‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 211 sur 419 · A LA LAPIDATION · texte numérisé non relu

A LA LAPIDATION

(Jérusalem, 21 décembre 29.) (Jo. x, 22-42.)

« L'hiver était arrivé, et Von célébrait à Jérusalem la, fête de la Dédicace. » Cette fête avait été instituée en

J. X. 22. Facta sunt autem Encaenia in Jerosolymis : et hyems erat.

j. x. 22-42. — § LXXXVI. la dédicace. 289

mémoire de la troisième dédicace du temple, faite par Judas Machabée, lorsqu'il renversa l'idole de Jupiter Olympien, placée dans le sanctuaire par Antiochus Epiphane, roi de Syrie, et qu'il purifia le temple de ses souillures, en y élevant un nouvel autel. ( Voy. I Macli. iv, 52-59.) Elle commençait le 25 du mois de Kisleu, correspondant à notre mois de décembre, et durait huit jours. Elle se célébrait partout où il y avait des Juifs, et non exclusivement à Jérusalem, comme les trois fêtes nationales de Pâques, de la Pentecôte et des Tabernacles. On rappelait aussi ïa fête des lumières, parce

j qu'à l'occasion de cette solennité, les Juifs illumina ient la nuit, pendant toute l'octave, la porte de leur

I maison.

« Jésus » s'était rendu à Jérusalem pour le jour de

; cette fête, « et il se promenait dans le temple, sous le portique de iSalomou, » ainsi appelé, parce que c'était un dernier reste de l'ancien temple de Salomon. Il était bâti au côté oriental du temple, sur la grande terrasse élevée, par le iils de David, à 400 coudées de hauteur au-dessus de la vallée.

« Or, les Juifs, » les Scribes et les Pharisiens, ennemis du Sauveur, « T'entourèrent et lui dirent : Jusqu'à quand tiendrez-vous nos esprits en suspens? Si » réellement « vous êtes le Christ, » le Messie que nous attendons, « dites-le nous ouvertement » et sans ambages. Ce n'était pas le désir de connaître la vérité qui les faisait parler ainsi, mais, en excitant Jésus-Christ à se décla-

> rer ouvertement pour le Messie, ils espéraient trouver dans ses paroles l'occasion si ardemment cherchée de

! l'accuser devant le Sanhédrin comme blasphémateur,

t et devant les Romains, comme séditieux et ennemi de

i César.

« Jésus » que toutes leurs feintes hypocrites ne pouvaient surprendre, « leur répondit : » Pourquoi demander insidieusement l'affirmation d'une vérité que vous

23. Et ambulabat Jésus in kmplo, in porticu Salomonis. 184. Circumdederunt ergb eum Judaei, et dicebant ei : Quoùsque animam nostram tollis? Si tu es Christus, die nobis palàm. — 25. Respondit eis Jésus :

Dehaut. L'Evang.— T. III. 25

êtes bien décidés d'avance à ne pas croire? « Je vous parle » tous les jours assez clairement, « et voies ne croyez pas à ma parole. » Ce n'est pas la lumière qui vous manque : « les œuvres » miraculeuses « que je fais » sous vos yeux « au nom de mon Père, » et qui prouvent ma mission divine, « rendent assez témoignage de moi', mais vous ne croyez point, parce que votes n'êtes pas de mes brebis, » parce que les mauvaises dispositions de vos cœurs, votre haine pour la vérité, vous rendent indignes d'être du nombre de mes disciples et des élus de mon Père. « Mes brebis écoutent ma voix; » c'est à leur docilité et à leur obéissance que je les reconnais pour telles; «jeles connais et elles me suivent, et » en récompense, «je leur donne la vie éternelle : elles ne périront jamais, et nul ne les ravira de ma main. Mon Père qui me les a données, » et qui les protège, « est plus grand que toutes choses » (suivant le texte" grec) (a), « et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. » Ou plutôt, pour dire la vérité toute entière, la main du Fils et la main du Père, la puissance du Fils et la puissance du Père, c'est la même chose; car, « moi et mon Père, nous sommes un. » Je n'ai, avec mon Père céleste, qu'une même puissance, une même volonté, une même nature. Il y a en Dieu trinité de personnes (sumîis), et unité de nature (unum).

