‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 271 sur 419 · C. 9UITE DU MIRACLE PRÉCÉDENT (45-GG · texte numérisé non relu

C. 9UITE DU MIRACLE PRÉCÉDENT (45-GG

Aussi, l'Evangéliste remarque-t-il qu' « un grand nombre des Juifs qui étaient venus près de Marthe et de Marie, témoins de ce miracle, » ne purent y résister, ils crurent en lui, » et le reconnurent publiquement pour le Messie. « Mais quelques-uns d'entré eux. » plus lâches et plus pusillanimes, craignaiant d'encourir l'excommunication prononcée contre ceux qui se déclaraient disciples de Jésus-Christ, et de s'attirer la haine du parti puissant qui avait conjuré la mort du Sauveur, « allèrent trouver les Pharisiens, » les membres du Sanhédrin et les chefs de la Synagogue, « et leur racontèrent ce qu'avait fait Jésus. A cette nouvelle, » les Pontifes et les Pharisiens assemblèrent le Grand Conseil. » Ils se trouvaient dans une grande perplexité. « Que ferons-nous^, disaient-ils ; cet homme opère beaucoup de prodiges; » tous les jours, ce sont de nouveaux mira-

Dixit eis Jésus : Sol vite eum, et sinite abire. — i-'5. Multi ergo ex Judaeie, qui vénérant ad Mariain ei Martham, etviderant quae fecil Jésus, crediderunt \n • uni. — 16. Quidam autem ex ipsis abierunt ad Pharisaeos, ei dixerunt eis qu» fecit Jésus. — 47. Collegerunl er§o pontiûces et Pharisœi eoneilium, et dicebant : Qoid ïaeinms. quia hic honio multa signa facit?

clés, plus étonnants les uns que les autres. « /Si nous le laissons faire, tous croiront en lui. » le peuple le proclamera roi ; « alors, les Romains viendront et Us ruineront notre ville et notre nation. » Ces lâches et aveugles conseillers ne comptaient pour rien la protection de leur Dieu, qui se manifestait d'une manière si éclatante dans la personne môme de Celui qu'ils voulaient vouer à la mort : ils ne comprenaient pas que la colère divine était bien plus à craindre pour eux que le mauvais vouloir des Romains.

Ces paroles furent vraisemblablement suivies d'un long débat que l'Evangéliste passe sous silence. Les ennemis déclarés de Jésus trouvaient de la résistance de la part de ceux qui étaient secrètement attachés au Sauveur, et qui conseillaient la modération. Alors Joseph, surnommé « Ca'iphe, qui était grand-prêtre cette année-là, prit part au débat, et entreprit de montrer que la mort de Jésus était une nécessité politique. « Vous n'y entendez rien, dit-il, vous ne voyez pas qu'il est expédient pour vous que toute la nation ne périsse pas, mais qu'un seul homme meure a la place du peuple »

L'Evangéliste remarque, à ce propos, qu' « il ne dit pas cela de lui-même, mais qu'étant le grand-prêtre de cette année, il prophétisa, » il parla en prophète, sans le savoir. Ses paroles, prises dans un sens plus profond qu'il ne les comprenait lui-môme, étaient pour ceux qui pouvaient les entendre une prophétie inspirée de Dieu, et annonçaient que « Jésus devait mourir pour sa nation, et non pour sa nation seulement, mais aussi, pour réunir en une seule foi les enfants de Dieu, dispersés par toute la terre. »

48. Si dimittemus eum sic, omnes credent in eum; et venient Romani, et tollent nostrum locum, et gentem. — 49. Unus autem ex ipsis, Caïphas nomine, cùm esset pontifex anni illius, dixit eis : Vos nescitis quidquam. — 50. Nec cogitatis quia expedit vobis., ut unus moriatur homo pro populo, et non tota gens pereat. — 51 . Hoc autem à semetipso non dixit : Sed cùm esset pontifex anni illius, prophetavit quod Jésus moriturus erat pro gente; — 52. Et non tantum pro gente, sed ut filios Dei, qui erant dispersi, congregaret in unum.

