‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 140 sur 419 · A. PREMIER DISCOURS. — JÉSUS, LA LUMIÈRE DU MONDE · texte numérisé non relu

A. PREMIER DISCOURS. — JÉSUS, LA LUMIÈRE DU MONDE

Quand la femme adultère se fut retirée, « Jésus, » en présence des deux colossals flambeaux qui avaient servi à l'illumination du jour précédent, figures symboliques de la lumière divine, qui, pour éclairer le monde, devait s'élever de la montagne de Sion, prit de là occasion de faire une nouvelle instruction aux Juifs, aux habitants de Jérusalem qui l'entouraient (les pèlerins étrangers avaient quitté la ville).

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« Je suis, leur dit-il, la lumière » qui éclaire et vivifie le monde : Celui qui me suit ne marche 'pas dans les ténèbres, » ne s'égare pas dans les routes ténébreuses qui conduisent à l'abîme éternel; « mais il aura la lumière de vie, » la lumière divine, qui donne à l'àme qui la reçoit la vie surnaturelle delà grâce. Ces paroles nous offrent vraisemblablement le résumé de l'instruction plus développée que Jésus fit alors à la foule qui l'environnait.

« Alors les Pharisiens » qui se trouvaient parmi ses auditeurs, et qui ne voyaient en lui qu'un homme; « lui dirent : C'est voîis qui vous rendez à vous-même ce témoignage; un tel témoignage est sans valeur. Quoique je me rende témoignage à moi-même, leur répondit Jésus, ce témoignage ne laisse pas d'être valable, » et de mériter toute créance, « parce que je sais d* où je viens, et où je vais', » je sais que je viens de Dieu, que je suis l'envoyé de Dieu, plus encore, que je suis le Fils unique et consubstantiel du Père éternel; je sais également que je vais à la mort pour le salut du monde, et que je retournerai vers mon Père pour être glorifié auprès de lui. Or, celui qui vient de Dieu, et qui parle au nom de Dieu, et qui prouve sa mission divine par les prodiges qu'il opère, celui qui est Dieu lui-même, et par suite, la vérité essentielle, celui-là mérite assurément toute créance; « mais vous, vous né savez, » parce que vous fermez volontairement les yeux à la lumière, « ni d'où je viens, ni ou je vais, » et votre ignorance coupable et affectée ne vous excuse pas, parce qu'elle est l'effet de la corruption de votre coeur. « Vous jugez selon la chair, » selon les sens et l'apparence extérieure, sans pénétrer dans l'essence intime des choses; « mais

12. Itorùm ergb locutus est ois Jésus, dicens : Ego sum lux munrïi. Qui sequitur me, non ambulat in tenobris, sed habebit lumen vitae. — 43. Dixerunt ergb ci Pharisœi : Tu do te ipso testimonium perhibes, testimonium tuum non est verum. — li. Respondit Jésus, et dixit eis : Et si ego testimonium perhibeo de me ipso, verum est testimonium meum, quia scio unde veni, et qub vado. vos autem nescitis undè venio, aut qub vado. — 15. Vos secundùm carnem judicatis ;

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moi, » je ne fais pas comme vous, « je ne Juge, » ni ne condamne « ''personne, » je ne condamne pas sans examen et par passion; « et si je juge quelqu'un, mon jugement est conforme à la vérité', parce que je ne suis pas seul, mais j'ai avec moi mon Père qui m* a envoyé, » et dont je suis inséparable. « Il est écrit dans la loi de Moïse (Deut. xvn, 19-15), que le témoignage de deux hommes est vrai; or, » ce double témoignage existe en ma faveur. « Je rends témoignage de ■moi-même, » et ce témoignage, je vous l'ai prouvé, est légitime; « mais de plus, » j'ai encore un autre témoignage que vous ne pouvez renier, « celui de mon Père qui m'a envoyé, qui rend aussi témoignage de moi, » qui confirme mon propre témoignage par la puissance miraculeuse qu'il m'a accordée, par les prophéties accomplies en ma personne; vous êtes donc inexcusables, si vous ne le croyez pas.

« OU est-il donc, ce Père, » dont vous nous parlez, répondirent-ils d'un ton de sarcasme? faites-nous donc voir et entendre ce nouveau et étrange témoin qui parle en votre faveur ?

« Jésus leur répondit ; Vous ne connaissez » véritablement, et d'une manière utile pour votre salut, « ni moi, ni mon Père', » car vous ne pouvez connaître mon Père sans moi, qui révèle ce père au monde. « Si vous me connaissiez » comme l'envoyé, comme le Fils unique de Dieu, « vous pourrie: alors connaître mon Père, » qui ne fait qu'un avee moi. L'évangéliste nous apprend que « Jésus dit ces paroles enseignant clans le temple, dans la salle » du parvis des femmes, « oU se trouvait le trésor, » c'est-cà-dire les treize caisses où se déposaient les offrandes volontaires des Juifs, pour

ergo non judico qucmquam. — 16. Et si judico ego, judicium meum verum est, quia solus non sum, sed ego, et qui misit me Pater. — 17. Et in lege vestrâ seriplum est, quia duorum hominum testimonium vorum est. — 18. Ego sum, qui testimonium pc-rhibeo de me ipso; et testimonium perhibet de me qui misit me Pater. — 19. Di- Cfbant ergb ci : Ubi est pater tuus? Respondit Jésus : Neque me scitis, neque Patrem meum; si me sciretis, forsitan et Pat rem meum sciretis. — 20. Heec verba locutus est Jésus in gazophylacio, docens in teraplo :

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l'entretien du sanctuaire et le soutien des pauvres, qui étaient munies, suivant les rabbins, d'ouvertures en forme de cornes, surnommées les trompettes, et qu'il faut distinguer des chambres où l'on conservait les objets précieux du temple; et, malgré la fureur de ses ennemis, « personne ne » fit le moindre mouvement pour « se saisir de lui, garce que son heure n'était pas encore venue. »