A ces paroles, par lesquelles ils voyaient bien que

Loquor vobis, et non creditis. Opéra quœ ego facio in nomine Palris mei, haec testimonium perhibent de me. — 26. Srd vos non creditis, quia non estis ex ovibus mois. — 27. Ovesmese vocera raeam audiunt ; et ego cognosco eas, et sequuntur me. — 28. Et ego vitam seternam do eis ; et non peribunt in œternum, et non rapiet eas quisquam de manu meâ. — 29. Pater meus quod dédit mini majus omnibus est ; et nemo potest rapere de manu Patris mei. — 30. Ègo et Pater unum sumus.

(a) D'après la Vulgate : « Quant à mon Père, ce qu'il m'a donné est plus ijrand que toutes choses; » l'Eglise, que mon Père céleste m'a donnée, et qui est com-, posée de mes brebis, qui forme le troupeau dont je suis le pasteur, est le présent' le plus précieux, le plus inestimable à mes yeux, que j'aie reçu de sa main.' — Suivant plusieurs sainls Pères : « Ce que mon Père m'a donne', » c'est-à-dire ma divinité, qui m'est éternellement commune avec lui, « est au-dessus de tout. » Il y a dans le grec : 6 7taT-r,p jjlou, 8ç Sc'Swxs'v |.ot, ;j.ctÇwv TtàvTcov d^TtV, « Pater meus, qui dédit milii oves mcas, major omnibus est. »

y. x. 22-42. — § LXXXVI. la. dédicace. 291

Je sus-Christ s'attribuait ouvertement la nature divine, « les Juifs prirent des fier rcs pour Je lapider* comme blasphéma leur. « Jésus leur dit, » avec une ironie bien capable de leur percer le cœur, s'ils en avaient eu un, en leur reprochant leur odieuse ingratitude : « J'ai opéré \sous vos yeuxbien des bonnes œuvres, » qui étaient à la [fois un miracle, une preuve de ma mission divine, et |un bienfait, une preuve de mon amour pour les hommes; « pour laquelle de ces bonnes œuvres, » qui devraient mériter toute votre reconnaissance, « me lapidez-vous? » — « Nous ne te lapidons pas pour aucune bonne œuvre, 'répondirent les Juifs » avec colère, « mais parce que tu blasphèmes, parce qu 'étant homme, tu te fais Dieu. » Jésus ne récusepas l'assertion des Juifs, qu'étant homme il se fait Dieu; mais il la justifie et leur montre., par un argument à minori ad majus, que, par là même qu'il est, comme ses miracles le prouvent suffisamment, revêtu d'une mission divine, qu'il se présente comme le Messie, il est en droit, d'après les Saintes Ecritures, de s'attribuer sans blasphème le titre de Dieu. « N'est-il pas écrit dans votre loi, » (c'est-cà-dire, dans la Sainte Ecriture, car les paroles suivantes se lisent, non dans les livres de Moïse, mais dans le psaume lxxvi, 6), n'y lisons-nous pas que Dieu, s'adressant aux princes établis pour gouverner son peuple, les appelle des dieux, parce qu'ils sont les représentants de la Divinité; «je l'ai dit, vous êtes des dieux, » et toutefois vous pensez comme de simples mortels? « Or, si l'Ecriture sainte appelle Dieux ceux à qui cette parole était adressée, » et qui n'étaient après tout que des hommes, « et s'il est vrai que l'Ecriture sainte ne peut être détruite, » et que son autorité, comme étant la parole de Dieu, est infaillible, il est donc faux de soutenir qu'un homme ne puisse être

