‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 270 sur 419 · B. JÉSUS VIENT A BÉTHANIE. — RÉSURRECTION DE LAZARE · texte numérisé non relu

B. JÉSUS VIENT A BÉTHANIE. — RÉSURRECTION DE LAZARE

« Jésus vint donc » à Béthanie, s'arrêta avec ses disciples, à l'entrée du bourg, non du tombeau, et, « apprit, » de ceux qui se trouvaient là, que Lazare « était dans le sépulcre depuis quatre jours. » Il avait, à dessein, retardé son départ pour Béthanie, de manière à n'y arriver qu'au moment où la mort de Lazare serait mise hors de doute, afin que le miracle de sa résurrection ne pût être raisonnablement contesté. Suivant un usage établi

Domine, si dormit salvus erit. — 43. Dixerat autem Jésus de morte ejus : illi autem putaverant quia de dormitione somni diceret. — 4 4. Tune ergo Jésus dixit eis manifesté : Lazarus mortuus est. — 45. Et gaudeo propter vos, ut eredatis, quoniam non eram ibi. Sed eamus ad eum. — 46. Dixit ergo Thomas, qui dicilur Dydimus, ad condiscipulos : Eamus et nos, ut moriamur tum eo. — 47" Yenit ita que Jésus, et invenit eum quatuor dies jam in monumenlo habentem.

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chez les Juifs, après le retour de Babylone, ou portait immédiatemeut au sépulcre le cadavre enveloppé de bandelettes; mais le sépulcre n'était pas aussitôt fermé. Tous les deux jours, deux fois, les parents et les amis y venaient prier et pleurer auprès du mort, jusqu'à. ce que les signes de la décomposition parussent sur le visage découvert.

« Béthanie étant à environ quinze stades » ou trois quarts de lieu, par conséquent aux portes de « Jérusalem, beaucoup de Juifs, » qui connaissaient la sainte famille, « étaient venus près de Marthe et de Marie, pour les consoler de la mort de leur frère » (d), suivant la

48. (Erat autem Bethania juxtà Jerosolymam, quasi stadiis quindecim.) — 49. Multi autem ex Judaeis vénérant ad Martham et Mariam, ut consolarentur cas de fratre suo.

(d) Nous empruntons au docteur Sepp les détails qui suivent sur les funérailles des Juifs. — « Celui qui devait ensevelir un mort ne pouvait, avant la sépulture, ni manger ni boire quoi que ce soit. Dès que le corps était porté hors de la maison pour être enterré, ce qni arrivait ordinairement trois heures après la mort, on enlevait tous les sièges et les lits, car, pendant sept jours, on s'asseyait par terre. On louait des joueurs de flûte et des pleureuses, qui accompagnaient le corps, en jetant des cris et des lamentations. Puis venaient la famille, les voisins, les amis et les connaissances. Les femmes marchaient les premières, parce que, disaient les rabbins, c'était par elles que le péché était entré dans le monde. Lorsqu'on était rendu au cimetière, ou à la maison de l'éternité, comme l'appelaient les Juifs, on chantait le psaume 90, puis on faisait sept fois le tour du corps : et après qu'on avait descendu le cercueil dans le tombeau, on roulait dessus une pierre. Le deuil s'arrêtait sept fois, en allant au cimetière, et en en revenant; et, à chaque fois, on adressait à la famille des paroles de consolation, comme celles-ci : asseyez-vous, très— chers, asseyez-vous ; relevez-vous, chères âmes, relevez-vous. Les pleureuses, de leur côté, disaient aux assistants : Venez à moi, vous tous dont le cœur est dans la langueur et l'amertume, et pleurez sur votre prochain.