A. SECOND DISCOURS, 1 re PARTIE : SON RETOUR VERS SON PÈRE, ET LES SUITES DE L'INCRÉDULITÉ (21-29).

Ce second discours ne fut sans doute séparé du précédent que par une courte pause, et eut lieu dans le même endroit. L'œil perçant du Sauveur découvrait les pensées homicides qui germaient et se développaient de plus en plus dans le cœur de ses ennemis, et cette pensée le remplissait de tristesse. Leur répétant les menaces prophétiques qu'il leur avait faites les jours précédents, il dit à ceux qui l'entouraient : « Je m'en vais', » je sais que l'heure de mon sacrifice volontaire approche, et une fois disparu de ce monde et retourné vers mon Père, « vous me chercherez en vain, » en attendant tous les jours un nouveau Messie, un libérateur, comme s'il n'était pas venu en ma personne, « et vous mourrez dons votre péché, » dans votre incrédulité et votre impénitence. Dans le ciel, « ou je vais, cous ne pouvez ven ir : » il n'y a pas de place pour vous, et le séjour des damnés est votre éternel partage. « Sur quoi les Juifs, » se livrant à un persiflage insultant, « se disaient entre eux : » Que veut-il nous dire, par ces étranges et mystérieuses paroles : « Je vais où vous ne pouvez venir? » Veut-il nous faire entendre par là « qu'il se tuera lui-même » et se précipitera ainsi dans la géhenne réservée à ceux qui se donnent la mort? Il peut être sûr, en effet, que nous ne Tirons pas chercher dans ce lieu.

et nemo apprehendit oum, quia necdùm vencrat hora ejus. — 21. Dixit ergo iterùra eis Jésus : Ego vadp, et quaeretis me et iu peeeato vestro moriemini. Quo ego vado, vos non potestis venire. — Dicebant ergb Judaei : Numquid inh rficiet semetipsum, quia dixit : Qub ego vado, vos non potestis venire ?

« Jésus, » sans perdre son calme et sa gravité habituelle, « leur dit : » il n'est pas étonnant que vous ne compreniez pas mon langage, et que vous n'y répondiez que par le sarcasme. Il y a trop de différence entre vous et moi, entre mon esprit et le vôtre. « Vous êtes d'ici- ~bas; » vous n'avez que des pensées de la terre; « moi, je suis d'en haut, » c'est du ciel que je viens. « Vous êtes de ce monde, » où règne Satan et le péché, dont vous êtes les malheureux esclaves; «moi, je ne suis [Mis de ce monde; » il n'y a rien de commun entre ce inonde éloigné de Dieu, corrompu et aveugle et moi, qui suis la sainteté par essence. « Je tous le répète, si vous ne me croyez pas ce que je suis, » si vous ne croyez pas que je suis votre Sauveur, et que vous ne pouvez être sauvés que par moi, « vous mourrez dans votre péché. »

« Et qui êtes-vous donc, selon vous, répliquèrent-ils, » pour tenir un pareil langage? « Je suis, dit Jésus, » moi qui vous parle, « le principe de toutes choses, » le Verbe par qui tout a été fait (a). « J'aurais, » poursuitil, « beaucoup de choses à dire de vous, » beaucoup « à condamner en vous, » vous qui me jugez moi-même avec tant de partialité et d'injustice; mais je ne veux pas le faire ; qu'il me suffise de répéter que « celui qui m'a envoyé ne trompe point. Pour moi, ce que j'ai appris de lui je le dis au monde. Et ils ne comprirent point qu'il disait que Dieu était son Père. »

23. Et dicebat eis : Vos de deorsùm estis, ego de supernis sum. Vos de mundo hoc estis, ego non sum de hoc mundo. — 24. Dixi ergb vobisquia moriemini in prccatis vestris: si enim non credideritis quia ego sum, moriemini in peccato veslro. — 2o. Dicebant ergb ei : Tu quis es? Dixit eis Jésus : Principium, qui et loquor vobis. — 26. Multa habeo de vobis loqui, et judicare. Sed qui me misitverax est : et ego quse audivi ab eo, haec loquor in mundo. — 27. Et non cognoverunt quia Patrem ejus dicebat Deum.

(a) C'est le sens de la Vulgate ; selon le texte grec, Jésus aurait dit : « Je suis ce que je vous ai dit dès le commencement, » la lumière du monde, le Messie, le Fils de Dieu; ou bien, je suis originairement ce que je vous dis, Tr;v àp/r;v 8 tt xai Icùm ûjiiv, je suis ma parole même, ma doctrine, c'est moi-même (Bisjiing) ; ou bien encore : « Je suis justement ce que je vous dis; — plané prorsùs quod et loquor vobis, »

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Jésus leur annonce ensuite,, d'une manière obscure et énigmatique, les événements merveilleux qui accompagneront et suivront sa mort, tels que l'éclipsé du soleil, le tremblement de terre, la résurrection des morts, sa propre résurrection, son ascension au ciel, la descente du Saint-Esprit, qui pourront ouvrir les yeux des Juifs, et leur faire connaître qu'il est véritablement le Messie, et qui l'ouvriront, en effet, à plusieurs. « Quand vous aurez élevé, » attaché à la croix, « le Fils de l'homme, leur dit-il, » à la vue des signes redoutables qui paraîtront, « alors vous connaîtrez qui je suis, » vous comprendrez que je suis véritablement le Fils de Dieu, le Messie rédempteur, « vous connaîtrez que je ne fais rien de moi-même, mais que je parle selon que mon Père m'a enseigné, » que je suis réellement envoyé de Dieu sur la terre pour instruire les hommes et leur révéler les secrets du ciel. « En effet, » mon Père céleste « qui m'a envoyé est avec moi, et il ne m'a point laissé seul; » c'est lui qui opère par mes mains, qui vous parle par ma bouche, « parce que je fais toujours ce qui lui plaît, » que sa volonté est l'unique règle de ma conduite.

C) DEUXIÈME PARTIE : LES VRAIS DISCIPLES DE JÉSUS-CHRIST. — LA LIBERTÉ DES ENFANTS DE DIEU ET L'ESCLAVAGE DES PÉCHEURS. — PARENTÉ SPIRITUELLE DES JUIFS AVEC LE DIABLE. — CONDITION ET EFFET DE LA FOI. — PRÉEXISTENCE DE JÉSUS-CHRIST, (vill, 30-59).

Le discours de Jésus-Christ ne resta pas sans fruit, et une partie des auditeurs fut ébranlée. « Comme il disait ces choses, beaucoup encrent en lui. » Jésus, afin d'affermir leur conversion naissante, voulut leur apprendre à quelles conditions ils seraient vraiment ses disciples. « Il dit donc aux Juifs qui croyaient en lui: Si vous demeurez fermes dans ma parole, » si vous persévérez

28. Dixit ergb eis Jésus : Cùm exaltaveritis Filium hominis, tune cognoscetis quia ego sum, et a me ipso facio nihil, sed sicut doeuit me Pater, haec loquor : — 29. Et qui me misit, meeum est. et non relierait me solum : quia ego qua) placita sunt ei, i'acio semper. — 30. Hœc illo loquente, mulii crediderunt in eum. — 31. Dicebat ergb Jésus ad eos qui crediderunt ei Judaeos : Si vos manseritis in sermone meo,

dans la foi que vous avez maintenant, sans vous laisser ébranler par l'incrédulité de ceux qui devraient vous montrer le chemin, « alors, vous serez véritablement mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, » vous ferez de jour en jour de nouveaux progrès dans la science divine, et vous ne tarderez pas à en recueillir le fruit : car, « la vérité vous fera libres, » vous affranchira du honteux esclavage du démon et du péché.

