l'avenir. » (Sepp, il, p. 167.)
POLÉMIQUE RATIONALISTE
1) « D'après saint Jean, Jésus fût condamné à mort vers la sixième heure, c'est-à-dire vers midi. D'après saint Marc, il fut crucilié à la troisième heure, c'est-àdire vers neuf heures. Où trouver une contradiction plus manifeste? » Plusieurs solutions de cette difficulté ont été données par les critiques. Le lecteur choisira celle qui lui paraîtra la plus vraisemblable, a) Il y aura eu, dès les premiers siècles de l'Eglise, une erreur des copistes, qui auront transcrit la lettre grecque c', exprimant le nombre six, au lieu de y', exprimant le nombre trois (Eusèbe et autres), erreur qui se sera conservée par respect pour le texte sacré, b) Saint Jean, écrivant pour les habitants de l'Asie mineure, aura compté les heures à la manière des Romains, c'est-à-dire à partir de minuit; de sorte que Jésus aurait été condamné à six heures du matin, et crucifié à neuf heures, c) Ceux qui trouvent peu vraisemblable que les événements racontés précédemment, la première audience chez Pilate, la deuxième chez Hérode, le retour chez Pilate, la délivrance de Barabbas, la flagellation et le couronnement d'épines, aient pu avoir lieu avant six heures du matin, peuvent admettre la troisième solution. D'après celle-ci, les Juifs divisaient le jour comme la nuit, en quatre parties, d'environ trois heures chaque, prime, tierce, sexte et none, dont chacune était annoncée par le son de la trompette. La deuxième partie du jour commençait à la troisième heure, depuis le lever du soleil, c'est-à-dire, à neuf heures du matin, et durait, jusqu'à sexte, ou midi. Saint Marc aurait donc dit, d'une manière indéterminée, la troisième heure était sonnée, il était entre neuf et midi, quand Jésus commença a être crucifié, d'autant plus que la flagellation pouvait être regardée comme le prélude du crucifiement, et saint Jean, précisant les choses davantage, nous aurait appris qu'on n'était pas loin de la sixième heure ou de
Deiiaut. L'Evanc.— T. IV. VJ
midi (qu'il pouvait être environ onze heures) quand Jésus fut condamné à mort. On objecte qu'il est constant que les Juifs partageaient le jour en 12 heures, et qu'il est parlé dans l'Evangile de la 7e et de la 11e heure ( Voy. Mt. xx, G). Nous ne prétendons pas le contraire : l'un et l'autre mode de compter était usité. Les Evangélistes s'en sont tenus aux divisions générales, sans s'astreindre à une exactitude minutieuse, que ne comportait pas l'émotion du jour.
2) Les autres critiques de Strauss sont insignifiantes. «Il trouve invrai s emblable, par exemple, que Pilate, en se lavant les mains, ait imité une coutume essentiellement juive. » — Réponse. Quand cette coutume serait essentiellement juive, qu'y a-t-il d'invraisemblable à ce que Pilate se soit servi d'une action symbolique nécessairement comprise par ceux qui étaient présents, parce qu'elle était dans leurs mœurs ? Mais le lavement des mains, comme symbole d'innocence, n'était pas seulement usité parmi les Juifs (Deut., xxi, 6, Ps. xxvi-6) ; il l'était également parmi les Grecs et les Romains. On trouve dans Virgile Enéide, n, 18), les vers suivants :
Me bello è tanto digvessum, et cœde retenti Attrectare nef as, donec me flumine vivo Abluero.
Trictin. in iSopli. legitur : « Etenîm mos erat aaticptis, cùm vel liomicidmm , vel alias cœdes commis issent, acquis abluendi manus ad purgandam pollutionem. » — (Sen. Herc. Fur.) « NvMimi mare, nultà flumina deœtram aUuere posse scelere sangimieque contaminaiam. »
ENSEIGNEMENTS PRATIQUES
Jo. XIX, v. 1. «Alors, Pilate fit flageller Jésus. » — L'homme que la terreur ou que la passion domine devient facilement cruel et barbare. — Que lui importent les souffrances d'un innocent?... Son intérêt particulier avant tout. — Qui ne serait ému d'une tendre compassion, à la vue des horribles souffrances endurées par Jésus-Christ, dans le supplice barbare de la flagellation? «Tout votre corps n'est qu'une plaie; vous avez été vraiment brisé, broyé, moulu, pour nos péchés...; » car c'est pour moi
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que vous avez souffert tous ces tourments... Et moi, je ne puis rien souffrir pour expier mes crimes..., mes plaisirs criminels...