Lorsqu'on était de retour à la maison, les membres de la famille, la tète voilée et les pieds déchaussés, s'asseyaient à terre; puis les voisins et les pleureuses, qui étaient au moins au nombre de dix, formaient un cercle autour d'eux, et c'est alors que commençaient proprement les lamentations. Aussitôt que les parents ou les amis ouvraient la bouche, on répondait à leurs plaintes par des paroles de consolation. Beaucoup cependant ne voulaient pas se laisser consoler, et terminaient ainsi la cérémonie. Toutes ces cérémonies n'avaient point lieu pour les serviteurs ou pour les servantes, ni pour les prisonniers, ni pour les pauvres, ni pour les enfants. Le temps des lamentations durait trente jours, dont les trois premiers étaient consacrés aux larmes, les sept suivants aux gémissements, et les vingt autres à la douleur. Pendant tout ce temps on ne pouvait, ni se raser, ni se peigner les cheveux ou la barbe, ni se laver les mains ou la tète, ni changer de vêtements. Les hommes déchiraient leurs habits, qui ne pouvaient plus être recousus pendant les trente jours. Pendant les sept premiers jours, on ne saluait personne. Ni les hommes, ni les animaux ne travaillaient dans la maison ; et si

coutume, et passer avec elles la semaine de deuil ou de condoléance. Les amis, accompagnant Marthe et 'Magdeleine dans leurs stations auprès de Lazare mort, avaient vu le cadavre et en avaient constaté la décomposition. Alors seulement le suaire avait été posé sur la face, tout le monde s'était retiré du sépulcre, et on avait roulé la pierre qui en fermait l'entrée.

Jésus avait été reconnu, et, « le bruit de son arrivée parvint aux oreilles de Marthe. Celle-ci, » dans la vivacité de son caractère, sans se donner même le temps de prévenir sa sœur, « courut au devant de Jésus, tandis que Marie était assise à la maison, » absorbée dans sa tristesse.

« Marthe, » arrivée près de Jésus, « lui dit » du ton d'un doux reproche : « Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort. » Elle oubliait que la présence immédiate de Jésus n'était pas nécessaire pour empêcher son frère de mourir. « Toutefois, » poursuitelle, (car l'espérance n'était pas entièrement éteinte dans son cœur, et à la vue de Jésus, elle se ralluma avec une nouvelle vivacité; les paroles mystérieuses de Jésus, rapportées par le messager, lui avaient fait entrevoir quelque grâce extraordinaire), je sais que

20. Martha autem ut audivit quia Jésus venit, occurrit illi : Maria autem domi sedebat. — 24 . Dixit ergo Martha ad Jesum : Domine, si fuisses hic, frater meus non fuisset mortuus.

le défunt était un grand personnage, ou jouissait d'une grande considération, le lieu tout entier portait le deuil et gardait le repos. Pendant les trois premiers jours, on atlait au tombeau pour voir le mort; car les Juifs croyaient que pendant trois jours l'âme voltigeait autour de sa dépouille mortelle, afin d'y rentrer; mais ensuite qu'elle l'abandonnait dis qu'elle voyait son visage se décomposer. ('."est après ces trois jours que la mort était parfaitement constatée; aussi le troisième jour émit le plus triste, celui où les lamentations étaient les plus déchirantes. Après cela, c'était la coutume chez les Juifs, comme chez tous les autres peuples, de boire en l'honneur du défunt, pour se consoler. Lorsque Jésus arriva, on était au quatrième jour, la nu pi était donc constatée. La bourgade de Déihanie, détruite vingt ans après cet événement, a fait place à un village qui existe, encore, et qui porte le nom arabe d'El Azarich, bourg de Lazare. On y montre le tombeau, qui rendit, à la voix de Dieu, un mort à la lumière. « C'est, «lit Mgr Mislin, une cavité taillée dans le roc, et revêtue en partie de maçonnerie. On y descend par six degrés; il était recouvert par une pierre placée horizontalement, et qui en fermait l'entrée. Avant d'arriver au sépttkre proprement dit, on descend par un escalier de vingt-quatre marches dans un souterrain qui sert de vestibule.

SCS l'évangile expliqué, défendu, médité.

rien n'est désespéré avec vous, et que, « maintenant même tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous raccordera.

