‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 153 sur 419 · A. GUERISON DE L'AVEUGLE-NÉ · texte numérisé non relu

A. GUERISON DE L'AVEUGLE-NÉ

Jésus confirma bientôt par un miracle éclatant la profession publique qu'il venait de faire de sa divinité. Etant sorti du temple, « il vit, en passant, un » pauvre mendiant, « aveugle de naissance, » qui, assis sur le bord du chemin, au pied de la porte du temple, implorait la pitié des passants, en proclamant son infirmité. « Les disciples, » imbus du préjugé populaire qui regardait les afflictions comme une suite nécessaire des péchés précédemment commis, se demandaient à eux-mêmes quel péché cet infortuné pouvait avoir à se reprocher avant que de naître, puis ils s'adressèrent à leur Maître pour avoir la solution de cette énigme mystérieuse qui les préoccupait : « Maître, lui dirent-ils, qui donc a péclié, de cet homme ou de ses parents, pour qu'il naquit aveugle? » — L'Ecriture sainte enseigne, et l'expérience confirme, que souvent les enfants portent la peine des fautes de leurs parents : il est dit, dans les livres saints (Ex. xx, 5; xxxiv, 7. — Deut. v, 7), que Dieu poursuit l'iniquité des pères jusqu'à la quatrième génération. Ce pauvre infortuné porte-t-il réellement la responsabilité des fautes de ses pères, ou faut-il croire, comme l'enseignent quelques Docteurs, qu'il aura péché dans le sein de sa mère, ou que Dieu le punit d'avance pour les fautes qu'il devait commettre plus tard? Ces opinions singulières, et même la préexistence des âmes, étaient, en effet, soutenues par les rabbins (a).

J. IX, 4. Et praeteriens Jésus vidit hominem caecum à nativitate; — 2. Et interrogaverunt eum discipuli ejus : Rabbi, quis peccavit, hic, aut parentes ejus, utcœcus nasceretur?

[a] (Sanhéd. Beresch., fol. 38). — « Antonius (imper.) interrogavit Rabbi Judam, à quotiam temporc incipit malus affectus preevetiere in homine? — IH.rit et Rabbi : Dùm adlu'ic in utero est. » — « Autumant Judœi passe wfantem, in

Dehaut. L'Evang.— T. III. 19

« Jésus » sans entrer, dans la discussion de ces opinions judaïques, se contenta de répondre : « Ni celui-ci n'a yéclié, ni ses parents', mais » il est né tel, « 'pour que les œuvres divines, » pour que la puissance et la miséricorde divines, « soient manifestées en lui. » Les afflictions que Dieu envoie aux hommes sur la terre ne sont pas toujours et nécessairement une suite de leurs péchés, mais souvent elles sont envoyées par la Providence dans des vues de salut et de miséricorde. « Pendant qu'il fait jour, » poursuit-il (car le soleil qui éclaire ma vie s'incline vers son couchant), pendant le peu de temps qu'il me reste encore à vivre au milieu des hommes, « il faut que j'opère les œuvres de celui qui m'a envoyé. » — « La nuit, » la sombre nuit de la mort « vient, » s'approche à grands pas; « or, pendant la nuit, nul ne peut agir', » ce n'est o;ue pendant les courts et rapides instants de son existence terrestre, que l'homme peut travailler pour la gloire de Dieu et pour la vie éternelle. « Tant que je vivrai dans le monde, je suis la lumière du monde; » il faut donc que j'éclaire les aveugles corporels et spirituels (h).

« Ayant dit ces paroles, il cracha a terre, fit de la doue avec sa salive, enduisit de cette doue les yeux de l'aveugle, et lui dit : Allez, lavez-vous dans la piscine de Sïloé, » cette fontaine mystérieuse, « dont le nom signifie l'envoyé, » et figure le « Messie, » qui doit être, pour le genre humain, une source jaillissante d'eaux vives fcj.

3. Respondit Josus : Neque hic peccavit, nequo parentes ejus; sed ut manifestentur opéra Dei in illo. — 4. Me oportet operari opéra ejus qui misit me, donec dies est ; venit nox, quando nemo potest operari. — 5. Quamdiù sum in mundo, lux sum mundi. — 6. Hœc cum dixisset, exspuit in terram, et fecit lutum ex sputo, et linivit lutum super oculos ejus. — 7. Et dixit ei : Vade, lava in natatoria Siloe quod interpretatur Missus.

utero matris jam animatum et viventem, irregulariter se gerere, atque aliquid facere quod non vacaret culpâ. » (Lightfool).

(b) Jésus annonce d'avance le miracle de la guérison de l'aveugle-né ; sa prédiction prouve qu'il sait tout, et l'accomplissement de cette prédiction, qu'il peut tout.

