‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 235 sur 419 · L. xv. 1-32. — g LXXXIX. l'enfant prodigue · texte numérisé non relu

L. xv. 1-32. — g LXXXIX. l'enfant prodigue

« Mon père, j'ai péché contré le ciel et contre vous; je ne suis plus digne d'être appelé votre fils. » Il allait continuer, mais son père lui ferme la bouche, le relève, et, appelant « ses serviteurs, il leur dit, » dans l'ivresse de sa joie : « Vite, apportez sa plus délie robe, » sa robe des fêtes et des grands jours, « et revêtez-Ven; mettez-lui un anneau » d'or « au doigt, » comme il convient au rang qu'il doit occuper désormais, « et une chaussure aux pieds; » faisons disparaître au plus tôt tous ces vestiges de la honte et de la misère qui offusquent mes yeux, et qu'il paraisse au milieu de nous avec la décence extérieure qui convient au fils et a l'héritier de la maison. Et pour célébrer dignement la fête de son heureux retour, « amenez le veau gras et tuez-le, et mangeons et réjouissons-nous, car mon fils que voilà était mort, et il revit; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent a manger » et à se réjouir.

Jésus-Christ vient de peindre, dans la personne du jeune prodigue, les égarements et le retour du pécheur, et de nous dévoiler les richesses de la miséricorde divine, dans l'accueil qu'il trouve au seuil de la maison paternelle. Le père de famille, c'est Dieu, l'enfant prodigue représente les publicains et les pécheurs qui se convertissent à la prédication de l'Evangile, et qui reviennent à Dieu; il va nous peindre, maintenant, dans la personne du fils aîné, l'image de ces pharisiens qui, orgueilleux et enflés de leur prétendue justice, avaient pour les pécheurs un souverain mépris, et murmuraient de les voir accueillis avec bonté par le Sauveur.

« Or, le fils ai né était dans les champs, » occupé auxtravaux de l'agriculture, « et comme il revenait, » à l'heure du repas, « et approchait de la maison, il entendit le

21 . Dixitque ei filius : Pater, peccavi in cœlum et coràm te, jàm non sum dignus vocari filius tuus. — 22. Dixit autem pater ad servos suos : Citb proferte stolam primam, et induite illum, et date annulum in manum ejus, et calceamenta' in pedes ejus; — 23. Et adducite vitulum saginatum, et occidite, et manducemus, et epulemur : — 24. Quia hic tilius meus mortuus erat, et revixit; perierat, et inyentus est. Et cœperunt epulari. — 25. Erat autem filius ejus senior in agro ; et cùm veniret, et appropinquaret domui,

Dehaut. L'Evang.— T. III. 28

'62Q l'évangile Expliqué, défendu, médité.

brait de la symphonie et de la danse (a). » Surpris de ces réjouissances inattendues, et ne sachant ce que cela signifiait, « il appela l'an des serviteurs, et lui demanda ce que c'était. Celui-ci lui répondit : Votre frère est revenu, » et pour fêter son retour, « votre père a tué le veau, gras, en réjouissance de ce qu'il l'a recouvré sain et sauf. »

A cette nouvelle, le frère aîné « fut indigné, » et trouvant mauvais que son père eût sitôt oublié le crime et l'inexcusable conduite de ce fils coupable., « il ne voulait pas entrer, » ni prendre part à la fête. « Le père, » attristé de cette conduite, « sortit » de la maison « pour le conjurer » de ne pas troubler, par une jalousie déplacée, la joie d'un si beau jour. « Mais le fils, » insensible aux supplications paternelles « répondit à son père, » d'un ton de reproche et de mauvaise humeur : « Depuis tant d'années que je vous sers, jamais je n'ai manqué à aucun de vos commandements, et jamais vous ne m'avez donné un chevreau pour me réjouir en le mangeant avec mes amis. Et lorsque ce fils » ingrat et rebelle, « qui a dévoré tout son bien avec des courtisanes, est revenu » à la maison paternelle, au lieu de le repousser, comme il le méritait, avec mépris et indignation, vous mettez pour lui toute la maison en réjouissance, « et vous tuez le veau gras, « pour fêter son heureux retour.

« Le père lui répondit, » avec douceur et tristesse : « Mon fils, » qu'avez- vous à vous plaindre? « vous êtes,

audivit symphoniam et chorum ; — 26. Et vocavit unum de servis, et interrogavit quid haec essent. — 27. Isque dixit 111 i : Frater tuus venit, et occidit pater tuus vitulum saginatum, quia salvum illum recepit. — 28. Indignatus est autem, et nolebat iritroire. Pater ergo illius, egressus, cœpit rogare illum. — 29. At ille respondens dixil patri suo : Ecce tôt annis servio tibi, et nunquàm mandatum tuum preeterivi, et nunquàm dedisti mihi haedum, ut cum amicis meis cpularer. — 30. Sed postquàm filius tuus hic, qui devoravit substantiam suam cum meretricibus. venit, occidisti illi vitulum saginatum. — 34. At ipso dixit illi : Fili, tu

(a) Il s'agit ici de danses et de chants exécutés, en présence des convives, par des femmes esclaves, ou louées, avec accompagnement d'un instrument à cordes, pincé par l'une d'entre elles, et qui faisaient partie du programme ordinaire des festins solennels.