A ces derniers mots (la vérité vous fera libres,) qu'ils comprirent dans leur sens grossier et matériel, l'orgueil des Pharisiens qui se trouvaient- mêlés dans l'auditoire se trouva froissé. « Nous sommes, répondirent-ils » fièrement, « de la postérité d' Abraham, nous ne fumes jamais esclaves de personne. Comment donc dites-vous : Vous serez libres, comme si nous ne Vêtions pas dès maintenant? » Ils oubliaient en parlant ainsi, l'esclavage de l'Egypte, l'exil de Babylone, et le joug honteux des Romains sous lequel ils gémissaient alors. Il est vrai que ceux-ci leur laissaient encore quelque ombre de liberté, leurs lois civiles et religieuses, et qu'ils n'étaient pas précisément réduits à l'esclavage; c'était assez pour consoler leur orgueil.

« Jésus leur répondit : » la liberté dont je vous parle, c'est la liberté de l'âme, la liberté spirituelle, la seule qui mérite réellement ce beau nom : « En vérité, en vérité, je vous le dis : quiconque pkhe est esclave du péché, » et c'est là l'esclavage le plus honteux, le plus funeste. Le pécheur devient l'esclave de ses penchants dépravés, de ses passions, de la concupiscence et du démon qui l'excite et qui l'attire, et qui parvient à le dominer et en faire son jouet. « L'esclave ne reste pas toujours dans la maison de son Maître', » celui-ci peut, quand il le veut, le vendre ou le chasser. Bien que vous vous vantiez de descendre, et qu'en effet, vous

verè discipuli mei eritis; — 32. Et cognoscetis veritatem, et veritas liberabit vos. — 33. Responderunt ei • Semen Abrahœ sumus, et nemini servivimus unquam; quomodô tu dicis : Libcri eritis? — 34. Respondit cis Jésus : Amen, amen dico vobis : quia omnis qui facit peccatum, servus est peccati; — 33. Servus autem non manet in domo in œternum;

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descendiez corporellement d'Abraham, vous n'êtes, en quelque sorte, que des esclaves, des étrangers, dans la maison de Dieu, vous n'êtes pas du nombre de ses enfants, et si vous restez dans cet esclavage du péché, le père de famille vous chassera de la maison paternelle, comme Abraham a chassé Agar et Ismael (Gen. , xli, 1 0) ; « mais Je fus, » héritier des biens paternels, « y demeure toujours. » Mais « si » moi, qui suis « le Fils » unique du Père céleste, qui jouis de tous les droits de sa souveraineté, je « vous délivre, alors tous serez véritablement libres; » le péché ne régnera plus sur vous, et votre âme, délivrée de la tyrannie du démon et de la concupiscence, pourra se déterminer librement pour le bien.

« Je sais » très-bien, poursuivit-il encore, « que vous êtes » selon la chair, comme vous me le rappeliez toutà-1'heure, les descendants^ « les fils d'Abraham; » mais vous ne l'êtes pas selon l'esprit, car, en ce moment même, « vous cherchez- à me tuer, parce que ma parole ne 'pénètre point en vous, » et que vous lui fermez volontairement votre cœur. « Pour moi ce que fai vu en mon Père, » dans l'essence divine, « je le dis, » je révèle aux hommes les secrets d'e Dieu; mais vous, « ce que vous avez vie en votre père, » ou plutôt, suivant une leçon du texte grec, préférée par les meilleurs critiques, « ce que vous avez appris de cotre père, » (* -/fao^a-rs Tiapà toïï Tcaxpoç B. G. L. X, Chrysost.),, c'est-à-dire, comme il le déclarera plus tard, de Satan, de ce père dont vous suivez si bien les inspirations, « vous le faites, » vous le réduisez en pratique. — De quel père nous parlezvous? lui répliquèrent-ils? « notre père, c'est Abraham, » nous n'en avons point d'autre. — « Jésus leur dit : si vous êtes fils d'Abraham, » prouvez-le donc par votre conduite; « faites les œuvres d'Abraham. Mais, loin de là,

filius autom manet in œternum. — 36. Si ergb vos films liberaverit, verè liberi eritis. — 37. Scio quia filii ÀDrahae estis : sed quaeritis me inlerficere, quia sermo meus non capit in vobis. — 38. Ego quod vidi apud Patrem meum loquor : et vos, quae vidistis apud patrein vestrum, i'acitis. — 39. Responderunt et dixenmt ci : Pater noster Abraham est. Dicit eis Jésus : Si fdii Abrahaa estis, opéra Abrahaa facile.

vous cherchez à me faire mourir, moi qui tous ai dit la vérité, que j'ai apprise de Dieu; cela, Abraham ne l'a point fait. » Il accueillait et honorait les envoyés célestes qui venaient frapper à sa porte hospitalière, il ne les repoussait pas, ni ne les tuait pas. Du reste, en voulant me tuer, « vous faites dieu les œuvres de votre » vrai « père. »

Les Juifs, plus irrités encore, et soupçonnant de quel père il voulait les faire descendre s'écrièrent : « Nous oie sommes point des Mtards; » nous sommes les descendants légitimes d'Abraham, et aveclui, « nousn'avons qu'îin Père, qui est Dieu, » dont nous nous honorons d'être les adorateurs. — «Jésus repartit: Si Dieu était » réellement « votre Père, » comme vous le dites, si vous aviez dans votre cœur, pour lui, un amour et une obéissance filiale, « vous m'aimeriez » moi aussi, car on ne peut aimer le père sans aimer le fils; or, « c'est de Dieu que je procède, c'est de Dieu que je suis sorti; » je suis le Fils unique et consubstantiel du Père céleste, « Je ne suis point venu de moi-même, mais c'est lui qui m'a envoyé : pourquoi donc ne connaissez-vous point mon langage, » comme si je vous parlais une langue étrangère? — C'est « parce que ma doctrine, » à cause de la corruption de votre cœur, « vous est insupportable. » Non, certes, ce n'est pas Dieu; et si vous voulez que je vous le dise, « c'est le diable qui est votre père, et les désirs de votre père, vous voulez les accomplir. Il a été homicide dès Te commencement; » c'est lui qui, en séduisant le premier homme, a introduit le péché et la mort dans le monde, et a été, en quelque sorte, le meurtrier du genre humain tout entier ; et de plus, « il n'est point demeuré dans la vérité, parce que la vérité