(c) La source de Siloé est située au sud de la montagne du Temple : elle a une sorte de flux et de reflux; car, au dire des Arabes,' elle coule pendant trois

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Les anciens, dit Scpp, attribuaient à la salive de l'homme, surtout quand il était à jeun, une vertu médicinale, particulièrement pour les yeux. 11 est certain, du moins, qu'elle était impuissante à rendre la vue à un aveugle-né. Jésus-Christ aurait pu, sans doute, guérir cet aveugle instantanément, et cPune seule parole. Il ne l'a pas voulu. Il aimait à attacher ses grâces à un signe extérieur, comme l'a fait l'Eglise dans ses sacrements. Il voulait exciter la confiance de l'aveugle, exercer et éprouver sa foi, en l'envoyant à la fontaine de Siloé les yeux enduits d'un Uniment capable de l'aveugler, s'il avait été doué de la vue. D'après les Saints Pères, cette boue, employée à une création nouvelle, celle de l'organe de la vue dans un homme qui en avait été jusquelà privé, rappelait symboliquement le limon dont Dieu s'était servi pour créer le premier homme : « Vohdt docere se ipsius esse creatorem, qui in principio ad Jiominis formationem usus est luto. » (S. Aug.) Cette terre imbibée de salive était le symbole de l'incarnation du Fils de Dieu : «.Saliva Ghristi divinitas est. iSalwahœc in terram decidit, quia Verlmm in Virginem descendit, et factum est lutum, quia Verhum caro factum est. » (Emissent . — De même que l'aveugle-né est le type du genre humain plongé dans l'ignorance et le péché, la fontaine de Siloé est la figure du baptême, qui ouvre nos yeux à la lumière de la foi... « Siloe, typus Ghristi, quia ipse fons est g rat ia nom, et laptismi Ghristi, quo homines ïlluminantur . » (Corn, à Lap.)

L'aveugle-né obéit sans répliquer à l'ordre de Jésus, avec la docilité d'un enfant, et son obéissance ne tarda pas h être récompensée : « il s'en alla, » ou se fit conduire à la fontaine de Siloé, « s'y lava, et revint voyant clair. »

Abiit ergo, et lavit, et venit videns.

qui avaient contracte quelques souillures. (Sepp.)

b. effet produit parmi le peuple, par ce miracle (8-14.)

Le bruit de cette guérison merveilleuse se répandit rapidement et fit une grande sensation parmi le peuple. « Ses voisins, et ceux qui l'avaient vu mendier, (lisaient: N'est-ce pas là celui qui était assis en tel lieu, et qui demandait l'aumône? » Gomment se fait-il qu'il voie clair comme nous? D'autres disaient : C'est lui. D'autres : Point du tout, » ce n'est pas lui; « c'est quelqu'un qui lui ressemble. Mais lui disait : » vous vous trompez, « c'est bien moi; » je suis bien ce pauvre aveugle de naissance que vous avez connu mendiant son pain, et qui maintenant peut contempler la lumière du ciel. Alors, ils lui firent raconter toutes les circonstances de sa guérison miraculeuse. « Comment, disaient-ils, tes yeux se sont-ils ouverts? Il répondait, » en leur racontant le fait dans toute sa simplicité. « Cet homme qu'on appelle Jésus, » leur disait-il, « a fait de la loue, en a enduit mes yeux, et m'a dit : Va-t-en à la fontaine de Siloé, et lave-toi. J'y suis allé, et je me suis lavé, et je vois. »

Dès que les Juifs entendirent prononcer le nom de Jésus, leur zèle se refroidit, et ils furent saisis de crainte. Les docteurs du Sanhédrin avaient menacé de l'excommunication, v. 22, tous ceux qui se déclareraient pour être ses disciples. Afin de montrer leur zèle et leur soumission à l'autorité religieuse, ils s'autorisèrent de la prétendue violation du sabbat pour déférer toute l'affaire à la juridiction du Sanhédrin. « Ou est-il donc, lui demandèrent-Us, » ce Jésus qui t'a guéri? « U répondit : Je ne sais. » Jésus, en effet, s'était dérobé à ses recherches, et, depuis qu'il avait recouvré la vue, il n'avait pu

8. Itaque vicini, et qui viderant eum priùs quia mendicus erat, dicebant : Nonne hic est, qui sedebatet mendicabat? Alii dicebant: Quia hic est. — 9. Alii autem : Nequaquàm, sed similis est ei. Ille vcrb dicebat : Quia ego sum. — 40. Dicebant ergo ei : Quomodo aperti sunt tibi oculi? — W. Respondit : Ille homo,qui dicitur Jésus, lutum fecit, et unxit oculos meos, et dixit mihi : Vade ad natatoria Siloe, et lava. Et abii, et lavi, et video. — 42. Et dixerunt ei : Ubi est ille? Ait : Nescio.

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encore le rencontrer. « Alors ils amenèrent aux Pharisiens celui qui avait été aveugle. » C'est, qu'en effet, quand Jésus « fit de la houe, et ouvrit les yeux de l'aveugle, c'était le jour du sabbat, » et d'après la casuistique pharisaïque, Jésus n'avait pu oindre de houe les yeux de l'aveugle sans violer le sabbat. D'après Maimonide, il n'était pas môme permis ce jour-là de se frotter les yeux avec de la salive. C'est sur cette grave question que le Sanhédrin était appelé à se décider, probablement le petit Sanhédrin, tribunal de 23 juges.

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