« Ils lui jettent sur les épaules un manteau ; ils tressent une couronne d'épines, la lui placent sur la tête ; ils lui mettent un roseau dans les mains, et se prosternent, en disant : Salut, Roi des Juifs. » — Oui, Jésus est mon Roi, le Roi de l'univers ; le Roi du dévouement et de l'amour, qui donne sa vie pour ses sujets... Sa couronne d'épines est plus glorieuse que toutes les couronnes d'or et de perles qui brillent sur la tête des rois de la terre. Son manteau royal, rougi de son sang, fait pâlir la pourpre des rois. Son sceptre de roseau brisera le sceptre de fer de ses ennemis, et bientôt, il verra tout l'univers à ses pieds.
v. 5. « Jésus parut donc, portant la couronne d'épines et U manteau de pourpre, et Pilate leur dit : Voilà l'homme/ » — « Ecce homo! » O pécheur, voilà l'homme, tel que l'ont fait tes péchés! C'est un ver de terre, plutôt qu'un homme... « Vermis, et non homo... » Vois à quel degré d'abjection l'a réduit l'amour qu'il a pour toi !... — Voilà l'homme que nous devons prendre pour modèle, sur les traces duquel nous devons marcher..., si nous voulons partager l'héritage des enfants de Dieu !... 0 chrétien, lui ressembles-tu? — C'est l'homme de douleur..., et tu es l'homme de la sensualité et des plaisirs... ; c'est l'homme au comble de l'humiliation..., et tu es bouffi d'orgueil. — Avec sa couronne d'épines et son sceptre de roseau, ce n'en est pas moins le Roi de l'univers et de tous les siècles ; ce n'en est pas moins notre Roi... Sommes-nous ses fidèles sujets?... N'attendons pas, pour le reconnaître, qu'il descende sur les nuées du ciel pour nous juger...
« Les Juifs se mirent à crier : Si vous le délivrez, vous n'êtes pas l'ami de César. » — « Quiconque voudra être l'ami de ce monde, deviendra l'ennemi de Dieu.» Jac. iv, 4. — On ne peut servir deux maîtres.
« Pilate dit aux Juifs : Voilà votre Roi. Mais eux, criaient : Qu'il meure, qu'il meure, crucifiez-le. Nous n'avons d'autre Ro que César. » — Les aveugles, ils préfèrent le joug honteux d'un empereur païen à celui de leur Roi véritable et légitime, de leur Messie libérateur, que leur promettaient depuis si longtemps les prophètes... — Ainsi le pécheur préfère au joug paternel de Dieu, le joug de fer de Satan... ; à l'exemple des Juifs, il s'écrie : Je ne veux d'autre Roi que le démon de l'avarice ou de l'impureté... Quant à Jésus, qu'il meure, qu'il soit crucifié... Ils connaîtront un jour, à leurs dépens, le Maître qu'ils ont choisi, qu'ils ont préféré à Dieu... Dieu, à son tour, les reniera, les repoussera... « Discedite à me, maledicti. »
«.Pilate... se fit apporter de l'eau, et se lavant les mains,
devant le peuple, il dit : Je suis innocent du sang de ce juste ; à tous d'en répondre. » — Pilate a beau se laver les mains ; la tache de sang qui s'y est imprimée ne s'effacera pas. On peut essayer de sauver les apparences devant les hommes : on ne peut tromper Dieu, qui pénètre les cœurs.
« Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants. » — Terrible malédiction, qui ne s'est que trop littéralement accomplie sur le peuple malheureux qui l'a proférée... ! Ne jouons pas avec la justice divine : elle nous atteindra tôt ou tard. « Deus non irridetur. » — Gardons-nous des imprécations ; Dieu permet souvent qu'elles portent coup. « Maledictio matris eradicat [ /idamenta. » (Eccl. m.)
Le pécheur qui pèche de propos délibéré dit, comme les Juifs : « Que le sang de Jésus-Christ retombe sur moi. » — C'est une chose terrible, que d'être coupable du sang de Jésus-Christ... C'est le sort du sacrilège : « Quiconque mangera ce pain, ou boira le sang de Jésus-Christ indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur. » (I. Cor. xi, 27.) « Que l'homme donc s'éprouve soi-même. » (29.)
PROJETS HOMILÉTIQUES.