‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 261 sur 419 · L. XVI. 19-31. — §. XCI. PARAB. DU MAUVAIS RICHE · texte numérisé non relu

L. XVI. 19-31. — §. XCI. PARAB. DU MAUVAIS RICHE

l'Ancien Testament ; des temples ont été consacrés à sa mémoire (Voyez Benoit XIV, De Cau. sanct., L. IV, c. 29 et L. m, c. 30). Le riche n'est pas désigné par son nom,, parce que Jésus n'a pas voulu fournir un prétexte à la malignité, mais le nom du mendiant est conservé, parce que Dieu a voulu qu'il fût honoré dès ce monde. La plupart des commentateurs (Benoît XIV, Maldonat, etc.), admettent que ce récit est en partie historique, en partie parabolique. La vie, la mort, le sort éternel des deux personnages appartiennent à .l'histoire; le dialogue entre Abraham et le riche damné appartient à la parabole.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

v. 19, 20. « Il y avait un homme riche, qui était revêtu de pourpre et de fin lin, et qui faisait chaque jour une chère splendide. Il y avait aussi un mendiant, nommé Larare. » — Il y aura toujours sur la terre, vis-à-vis Tune de l'autre, deux classes d'hommes ; les uns créés pour donner, les autres pour recevoir, dont les uns doivent faire leur salut en donnant avec charité, et les autres en recevant avec reconnaissance. Pourquoi méconnait-on si souvent ces sages desseins de la Providence ? — Le riche n'est pas nommé dans l'Evangile, le nom de Lazare est inscrit dans le livre de vie. — Sur la terre, le riche vicieux est connu et envié; le pauvre, quelle que soit sa vertu, est méconnu et oublié : c'est tout le contraire dans l'autre vie, — La richesse est en elle-même une chose indifférente; on peut s'en servir pour le bien comme pour le mal, mais elle est très-dangereuse pour la vertu. Elle attache l'homme à la terre, et lui fait* oublier Lieu et son salut ; elle offre des aliments aux passions coupables, elle conduit naturellement à une vie molle et sensuelle, qui se concilie bien difficilement avec la vie pénitente et mortifiée que prescrit l'Evangile. — Quel misérable orgueil que celui qui cherche à se pavaner dans ses beaux atours, à se distinguer par l'éclat et le luxe de sa toilette I... Les habits ont été donnés à l'homme pour couvrir la honte de sa chute, comment peut-il s'enorgueillir de ce qui devrait, au contraire, l'humilier profondément ?

v. 20. « A sa porte gisait un mendiant, couvert d'ulcères, nommé Lazare. » — On voit quelquefois, sur la terre, le méchant dans la prospérité et l'abondance, le juste dans la misère et l'affliction... ; mais ce désordre apparent sera réparé dans une autre vie, dont il nous donne la certitude, puisque autrement

Dieu ne serait pas juste. — Le pauvre se nommait Lazare, c'està-dire, celui que Dieu secourt : la confiance en Dieu est le soutien, le trésor, la richesse des pauvres.

v. 21. « Il eût souhaité pouvoir se nourrir des miettes tombées de la table du riche; mais nul ne les lui donnait, et les chiens seuls venaient lécher ses plaies. » — La dureté du riche pour le pauvre Lazare est sans excuse. Il ne dira pas qu'il est accablé par la multitude des pauvres, Lazare est seul; ni qu'il est trop éloigné, il est à sa porte ; ni que sa misère lui est cachée, elle est étalée devant ses yeux ; ni qu'il ne veut pas fomenter la paresse, la maladie rendait Lazare absolument incapable de travailler et de subvenir à sa subsistance; ni qu'il était importun, s'abstenant de toute plainte, il ne dit pas un seul mot, et se contente d'exposer sa misère ; ni qu'il était trop exigeant, il ne désirait que les miettes inutiles qui tombaient de sa table somptueuse ; ni que personne ne l'a averti, les chiens eux-mêmes font honte à sa dureté, en soulageant à leur manière ce pauvre misérable. — On ne peut voir sans indignation une telle dureté ; il n'est pas rare, malheureusement, d'en voir des exemples dans le monde. — Les animaux privés de raison donnent souvent à l'homme des leçons dont il devrait profiter, et qui le couvrent de confusion. — Une vie molle, sensuelle, égoïste, insensible à la misère des pauvres, quand elle ne serait pas, d'ailleurs, souillée de fautes graves, suffit pour nous damner. — Si nous voulions considérer les choses aux yeux de la foi et dans la réalité, nous trouverions que le plus pauvre ici, ce n'est pas le mendiant Lazare, c'est le mauvais riche. Il est pauvre, a) de joie véritable, b) d'amour pour ses semblables, c) d'espérance fondée pour une autre vie, d) des richesses de la grâce sanctifiante, è) de mérites pour le ciel. Le pauvre Lazare, au contraire, est riche à) de vertus, de patience, de résignation, b) de consolations intérieures, c) de toutes les richesses de l'éternité. — De riches, comme le mauvais riche, il n'en manque pas... De bons pauvres, comme Lazare, on n'en voit guère...

v. 22. « Or, il advint que le mendiant mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d' Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli dans l'enfer. » — La mort est le lot commun des riches comme des pauvres; elle ne respecte, n'épargne personne, elle égalise tout : « Omne capax movet urna nomen. » — La mort bouleverse toutes choses ; elle rend les riches pauvres et les pauvres riches. Elle est pour le juste affligé un ami désiré qui lui apporte sa délivrance ; mais elle est bien amère, bien effrayante pour le mauvais riche, pour le méchant dans la prospérité : « Siccine séparât amara mors? » — Ce pauvre que naguère tout le monde méprisait, foulait aux pieds, le voilà

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