40. Nunc autem quaerilis me interficere, hominem qui verilalem vobis locutus sum, quam audivi à Deo : hoc Abraham non fecit. 44. Vos lacitis opéra patris vestri. — Dixerunt itaque ei : Nos ex fornicatione non sumus nati ; unum patrem habemus Deum. — 42. Dixit ergb eis Jésus : Si Deus pater vester esset, diiigeritis uliquè me : ego enim ex Deo processi, et veni : neque enim à me ipso veni, sed ille me misit. — 43. Quarè loquelam meam non cognoscitis? quia non potestis audire sermonem meum. — 44. Vos ex pâtre diabolo estis, et desideria patris vestri vultis lacère. Ille homicida erat ab initio, et in veritate non stetit, quia non est veritas in eo.

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n'est 'point en lui; » révolté contre Dieu, il est en opposition avec Tordre, avec la justice, avec sa propre fin, en un mot, avec l&vérité; sa nature toute entière est un mensonge. Aussi, «lorsqu'il parle le mensonge, il parle de son propre fonds, cap il est » essentiellement « menteur et le pire du mensonge. » Or, vous avez hérité de ces deux caractères : comme Satan, vous nourrissez contre moi des pensées homicides ; comme lui, vous êtes les ennemis de la vérité. « Aussi, quand je dis la té rite, vous ne me croyez point. » Gomment excuser les desseins de mort que vous conservez dans votre cœur? Ma vie toute entière offre-t-elle le moindre prétexte à votre haine? peut-elle autoriser le refus que vous faites de croire en moi? Vous exercez contre moi, depuis longtemps, une inquisition bien sévère, bien jalouse; malgré cela, « oui de vous me convaincra du moindre péché? » — Voilà, il faut l'avouer, un beau et héroïque défi, que l'Homme-Dieu seul pouvait se permettre, et auquel ses adversaires n'osèrent répondre, car ils gardèrent le silence. — « Si je dis la vérité, » poursuit Jésus, « pourquoi ne croyez-vous pas en moi? » Quelle excuse restet-il à votre incrédulité? « Celui qui est de Dieu, » qui a l'esprit de Dieu, « écoute la parole de Dieu. Vous n'écoutez pas, parce que vous n'êtes pas de Dieu, » et que son esprit n'habite pas en vous.

« Les Juifs » exaspérés de ces justes reproches, à défaut de bonnes raisons, répliquèrent par des injures : « N'est-ce pas à ton droit, » dirent-ils, « que nous disons que vous êtes un Samaritain, » un schismatique, « et que le démon vous possède? » — « Jésus, » toujours patient et calme, « répondit : Non, le démon n'est point en moi, mais j'honore mon Père, » ma vie toute entière est consacrée à procurer sa gloire, et ce n'est pas là le

Cùm loquitur mendacium, ex propriis loquitur, quia mendax est et pater ejus. — 45. Ego autem si \eritatem dieo, non creditis mihi. — 46. Quis ex vobis arguet me de peccato ? Si veritatem dico vobis, quarè non creditis mihi? — 47. Qui ex Deo est, verba Dei audit. Proptereà vos non auditis, quia ex Deo non estis. — 48. Responderunt ergb Judœi, et dixerunt ei : Nonne benè dicimus nos quia Samaritanus es tu, et daemonium habes ? — 49. Respondit Jésus : Ego deemonium non habeo, sed honorifico Patrem meum,

caractère d'un démoniaque, « et .vous, vous refusez de m' honorer, » vous m'injuriez, au contraire. « Quant à moi, » vos injures me touchent peu, car, « je ne cherche point ma propre gloire, mais il est un autre qui la recherchera, et qui fera justice, » qui vous infligera les châtiments que vous méritez. « En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort ; » vous donc, qui la repoussez, vous mourrez éternellement.

« Les Juifs, » dont l'exaspération ne faisait que croître, « reprirent : Nous voyons bien maintenant, » et il est manifeste « que le démon » de la folie « est en vous. Abraham est mort, les prophètes sont morts, et vous dites: Si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. » — De quel front promettez-vous aux autres ce que vous n'avez pas vous-même, et ce qu'aucun homme ne possède, le pouvoir de ne point mourir? « Etes^vous donc plus grand qu'Auraliam votre père qui est mort? les prophètes aussi sont morts » et n'ont jamais fait de telles promesses; « qui donc prétendezvous êtreï »

« Jésus répondit ; » Je ne m'arroge rien qui ne me soit légitimement dû. « Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien; » mais qu'ai-je besoin de vaines louanges ? « C'est mon Père qui me glorifc » par la puissance miraculeuse qu'il me communique, « lui que vous proclamez votre Dieu, et que vous ne connaissez point; mais moi, je le connais, et si je disais que je ne le connais point, je serais comme vous, un menteur. Mais je le connais, et je garde sa parole. » Tout à l'heure, avec

et vos inhonorastis me. — 50. Ego autem non queero gloriam moam; est qui quœrat et judicet. — 51. Amen, amen dico vobis : Si quis sermonem raeum servaverit., mortem non videbit in œternum. — 52. Dixerunt ergô Judsei : Nunc cognovimus quia dœmonium habes. Abraham mortuus est, et prophetae, et tu dicis : Si quis sermonrm meum servaverit, non gustabit mortem in aeternum. — 53. Numquid major es pâtre nostro Abraham, qui mortuus est? et propheta3 mortui sunt. Quem te ipsum facis? — 54. Respondit Jésus : Si ego glorifico me ipsum, gloria mea nihil est ; est Pater meus qui glorificat me, quem vos dicitis quia Dcus vester est. — 55. Et non cognovistis eum ; ego autem novi eum ; et si dixero quia non scio eum, eio similis vobis, mendax. Sed scio eum, et sermonem ejus servo.

