‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 260 sur 419 · L. XVI. 19-31. — § XCI. PARAB. DU MAUVAIS RICHE · texte numérisé non relu

L. XVI. 19-31. — § XCI. PARAB. DU MAUVAIS RICHE

tombaient de sa table somptueuse : « Superbus temporis, mendions infemi. « S. Aug.).

« Abraham » oppose à cette demande les décisions irrévocables de la divine justice. Il lui parle avec calme et tranquillité, sans dureté, et avec une sorte de pitié paternelle : « Mon fils, lui dit-il, souviens-toi que durant ta vie, tu as reçu les Mens, » ces biens futiles et vides, que tu désirais uniquement, et que tu préférais aux biens véritables, « et que Lazare, » au contraire, n'a eu en partage que « les maux, » les privations et les souffrances. « Maintenant, » les choses sont changées; « il est consolé, » il est dédommagé, récompensé de ce qu'il a souffert, « et toi tu es dans les tourments. » Ainsi l'exige la divine justice : il faut que le désordre apparent qui semble accuser la Providence et qui nous montre sur la terre le méchant dans la prospérité et le juste dans l'affliction soit réparé, et que chacun soit rétribué suivant ses œuvres. Ce que tu me demandes., d'ailleurs, est impossible ; « un grand abime, » un gouffre infranchissable, a été « creusé, » a été affermi, consolidé {firmatum est), pour jamais, « entre noies autres, » les élus de Dieu, « et voies, » les maudits et les réprouvés, « de sorte que ceux qui voudraient aller d'ici à vous, ou venir à nous, de là où vous êtes, ne le 'peuvent. » 11 n'y a point de communication possible entre le ciel et l'enfer; le sort des damnés est immuable, et rien ne peut changer ni adoucir leur supplices

« Le » mauvais « riche, •» reconnaisant malgré lui, à la lumière de sa conscience, qu'il avait mérité son sort, n'ose opposer aux paroles d'Abraham que de faibles excusés, et encore les insinue-t-il plutôt qu'il ne les exprime formellement. Prétextant un reste d'intérêt pour ses frères, qui menaient sur la terre la vie qu'il avait menée lui-même, « Père, je vous en supplie, dit-il, envoyez, » du moins, « dans la maison de mon père, »

25. Et dixit il] i Abraham : Fili, recordare quia recepisti bona in vitâ tuâ, et Lazarus similiter mala : nunc autem hic consolatur, tu verb cruciaris. — 26. Et in his omnibus inter nos et vos chaos magnum firmatum est ; ut hi qui volunt hinc transire ad vos non possint, neque indèhùc transmeare. — 27. Et aïtRogo ergo te, pater. ut mittas eura in domum patiis mei :

Lazare ou quelqu' autre, « afin qu'il atteste ces choses à mes cinq frères, et qu'ils ne viennent point, eux aussi, » à leur tour, « dans ce lieu de tourments. » — Gela voulait dire, tout simplement, que, si l'on avait eu l'attention de le prévenir d'avance de ce qui lui arrive aujourd'hui, il se serait comporté tout autrement. Mais « Abraham lui répondit : » Ce ne sont pas les avertissements qui leur manquent, et qui t'ont manqué à toi-même; « ils ont Moïse et les prophètes, » ils ont la révélation divine, toutes les Ecritures ; « qu'ils les écoutent. » Le riche insista : « Non, père Abraham, » je les connais mieux que vous, cela ne suffira pas pour les convertir; mais, « si quelque mort, » sorti du tombeau, « leur apparaissait, » ce prodige ferait impression sur eux et « ils feraient pénitence. » — « Mais Abraham reprit : S'ils n'écoutent point Moïse et les prophètes, un mort ressusciterait, qu'ils ne le croiraient pas. » — En effet, Jésus- Christ est ressuscité, et ils ne l'ont pas cru davantage. Ce n'est pas la lumière qui manque à l'incrédule, c'est la volonté d'ouvrir les yeux. — Rien ne peut guérir un aveuglement obstiné et volontaire.

Cette parabole, dit Sepp (Vie de Jésus, II, 31), de même que toutes les autres, a un fondement historique qu'il est impossible de méconnaître. Le riche dont il y est parlé, c'est Caïphe, qui avait acheté le souverain pontificat. Les cinq frères sont les cinq fils du vieil Anne, son beau-père : Eléazar, Jonathan, Théophile, Mathias et Ananas. Notre Seigneur voulait frapper dans cette parabole l'indigne pontife par la crainte des jugements de Dieu. — Ce ne sont là que des conjectures. Toutefois, c'est une créance qui s'est conservée dans l'Eglise, que le mauvais riche et Lazare ont réellement existé. On montre à Jérusalem la maison du mauvais riche. L'Eglise a inscrit Lazare parmi les saints de

28. Habeo enim quinque fratres ; ut testetur illis, ne et ipsi veniant in hune locura tormentorum. — 29. Et ait illi Abraham : Habent Moysen et prophetas; audiant illos. — 30. At ille dixit : Non, pater Abraham ; secl si quis ex mortuis ierit ad eos, pœnitentiam agent. — 34 . Ait autem illi : Si Moysen et prophetas non audiunt, neque si quis ex mortuis resurrexerit, credent.

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