Dès ce jour, » leur parti fut pris irrévocablement, la mort de Jésus fut décidée, et les principaux d'entre les Juifs « ne pensèrent plus » qu'aux moyens de « Je faire mourir. » — C'est pourquoi Jésus, » qui ne voulait pas devancer l'heure de son sacrifice, « cessa de se montrer en public, au milieu des Juifs, et il s'en alla dans la tille d'Eplira'im, tout près du désert » de Judée, « et il y séjourna avec ses disciples. »

POLÉMIQUE HATIONALISTE.

Les rationalistes ont tout employé pour obscurcir l'éclat de ce miracle et pour le rendre suspect, car ils comprenaient que ce miracle seul suffisait pour prouver invinciblement la mission divine de Jésus-Christ.

1) Ils ont essayé d'ébranler l'autorité du récit évangélique, en faisant ressortir de prétendues invraisemblances.

a) « Gomment expliquer la résolution prise par Jésus, de rester deux jours en Pérée, après avoir appris l'état désespéré où se trouvait Lazare, en abandonnant les deux sœurs à la douleur cruelle que devait leur causer la mort d'un frère bien-aimé? n'y a-t-il pas là une indifférence, une dureté incompatible avec le caractère connu de Jésus? » (Strauss,) — Réponse. Nous avons expliqué précédemment les motifs qui retenaient Jésus en Pérée. Quant à l'épreuve passagère à laquelle Jésus a soumis la famille de Béthanie, elle n'est cas plus difficile à expliquer et à concevoir que les épreuves auxquelles ont toujours été soumises les âmes les plus saintes, Marie, la mère de Jésus, Jean-Baptiste, son précurseur, ses Apôtres, etc.; et elle devait être abondamment compensée par la joie qui lui devait succéder.

b) « On ne conçoit point que les disciples n'aient point compris le sens ae ces paroles de Jésus-Christ ; « Lazare dort. » expression euphémique, dont il s'était

53. Ab illo ergo die cogitaverunt ut interficerent eum. — oi. Jésus ergo jam non in palàm ambulabat apud Judœos, se^ abiit in rogionem juxta desertum, in civitatem cuise dicitur Ephrem, et ibi morabatur cum discipulis suis.

Deuaut. L'Evang.— T. III. 32

déjà servi dans nue circonstance analogue, lors de la résurrection de la fille de Jaïr. » (Strauss.) — Réponse. La méprise était, pour les Apôtres, d'autant plus naturelle que Jésus avait précédemment annoncé que « la maladie n'était pas a la mort » et qu'ils ne croyaient pas Lazare en danger.

c) « Les Juifs, pour marquer leur étonnement de ce que Jésus avait laissé mourir Lazare, qu'il paraissait aimer tendrement, rappellent le souvenir de l'aveuglené. On ne conçoit pas comment ils n'ont pas rappelé le souvenir, bien plus naturel et bien plus analogue à la circonstance, des résurrections précédentes racontées par les Synoptiques, celle de la fille de Jaïr et celle du fils de la veuve de Naïm. » (Strauss.) — Réponse. Ces résurrections avaient eu lieu en Galilée, et les habitants de Jérusalem pouvaient très-bien les ignorer.

d) « Gomment comprendre l'émotion et les pleurs de Jésus, à la vue de Lazare, qu'il va ressusciter? » (Strauss.) — Réponse. Le cœur si tendre et si sensible de Jésus pouvait-il voir, de sang-froid et sans émotion, la vive affliction de ceux qu'il aimait? — Il était homme comme nous, et avait toutes les nobles passions de l'humanité.

é) « La résurrection de Lazare, si réellement elle avait eu lieu , aurait dû former, en quelque sorte , le point cardinal du procès criminel de Jésus-Christ, lors de sa Passion, Pilât e aurait dû en être instruit, les disciples de Jésus auraient dû s'en servir pour la défense de leur Maître, les accusateurs s'en autoriser pour accuser Jésus d'imposture, de magie, etc.. » (Weisse.) Rép. Les ennemis de Jésus étaient trop habiles pour réveiller le souvenir d'un fait, qui avait fait sur les habitants de Jérusalem, une si vive impression en faveur do Jésus, qu'ils ne pouvaient espérer de pouvoir obscurcir, qui pouvait les faire passer pour des persécuteurs d'un prophète, etc. — Quant aux disciples de Jésus-Christ, ils songeaient bien plus à échapper eux-mêmes à la fureur des Juifs quJà défendre leur maître. Jésus n'avait pas non plus, à côté de lui, d'avocats célèbres, disposés à faire en sa faveur, assaut d'éloquence, etc.