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une insultante ironie, vous me demandiez si je suis plus grand qu'Abraham; oui, je le suis, et j'ajoute qu' « Abraham votre père a désiré afd&ffiment roir won avènement » sur la terre ; « il l'a vu, » du moins en esprit, et par la révélation de Dieu, ou bien peut-être dans le schéol ou les limbes, où il aura été instruit par une grâce particulière, comme Moïse et Elie, de l'avènement du Messie, « et il a été ravi de joie. »

« Les Juifs » l'interrompant : Quoi! s'écrièrent-ils, « vous n'avez pas cinq route ans (a), et vous osez dire que vous avez vu Abraham ! » — « Jésus leur dit : En vérité, en vérité je vous le dis, avant qu'Abraham fût conçu, je suis, » car j'existe éternellement dans le sein de mon Père. — « A ces mots, les Juifs prirent des pierres pour le lapider » comme un blasphémateur. « Mais Jésus, se mêlant clans la foule, se déroba » à leur fureur et sortit du temple. »

On demandera peut-être où les Juifs prirent ces pierres qu'ils voulaient lancer contre le Sauveur; mais on travaillait toujours aux constructions accessoires du temple, rebâti par Hérode : Josèphe nous apprend qu'on y travailla jusqu'à l'an 817 de Rome (Ant. J., xx, "8); par suite, ily avait des pierres entassées dans les cours.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

J. VIII. v. 12. « Jésus leur parla de nouveau, disant : Je suis la lumière du monde. » — Jésus est le divin Soleil qui est venu chasser les ténèbres de Terreur et apporter au monde la vérité. Il est la lumière qui éclaire l'intelligence, qui échauffe et féconde

56. Abraham pater vester exulta vil ut yideret diem moum : vidit, et gavisus est. — 57. Dixcrunt ergb Judœi ad eum : Quinquaginta annos nondùm habes, et Abraham vidisti? — 58. Dixit eis Jésus : Amen, amen dien vobls, àntèquàm Abraham fieret, ego sum. — 59. Tulerunt ergb lapides, ut jacerent in eum; Jésus autem abscondit se, et exivit de templo.

{«) Les Juifs ne voulaient pas désigner au juste l'âge de Jés quame ans, c'était Page d'un homme parfait. Les Juifs voulaie

Jésus-Christ : vous n'avez pas encore atteint rage d'un homme parfait, et vous voulez nous persuader que vous avez vu Abraham?

sus-Christ. Cilb lit donc dire à

le cœur et lui fait produire les fleurs et les fruits des vertus chrétiennes : hors de lui. il n'y a qu'une nuit profonde qui nous conduit à l'abîme : il est le flambeau qui nous empêche de nous égarer, et nous conduit vers la vie éternelle. Ce n'est pas, comme la science humaine, une lumière trompeuse et stérile, qui enfle le cœur et dessèche l'âme, mais une lumière vivifiante, qui renouvelle l'homme tout entier. Jésus, dit saint Augustin, est le Soleil du monde, soleil qui ne connaît pas de déclin. « Deus tuus ubiquè totîùs est. Si non ab illo fades casum, nunquàm à te ipse facïl occasion. »

v. 13. « Les Pharisiens lui dirent : Vous rendez vous-même témoignage de vous, votre témoignage n'est pas valable. » — Les Pharisiens ne pouvaient pas se cacher à eux-mêmes que Jésus en avait souvent appelé devant eux au témoignage de ses miracles et de la sainte Ecriture pour confirmer le propre témoignage qu'il donnait de lui-même. Les incrédules qui attaquent la religion sont rarement de bonne foi, et sont bien moins fermes dans leur incrédulité qu'ils s'efforcent de le paraître.

.v. 14. « Jésus leur répondit ■ Bien que je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai, parce que je sais d'où je viens et où je vais; mais vous ne savez, vous, ni d'oie je viens, ni où je vais. » — Jésus-Christ est la lumière ; mais la lumière se manifeste elle-même et n'a pas besoin d'un témoignage étranger ; il suffit, pour la voir, d'ouvrir les yeux. Nous devons croire le témoignage de Jésus-Christ touchant sa nature divine, a) parce que sa sainteté sublime le met au-dessus du soupçon de mensonge, et ne permet pas de voir en lui un imposteur, ni un visionnaire ; b) parce que son témoignage est confirmé extérieurement par celui de son Père céleste. — Celui qni a la foi connaît son origine et sa fin. Il sait d'où il vient, et où il va. Il ne marche pas au hasard, comme les enfants du monde, mais il sait ce qui l'attend au delà de cette vie.

v. 15. « Vous jugez selon la chair : Moi, je ne juge personne. » — Les jugements téméraires naissent des affections charnelles, des passions déréglées qui obscurcissent l'esprit et le couvrent comme d'un épais brouillard.

Les hommes ne se jugent guère les uns les autres qu'à travers les lueurs trompeuses des préjugés et de l'intérêt particulier : ils jugent les autres bien moins d'après ce qu'ils sont en eux-mêmes, que d'après ce qu'ils sont par rapport à eux. Nous découvrons toujours moins de défauts dans un ami, moins de vertus et de qualités dans un ennemi qu'ils n'en ont en réalité. — Jésus n'est pas venu sur la terre pour condamner les hommes, mais pour les sauver. Ceux-là seuls le subiront comme Juge, qui n'auront pas voulu de lui comme Sauveur.

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v. 16. « Et si je juge, mon jugement est légitime, parce que je ne suis j)as seul, mais moi et le Père qui nia envoyé. » — « Quia solus non sum, sed ego et qui misit me Pater. » — « Si tecum est, quomodo te misit? Ità ne et missus non recessisti? ità ne et ad nos venisti,et ïbi mansisti? Quomodo istud creditur? quomodo capitur1? Ad liœc duo respondeo ; Quomodo capitur, rectè dicis; quomodo creditur, non rectè dicis. Imo ideo et benè creditur, quia non cito capitur : nam si cito caperetur, non opus erat ut crederetnr, quia videretur. Ideo credis, quia non capis ; sed credendo fis idoneus ut capias. Fides ergo mundet te, ut intellectv.s impleat te. Ergo, Domine Deus noster Jesu Christe, missio tua iiicarnatio tua est : Sic video, sic credo, ne arro ganter sit dicere : sic intelligo .Prorsus et hic est Dominus noster Jésus Christus : imo hic erat secundùm carnem, modo hic est secundùm divinitatem : et cum Pâtre erat, et à Pâtre non recesserat. » (S. Aug.) — Si nous ne voulons pas nous tromper dans nos jugements, jugeons tout à la lumière de la foi.