« Jésus lui dit : » consolez vous, « votre frère ressuscitera. » Cette réponse, à dessein équivoque, de Jésus, car il voulait continuer à éprouver la foi de Marthe, et qui pouvait s'appliquer aussi bien à la résurrection future qui doit avoir lieu à la fin des temps, qu'à la résurrection immédiate de Lazare, rendit à Marthe tous ses doutes et toutes ses inquiétudes : Oui, répliqua-t-elle «je sais » et je crois fermement « qu'il ressuscitera » à la fin des temps; « lors de la résurrection du dernier jour; » mais, pensait-elle en même temps, dans le secret de son cœur, c'est une autre résurrection, une résurrection, plus prochaine et plus immédiate, que j'osais presque espérer, pour mon bien-aimé frère, « Jésus, » pour relever son courage, lui rappela devant qui elle était, et tout ce qu'elle pouvait espérer de lui. « C'est moi, dit-il, qui suis la résurrection et la vie. » C'est par moi seul que l'homme peut ressusciter à la vie véritable. « Celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra, et quiconque croit et vit en moi ne mourra jamais, » vivra éternellement dans le royaume céleste; « le croyezvous? » — « Oui, Seigneur, répondit-elle, je crois que vous êtes le Christ, » le Messie rédempteur, « leFïlsdu Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde. »

« Après ces paroles, elle s'en alla, » le cœur rempli d'une nouvelle confiance, « appela Marie sa sœur en secret, » voulant éviter d'attirer l'attention des Juifs sur Jésus, à cause des dangers qui le menaçaient, « et elle lui dit » à l'oreille : « Le Maître est la, qui té demande. »

22. Sed et nunc scio quia quœcumque poposceris à Deo, dabit tibi Deus. — 23. Dicit illi Jésus : Resurget frater tuus. — 24. Dicit ci Martha : Scio quia resurget in resurrectione, in novissimo Die. — 25. Dicit ei Jésus : Ego sum resurrectio et vita; qui crédit in me, etiam si mortuus fuprit, vivet. — 26. Et omnis qui vivit et crédit in me, non morietur in eeternum. Credis hoc? — 27. Ait illi : Utique, Domine, ego credidi quia tu es Christus, Filius Dei vivi, qui in hune mundum venisti. — 28. Et cùm heec dixisset, abiit, et vocavit Mariam sororem suam silentio, dicens : Magister adest, et vocat te.

t. XI. 1-56. — S XCII. RÉSURRECTION DE LAZARE. 369

A cette nouvlle, « Marie se leva en toute hâte, et vint à Jésus, qui n'était point encore entré dans Béthanie, mais s'était arrêté au lieu où Marthe Y avait rencontré. Cependant les Juifs, qui étaient dans la maison avec Marie pour la consoler, l'ayant vue se lever en hâte et sortir, la suivirent en disant : » Sans doute, « elle va au sépulcre, pour y pleurer; » suivons-la, afin qu'elle ne se livre pas trop à sa douleur.

« Marie, étant arrivée au lieu ou était Jésus, tomla a ses pieds, et lui dit, » comme sa sœur l'avait fait précédemment : Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort; » puis, les paroles expirèrent sur ses lèvres, elle se mit à pleurer, sans pouvoir rien dire d'avantage : ceux qui l'accompagnaient pleuraient avec elle. Le cœur tendre de Jésus ne pouvait être insensible h une si vive affliction : « Lorsqu'il vit pleurer Marie et les Juifs qui étaient avec elle, » une émotion profonde, comme irrésistible, s'empara de lui, sans qu'il pût, ou plutôt, sans qu'il voulût, la réprimer; « il frémit en son esprit, et se troubla lui-même. » — « Ou l'avezvous mis? dit-il. » — « Seigneur, répondirent-ils, venez et voyez; » et ils le conduisirent au sépulcre, et Jésus pleura. »

« Les Juifs, » voyant les larmes qui coulaient sur ses joues, « se disaient les uns aux autres : Voyez comme il l'aimait. » — « Mais, quelques-uns disaient : Lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle-né, ne pouvait-il pas faire que Lazare ne mourût point?» — Pourquoi donc n'a-t-il

