‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 155 sur 419 · J. IX. 1-38. — S LXXIX. L: AVEUGLE-NÉ · texte numérisé non relu

J. IX. 1-38. — S LXXIX. L: AVEUGLE-NÉ

donner à la vérité l'éclat môme et la notoriété quils voulaient lui ravir? » (Duguet, Princ. de la foi.)

D. RENCONTRE DE JÉSUS AVEC l' AVEUGLE GUÉRI (33-38).

«Jésus apprit » bientôt ce qui s'était passé dans le Sanhédrin, avec quelle fermeté, quelle sagesse, quelle constance inébranlable ce pauvre mendiant avait confessé la vérité et confondu ces orgueilleux docteurs, et « comment, » dans leur dépit, « ils l'avaient chassé violemment » de la salle d'audience. Il voulut l'en récompenser en l'appelanl cala foi et en l'admettant au nombre de ses disciples. L'aveugle guéri reconnaissait bien Jésus pour un prophète, un envoyé de Dieu, mais il ne le reconnaissait pas encore pour le Messie prédit par les prophètes. Jésus voulut l'élever à ce nouveau degré de foi. « L'ayant rencontré, il lui dit : Croyezvous au Fils de Dieu? » au Messie rédempteur? «77 répondit : Qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui? » — Jésus lui dit : « Vous V avez vu, U est maintenant devant vos yeux; c'est celui-là même qui vous parle. » — Il répondit : « Je crois, Seigneur, et, se prosternant, il l'adora. »

POLÉMIQUE RATIONALISTE

Les rationalistes ont soulevé contre la guérison de l'aveugle-né des difficultés, ou plutôt, des chicanes assez nombreuses, mais de bien peu de valeur.

1) « Ils trouvent ce miracle impossible. » — C'est qu'ils ne croient pas à un Dieu tout-puissant.

2) « Ils opposent le silence des synoptiques. — Gomment ont-ils pu omettre un si grand miracle, pour en raconter d'autres bien moindres ?» — Réponse. Il n'y a pas de plus ou de moins dans les œuvres de la toutepuissance divine. Les grands miracles ne coûtent pas plus à Dieu que les petits. Quand au silence des synop-

3-3. Audivit Jésus quia ejecerunt cum foras : etcùm invenisset eum, dixit ei :Tu oredis in Filiuna Dei? — Respondit ille et dixit : Quis est, Domine, ut credam in eum? —'37. Et dixit ei Jésus : Et vidisti eum, et qui loquitur tecum, ipse est. — 3$. At illc ait : Credo, Domine. Et proeideus adoravit eum.

tiques, il s'explique par la raison qu'ils se sont bornés à raconter la mission de Jésus en Galilée, tandis que saint Jean, au contraire, s'attache particulièrement aux événements qui ont signalé le séjour de Jésus-Christ à Jérusalem et dans la Judée.

3) « Gomment Jésus-Christ et ses disciples pûrent-ils savoir que ce mendiant était aveugle de naissance? » — Réponse. Ils purent le savoir par la rumeur publique, ou par l'aveugle lui-même, qui ne manquait pas, sans doute., de rappeler aux passants son affliction, afin d'exciter leur pitié.

4) « Jésus-Christ n'a pas pu dire qu'il cherchait sa gloire dans l'affliction d'un infortuné : « Ut manifestentur opéra Bel in iïïo. » Ce serait substituer en lui, à la pitié, un but intéressé et égoïste. » — Réponse. C'est en exerçant sa miséricorde que Jésus-Christ manifeste sa gloire : il n'y a là aucun but égoïste.

5) « Ce prétendu miracle était tout simplement une cure médicale. — C'est pour cela que Jésus emploie la salive, à qui on attribue une vertu salutaire pour les yeux, et qu'il pose un emplâtre sur les yeux du malade. — C'est pour cela encore qu'il dit qu'il lui faut travailler pendant qu'il fait jour et avant que la nuit s'approche, parce qu'il avait besoin de toute la lumière du jour pour opérer sa cure. » — Réponse. Il est évident que la boue dont Jésus-Christ enduit les yeux de l'aveugle était, comme nous l'avons déjà remarqué, bien plus capable de lui ôter la vue, s'il n'avait pas été aveugle, que de la lui rendre, et que de tels moyens étaient entièrement insuffisants pour guérir une cécité de naissance. Une s'agissait pas seulement ici de guérir un organe malade, mais de créer un organe qui n'avait jamais existé. — Un aveugle guéri par les médecins ne voit pas tout à coup d'une manière claire, distincte et parfaite ; il ne recouvre l'usage de la vue que peu à peu, et insensiblement, il y a ici une foule de miracles réunis en un seul. — Disons donc avec les commentateurs : « Qcod lutuïii linwit, non artis est, sed potestatis ; dédit sanitatem, non niedicinam exercuit. » — Est-il besoin de réfuter la ridicule interprétation que fait le docteur Paulus de ces paroles de Jésus-Christ : « Il me faut fcca-