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2) Ils opposent, en second lien, le silence des Synoptiques. — « Comment, si ce miracle ont réellement lien, ont-ils pn passer sous silence un fait aussi décisif pour prouver la mission divine de leur Maître, et plus extraordinaire que tous ceux qu'ils ont racontés? » — Réponse. Pour les Evangélistes, au fond, un miracle n'était pas plus extraordinaire qu'un autre; ils étaient, tous, à leurs yeux, l'œuvre d'une puissance créatrice et divine, et ils avaient tous la même force pour prouver la mission divine de Jésus-Christ. — Les Synoptiques se sont proposé spécialement d'exposer les miracles de Jésus-Christ opérés en Galilée; il n'est donc pas extraordinaire qu'ils aient omis de parler d'un miracle opéré aux portes de Jérusalem. — Le récit de la résurrection du fils de la veuve de Naïm suffisait aussi bien au but que s'était proposé saint Matthieu, que le récit de celle de Lazare, dont il n'avait pas été le témoin, etc.

3) « Ils objectent l'impossibilité d'un pareil miracle. » (Strauss.) — Réponse. Miracle impossible pour un homme, oui, sans doute; mais Jésus-Christ était plus qu'un homme, et rien n'est impossible à Dieu. Nous avons, d'ailleurs, suffisamment prouvé, précédemment, la^ossibilitê métaphysique et morale du miracle.

4) On a essayé d'appliquer au récit évangélique le système de Y interprétation natureïïe. — « Jésus, d'après les renseignements du messager, aura conclu que la maladie n'était pas mortelle. Un second message lui ayant appris la mort de Lazare, il se rendit à Bélhanie ; mais, au moment où il fit ouvrir le tombeau, il s'aperçut, à certains signes, que la mort n'était qu'apparente...; la fraîcheur de l'air, le son de sa voix, auront fait cesser tout à coup le sommeil léthargique où le malade était plongé. » — Voilà une explication bien ingénieuse et bien naturelle. Nous voudrions cependant qu'on nous expliquât comment Jésus-Christ put être assez téméraire pour conclure avec assurance, d'après les vagues indications d'un simple messager, le retour à la santé de Lazare...? pourquoi l'Evangéliste n'a pas parlé d'un second messager, et a laissé croire que Jésus a connu la mort de Lazare d'une manière surnaturelle ? comment Lazare, s'il n'était pas réellement mort, a

pu n'être pas étouffé dans le suaire qui l'enveloppait ? comment ceux qui étaient là présents n'ont pas découvert les signes qui firent connaître à Jésus-Christ que Lazare était simplement en léthargie ? comment concilier le charlatanisme et la jonglerie que Ton attribue si hardiment à Jésus-Christ avec le caractère du Sauveur tel qu'il nous apparaît dans l'Evangile? etc., etc.

