‹ L'évangile expliqué, défendu, médité (volume 2)Chapitre 283 sur 359 · C. Inscription placée sur la croix · texte numérisé non relu

C. Inscription placée sur la croix

Jo. XIX, 19. « Cependant Pilate fit dresser un écriteau, qrfil fit mettre au haut de la croix. Cet écriteau portait : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs... Pilate leur répondit : Ce qui est écrit, est écrit. » Pilate voulait se venger des Juifs, et les humilier par ce titre, suivant lui, dérisoire... ; mais, sans qu'il s'en doutât, sa main était dirigée par la main divine elle-même, et il n'était en cela que l'instrument de la Providence. Il proclame publiquement sans le savoir, la royauté de Jésus-Christ, et le crime ineffaçable des Juifs, crucifiant leur Roi, leur Messie, le fils de Dieu. C'est au moment même où les Juifs s'applaudissent de leur triomphe sur Jésus-Christ, que leur jugement est prononcé, et que le titre infâme de déicide est imprimé à jamais, comme avec un fer brûlant, sur leur front. Le titre de dérision et d'opprobre attaché sur la croix de Jésus-Christ, deviendra un titre d'honneur et de gloire; toutes les nations, toutes les langues retentiront de ses louanges ; et bientôt, la terre entière le reconnaîtra pour son Maître et pour son Dieu,

m*, xxviï. 32-66. — § CXXIV. le calvaire. 371 D. E. Partage des vêtements. — Le bon et le mauvais larron.

v. 23. « Les soldats, qui avaient crucifié Jésus, prirent les vêtements du Sauveur (dont ils firent quatre parts, une pour chaque soldat) , et la tunique. » — Ces vêtements sacrés, d'où sortait une vertu cachée, deviennent la proie de bourreaux avides. — Nudité de Jésus-Christ, expiation de nos immodesties. « Propter nos egenus factus est. » — La tunique non partagée, figure de l'unité indivisible de l'Eglise de Jésus-Christ, de l'union de l'humanité avec la divinité dans l'Homme-Dieu.

« L'un des voUurs disait : Si tu es le Christ, sauve-toi, et sauve-nous... Mais Vautre : Seigneur, souvenez-vous de moi quand vous serez entré dans votre royaume. Jésus lui répondit : Aujourd'hui voîcs serez avec moi dans le paradis. » — Des deux larrons , l'un , mauvais , impénitent, profère des blasphèmes ; l'autre, pénitent et converti, réprimande son compagnon, confesse son péché et reconnaît l'innocence de Jésus. L'un meurt pardonné, l'autre dans l'impénitence. « Annos quinque millia clausus manserat paradisus, ipsum aperuit latro. » (S. Chrys.) « Latro crucem mutât paradiso, et facit homicidii pœnam martyrium. » (S. Hier.) — « Unus est, ne despercs; unicus est, ne prœsumas. » (S. Aug.j — Ces deux larrons attachés à la croix, en compagnie de Jésus, représentent le genre humain coupable et condamné, comme sur un calvaire, aux misères et aux peines de la vie présente. Les uns sanctifient leurs peines en les unissant à Jésus-Christ et les souffrant par amour pour lui, et sont sauvés ; les autres les souffrent avec murmure et sans esprit de foi, et se damnent. — Imitons le bon larron dans sa foi, sa pénitence, sa confiance en Jésus-Christ, et nous mériterons d'entendre un jour ces consolantes paroles : « Aujourd'hui vous serez avec moi dans le paradis. »

F. Marie aux pieds de la croix.

J. 25. « La mère de Jésus était là, debout au pied de la croix de son divin Fils. » — Constance admirable et immense douleur de Marie, au pied de la croix, et arrosée, en quelque sorte, du sang de son divin Fils! « Stabat aatè crucem mater, et fugkatïbus viris, stabat intrepida. » — « Non solùm ju.xta crucem stabat, verùm etiam in cruce pendebat, de se enim in se remunserat. Tota commigraverat lu dïlectum : et dum ille corpus, illa SpiHtum Immolabat. » — Apprenons de Marie à compatir aux souffrances que Jésus a endurées pour nous.