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vailler tandis qu'il fait jour? » — Nous nous contentons de renvoyer à l'explication du texte.

v. 1. « Jésus vit, en passant, un aveugle de naissance. » — Le monde n'aurait eu, pour ce pauvre mendiant, qu'indifférence et mépris; Jésus ne peut le voir sans que son cœur soit ému de pitié. « Mirabilis Dei clementia non prœclaros, non nobiles, non insignes, sed igkobïles sua dignos ducebat providentiâ, et eos quimendicabant, summâ devotione colebat. » (S. Chrys.). — Cet aveugle était le type du genre humain tout entier. — « Cœcus significat humanum qenus in quo cœcitas naturalis. » (S. Aug.).

v. 2. « Maître, lui demandèrent ses disciples, est-ce cet homme qui a péché, ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle? » — Il y a dans cette croyance, qui fait dériver les conséquences des fautes des pères sur leurs enfants, une vérité profonde. L'homme, sans doute, considéré comme individu, est seul responsable de ses actes, et ses fautes lui sont personnelles. Mais l'homme n'existe pas isolément; il fait partie d'un grand organisme, de l'humanité toute entière, qui elle-même se subdivise en organismes inférieurs, ou sociétés particulières, races, nations, familles ; or, les membres de ces diverses sociétés, et surtout de la famille, qui est la plus étroite, sont unis moralement ; il y a entre eux une véritable communion de biens et de maux ; la bénédiction ou la malédiction, l'honneur ou la honte, souvent même la santé ou les maladies, passent des pères aux enfants, des ancêtres aux descendants.

v. 3. « Jésus répondit : Ce n'est pas qu'il ait péché, ni ses parents, mais afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » — Le mal physique doit sa première origine au péché, à la désobéissance d"Adam, mais il n'est pas nécessairement une suite de nos fautes personnelles : il peut être dans les desseins de Dieu une épreuve destinée à augmenter nos mérites, et à servir à sa gloire. Ne nous livrons donc pas à la tristesse et au découragement : si Dieu nous afflige et nous éprouve, il ne le fait que pour notre bien et dans des vues de miséricorde. Tout doit servir, en dernière analyse, à la gloire de Dieu. — Les miracles de Jésus-Christ n'ont pas seulement pour but de prouver aux hommes sa mission divine, ils sont aussi des symboles extérieurs et sensibles de l'action qu'il vient exercer sur les âmes et forment, en quelque sorte, un commentaire spirituel de sa doctrine. Jésus enseigne qu'il est la lumière du monde (vm, 12), et il le prouve extérieurement en rendant àl'aveugle- Dehaut. L'Evanc.— T. III 20

ne la lumière du jour. Il dit : « Tes péchés te seront remis » (Mat th., ix, 2), et pour montrer qu'il a la puissance de remettre les péchés, il dit au lépreux : « Je le veux, sois purifié » (Matth., vin, 3). Il se nomme, sous le rapport spirituel, la Yie et la Résurrection (Jo., xi, 25), et il ressuscite Lazare du tombeau (xi, 43). Il se désigne comme le Pain de vie (vi, 35), et il nourrit plusieurs milliers d'hommes avec quelques pains (vi, 5, et suiv.).

v. 4. « 11 faut, pendant qu'il est jour, que je fasse les œuvres de celui qui m'a envoyé; la nuit vient, où personne ne peut agir. » — Jésus nous apprend par ses exemples non moins que par ses leçons avec quelle vigilance nous devons employer le temps qui nous est accordé, et saisir toutes les occasions qui nous sont offertes de faire le bien. Notre vie n'est qu'un jour qui s'écoule rapidement. Hâtons-nous de saisir au passage, et de mettre à profit pour notre salut le temps qui s'écoule, si nous voulons nous épargner des regrets éternels. A chaque instant la mort peut nous frapper, après laquelle nous ne pouvons plus rien faire de méritoire pour notre salut.

