L. XII. 13-21. — J§ LXXX1Y. PARAB. DE L HOMME RICHE
coup de Vien en réserve 2)our plus leurs années: » tu n'as plus besoin de travailler davantage ; le temps est venu de jouir de tes richesses; « repose-toi, mange, lois, fais bonne cl/ère. »
« Mais, » tandis qu'il s'enivrait de ce vain songe d'une félicité imaginaire, laterriblc réalité se dressa tout à coup devant ses yeux. Une voix secrète et formidable, la voix « de Dieu, » du souverain Juge, se fit entendre, peutêtre durant son sommeil, au fond de sa conscience alarmée : Pauvre « insensé, lui dit » cette voix, comprends maintenant ta folie et ta stupidité; cette vie de jouissances et de grossiers plaisirs dont tu te berces n'est qu'une chimère et ne te sera jamais donnée; « cette nuit même, » dans un instant, mes anges, exécuteurs de ma justice et messagers de la mort, « te demanderont ton âme; » elle va quitter, tremblante et consternée, cette vie pour laquelle elle a tout sacrifié, où elle plaçait tout son bonheur, et va subir le terrible jugement qui l'attend; « et ce que tu as amassé, à qui sera-t-U? » Ce ne sera pas à toi, du moins, qui ne pourras en emporter une obole. « Ainsi en sera-t-il de tout homme qui thésaurise pour soi, » qui oublie les pauvres, « et qui, » avec tous ses trésors, « n'est pas riche devant Dieu, » paraît devant lui, les mains vides de bonnes œuvres. Il a amassé des biens qui passent, et dont il ne peut rien enlever dans l'autre monde, et il a négligé les seules véritables richesses, celles qui nous suivent dans l'éternité.
ENSEIGNEMENTS PRATIQUES
v. 13. « Alors, du milieu de la foule, quelqu'un lui dit : Maître, dites à mon frère de partager avec moi notre héritage. » — Combien de chrétiens de nos jours ont, à l'exemple de cet homme, bien plus de soins de leurs intérêts temporels que du salut de leur âme ! — Les liens les plus étroits de la parenté ne suffisent pas toujours pour empêcher les divisions, les discordes,
bona posita in annos plurimos : requiesce, comede, bibe, epulare. — 20. Dixit autem illi Deus : Stulte, hâc nocte animam tuam repetunt à te; quee autem parasli, cujus evunt? — 2*1. Sic est qui sibi thesaurizat, et non est in Deum dives.
les procès et les haines, dès que l'intérêt est en jeu. — Les procès pour motifs d'intérêt devraient être inconnus parmi les chrétiens. — L'héritage du chrétien, c'est le ciel. — « Petebat in terra dimidiam liœreditatem , in cœlo Dominus o fer ébat totam. » (S. Aug.).
v. 14. « Mais Jésus lui 'répondit : Homme, qui m'a étalli pour vous juger et pour faire vos partages? » — Jésus-Christ n'est pas venu sur la terre pour régler nos affaires temporelles, mais pour nous assurer les biens éternels. — Chacun doit se renfermer dans la mission qui lui est assignée. — L'avare est l'homme de la terre, « liomo; » il ne cherche que la terre, ne pense qu'à la terre. Le disciple de Jésus-Christ est citoyen du ciel; là est son cœur, là sont ses pensées, ses affections, ses espérances : Je vous ai dit, vous êtes dieux et les enfants du Très- Haut.
v. 15. « Et s' adressant au peuple : Gardez-vous avec soin, leur dit-il, de toute avarice, car, dans V abondance même, la vie de V homme ne dépend pas des Mens qu'il possède. » — Ce ne sont pas les richesses qui rendent heureux, mais la vertu, la modération des désirs, le contentement de soi-même, la douce espérance des joies célestes, l'amour de Dieu, qui nous met en possession du bien infini.