« Jésus ayant vu sa mère, et, debout près d'elle, le disciple qu'il aimait, lui dit : Femme, voilée votre Fils. Fuis, s adressant à V Apôtre, il lui dit : Voilée votre mère. » — Acceptons avec

reconnaissance, avec bonheur, le don précieux que Jésus nous fait, en nous donnant Marie pour mère. Plaçons en elle toute notre confiance ; remplissons envers elle tous les devoirs de la piété filiale, et ne faisons rien qui puisse la contrister et lui déplaire.

G. Les ténèbres. — La mort.

L. 44. «Les ténèbres couvrirent toute la terre jusqu'à la neuvième heure, et le soleil s'obscurcit. » — Deuil de la nature, suprême témoignage de Tinnocence, de la majesté, de la divinité de Jésus-Christ. Les cœurs des pécheurs sont plus insensibles que la nature inanimée.

v. 46. « Vers la neuvième heure, Jésus s'écria à haute voix : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonnée » — Tandis que le corps du Sauveur est en proie aux douleurs les plus atroces, son âme, privée des consolations spirituelles qu'elle puisait dans son union avec le Verbe, semblait délaissée de son Père céleste. Le Père céleste laisse extérieurement son Fils dans ce triste abandon, parce que Jésus-Christ s'est chargé de nos péchés et a pris l'engagement de les expier, parce qu'il représente le vieil Adam, le vieil homme, et qu'il s'est chargé de le détruire. Parce qu'il est revêtu, non par nécessité, mais par amour, du vêtement extérieur du péché, « in similiiudinem 2)cccati, » ce Père si bon n'épargne pas son fils bien-aimé, et semble le traiter sans miséricorde, «proprio filio suo nonpepercit. » Si celui qui n'a que la forme extérieure du péché est frappé avec tant de rigueur, que deviendrons-nous, nous, qui avons toute la malice, toute la corruption du péché ?

« Jésus dit : J'ai soif. ..» — Il fallait que tous les sens en Jésus fussent tourmentés, pour expier l'abus que nous en faisons. — La soif qui dévore le cœur de Jésus, c'est la soif du salut des âmes. — Ayons soif de la sainteté et de la justice.

« Jésus, ayant pris le vinaigre, dit : Tout est consommé. » — L'œuvre de la rédemption, de la miséricorde et de la justice divine, est enfin accomplie. Les Juifs ont comblé la mesure de leur malice, de leur ingratitude. Toutes les prophéties ont reçu leur entier accomplissement.

« Tout est consommé! ... » — Le calice de votre colère s'est répandu sur moi jusqu'à la dernière goutte; la mesure de messouffrances et de mes ignominies est comblée... ; ma mission est terminée.

« Tout est consommé!... » — L'attente de la terre est satisfaite, les vœux du ciel sont exaucés, l'univers est racheté, le démon vaincu, l'idolâtrie abattue, la loi ancienne abrogée, le voile des écritures déchiré, la nouvelle alliance scellée, l'église fondée : « Consummatwm est. >

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<c Tout est consommé! .. . » — La rançon des hommes pécheurs est payée, la sentence de condamnation annulée, le ciel ouvert; tout est réparé : « Consummatum est! » — Et nous aussi, pouvons-nous dire que nous avons accompli l'œuvre pour laquelle Dieu nous a mis sur la terre ? Dieu est-il glorifié ? Sa volonté est-elle exécutée? Notre salut est-il assuré?... Pouvons-nous dire : « Consummatum est ? »

« Puis, il s écria, d'une voix forte : Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains. » — Jésus-Christ expire en jetant un grand cri, pour montrer qu'il ne meurt point comme les autres hommes, que, s'il meurt, c'est parce qu'il le veut bien, et non par nécessité. L'humanité de Jésus-Christ devait être inaccessible à la mort. Comme il faudrait un miracle pour que nous fussions exempts de mourir, il en fallait un plus grand encore, pour que Jésus-Christ mourût; et de même que nous ne pouvons éloigner la mort par nos cris, ainsi, il a fallu que Jésus-Christ poussât une forte clameur, un cri d'autorité, pour la faire approcher de lui. (Le P. Ventura). — Vivons de manière à pouvoir dire aussi au moment de la mort : O mon Père, qui êtes aux cieux, je remets avec confiance mon âme entre vos mains paternelles, car j'ai pris soin de la purifier, et de l'orner des vertus chrétiennes.

