E. LES BLASPHÉMATEURS. — LE BON ET LE MAUVAIS LARRON
« lorsqu'ils eurent fait ce partage, les soldats s'assirent, » au pied de la croix, « et ils gardaient » le supplicié, de crainte que quelqu'un ne vînt le détacher de la croix avant qu'il ne fût véritablement mort. « Et le peuple était là, regardant, et les chefs le raillaient avec le peuple. Et les passants le blasphémaient, branlant la tête, et disant : Ah! toi qui détruis le temple de Dieu, et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même. Si tu es le Fils de Dieu, » prouve-le en « descendant de la croix. Les pinces des prêt res l'insultaient aussi, ainsi que les scribes et les anciens, disant : Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même : s'il est Roi d'Israël, » qu'il le montre donc publiquement ; qu'il fasse usage de sa puissance miraculeuse; jamais elle ne lui
Mt. 36. Et sedcntes scrvabant eum. — L. XXIII. 35. Et stabat populus spectans, et deridebant eum principes cum eis. — W. XXYII. 39. Prœtereuntes autem bîaspliemabant eum, moventes capita sua. — Et dicentes : Vah qui désirais templum Dei, et in triduo illud reaedifiea^ : salva tcmetipsum : si Filius Dei es, descende de eruce. — 41. Similiter et principes sacerdotum illudentes cum Scribis et senioribus dicebant : — 42. Alios salvos IVeit. seipsum non potest salvum façere : si Re\ Israël est,
(b) L'habillement, chez les Hébreux, était composé de plusieurs pièces ; ils portaient un manteau : simla; une tunique extérieure : chetoneth • une tunique intérieure : sadia. Un vénère aujourd'hui à Trêves et à Argenteuil, une robe et une tunique, qui sont probablement le sadin et le clietonelh (Mjjr Mislin. Les saints Lieux).
a été plus nécessaire; « qu'il descende 'maintenant de la croix, et nous croirons en lui. Il s'est confié en Dieu; si Dieu l'aime, » si c'est Dieu qui Ta véritablement envoyé, « qu'il le délivre maintenant ; car il a dit : Je suis le Fils de Dieu. » — C'est ainsi que ces malheureux triomphaient avec insolence de leur prétendue victoire, et de la faiblesse apparente de Jésus-Christ, faiblesse dont l'unique cause était son amour pour nous. Non, il ne descendra pas de la croix, puisque c'est par le sacrifice de la croix, qu'il doit sauver le monde; mais il fera plus que de descendre de la croix, il sortira vivant du tombeau, et il régnera sur tout l'univers.
Aux Juifs, se joignaient les païens. « Les soldats aussi s'approchaient et l'insultaient, lui 'présentant du vinaigre et disant : Si tu es Roi des Juifs, sauve-toi. L'un des voleurs (a) suspendus en croix 'prit part au concert des blasphémateurs) disant : Si tu es le Christ, sauve-toi et sauve-nous. »
« Mais l'autre » voleur n'avait pu voir sans une profonde émotion le calme et la douceur inaltérable de Jésus-Christ au milieu de si cruelles souffrances, de si sanglants outrages. Il avait beaucoup entendu parler de Jésus-Christ, peut-être avait-il été témoin de quelquesuns de ses miracles, assisté à quelqu'une de ses prédications; mais dans l'êtourdissement de sa vie criminelle, il avait étouffé ces germes de salut : maintenant,
descendat nunc de cruce, et credimus ei. — 43. Confidit in Deo : liberet nunc, si vult eum; dixit enim : Quia Filius Dei sum. — L. 36 Illudebant autem et milites accedentes, et acetum offerentes ei; — 37. Et dicontes : Si tu es Rex Judaeorum, salvum te fac. — 39. Unus autem de his, qui pendrbant, latronibus. blasphemabat eum, dicens . Si tu es Christus, salvum fac temetipsum et nos.
(a) Saint Matthieu et saint Marc, qui omettent la conversion du bon larron, disent d'une manière générale : « Et ceux qui étaient crucifie's avec lui l'outrageaient aussi. » Mr. « Et qui eum eo crucipxi erant, convitiabantur ei. Mt. et lalrones..., improperabant ei... » Quelques interprètes en concluent que les deux voleurs s'étaient d'abord unis dans les mêmes blasphèmes. — Mais il ne faut voir ici qu'une anallage, ou figure de mot, par laquelle le pluriel est mis pour le singulier. Qu'y a-t-il, dit (saint Augustin), de plus usité que cette façon de parler : Les gens du peuple eux-mêmes m'insultent, bien que celui qui parle n'ait été insulté que par un seul homme? Comment ie bon larron aurait-il pu réprimander son compagnon, si lui-même avait proféré les mêmes blasphème*?
m1, xxvii. 32-66. — § CXXIV. le calvaire. 357
aux approches delà mort, une grâce plus puissante parle à son cœur : il sent que celui qui est là près de lui est plus qu'un homme ; et s'adressant au larron blasphémateur, « il le reprenait, en disant : JM'as-Hc donc aucune crainte de Dieu, toi qui es condamné au même supplies » et qui es sur le point de paraître devant ton Juge? « Pour nous, » nous devons l'avouer, si nous sommes condamnés à la mort des criminels, « c'est avec justice, » et nous n'avons pas à nous plaindre, « car nous recevons ce que nos actions méritent; mais celuici, » victime de la prévention et de la haine, « il n'a Tien fait de mal, » il n'a pas mérité son châtiment. « Puis » se tournant vers Jésus, « il lui dit, » avec foi et confiance : « Seigneur, souvenez-vous de moi, quand vous serez entré dans votre royaume. » — « Jésus lui répondit : Je vous le dis en vérité, aujourd'hui, vous serez a$ec moi dans le paradis, » dans les limbes, dans le lieu de repos où les âmes des justes attendent ma venue, et le jour qui doit leur ouvrir l'entrée du ciel.
Etonnant contraste! Tandis que les Apôtres sont en fuite (saint Jean seul se trouve au pied de la croix), que Judas trahissait son maître, que Pierre le reniait, tandis que les princes des prêtres applaudissaient avec une joie sauvage aux souffrances de Jésus-Christ, un criminel, justement condamné au dernier supplice, le confesse avec une foi, une assurance, une énergie qu'on ne peut assez admirer. Plein de foi, d'humilité, de contrition, il avoue ses crimes, il accepte avec résignation le châtiment qui lui est dû; du haut de la croix, il rend publiquement témoignage à l'innocence et à la sainteté de Jésus, il le défend contre ses blasphémateurs. Au milieu du plus profond abaissement, Jésus-Christ agit en Dieu, et se manifeste comme le souverain Juge et Sauveur des hommes. Il condamne le criminel endurci,
40. Rfspondens autem alter increpabat eum, dicens; Neque tu times Dcum. quod in eâdem damnatione es? — 41, Et nos quidom juste; nam digna factis rocipimus : hic yero nihil mali gcs>it. — 42. Et dicebat ad Jesum : Domine, mémento mei, cùm veneris in regnum tuum. — 43. Et dixit illi Jésus : Amen dico tibi, hodiè mecum eris in paradiso.
et absout le pécheur repentant, il reçoit les hommages de la foi, il ouvre les portes du ciel : la croix est pour lui un trône royal (b).