I. LE COUP DE LANCE. — JESUS EST DESCENDU DE LA CROIX
D'après la coutume romaine, on laissait le cadavre des suppliciés pourrir sur la croix, et on l'abandonnait aux oiseaux de proie; mais cet usage était modifié en Judée, par égard pour la loi de Moïse qui défendait (Deut. xix, 30), qu'un cadavre demeurât suspendu à la potence au-delà du coucher du soleil. Cette prescription était devenue plus urgente encore, à l'approche du grand sabbat qui tombait dans la semaine de Pâque. « Ce jour étant celui de la préparation au sablât, » ou du vendredi, « les Juifs, afin que les corps ne demeurassent pas en croix le jour du sabbat (car ce sabbat était le plus solennel de tous» à cause de la Pâque dans l'octave de laquelle il tombait) « supplièrent Pïlate de faire rompre les jambes aux condamnés, et de les faire enlever de là. » Afin de hâter la mort des condamnés, on leur rompait les jambes avec une barre de fer, et quelquefois on leur assénait sur la poitrine un coup de massue que Ton appelait le coup de grâce. Pilate eut égard à leurs prières, et envoya des soldats pour cette dernière exécution, « Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes du premier larron » et de l'autre qui avait été crucifié avec lui. « Etant venus à Jésus-Christ, et voyant, » à sa tête pâle et retombée, à l'immobilité de son corps, « qu'il était déjà mort » ils jugèrent inutile de « lui rompre les j amies; mais, » pour surcroît de pré-
Jo. XIX. 34 . Judaei ergo (quoniarn parasceve erat), ut non remanerent in cruce corpora sabbato (erat enim magnus dies ille sabbati), rogaverunt Pilatum ut frangcrentur eorum crura, et tollerentur. — 32. Venerunt ergo milites; et primi quidem fregerunt crura, et alterius qui crucifixus est cum eo. — 33. Ad Jesuni autem cùm venissent, ut viderunt eum jam mortuum, non fregerunt ejus crura.
m4, xxvii. 32-66. — § CXXIV. le calvaire. 365
caution, et dans la crainte qu'il ne fût pas réellement mort, « un des soldats lui ouvrit Je côté du » fer large et recourbé de « sa lance, et aussitôt » (preuve que le coup était mortel, et avait transpercé le péricarde et atteint le cœur), « il en sortit du sang et de Veau (a). Celui qui fa vu » (l'évangéliste saint Jean, qui rapporte ce fait), « en rend témoignage, et son témoignage est vrai, et il sait qu'il dit vrai, afin que vous croyiez aussi. Ainsi s'accomplit, » dans le véritable Agneau pascal, « cette •parole de V Ecriture : « Vous ne briserez aucun de ses os » et cette autre encore : « Ils verront celui qu'Us auront transpercé. » Dieu ne voulait pas que le corps de son fils fût mutilé.