« En proférant ces paroles, il inclina la tête, et il expira. » — « Inspice vulnera pendentis, sanguinem morientis, pretium redimentis; caput habet inclinalum ad osculandum, cor apertum ad dttigendum, brachia extensa ad amplectandum, totum corpus exposition ad redimendum. » (S. Aug.) — « Moritur, sed vûam impertit, ac morte sud, mortem extinguit. » (S. Greg. le Gd.) — Apprenons ici à comprendre le prix de notre âme, que le Fils de Dieu a payée de tout son sang. (1 Pet. 1,) avec quel soin ne devons-nous pas garder un trésor si précieux, pour le remettre intact entre les mains de notre Père céleste, et que Jésus du moins ne perde pas le prix de ses souffrances et de sa mort ? — Que souffre Jésus-Christ pour nous? La mort la plus cruelle et la plus infâme. De quelle manière souffre-t-il ? Librement et volontairement. Que vous demande-t-il pour cela? Une seule chose ; votre cœur et votre amour. Pourriez-vous le lui refuser ?

H. Prodiges qui accompagnent la mort de Jésus-Christ.

M1. 51. « Et voilà que le voile du temple fut déchiré en deux, depuis le haut jusqu'en bas. » — En déchirant le voile du temple, au moment où Jésus expire, Dieu nous fait connaître que, par le mérite de cette mort, toutes les ombres qui voilaient les saintes Ecritures étaient effacées, les mystères cachés dans l'ancienne loi révélés, que, par l'immolation du véritable Agneau Dehaut. L'Evang.— T. IV, 32

de Dieu, les sacrifices étaient devenus vains et sans effet, le sacerdoce d'Aaron détruit, les cérémonies de la loi abrogées, et par .suite, la majesté du temple déchue. En déchirant le voile qui interdisait l'approche du Saint des saints, Dieu nous fait connaître que la mort du Rédempteur a détruit l'inimitié de Dieu et le péché, qui nous fermaient à jamais le ciel, et ouvert aux enfants des hommes les portes de l'Eternel sanctuaire où Dieu se manifeste à ses élus.

« La terre trembla, et les rochers se fendirent. » — Annonce symbolique et prophétique de la destruction de Jérusalem, la cité déicide, de l'agitation, du bouleversement de toute la terre, alors que le mystère de Jésus crucifié lui serait annoncé ; du soulèvement des princes et des peuples pour arrêter le cours de la prédication évangélique, de la chute de l'idolâtrie, et de l'établissement de l'église, qui devait agiter toutes les nations, et changer la face de tout l'univers... (Le P. Ventura.)

« Le centurion, placé en face de la croix, en entendant le cri que poussa Jésus axant d'expirer, et envoyant ces prodiges, rendit gloire au Seigneur : certainement dit-il, cet homme était im juste; c'était vraiment le Fils de Dieu; et tous ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, voyant le tremblement de terre, et tout ce qui se passait, furent saisis d'une grande frayeur, et répétaient avec lui : Vraiment, c'était le Fils de Dieu. Et tous ceux qui virent ces choses s'en retournaient en frappant leur poitrine. » — Premier effet de la mort de Jésus-Christ : elle convertit ses propres bourreaux... Tandis que les prêtres Juifs, adorateurs du vrai Dieu, vomissent le blasphème et l'insulte contre le Fils de Dieu, leur Sauveur, des idolâtres, des soldats romains, nés au sein de la Gentilité, ignorants du vrai Dieu, de ses mystères et de ses promesses, se convertissent en un instant, et glorifient le vrai Dieu, et reconnaissent en Jésus-Christ un être supérieur à l'humanité. Admirable prophétie qui annonce que, bientôt, la vraie croyance passera de la Synagogue à l'Eglise, de Jérusalem à Rome. — Hélas 1 Les Juifs n'ont pas été les seuls qui se soient rendus coupables de la mort de Jésus-Christ ; tous, nous y avons coopéré : frappons aussi notre poitrine, et excitons en nos cœurs le regret sincère de nos fautes : « percutientes pectora sua rêvertebantur. »

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