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tous, toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à vous; » que pouvez- vous désirer davantage? a mais il fallait dieu faire un festin et se réjouir; » c'était une nécessité pour le cœur d'un père, « car votre frère était mort, et il revit ; il était perdu, et il est retrouvé. » C'est ainsi que Jésus-Christ fait voir que cette prétendue justice dont les Pharisiens s'enorgueillissaient, et du haut de laquelle ils méprisaient si dédaigneusement tous les autres hommes, ne recouvrait que l'égoïsme, l'envie, la dureté du cœur, l'absence de l'esprit de charité, sans, lequel il n'y a point de vraie justice.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

A. Parabole de la brebis égarée.

y. 1. « Or, les publicains et les pécheurs s'approchaient de Jésus pour V entendre. » — Les pécheurs sentent davantage leur misère et le besoin qu'ils ont d'un sauveur, et sont, par suite, souvent plus près du salut que de prétendus justes enflés d'euxmêmes. — C'est une excellente disposition pour revenir à Dieu que d'aimer à écouter la parole divine. — Un pasteur doit montrer une tendre compassion, un amour plein de dévouement pour les pauvres pécheurs de sa paroisse. Au lieu de les rebuter parle mépris, les reproches injurieux, etc., il doit tâcher de gagner leurs cœurs, pour les ramener plus facilement à Dieu. — A cet égard, plus fait douceur que violence.

v. 2. « Et les Pharisiens et les Scribes murmuraient, disant .- Celui-ci accueille les pécheurs et mange avec eux. » — On juge d'ordinaire les autres d'après soi-même, d'après les dispositions de son cœur. Un cœur vertueux croit volontiers le bien, les cœurs gâtés et corrompus supposent toujours le mal : ils sont incapables de comprendre et d'apprécier ce qui est bon, noble, désintéressé. — a) Les Pharisiens auraient cru se souiller par la société des publicains et des pécheurs; c'était une vaine superstition, b) Ils se glorifiaient de leur prétendue justice, et regardaient tous les autres comme des pécheurs : c'était orgueil et a cei' gl 'entent. — c) Us n'avaient pour les publicains, et, en général pour ceux qui n'étaient pas de leur secte, que haine et

somper mociun es, et omnia mca tua sunt. — B%. Epulari aulcm et gaudçre oportebat; quia IVater tuus hic mortuus erat, et rovixit; perierat, et invenlus est.

mépris : c'était inhumanité et dureté de cœur. — Comment la bassesse pourrait-elle comprendre ce qui est grand et noble; l'égoïsme et la dureté du cœur, la miséricorde et la charité; l'orgueil, l'humble condescendance qui s'abaisse vers le misérable, le pauvre pécheur, pour le guérir et le relever? — Fuyons les vices odieux des Pharisiens, et imitons les vertus dont Jésus nous donne l'exemple.

D'ordinaire, on doit éviter la fréquentation des pécheurs et des âmes corrompues, afin de ne pas se laisser entraîner par leurs mauvais exemples, de ne pas s'exposer au danger de flatter leurs passions coupables et de paraître approuver leur conduite et consacrer leurs désordres ; mais la charité nous fait un devoir de nous rapprocher d'eux, lorsque nous avons l'espoir de les ramener à Dieu. — Etre l'ami des pécheurs pour les flatter et les confirmer dans leurs désordres, c'est une mauvaise et fausse amitié. Etre l'ami des pécheurs pour les réconcilier avec la vertu, avec la conscience et avec Dieu, c'est une bonne et véritable amitié.

v. 3, 4. « Et il leur proposa cette parabole? Quel est celui d'entre vous, qui ayant cent brebis, s'il en perd une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert, et ne s'en aille après celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la trouve? » — Le pasteur de cette parabole, c'est Jésus-Christ, qui est vraiment, et par excellence, le Bon Pasteur. 11 est riche et libéral, il a un nombreux troupeau. Tous les mondes divers qui roulent dans l'immensité des cieux lui appartiennent. La brebis égarée, c'est a) le genre humain tout entier, entraîné dans la chute du premier homme, incapable de sortir de lui-même de son état misérable. — b) Chaque pécheur, chacun de nous en particulier. — Le Sauveur semble oublier les justes, les habitants des cieux, pour ne s'occuper que de l'homme perdu... : «Ex magnitudine gregis patet sollicitudo pastoris pro unâ ove. » — Il n'a jamais fait pour l'ange ce qu'il a fait pour nous ; et ce qu'il a fait et souffert pour sauver le genre humain, il l'aurait fait et souffert pour sauver une seule âme. — Le bon pasteur court après sa brebis, a) de suite et sans délai, sans remettre au lendemain, aux incertitudes de l'avenir ; les premières épines du remords, après le péché commis, sont les premiers pas du bon pasteur après sa brebis ; — b) à travers mille peines, mille fatigues, mille souffrances, par monts et par vaux..., quelque temps qu'il fasse. — Rappelons-nous tout ce que Jésus a souffert pendant les trentetrois années qu'il a vécu parmi les hommes, et jusrm'où il nous a aimés. — c) Sans se reposer..., sans que l'ingratitude, l'incrédulité, l'impénitence, l'endurcissement, etc., du pécheur puisse le lasser ni le décourager. — Bel exemple pour le pasteur des

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