31. Sustulcrunt ergô lapides Judœi, ut lapidarent eum. — 32. Respondit eis Jésus : Multa bona opéra ostendi vobis ex pâtre meo,„ propter quod eorum opus me lapidât is ? — 33. Responderunt ei Judaei : De bono opère non iapidamus te, sed de blasphemiâ; et quia tu, homo cùm sis, faeis te ipsum Deum. — 34. Respondit ois Jésus : Nonne scriptum est in loge vestrâ quia egodixi : Diiestis? — 3o. Si illo^ dixit deos, ad quos sermo Dei Cactus est, et non potest solvi Scriptura :

appelé Dieu sans blasphème ; « comment » alors « me dites-vous , à moi, que le Pire » céleste « a sanctifié, » qu'il a choisi, consacré, pour être le Messie Rédempteur, « et qu'il a envoyé dans le monde, » pour sauver le monde,, comment pouvez-vous ! dire à celui qui n'est pas seulement Dieu par ligure et par métaphore, en tant qu'il est le représentant de la Divinité, mais qui possède réellement et substantiellement la nature divine : « Tu es un blasphémateur, parce que f ai dit : Je suis le Fils de Dieuci » Ce que j'ai dit, d'ailleurs, je l'ai prouvé par mes miracles. « Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, » les œuvres divines et merveilleuses qu'il m'a donné, comme homme, le pouvoir d'opérer, « ne me croyez pas, » je vous le permets. « Mais, si je les fais, » comme vous ne pouvez le nier, « lors même que vous ne voudriez pas croire à ma parole, croyez » du moins « à mes œuvres, » qui sont la voix du Père céleste, « comprenez et croyez q%ce le Père est en moi » avec son essence, et par conséquent avec sa puissance et sa volonté, « et moi, dans le Père. »

Les Juifs, confondus, ne purent rien répliquer, mais leur haine persiste ; irrités de ces paroles, « ils cherchaient à le prendre » et à l'entraîner hors du temple Eour le lapider; « mais, » soit. qu'il se fût rendu invisile, ou qu'une force secrète et surnaturelle, une frayeur subite, ait arrêté les Juifs et glacé leurs bras, « il sortit de leurs mains » et échappa à leur fureur.

« Et il s'en alla de nouveau au delà du Jourdain, au lieu on Jean baptisait d'abord, et il y demeura » quelque temps. « Et beaucoup de personnes vinrent a lui, et ils disaient : Jean n'a fait aucun miracle, » et cependant nous étions disposés à le reconnaître pour le Messie.

36. Quem Pater sanctificavit et misit in mundum, vos dicitis : Quia blasphémas, quia dixi : Filius Dei sum ? — 37. Si non facio opéra Patris mei, nolite credere mihi. — 38. Si autem facio, et si mihi non vultis credere, operibus crédite, ut cognoscatis et credatis quia Pater in me est, et ego in Pâtre. — 39. Quserebant ergb eum apprehendere ; et exivit de manibus eorum. — 40. Et abiit iterùm trans Jordanem, in eum locum ubi erat Joannes baptizans primùm ; et mansit illic. — 41 . Et multi venerunt ad eum, et dicebant : Quia Joannes quidem signum fecit nullum.

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Celui-ci, au contraire, sème sur ses pas les prodiges les plus extraordinaires; il est donc supérieur à Jean luimême; il est vraiment le Messie, dont Jean annonçait la venue ; « et tout ce que Jean a dit était vrai » et se réalise sous nos yeux. « Et beaucoup crurent en lui. »

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

v. 24. « Les Juifs V entourèrent et lui dirent : Jusques à quand tiendrez-votes notre esprit en suspens? Si vous êtes le Christ, dites-le nous ouvertement. » — On tùche de rendre obscures les vérités de l'Evangile pour s'exempter de les suivre. L'incrédulité est sans excuse, a) parce qu'elle est de mauvaise foi : les Juifs se souciaient bien moins de savoir ce qu'ils devaient penser de Jésus-Christ que de trouver un prétexte pour le faire mourir ; b) parce qu'attachée au péché qu'elle ne veut pas quitter, elle repousse volontairement la lumière.

v. 25. « Jésus leur répondit : Je vous parle, et vous ne me croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi. » — Un ministre du Seigneur doit prêcher par ses oeuvres, bien plus encore que par ses discours. Il n'y a pas de preuves, quelque évidentes qu'elles puissent être, qui puissent convaincre ceux qui veulent obstinément fermer les yeux.