v. 5. « Tandis que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » — La présence de Jésus-Christ était le jour pour les Juifs ; son absence était la nuit. Le sort de la nation toute entière dépendait de l'accueil qu'on lui ferait. Plus Dieu nous accorde de grâces, plus il exigera de nous un compte rigoureux de l'abus que nous en aurons fait. — Jésus est la lumière du monde : « Quamdiù sum in mundo, lux sum mundi .• dies pressenties Christi usquè ad consummationem sœculi extenditur. » (S. Aug.). Lui seul est venu dissiper les profondes ténèbres de l'idolâtrie, de la superstition. Lui seul est venu nous apprendre notre origine, notre fin, nos devoirs, ce que nous devons espérer ou croire, ce qu'il faut faire pour nous sauver, en un mot, tout ce qu'il nous importe réellement de savoir. Hors de lui, il n'y a que ténèbres impénétrables.

v. G. « Ayant dit cela, il cracha à terre, fit de la loue et en enduisit les yeux de l'aveugle. » — Dieu attache d'ordinaire ses grâces à des signes extérieurs et symboliques, de là les sacrements. — Dans les mains du Seigneur, ce qu'il y a de plus commun et de plus vil devient un moyen de guérison ; les obstacles se changent en moyens. « Ecce collyrium quo ungitur genus liumamim , scilicet cogitatio suœ vilitatis , quod ex luto factum sit, ctper eam superbia curatur, quœ illud excœcavit. » (Fuld.j

v. 7. « Et il lui dit : Allez vous laver dans la piscine de Siloé {mot qui veut dire envoyé). » — Jésus veut et peut nous guérir, mais il veut que le pécheur coopère à sa guérison par sa foi et son obéissance. Le nom symbolique de cette fontaine nous

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apprend que c'est par la vertu de Jésus-Christ, le véritable

Messie, que nous renaissons à la lumière surnaturelle et à la vie de la grâce, et que cette grâce nous e^t communiquée sur les fonts sacrés du baptême : « Siloe typas Christi, quia ipse fons graliarum, et laptismi Christi, quo hommes illuminanlur; et ideo Gfrœci laptismazocant phoiismon, idest, illuminationem . » (Cor. à Lap.) — « Il y alla, se lava et revint voyant. » — L'aveugle obéit à l'ordre do Jésus-Christ, et nous offre dans sa conduite le modèle admirable d'une obéissance a) simple et sans raisonnements, b) courageuse et sans plaintes, c) pleine de foi et de confiance, d) prompte et sans délai, é) magnifiquement récompensée.

v. 8. « les gens du voisinage, et ceux qui lavaient tu auparavant demander l'aumône, disaient : N'est-ce pas là celui qui était assis et mendiait7.... » — Lorsqu'on revient à Dieu, il faut s'attendre aux critiques et aux contradictions du monde ; mais le respect humain ne doit pas nous faire rougir de Jésus-Christ et de notre foi.

v. 9. « D'autres : point du tout; mais il lui ressemble. » — Un pécheur converti devient un autre homme : on ne le reconnaît plus.

v. 12. « Ils lui dirent : Où est-il? Il répondit : Je ne sais. » — Jésus n'a rien à craindre des louanges des hommes, mais, en s'y dérobant, il nous apprend à les fuir, car il sait qu'elles sont trop souvent un écueil pour la vertu.

v. 14. « Or, quand Jésus fit de la loue et ouvrit ses yeux, c'était le jour du sablât. » — Le zèle des Juifs à sanctifier le sabbat allait jusqu'à dégénérer en superstition. La négligence dos chrétiens actuels à sanctifier le jour du Seigneur va malheureusement jusqu'au mépris de Dieu, jusqu'à l'impiété. Quand le dimanche n'est pas profané par un travail sacrilège, qui semble un défi public porté à la Majesté divine, il est souillé par la débauche, par des plaisirs dangereux et criminels. Le jour consacré à honorer le Seigneur n'est plus employé qu'à l'outrager avec une nouvelle audace. Si Jésus condamnait les observances superstitieuses des Pharisiens, condamnera-t-il moins sévèrement le mépris scandaleux des chrétiens de nos jours?

v. 10. « Quelques-uns des Pharisiens disaient : Cet homme n'est point Dieu, puisqu'il ne garde pas le sabbat. » — La passion obscurcit le jugement et l'empêche de se rendre aux preuves les plus convaincantes. L'envie juge des œuvres par les personnes, l'équité juge des personnes par leurs œuvres.