M. Renan, dans sa Vie de Jésus, a renouvelé et amplifié ces ridicules explications. « La renommée, dit-il, attribuait déjà à Jésus deux ou trois faits de ce genre. La famille de Béthanie put être amenée, presque sans s'en douter,, à l'acte important qu'on désirait. Jésus y était adoré. Il semble que Lazare était malade, et que ce fut même sur un message des soeurs alarmées que Jésus quitta la Pérée. La joie de son arrivée put ramener Lazare à la vie. Peut-être aussi l'ardent désir de fermer la bouche à ceux qui niaient outrageusement la mission divine de leur ami, entraîna-t-il ces personnes passionnées au delà de toutes les bornes. Peut-être Lazare, pâle encore de sa maladie, se fit-il entourer de bandelettes comme un mort, et enfermer dans son tombeau de famille... Jésus désira voir encore une fois celui qu'il avait aimé, et, la pierre ayant été écartée, Lazare sortit avec ses bandelettes, et la tête entourée d'un suaire. Cette apparition dut naturellement être regardée par tout le monde comme une résurrection. La foi ne connaît d'autre loi que l'intérêt de ce qu'elle croit le vrai. Quand à Jésus, il ne s'appartenait plus..,,; il subissait les miracles que l'opinion exigeait de lui, bien plus qu'il ne les faisait. D'ailleurs, il n'était plus lui-même : sa conscience avait perdu quelque chose de sa limpidité primordiale, etc., etc. » — Serons-nous donc condamnés à réfuter sérieusement ces odieux blasphèmes, ces absurdes et ineptes suppositions? — - Pour qu'on ait pu se concerter avec Jésus , il aurait fallu qu'il fût à Béthanie, et il était en Pérée depuis deux mois. — Si Lazare devait faire le mort, comment Jésus a-t-il pu dire officiellement que sa maladie n'allait pas à la mort? il se serait bien gardé de le dire. — Et puis comme il est bien vraisemblable que Lazare, « pâle encore de sa maladie, » afin de jouer au mort, se sera

laissé ensevelir tout vivant derrière la pierre d'un tombeau, la tête enveloppée dans un suaire ; les pieds et les mains étroitement serrés par des bandelettes, sous la forme d'une momie, et se sera condamné à rester ainsi pendant quatre jours, au risque d'être étouffé, ou de mourir de faim....? Gomment supposer que les Juifs de Jérusalem, qui visitaient le tombeau tous les jours, avec Marthe et Marie, auront été les dupes d'une telle jonglerie, et ne se seront aperçus de rien? — Si Lazare et ses sœurs avaient besoin de fabriquer des miracles en faveur de Jésus-Christ, comment pouvaient-ils croire en lui...? Et puis, comment expliquer le jam fœtet...? Il suffit de lire de bonne foi le récit évangélique, où tout est si naturel, si' conforme aux caractères des personnages, aux coutumes et aux mœurs du temps, si beau, si noble, si touchant, si divin..., pour être convaincu de la vérité, et pour repousser avec dégoût toutes ces suppositions forcées, romanesques, absurdes, qui entraînent après elles mille fois plus de difficultés et d'invraisemblances que la critique la plus subtile et la plus malveillante ne pourra jamais en découvrir dans le simple récit évangélique. Nous préférons, pour notre compte, la franchise de Strauss, traitant ouvertement l'Evangile comme un recueil de légendes fabuleuses, à toutes ces explications arbitraires et ridicules qui tendent à faire de Jésus-Christ un prédécesseur de Robert Houdin. Et puis, d'ailleurs, que gagnent à cela les incrédules ? Plus ils s'efforceront d'effacer tous les miracles de l'Evangile, plus ils rendront éclatant et inconcevable le grand miracle qu'ils ont sous leurs yeux de la conversion du monde par les disciples du Crucifié. ( Voy. \ Introduction.)

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

J. XI. v. 1. « Il y avait un homme malade, nommé Ia:are, de Béthanie, oie demeuraient Marie et Marthe ses sœurs. » — L'un des trois était malade, tous souffrent avec lui. — Heureuse la famille où l'amour de Jésus-Christ réunit les cœurs ! Là demeure Jésus avec sa grâce, la résignation, la charité, la confiance mutuelle, qui font de cette famille un paradis anticipé. — Les familles les plus saintes ne sont pas à l'abri des épreuves

et des afflictions, mais Dieu ne les leur envoie que pour leur bien et dans des vues de miséricorde. — La famille de Lazare nous offre uns image en raccourci de l'Eglise entière : on y trouve des âmes contemplatives, actives et souffrantes.