v. 26, 27. « Mais vous ne me croyez point, parce que vous ri êtes pas mes brebis. Mes brebis entendent ma voix, je les connais et elles me suivent. » — Les brebis de Jésus-Christ, c'est-à-dire, les âmes qui sentent intérieurement le besoin d'un Sauveur, se reconnaissent à trois caractères, a) Elles entendent la voix de leur divin Pasteur, la comprennent, y croient et la pratiquent.

b) Elles sont connues de Jésus-Christ et ont en elles-mêmes l'assurance intérieure du pardon de leurs péchés, de son amour.

c) Elles le suivent, se donnent à lui tout entières, de corps et d'àme, s'appliquent à retracer en elles ses vertus, à se remplir de son esprit. « Estote oves. Oves credendo sunt, oves Pastorem sequendo sunt, oves Redemptorem non contemnendo sunt, oves per ostium intrando sunt, oves exeundo et pascua inveniendo sunt, oves viiâ œlernâ perfruendo sunt. (S. Aug.).

v. 28. « Je leur donne la vie étemelle, et elles ne périront pas à jamais, et nul ne les ravira d'entre mes mains. » — Jésus leur fait une triple promesse, a) Il leur donne la vie éternelle. Jésus

42. Omnia autem qugecumquo dixit Joannes de hoc, vera erant. Et multi crediderunt in eum.

n'est pas seulement notre guide dans le chemin du ciel, il est le dispensateur de la vie éternelle. Nous ne pouvons la recevoir que de sa main. Ceux qui repoussent les grâces et l'amour de Jésus- Christ courent donc à une ruine inévitable, i) Il les préserve de la perte éternelle. Rien ne peut les enlever malgré elles à l'amour de Jésus-Christ ; ni les souffrances, ni les persécutions. Rien ne peut ôter la paix divine et le contentement intérieur, c) Personne ne les ravira de la main de Jésus-Christ. Les âmes fidèles sont en sûreté sous la houlette de leur divin Pasteur ; il les protège, les défend contre tout danger, est leur avocat auprès du Père éternel. L'union qui existe entre lui et ses brebis est indissoluble. A moins que nous ne la brisions nous-mêmes, rien ne peut la rompre. Ici, se montre la puissance de l'amour de Jésus-Christ. Ecrions-nous clone avec saint Paul : « Qui donc nous séparera de l'amour de Jésus-Christ?... Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? » (Rom., vm, 35-36.)

v. 29. « Mon Père qui me les a données, est plus grand que toutes choses. » — Fondement de ce qui précède. La puissance de Jésus-Christ est la puissance de Dieu lui-même. Or, Dieu est plus puissant que tous les ennemis, hommes ou démons, qui peuvent attaquer mon âme. « Pour vous, que la vertu de Dieu garde par la foi, pour le salut qui doit être révélé à la fin des temps. » (I. Pet., i, 5.)

v. 30. « Mon Père et moi, nous sommes un. » — Mystère de la Sainte Trinité. Unité de nature, distinction des personnes. Les hérésies d'Arius et de Sabellius à la fois confondues.

v. 31. « Alors les Juifs prirent des pierres pour le lapider. » — Telle est la conduite constante des hérétiques. Ils commencent par protester de leur humble soumission aux jugements de l'Eglise. Sont-ils une fois condamnés ? ils s'irritent, ils en appellent à un futur concile, ou, s'ils se sentent appuyés, ils lèvent hautement l'étendard de la révolte et se séparent de l'Eglise. — Le Christ, c'est la vérité, la paix, la justice. Les incrédules qui repoussent et nient la vérité, les hérétiques qui l'abandonnent, les schismatiques qui déchirent l'unité, les pécheurs obstinés qui violent la justice pour un avantage passager, etc., sont tous les persécuteurs et les meurtriers de Jésus- Christ.

v. 39. « Ils cherchaient à le prendre; mais il s'échappa de leurs mains. » Les méchants ne peuvent faire que ce que Dieu leur permet.

j. x. 22-42. — § LXXXV1. la dédicace. 295

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