v. 17. « Us dirent donc de nouveau à l'aveugle : Et toi. que dis-tu de celui qui t'a ouvert les yeux? Il dit : C'est v p.hète. » — L'ignorance, dans sa simplicité, va plus loin dans la

connaissance de la vérité que la science orgueilleuse et enflée de ses vaines connaissances. — C'est un devoir de reconnaissance de rendre hommage à ses bienfaiteurs, même en présence de leurs ennemis. — L'aveugle ne reconnaît d'abord Jésus-Christ que comme un Prophète ; mais, fidèle à cette première grâce, il reçoit des lumières plus abondantes et finit par reconnaître Jésus-Christ le Fils de Dieu.

v. 22. « Ses parents dirent cela, parce qu'ils craignaient les Juifs. » — Qu'il est rare que la vérité, dans le monde, ne cède pas à la crainte, à l'intérêt, au respect humain ! « Car déjà les Juifs étaient convenus que quiconque confesserait que Jésus- Christ est le Christ, serait chassé de la synagogue. » — La Synagogue, en se séparant de Jésus-Cbrist, en répudiant le Messie, qui venait la sauver, se suicide elle-même.

v. 25. « Il leur dit : S'il est un pécheur, je l'ignore; je sais seulement que j'étais aveugle et qu'à présent je vois. » — L'astuce et la vaine science des docteurs confondues par la simplicité et la bonne foi d'un ignorant. — L'Evangile repose sur des faits inébranlables, contre lesquels viendront se briser tous les sophismes, toutes les vaines attaques de l'incrédulité. Pour constater un miracle, il n'est nullement nécessaire d'avoir une longue habitude des recherches scientifiques, ni d'obtenir un certificat de l'Académie des sciences. Il suffit de constater deux faits à la portée de tous, par exemple, de pouvoir dire, comme cet aveugle : « J'étais aveugle, et maintenant je vois; » dès lors vous ne pouvez échapper au miracle.

v. 26. « Ils lui répliquèrent : Que t'a-t-il fait? » — Les incrédules ont beau chercher des prétextes pour s'aveugler, ils ne parviendront jamais à un entier repos de la conscience, ni à l'intime conviction qu'ils possèdent la vérité.

v. 28. « Alors ils le chargèrent d'injures, et lui dirent : Sois son disciple, toi : pour nous, nous sommes disciples de Moïse. » — L'erreur a recours aux injures, aux outrages pour se défendre, à défaut d'arguments. La vérité, comme la charité dont elle est la sœur, est douce et patiente.

v. 30-33. « Cet homme leur répondit : Cela est surprenant, que vous ne sachiez pas d'où il est, lui qui m'a ouvert les yeux. Nous savons que Dieu n'exauce pas les pécheurs, mais celui qui honore Dieu et fait sa volonté, il l'exauce. Jamais on n'a ouï dire que personne ait ouvert les yeux à un aveugle-né. Si cet homme n était pas Dieu, il ne pourrait rien faire. » — ■ Force invincible de la vérité. Nous défions tous les incrédules et tous les sophistes du monde de répondre rien de raisonnable à ce simple raisonnement d'un homme du peuple, et il suffit toutefois

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pour prouver à lui seul la divinité de Jésus-Christ, et la vérité de la religion chrétienne.

v. 34. « Us lui dirent : Tu es né tout entier dans le péché, et tu viens ici nous donner des leçons! Et ils le chassèrent dehors. » — L'injure, la violence, les persécutions, voilà le dernier argument de l'incrédulité : c'est là où elle aboutit tôt ou tard.

v. 35. « Jésus apprit qu'ils lavaient ainsi chassé, et V ayant rencontré, il lui dit : Croyez-vous au Fils de Dieu? » — On gagne toujours au service de Jésus-Christ, et une faveur dont on fait bon usage est toujours le gage d'une faveur encore plus signalée. — Jésus ne tarde pas à consoler ceux qui souffrent pour lui, et ses divines consolations les dédommagent bien amplement du mépris et de la haine du monde. — Jésus est près de celui qui soutire.

v. 36. « Il lui répondit : Qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui? » — Celui qui a un véritable désir d'être éclairé, le sera. — Commençons par croire humblement, des lumières plus abondantes viendront ensuite : « Crede, utintelligas. » (S. Aug.).

v. 37. « Jésus lui dit : vous l'avez vu, et celui qui vous parle, c'est lui. » — Nous n'avons pas encore jeté les yeux vers lui, que déjà Jésus nous fait sentir sa présence. Nous ne l'avons pas encore reconnu, que déjà il nous a parlé. Jésus ne se dérobe pas à une âme droite qui le recherche avec sincérité, et qui désire véritablement son salut.

v. 38. « Il répondit : Je crois, Seigneur; et, se prosternant, il V adora. » — « Vis vider e qualem credat?... et procidens, adoravit. » (S. Aug.). Une foi vive se manifeste nécessairement par les œuvres. Adoration de l'aveugle guéri, adoration a) intérieure, et pleine de foi, b) extérieure et pleine d'humilité, c) publique et sans respect humain. En est-il ainsi de la nôtre !

