‹ L'évangile expliqué, défendu, médité (volume 2)Chapitre 277 sur 359 · F. LES TÉNÈBRES. — LA MORT · texte numérisé non relu

F. LES TÉNÈBRES. — LA MORT

« Il était environ la sixième heure, » ou l'heure de midi, « et les ténèbres couvrirent toute la terre jusqu'à la neuvième heure » jusqu'à trois heures après midi, « et le soleil s'obscurcit. » Il est évident que cet obscurcissement ne pouvait être une éclipse ordinaire, puisque la Pàque devait toujours être célébrée à la pleine lune, et qu'il ne peut y avoir d'éclipsé de soleil proprement dite, pendant la pleine lune ; ce fut donc un phénomène à part, un fait surnaturel; la nature entière devait prendre part à la mort du Rédempteur, comme elle avait pris part à sa naissance. Ce phénomène parut en effet si extraordinaire que , d'après le témoignage de Tertullien, il fut consigné dans les archives publiques. Environ cent ans après, cet apologiste en appelait, "à cet égard, aux documents officiels dans son Apologétique : « JEodem momento, dies, médium orlem signante sole, suMucta est : Eum mundi casum relatmn in arcanis (alias in archwis) vestris habetis » (Apol. XXI). Un autre apologiste chrétien, Lucien, martyr, tient le même langage : « Lisez vos propres annales, dit-il aux payens, vous y trouverez que, du temps de Pilate, quand le Christ souffrit, en plein midi, les ténèbres prirent la place de la lumière. » — « Dans

L. 44. Erat autem fore hora sexta, et tenebrœ Pactae sunt in universara terrain usquè in horam nonam ; — 45. Et obscuratus est sol.

la quatrième année de la GCIP Olympiade » (qui correspond à Tan 33 de Jésus-Christ), dit Phlégon, affranchi d'Adrien, auteur d'une chronique en XVI livres, écrite vers l'an 140 de notre ère, et qui est cité par Eusèbe, il y eut une éclipse de soleil, qui fut la plus grande de celle dont la connaissance est parvenue jusqu'à nous. A la sixième heure (à midi), il faisait tellement nuit, que les étoiles parurent au ciel; et, dans la Bythinie, il y eut un grand tremblement de terre, qui fit écrouler une partie considérable de la ville de Nicée. » Ainsi Phlégon note le fait, bien qu'il ait tort de le qualifier d'éclipsé ; il note Vannée et V heure; il est vrai qu'il n'indique pas le jour. Témoin oculaire d'une éclipse qui déconcertait toutes les règles de l'astronomie, Apollophane, observant ce phénomène en Egypte, où il se trouvait alors, s'écriait : Ce sont là des changements surnaturels et divins (Dionys., Ep. VII, ad Polvcarp. Patrol. Gra?c, T. III, p. 1081).

« Vers la neuvième heure, » l'agonie derHomme-Dieu était montée à son comble, et de sa poitrine oppressée « sortit ce cri » lamentable : « Eli, Eli, lamma sàbacthani. » c'est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé (a) ? » C'est la nature humaine en Jésus-Christ qui se plaint au Père éternel d'être abandonnée sans défense à la rage de ses ennemis et laissée en proie aux plus vives douleurs, et privée de toute consolation sensible. L'expression sabacthani dont Jé-

M*. 46. Et circà horam nonam clamavit Jésus voce magnâ, dieens : Eli, Eli, lamma sabacthani?

(a) Ces paroles forment le commencement du psaume XXI, où David a prédit et résumé d'avance les tortures du Golgotha : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? Je ne suis plus un homme, mais un vermisseau qu'on foule aux pieds; je suis devenu l'opprobre des humains, l'objet de la risée de ce peuple. Tous, en me voyant, m'ont jeté l'outrage; ils ont secoué la tète, et vociféré des blasphèmes! Il a espéré au Seigneur, que le Seigneur l'arrache de nos mains; qu'il le sauve, s'il lui plaît. Mon sang s'est écoulé comme l'eau; mes forces sont épuisées, et ma langue brûlante s'attache à mon palais. Ils ont déchiré mes pieds et mes mains; ils ont compte tous mes os: ils se sont partagé mes vêtements, et ont tiié ma tunique au sort. >> David aurait été témoin des souffrances de Jésus-Christ sur la croix qu'il n'aurait pu les dépeindre avec plus d'exactitude et de vérité.

m1, xxvii. 32-66. — S CXXIV. le calvaire. 361

sus s'était servi, appartenait au dialecte syriaque que l'on parlait alors en Palestine (on lit azabthani dans le Ps.), mais le mot Eli appartenait plutôt à la langue hébraïque : au lieu de ce mot, les Syriens disaient plutôt Mari, Mari. « C'est pour cela que quelques-uns de ceux qui étaient là » se méprenant sur le sens de ses paroles., ou peut-être jouant sur les mots, par dérision, « dirent : Il invoque le 'prophète Elie. » Elie, ce grand thaumaturge de l'ancien Testament,, avait été surnommé par les Juifs, Y Ange de l'alliance. Ils avaient recours à son intercession dans les dangers pressants. Le Thalmud raconte que ce prophète, invoqué du fond des cachots par les Hébreux fidèles, apparut souvent au prisonnier, sous une forme visible, et fit tomber ses chaînes. Encore aujourd'hui, pendant la nuit de Pâques, les fils de Jacob attendent la venue d'Elie, qui doit délivrer son peuple du joug des Goim ou Gentils (Sepp). »

« Jésus, continue l'émngéliste, voyant que les prophéties étaient réalisées, en accomplit une dernière » (celle du Ps. LXVIII, 21 : « Ils m'ont donné du fiel pour nourriture et du vinaigre pour étancher ma soif), « et il dit : J'ai soif. » Une soif brûlante était l'un des tourments les plus cruels que souffraient les crucifiés, « Or, il y avait » au pied de la croix, » un vase 'plein de vinaigre, » d'un vin acide dont se servaient sous le nom de posca, les soldats romains pour se désaltérer.

« Aussitôt, l'un des assistants courut prendre une éponge qu'il emplit de vinaigre, et, la mettant autour d'une tige d'hysope, il lui présenta à boire. Les autres disaient : laissez; voyons si Elie viendra le délivrer. Mais Jésus, ayant pris le vinaigre, dit : Tout est consommé : » les prophéties sont réalisées, les décrets

hoc est : Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisti me ? — 47. Quidam autem illic stantes et audientes, dicebant : Eliam vocat iste. — Jo. 28. Posteà sciens Jésus quia omnia consummata sunt, ut consummaretur Scriplura, dixit : Sitio. — 29. Vas ergo erat positum aceto plénum. — M1. 48. Et continue» currens unus ex ois. acceptant spongiam implevit aceto, et imposuit arundini, et dabat ci bibere. — 49. Ceeteri vero dicebant : Sine, videamus an veniat Elias liberans eum. — Jo. 30. Gùm ergo accepisset Jésus acetum, dixit : Consummatum est.

Dehaut. L'Evang.— T. IV. 31

éternels de mon Père sont exécutés, l'œuvre de la Rédemption du monde est accomplie. « Puis, » afin de montrer qu'il mourait volontairement, « il s'écria d'une voix forte : Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains. » — « En proférant ces paroles, il inclina la tête, et il expira. »

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