29. Illa ut audivit, surgit cito, et venit ad eum. — 30 Nondùm enim venerat Jésus in castellum, sed erat adhùc in illo loco ubi occurrerat ei Martha. — 31. Jadeei ergo, qui crant cum eà in domo et consolabantur eam, eùmvidissent Mariain quia citb surrexit et abat, secuti sunt eam, dicentes : Quia vadit ad monumentum, ut ploret ibi. — 32. Maria ergo, cùm venisset ubi erat Jésus, vidons eum, cccidit ad pedes ejus, et dixit ei : Domine, si fuisses hic, non esset mortuus frater meus. — 34. Jésus ergo, ut vidit eam plorantcm, et Judyeos, qui vénérant cum eâ, plorantes, infremuil. spiritu, et turbavit se ipsum. — 34. Et dixit : Ubi posuistis eum ? Dicunt ei : Domine, veni, et vide.. — 35. Et lacrymatus est Jésus. — 36. Dixerunt ergo Juda?i : Ecce quomodo amabat eum. — 37. Quidam autem ex ipsis dixerunt : Non poterat hic, qui aperuit oculos ceeci nati, facere ut hic non moreretur?

pas employé sa puissance miraculeuse en faveur de son ami? serait-elle par hasard épuisée?

« Jésus, à la vue du sépulcre, » et à Fouïe de ces paroles, se sentit de nouveau vivement ému ; « il frémit, de nouveau en lui-même. » Ce sépulcre, comme les sépulcres ordinaires des personnes riches, consistait en une grotte » creusée dans le roc, « et une pierre enfermait Ventrée. » On y descendait par plusieurs degrés. Les cadavres étaient placés debout, dans une espèce de niche, creusée dans la muraille.

« Jésus dit aux assistants: Otez la pierre. Marthe, » qui ne s'attendait pas encore à un miracle immédiat et qui voulait éviter à Jésus l'impression désagréable d'une odeur repoussante et cadavéreuse, « s'écria : Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu'il est là. Jésus lui dit: » Femme de peu de foi, « ne vous oi-je pas dit que si vous croyiez, vous ver riez la gloire de Dieu? » Ils. obéirent alors, et « ils otèrent la pierre. » — « — Jésus, levant les yeux au ciel, dit : 0 mon Père, je voies rends grâce de ce que vous m'avez exaucé. Pour moi, je savais que vous m'exaucez toujours; mais j'ai dit ceci 'pour le peuple qui m'environne, afin qu'il croie que c'est vous qui m'avez envoyé, » que c'est en votre nom et par votre pouvoir, en preuve de ma mission divine, que je vais opérer ce prodige. «Ayant ainsi parlé, il cria d'une voix forte, » de manière à être entendu de tous, et du ton souverain qui convient à celui qui commande en maître à la nature? « Lazare sortez! Et aussitôt, » à l'instant môme, « le mort sortit, les pieds et les mains liés de landelettes, et le visage enveloppé d'un suaire; »

38. Jésus ergo rursum fremens insemetipso,venit admonumpntum. Erat autem spelunea; et lapis superpositus erat ci. — 39. Ait Jésus : Tollite Iapidem. Dicit ei Martha, soror ejus qui mortuus fuerat : Domine, jam fœtet, quadriduanus est enim. — Dicit ei Jésus : Nonne dixi tibi, quoniam si credideris. videbis gloriam Dei? — 41. Tulerunt ergo Iapidem. Jésus autem, elevatis sursum oculis, dixit : Pater, gratias ago tibi, quoniam audisti me. — 42. Ego autem sciebam, quia semper me audis; sed propter populum, qui cireumstat, dixi, ut credant quia tu me misisti. — 43. Ilaec cùm dixisset, voce magnà clamavit : Lazare, veni foras. — 44. Et statim prodiit qui fuerat mortuus, ligatus pedes et inanus institis; et faciès illius sudario erat ligata.

les liens étaient sans doute assez relâchés pour ne pas rendre la marché impossible. « Jésus leur dit : Déliezle, et laissez-le aller. »

Quel spectacle saisissant ! La foule des Juifs, formée de l'élite des habitants de Jérusalem, s'était rassemblée à l'entrée du tombeau, attentive à ce que Jésus allait faire : le cadavre du défunt, exhalant une odeur infecte, est là immobile devant leurs yeux. Jésus parle...., il commande à la mort, et la mort obéit...., et à l'instant môme le cadavre se redresse et marche, enveloppé de son suaire...; les sœurs, ivres de joie, le présent entre leurs bras, pouvant à peine croire que leur frère leur était rendu... Jamais la divinité de Jésus ne s'était manifestée avec plus d'éclat, et on conçoit facilement l'impression profonde q^'un tel miracle dut produire sur les assistants.

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