« Ce n'est pas, dit Jésus-Christ, que cet homme ait péché, ni son père ou sa mère, qu'il est aveugle ; mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » Et plus tard il ajoutera : « Je suis venu en ce monde pour exercer un jugement, afin que ceux qui ne voient point voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » — «Ces paroles nous découvrent la profondeur des desseins de Jésus-Christ dans un miracle qui réunit dans ses circonstances presque toutes les parties de la religion chrétienne. Elles nous apprennent que Jésus-Christ, comme Sagesse éternelle, avait dès le commencement du monde choisi l'aveuglement pour être la figure de tous les hommes, Juifs ou Gentils, qui naissent tous dans l'aveuglement, et qui ne peuvent en être guéris, ni par la loi, ni par la philosophie naturelle, mais par la seule foi au Messie, non tel que les Juifs se l'imaginent, mais tel que les Prophètes l'ont prédit ; et c'est pour cela que

l'aveuglement de cet homme, qui était réduit à la mendicité et qui, par ce second caractère, marquait l'indigence et la misère de tous, n'est l'effet, ni de son péché particulier, ni de celui de son père et de sa mère, parce qu'il est un signe général et universel.

» Il n'y a que la même main qui a créé l'homme, qui soit capable de le réparer, et de lui rendre ce qu'il a perdu. Il faut détremper une nouvelle terre pour réparer les défauts d'une ancienne argile, et que la bouche de la sagesse même concoure avec sa main pour la retoucher.

» Mais ce n'est point en redonnant à l'homme cette sublime intelligence et cette haute sagesse qu'il a perdue par son péché, que le Verbe fait chair veut l'éclairer. Il ajoute au contraire à son aveuglement naturel une espèce d'aveuglement volontaire. 11 lui demande le sacrifice de ses lumières et de sa raison pour lui rendre la vue, et il met sur ses yeux déjà fermés un remède qui parait un obstacle à leur guérison.

» Au lieu de se montrer à lui dans la majesté du Créateur, il se cache sous les faiblesses et sous les humiliations d'une chair semblable à celle des pécheurs. Il ne lui fait voir que la bassesse d'un enfant, que la honte et l'opprobre de la croix, que l'impuissance d'un homme mort et enseveli. Il met sur ses yeux cette boue; il l'oblige de la porter sans rougir ; et il lui promet qu'elle sera pour lui un principe de lumière, s'il va se laver dans la piscine de Siloé, et s'il reçoit avec foi le baptême, dont l'eau est teinte du sang de Y Envoyé.

» En effet, la récompense d'une telle foi est de découvrir des richesses admirables de sagesse, de force, de sainteté, dans les mystères qui paraissaient n'être qu'une faiblesse et qu'une folie ; de trouver un gain enfin dans le sacrifice de la raison et de la sagesse humaine, et de comprendre qu'on serait toujours demeuré dans les ténèbres si l'on avait refusé de croire et d'obéir.

» Ceux qui sont sages à leurs propres yeux le refusent. Ils se croient éclairés, ils disputent, ils raisonnent, ils ont pour suspects tous les miracles et tous les faits qui prouvent la religion, ils demandent raison de tout, ils veulent que les mystères soient sans obscurité; enfin, ils veulent voir, disent-ils, puisqu'ils ont des yeux ; et ils ne savent pas qu'ils attirent ainsi sur eux le jugement que Jésus-Christ assure qu'il exercera, dès cette vie, sur les orgueilleux, en les livrant à leurs ténèbres, qu'ils prennent pour de la lumière, et en permettant que leur incrédulité rende tous leurs péchés irrémissibles, au lieu que la foi au Sauveur les aurait effacés » (Duguet, Princ. de la foi).

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PROJETS HOMILÉTIQUES.

A. l'incrédulité vaincue et confondue.— certitude des miracles DE JÉSUS-CHRIST.

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