v. 16, 17. « Il y avait un homme riche dont le champ avait rapporté beaucoup. Et il pensait en lui-même, disant : Que ferai-je, car je ri ai point où serrer ma récolte? » — Qui ne se sentirait ému de pitié, à la vue des soucis et des inquiétudes qui tourmentent ce riche, cet heureux de la terre? — Son abondance même fait son tourment, et ne lwi laisse aucun repos. Que d'inquiétudes enfantent les richesses! Au contraire, la douce paix et la tranquillité de l'âme sont le fruit de la médiocrité chrétienne, ou de la pauvreté évangélique. Quelle folie de donner le nom de biens à ce dont l'abondance n'est pour son triste possesseur qu'une source d'inquiétudes, qu'on ne peut conserver sans peine et sans travail, qu'on ne peut perdre sans douleur! (S. Bas.) « Labor in acquirendo, timor in possidendo, dolor in amittendo. » (S. Innoc.).
v. 18. « Et il dit : Voici ce que je ferai, je détruirai mes greniers, et j'en ferai de plus grands, et j'y amasserai tout le produit de mes terres et tous mes biens. » — 0 feu que rien ne peut éteindre! insatiable cupidité! Qui jamais sut se contenter de l'accomplissement de son premier vœu ? A peine a-t-on obtenu ce que l'on désire, que l'on désire plus encore. « Crescit amor nummi, quantum ipsa pecunia crescit. » (Innoc. Pap.). — « Jedétruirai mes greniers, dit-il, et j'en construirai de nouveaux. » — Pourquoi ces inutiles constructions? N'as-tu donc pas pour
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greniers les maisons des pauvres? Est-il juste que tu aies tout en abondance, tandis que tant de malheureux manquent du nécessaire ? Ces biens que tu caches et que tu accumules ne t'appartiennent pas : ils forment le patrimoine du pauvre. « Esurientis est, panis quem rétines ; midi, vestis quam in arcâ custodis ; egentis, argentum quod terne infossum possides. » (S. Bas.)
v. 19. « Et je dirai à mon âme : Tu as beaucoup de biens amassés pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois, fais bonne chère. » — La plupart des hommes vivent comme si la terre devait être leur éternelle demeure, comme s'ils ne devaient jamais mourir. Il n'y a pour eux qu'une seule chose qui ait de la réalité, l'argent. « Mon âme, » dit-il. Pauvre âme ! Il croit l'aimer, il croit faire son bonheur, et il la tue.
v. 20. « Mais Dieu lui dit : Cette nuit même, on te demandera ton âme. » — La pensée sérieuse de la mort est le plus sûr remède contre la cupidité. — La mort de l'homme cupide et sensuel est presque toujours imprévue. — « Et ce que tu as amassé, a qui sera-t-il? » — La passion d'accumuler, avec la certitude de mourir demain, est une des plus grandes folies et des plus grandes misères de l'homme. L'avare surpris par la mort perd tout à la fois..., ses richesses, qu'il ne peut emporter..., son âme..., que Dieu va juger..., la terre... qui fuit sous ses pieds..., le ciel, qu'il a dédaigné, et qui lui est justement refusé... Il ne lui reste que l'enfer. — Triste sort des prétendus heureux de ce monde : a) un cœur à jamais rassasié, et toujours altéré ; b) soucis, inquiétudes toujours croissantes ; c) travail sans répit et sans relâche ; d) espérances illusoires ; e) réveil terrible, et éternel désespoir au moment de la mort ! — Les richesses de la vertu, de l'âme, de l'éternité, a) les seules véritables, b) les seules impérissables, c) les seules accessibles à tous. — Effra3rante pauvreté du riche avare, surpris par la mort ! Il a perdu ses richesses... son âme, son éternelle félicité..., son Dieu.
v. 21. « Ainsi en est-il de celui qui thésaurise pour soi, et qui ri est point riche devant Dieu. » — Heureux celui qui est riche devant Dieu ! il n'a point à craindre de perdre ses richesses. — Heureux celui qui a versé ses trésors dans le sein des pauvres ! il les retrouvera au centuple dans le ciel. — Le célèbre médecin Boerhave avait coutume de dire : Mes meilleurs débiteurs, et ceux qui me paient le mieux, ce sont les pauvres; car c'est Dieu qui paie pour eux.