‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 259 sur 419 · L. XVI. 19-31. — g XCI. PARAB. DU MAUVAIS RICHE · texte numérisé non relu

L. XVI. 19-31. — g XCI. PARAB. DU MAUVAIS RICHE

par rimage symbolique d'un festin; Lazare est ici supposé assis ou couché près d'Abraham, à la première place, reposant, en quelque sorte, sur le sein de ce patriarche, comme l'apôtre saint Jean reposait sur le sein de Jésus.

Quelque temps après, « le riche mourut aussi, » car la mort inexorable n'épargne pas plus les riches que les pauvres, et enlevé violemment à cette vie de luxe et de jouissance où il avait placé tout son bonheur, il fut transporté par les démons, et « enseveli dans les enfers- » — Quel réveil terrible ! . . . Gomme il n'avait vécu que pour lui, comme il n'avait rien fait pour Dieu, ni pour le salut de son âme, il fut condamné aux supplices éternels de l'enfer, plongé dans ses flammes dévorantes, et ce qui mit le comble à son malheur, c'est la comparaison qu'il fit de son sort avec celui de ce misérable mendiant qui gisait autrefois à sa porte et à qui il n'avait pas même daigné jeter un morceau de pain, et qu'il voit maintenant à la place d'honneur dans le séjour des élus. « Tandis qu'il était dans les tourments, levant les yey&, il vit, de loin, Abraham et Lazare dans son sein. » — ~ Les rabbins disent que le paradis et l'enfer sont tellement placés, que de l'un de ces lieux l'on peut voir dans l'autre : « RaWmi dicunt paradisum et gehennam ità esse posita, ut ex uno loco in alterum irrospieiant. » (Medrash, Cohel, vu, fol. 102.) — Du reste, on comprend facilement qu'il ne faut pas prendre rigoureusement à la lettre le langage métaphorique usité dans cette parabole (c).

Mortuus est aulem et divee, et sepultus est in inferno. — 23. Elevans autem oculos suos, cùm esset in tormenlis, vidit Abraham à longé, et Lazarum in sinu ejus.

(c) Nous trouvons la contre-partie de cette parabole dans le récit d'un fait arrivé du temps de Jésus, par Perachia, qui vivait 78 ans avant Jésus-Christ. Il arriva qu'un publicain méprisé et un rabbin qui jouissait d'une grande considération moururent en môme temps. Le cercueil du publicain était suivi par quelques parents de la classe la plus pauvre, tandis que relui du pieux rabbin était accompagné des principaux habitants de toute la ville. Des ennemis survinrent et dispersèrent le cortège; de sorte que, dans la confusion d'une fuite précipitée, le pauvre publicain fut déposé par erreur dans le magnifique tombeau qui avait été préparé pour le rabbin ; au lieu que celui-ci fui enterré dans le

A cette vue, qui lui est insupportable, dans sa douleur, « il pousse un grand cri : Père Abraham, dit-il, » vous dont je me suis toujours fait gloire de descendre, « ayez pitié de moi, » qui espérais par droit de naissance être placé auprès de vous, et partager votre bonheur. Je ne demande pas que vous vous dérangiez pour moi, mais, je vous en supplie, vous qui avez le droit de commander, « envoyez ce Lazare, « que je vois (ce à quoi je ne m'attendais guère, je l'avoue,) placé tout près de vous, « afin qu'il trempe le bout de son doigt dans Veau, pour rafraîchir ma langue » desséchée et brûlante; vous ne serez pas assez dur pour me refuser ce léger adoucissement, « car je souffre horriblement au milieu de cette flamme » qui me dévore et m'enveloppe de toutes parts (a). C'est le riche qui mendie à son tour, et qui implore l'assistance de celui qu'il a dédaigné, qu'il a repoussé durant sa vie, qui demande une goutte d'eau à celui qui n'avait pu obtenir les miettes de pain qui

24. Et ipse, damans, dixit : Pater Abraham, miserere mei, et mitte Lazarum ut intingat extremum digiti sui in aquam, ut refrigeret linguam meam, quia crucior in hâc flammâ.

tombeau plus que modeste du publicain. L'erreur avait été aperçue par un disciple du rabbin seulement. Celui-ci s'affligeait grandement de l'opprobre qu'avait subi son maître après sa mort. Mais le défunt lui apparut en songe, la nuit suivante, et lui dit : Ne te troubles point, viens voir ma demeure au paradis, et celle du publicain en enfer. J avais une fois, pendant ma vie, écouté, sans protester, les injures dont on flétrissait les Docteurs; et c'est pour cela que je suis puni dans ma sépulture. Ce publicain, au contraire, a fait un jour distribuer aux pauvres un festin qu'il avait préparé pour un personnage qui ne s'était pas présenté; et c'est pour cela qu'il est récompensé en ce moment. — Telles étaient les idées que les contemporains du Christ se faisaient de la justice divine dans l'autre vie. Le riche, après avoir été heureux ici-bas, l'était encore dans le ciel, tandis que l'enfer était réservé aux pauvres. (Sepp.)

(ci) Faut-il prendre grossièrement à la lettre la langue du riche, le doigt de Lazare? Non, assurément. Nous avons ici une parabole dont il ne faut pas presser minutieusement tous les termes, mais où il ne faut s'arrêter qu'à la pensée. Or, celte pensée, c'est que le riche est puni rigoureusement dans une autre vie de sa dureté envers les pauvres, et que les peines qu'il endure sont en rapport avec la vie molle et voluptueuse qu'il avait menée sur la terre. Saint Augustin dit excellemment, à ce sujet : « Meliùs est dubitare de occultis quam litigare de incertis. Illum quippe divitem in ardore pœnarum, et illum pauperem in refrigerio gaudiorum intelligendos esse non dubito. Sed quomodo intelligendci ail Ma flamma inferi, Me sinus Abrahœ, Ma lingua divilis. Me digitus pauperis, iUa silis lormenti, Ma stilla refrigerii, vix fortassè à mansuetè quœrentibus, à çontmiiosè autem certantibus nunquàm invenitur. »

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