v. 17-18. « Il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux hommes est véritable. Or, moi-même, je rends témoignage de moi, et mon Père qui m'a envoyé en rend aussi témoignage. » — Les miracles opérés par Jésus sont le témoignage que le Père rend au Fils, et que le Fils se rend à lui-même. Celui qui interrompt et change à son gré le cours de la nature est nécessairement le Maître de la nature, et l'homme doit se courber devant l'autorité de Dieu. L'impiété a beau récuser ce témoignage, il sera toujours le fondement inébranlable de la foi des chrétiens, et la source de leur plus douce consolation ; il sera toujours pour quiconque ne veut pas fermer volontairement les yeux à la lumière, une preuve inébranlable de la divinité de Jésus-Christ et de la religion qu'il a établie.

v. 19. « Ils lui dirent donc : Où est votre Père ? Jésus répondit : Vous ne connaisse: ni moi ni mon Père .• Si vous me connaissiez, peut-être, connattriez-vous mon Père. » — C'est par le Fils, que le Père se manifeste au monde; c'est par lui seul qu'il peut être connu. C'est Jésus-Christ qui est venu nous dévoiler les secrets de la nature et de la vie divine.

v. 20. « Jésus dit ces paroles, enseignant dans le temple, au lieu où est le trésor; et personne ne se saisit de lui, parce que son heure n'était pas encore venue. » — Les ennemis de Jésus-Christ ne pouvaient rien contre lui, tant que son heure n'était pas venue. Faisons l'œuvre de Dieu, sans nous inquiéter des obstacles qu'y opposent les passions des hommes. Ils ne pourront rien contre nous qu'autant que Dieu le voudra bien. Abandonnons-nous donc avec confiance aux dispositions de la Providence divine, qui saura tout diriger pour notre plus grand bien. Dehaut. L/Evang. — T. III. 18

v. 21. « Jésus leur dit encore : Je m'en vais, et vous me chercherez^ et vous mourrez dans votre péché. » — Il y a pour nous des temps de grâce et de salut qui ne reviennent plus, si nous les laissons échapper sans en profiter. Gardons-nous d'abuser de la grâce, et de remettre notre conversion au lendemain : «Nemo desperet, nemo prœsumat. » (S. Aug.). Contre le désespoir, Dieu nous a offert le port de la pénitence ; contre la présomption, il oppose l'incertitude du jour de la mort. C'est un terrible malheur que de mourir dans son propre péché. Il n'y a qu'un seul moyen de l'éviter, c'est d'être toujours prêt à paraître devant Dieu. — « Où je vais, vous ne pourrez venir. » — Le ciel est pour le juste persécuté un lieu de refuge où ses persécuteurs, du moins, ne pourront plus l'atteindre.

v. 22. « Les Juifs disaient : Se tuera-t-il lui-même, qu'il dit • Où je vais, vous oie pouvez venir? » — Quand les incrédules sont à bout de raison, ils ont recours à la moquerie et à la dérision. Quel triste aveuglement que de se moquer de ce qui devrait nous faire trembler.

v. 23. « Et il leur dit : Vous, vous êtes d'en las, moi, je suis d'en haut; vous êtes de ce monde, moi, je ne suis pas de ce monde. »

— Il y a une opposition radicale entre le monde et Jésus-Christ, entre les sectateurs du monde, et les véritables disciples de Jésus-Christ. Les uns se portent en bas, rampent sur la terre; les autres s'élèvent en haut, vers le ciel. 11 y a entre eux un abîme que rien ne peut combler. — Si donc vous êtes ressuscites avec Jésus-Christ, recherchez les choses du ciel, où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu : n'ayez de goût que pour les choses d'en haut, et non pour celles d'ici-bas. » — (Col., ni, 1, 2).

v. 24. Si vous ne me croyez pas ce que je suis, vous mourrez dans votre péché. » — Celui qui repousse Jésus-Christ repousse le salut, et court immédiatement à sa perte.

v. 25. « Ils lui dirent donc : Qui êtes-vous? Jésus leur dit : Le Principe, moi-même qui- vous parle. » — Oui, Seigneur, j'accepte votre témoignage. Je crois fermement que vous êtes le Principe éternel et la fin de toutes choses, le Verbe fait chair, le Fils unique et consubstantiel du Père éternel. Je crois que vous êtes mon Dieu, mon Créateur, mon Maître, mon unique Sauveur, et ma seule espérance. — Le vrai chrétien n'a pas de peine à dire ce qu'il est ; il n'a rien à déguiser ni à cacher, et n'a pas besoin de s'entourer de voiles et de mystères.

v. 26. « J'ai beaucoup de choses à dire de vous et à condamner en vous, mais celui qui m'a envoyé est véridique, et ce que f ai entendu de lui, je le dis au monde. » — Jésus-Christ n'a-t-il pas aussi beaucoup de choses à nous dire et à condamner en nous?

— Devoir du chrétien d'attester la vérité, même lorsqu'il a sujet

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de craindre qu'elle ne soit méconnue. — L'impiété a beau se soulever contre la vérité proclamée par l'Eglise ; elle ne pourra pas la réduire au silence : on aura beau nier et contester ses enseignements : elle n'en persistera pas moins à proclamer la vérité et à confo;*dre l'erreur.

v. 27. « Et ils ne comprirent point qu'il 'Usait que son Père était Dieu. » — On ne parle jamais assez clairement pour celui qui ne veut pas comprendre.

v. 28. « Jésus donc leur dit : Lorsque vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous connaître: ce que je suis et que je ne fais rien de moi-même, mais que je dis ce que mon Père m'a enseigne. » — C'est du sein de son humiliation que Jésus-Christ fera briller sa gloire à tous les jeux; c'est en paraissant succomber sous l'effort de ses ennemis, qu'il triomphera du monde entier ; l'instrument de son supplice brillera sur la couronne des rois, et tout l'univers se prosternera devant le crucifié ! Celui qui ne reconnaît pas en cela la divinité de Jésus-Christ a des yeux pour ne point voir. Il n'appartient qu'à un Dieu de réunir à tant d'humiliations et de faiblesse apparente, tant de force et de puissance réelle.

v. 29. « Et celui qui m'a envoyé est avec moi, et il ne m'a point laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît. » — ■ Quand nous faisons la volonté de Dieu, Dieu est avec nous, et habite avec nous. Assistés de la protection divine, nous pouvons marcher tranquilles au milieu des dangers, des épreuves et des souffrances de cette vie.

v. 31-32. «Jésus dit aux Juifs qui croyaient en lui : Si vous demeure: ferrites dans ma parole, vous sere: mes véritables disciples, et vous connaître: la vérité, et la vérité vous rendra libres. » — Jésus ne reconnaît pas pour ses véritables disciples tous ceux qui en portent le nom : pour mériter ce nom glorieux et en recueillir les avantages, il ne suffit pas de croire à la parole de Jésus-Christ, il faut de plus, et surtout, en faire la règle de sa conduite et de sa vie. — La véritable liberté n'est pas l'indépendance, ni la révolte qui veut se soustraire au joug de la loi divine et humaine, c'est la délivrance de l'esclavage, de la tyrannie et de la concupiscence, du péché et du démon, qui nous met en état de nous soumettre volontairement et librement à la volonté et à la loi divine.

v. 33. « Us lui répondirent : JVous sommes de la race d'Abra- !/"■//'. et ne fûmes jamais esclaves de personne : Comment ditestous, vous sere: libres?» — C'est bien en vain que le noble s'enorgueillit de ses aïeux, s'il n'imite pas leurs vertus. L'éclat de sa naissance ne fait que faire ressortir davantage son indignité personnelle.

v. 34. « Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque pèche est esclave du péché. » — On croit trouver la liberté, l'indépendance, en secouant le joug de Dieu; c'est alors que Ton tombe dans le plus triste, le plus dur, et le plus honteux esclavage, l'esclavage du péché et du démon. 0 miser abilis servitusf... servus hominis aliquando sui Do mini duris imperiis fatigatus, fugiendo requiescit ; servus peccati, quo fugit ? sec uni se trahit, quocumque fugerit. Quocumque eas, sequitur te niala conscientia ; imo, non recedit à te; peccatum enim quod fac-is, intùs est. Fecit peccatum ut aliquam caperet voluptatem ; voluptas transit, peccatum manet ; prœterit quod delectebat, manet quod pungat... Ad Christum omnes fugiamus, contra peccatum Deum lïberatorem interpellâmes : vénales nos petamus, ut ejus sanguine redimamur. » (S. Aug.)

v. 35. « L'esclave ne demeure point toujours dans la maison; mais le fils y demeure toujours. » — Dieu ne veut pas d'esclave dans sa maison ; il ne veut pas d'un service forcé et fait à contre cœur ; il veut des enfants qui le servent librement et par amour, et leur droit, c'est de rester dans la maison de leur père, et d'espérer son héritage.

v. 36. « Si donc le Fils vous délivre, vous serez vraiment libres. » — « Et quelle liberté vous donnera-t-il, sinon celle qu'il a voulue pour lui-même? c'est-à-dire d'être dépendant de Dieu seul, dont il est si doux de dépendre, et le service duquel vaut mieux qu'un royaume, parce que cette même soumission qui nous met au-dessous de Dieu, nous met en même temps au-des.sus de tout. » (Boss.). — Jésus-Christ n'a pas seulement donné au monde la liberté morale, il lui a donné aussi la liberté civile, il a délivré l'homme du joug de l'homme. On ne pourrait plus voir reparaître au milieu des nations chrétiennes l'effroyable et dégradante tyrannie qui pesait autrefois sur les nations païennes. D'un autre côté, la corruption qu'enfante l'incrédulité amène la servitude, même civile. Ce sont deux sœurs qui se rejoignent bientôt.

v. 37. « Je sais que vous êtes fils d' Abraham, mais vous cherchez à me tuer, parce que ma piarole ne pénètre point en vous. » — Le pécheur est, comme les Juifs, au fond du cœur, un meurtrier de Jésus-Christ. Il prononce son arrêt de mort, toutes les fois qu'il commet un péché mortel.

v. 39. « Jésus leur dit: Si vous êtes les Fils d'Abraham, faites les œuvres d'Abraham. » — On pourrait aussi dire à bien des chrétiens : Si vous êtes les enfants de Dieu, faites donc les œuvres de Dieu. Notre dignité de chrétien ne servira qu'à rendre notre damnation plus certaine, notre chute plus honteuse et plus inexcusable, si nous ne nous conduisons pas en chrétiens.

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v. 40. « Maintenant, vous cherchez à me faire mourir, moi qui vous ai dit la vérité que j'ai entendue de Dieu : ce ri est point ce qu'a fait Abraham. » — Rien n'irrite les pécheurs comme la vérité qui leur dévoile à eux-mêmes leurs propres turpitudes.

v. 42. « Jésus leur dit : Si Dieu était votre Père, vous m'aimeriez, farce que je suis sorti de Dieu, et que je viens de sa part. » — La vraie religion seule apprend aux hommes à aimer le Dieu qu'ils adorent. Les religions fausses n'inspiraient à leurs sectateurs qu'une crainte servile de la divinité.

Quand on aime véritablement Dieu, on a du respect pour ceux qui nous parlent de sa part, et on l'honore dans ses ministres.

v. 44. « Vous avez le diable pour père, et les désirs de votre père, vous les voulez accomplir. Il a été homicide dès le commencement, et il ri est point demeuré dans la vérité. Lorsqu'il parle le mensonge, il parle de son propre fonds; car il est menteur, et le père du mensonge. » — Satan est le meurtrier des âmes ; il a été homicide dès le commencement; il est le premier auteur du péché et de la mort, de la chute déplorable de l'homme, de tous les maux qui nous accablent. — Satan est un menteur, et le père du mensonge; il réunit la malice et la ruse à la cruauté ; il séduit les pécheurs par ses mensonges et ses paroles fallacieuses. Le monde visible est sous l'influence du monde invisible, pour le mal comme pour le bien. — Nous voyons ici la preuve de l'existence du démon, de sa révolte contre Dieu, de son caractère, à la fois cruel et rusé, de son influence funeste sur les hommes, de la chute d'Adam, etc. — Le mal ne vient pas de Dieu ; c'est l'œuvre de Satan. — La marque la plus décisive de l'esprit satanique, c'est la haine contre Jésus, et la religion qu'il a établie; et sous ce rapport, les incrédules modernes sont plus inexcusables encore que les Juifs. Ceux-ci n'avaient vu Jésus- Christ que dans son état d'humiliation et d'abaissement; les autres l'ont vu dans sa gloire et dans son triomphe.

v. 45. « Et moi, quand je vous dis la vérité, vous ne me croyez point. » — Ceci se vérifie encore sous nos yeux. Quel mensonge ne trouve pas croyance chez les enfants du monde ? Ils ne repoussent que la vérité, mais ils la repoussent opiniâtrement. Point d'idée folle et monstrueuse qu'ils n'adoptent plutôt qu'elle, parce que la vérité blesse leurs secrets penchants et contrarie leurs intérêts.

v. 46. « Qui de vous me convaincra de péché?» — Jamais aucun autre homme que Jésus-Christ n'a pu porter un semblable défi à ses ennemis sans crainte qu'il soit relevé. Dans un homme qui ne serait pas Dieu, ce serait un acte de présomption et d'orgueil inexcusable; mais dans l'Homme-Dieu, c'est le témoignage de la

vérité. La .sainteté infinie ne peut être souillée d'aucune tache : en vertu de son union intime avec la divinité, Jésus, comme homme, était impeccable, était inaccessible à la faute la plus légère.

Aussi Jésus-Christ nous offre-t-il dans sa personne un caractère unique et exceptionnel, qui n'a jamais eu de modèle, et n'aura jamais de copie. Au milieu des pièges qu'on lui tend, des complots de mort que l'on ourdit contre lui, des injures, des inventions, des calomnies dont on l'accable, il reste toujours paisible, calme et maître de lui-même. Aucune passion ne l'affecte, aucune circonstance ne l'altère. Profondément sensible, il n'est jamais agité, et la seule émotion qu'il ait fait paraître dans le cours de sa vie a été la commisération pour les malheureux. Dans son calme inaltérable, il présente, aux diverses situations par lesquelles il passe, une immobilité de vertu que rien ne dérange. Les actes les plus héroïques ne coûtent pas plus d'efforts à sa sainteté, que les miracles à sa puissance. Tout ce qu'il ordonne, il le fait ; tout ce qu'il conseille, il l'exécute. Pour comprendre jusqu'où l'idéal de la vertu peut s'élever, il suffit de voir ce qu'il a fait... Quand nous n'aurions d'autre preuve de la divinité de l'Evangile et de la religion chrétienne que la vie de Jésus-Christ telle qu'elle nous apparaît dans le livre saint, elle suffirait abondamment. — Si nous ne pouvons atteindre à la perfection de notre divin Maître, nous devons, du moins, nous efforcer d'en approcher autant que notre faiblesse pourra le permettre.

v. 47. « Celui qui est de Dieu écoute laparole deDieu.» — C'est une bien mauvaise marque, quand on n'a que du dégoût pour la parole de Dieu. On s'entretient avec plaisir de ce qu'on aime, et quiconque aime Dieu comme un fils doit aimer son père, aime aussi à parler et à entendre parler de Dieu.

v. 48. « Les Juifs lui dirent : N' avons-nous pas raison de dire que vo?ts êtes un Samaritain, et possédé d'un démon'? » — Quand nous voyons Jésus-Christ lui-même traité d'imposteur, de Samaritain, de possédé du démon, pouvons-nous trouver étrange que ses disciples soient traités de fanatiques, de petits esprits ? C'est l'habitude du monde de décrier la piété; c'est une ruse de guerre inspirée par Satan, qui espère par là détourner les âmes faibles de la foi et de la perfection chrétienne. — Les Juifs savaient, parfaitement que Jésus-Christ n'était pas un Samaritain, et que celui en qui ils ne pouvaient trouver aucune faute à reprendre n'était pas possédé du démon ; mais quand la haine est à bout de raison et d'argument, il faut bien qu'elle recoure aux injures. — Aujourd'hui encore, si l'on retranchait des écrits des ennemis de la religion les imputations

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calomnieuses, les injures vagues, les railleries indécentes, il ne resterait plus rien.

v. 49. « Jésus répondit -Il n'y a point en moi de démon, mais j'honore mon Père, et vous, vous m'outragez. » — Admirable douceur de Jésus I II ne répond pas injure pour injure, il ne s'emporte pas contre ses ennemis ; il reste calme et serein au milieu des outrages et des insolences ; il se contente de répondre par la simple négation du mensonge, par la pure affirmation du vrai, suivant ce qu'il avait recommandé à ses disciples (Matt., v. 34. j. — Quand nous serons en butte à la calomnie, ou que nous aurons une injure à supporter, imitons la conduite de notre divin Sauveur, taisons-nous, comme lui devant Pilate, en laissant à Dieu le soin de nous justifier ; ou, s'il y a lieu de repousser le mensonge ou le mal, affirmons avec Jésus la simple vérité; disons : cela est ou cela n'est pas.

v. 50. « Pour moi, je ne cherche point ma gloire ' il en est un autre qui en prendra soin et qui fera justice. » — Jésus ne cherche point sa gloire : pour lui-même, pour les misérables jouissances de la vanité, il ne ferait pas un pas, il ne remuerait pas un doigt. S'il se défend, c'est uniquement pour défendre la dignité de son ministère, et pour que les imputations des Juifs ne deviennent pas un sujet de scandale pour les faibles. A l'exemple de Jésus-Christ, le ministre de Dieu ne doit jamais chercher sa propre gloire clans les fonctions du saint ministère. Celui qui se recherche, l'homme de bruit, l'homme de vanité n'aura qu'un ministère stérile ; sa parole est vide et ne produit pas d'effet sur les coeurs.

v. 51. « En vérité, en vérité, je vous le dis • Si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. » — Magnifique promesse, et importante prescription ! La mort a perdu sa terreur pour le disciple de Jésus-Christ : elle n'est plus que le commencement de la vie véritable. — Ce n'est pas assez d'écouter la parole de Dieu, il faut la garder, la mettre en pratique, si l'on veut mériter l'héritage éternel que Dieu promet à ses enfants.

v. 54. « Jésus-Christ répondit : Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien. » — Toute gloire qui ne vient pas de Dieu est vaine. La véritable gloire, c'est celle que nous avons devant Dieu : celle-là, toutes les calomnies du monde ne nous l'ôteront point.

v. 56. « Abraham, votre père, a désiré ardemment de voir mon jour; il l'a vu, et il s'est réjoui. » — Abraham a vu le jour de l'avènement de Jésus-Christ dans une révélation prophétique; mais, pour nous, ce n'est pas dans un avenir éloigné que nous voyons ce jour heureux; il est venu pour nous, nous en jouissons, il continue de verser sur nous ses bienfaits. Rendons grâces à

Dieu de ce qu'il nous a fait naître dans le sein de son Eglise, et pensons au compte redoutable qu'il nous faudra rendre des grâces reçues.

v. 58. « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis. » — Affirmation de l'éternité et de la divinité de Jésus-Christ : il est l'Etre par lui-même et immuable ; il est le Verbe éternellement engendré du Père. Croyons et adorons.

v. 49. « Alors ils prirent des pierres pour les lui jeter, mais Jésus se cacha et sortit du temple. » — Effroyable et incompréhensible mystère que l'endurcissement des pécheurs qui résistent opiniâtrement à la grâce, et à qui rien ne peut ouvrir les yeux. Craignons ce funeste endurcissement et prions le Seigneur de nous en préserver.

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