v. 3. « Ses sœurs donc envoyèrent dire à Jésus : Celui que vous aimez est malade. » — Dans nos afflictions et nos peines, notre première pensée doit être de recourir à Jésus-Christ et de l'appeler à notre secours. — Nous devons être sensibles aux maux de nos frères, prier les uns pour les autres, pour nos proches, nos amis, pour les pécheurs. — On voit ici le caractère des soeurs de Lazare : tendresse fraternelle, pieuse confiance en leur ami, si bon et si puissant : elles se contentent d'exposer avec simplicité la triste situation de leur frère ; c'en est assez pour Jésus. — A leur exemple, contentons-nous d'exposer nos peines à notre Sauveur avec simplicité et confiance, nous en remettant, pour le reste, à sa divine volonté, qui saura disposer les choses pour notre plus grand bien.

v. 4. « Ce qu'entendant, Jésus leur dit : Cette maladie ne va pas à la mort ; mais elle a été permise pour la gloire àe Dieu, afin que le Fils de Dieu fût glorifié. » — Réponse mystérieuse et énigmatique, qui découvre et cache en même temps l'avenir. Jésus veut consoler les soeurs de Lazare, mais en même temps éprouver leur foi. — Dans les desseins de Dieu, les afflictions et les épreuves qu'il nous envoie doivent servir à sa gloire et à notre sanctification. Elles doivent servir à purifier nos fautes, à exercer notre vertu, à augmenter nos mérites et notre récompense. — Lazare, par sa maladie et sa mort, a plus servi à la gloire de Jésus-Christ qu'il n'aurait pu le faire en allant prêcher l'Evangile par toute la terre. — Vérité bien consolante pour un malade que celle qui luî apprend qu'il peut glorifier Dieu dans l'état de maladie plus encore que dans la santé la plus parfaite, par la patience, la résignation, la foi, la confiance et l'amour. — Jésus sait que nous souffrons, cela ne devrait-il pas suffire pour nous consoler ?

v. 5. 6. « Or, Jésus aimait Marthe, et sa sœur Marie, et Lazare. Ayant donc appris qu'il était malade, il demeura toutefois deux jours encore au lieu où il était. » — Etrange contraste! Jésus aime Marthe, Marie et Lazare, et malgré les angoisses de ses amis, malgré l'extrême besoin qu'ils avaient de son secours, il reste deux jours encore au lieu où il était, et semble les abandonner ! Que ces deux jours durent paraître longs à ces deux sœurs ! Et cependant Lazare meurt..., et Jésus n'est pas là...! — C'est ainsi que Dieu se plaît à éprouver ses âmes choisies; mais la consolation viendra à son heure, et elle sera proportionnée aux épreuves. Apprenons à souffrir, à nous

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soumettre aux desseins de la divine Providence, sans jamais nous laisser abattre, comme dos entants soumis et confiants dans l'amour de leur père, même quand il semble les avoir oubliés.

v. 7. « Après cela, il dit à ses disciples : Retournons en, Judée. » — Si Dieu diffère de nous secourir, afin d'éprouver notre foi et notre confiance, ce délai n'est pas un abandon : « Habet Bominus suas- horas et moras ; » il connaît le temps favorable : tout est ordre, sagesse, même dans le retard qu'il met à nous exaucer.

v. 8. « Ses disciples lui dirent : Maître, tout à V heure les Juifs roulaient vous lapider, et vous retournez lit ?» — Les Apôtres étaient encore irrésolus et craintifs; plus tard, quand ils auront reçu le Saint-Esprit, ils courront au devant du martyre. L'amour ne connaît pas la crainte. — Dès qu'il s'agit de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes, nous devons aller sans crainte, môme au péril de notre vie, où la volonté de Dieu et notre ministère nous appellent.

v. 9. « Jésus répondit : N'y a-t-il pas douze heures dans le jour1? » — La vie n'est qu'un jour dont le terme est fixé. Nous devons nous hâter de faire le bien avant que la mort ne nous surprenne.

v. 10. « Si quelqu'un marche pendant le jour, il ne se heurte point, parce qu'il voit la lumière de ce monde. » — Jésus est le soleil qui éclaire nos pas ; celui qui marche à sa lumière ne craint pas de s'égarer.

v. 11. «Après ces paroles, il leur dit : Notre ami Lazare dort, mais je vais le réveiller. » — Le chrétien, à proprement parler, ne meurt pas ; il ne fait que s'endormir. La mort, pour le juste, n'est pas même un sommeil; c'est l'entrée immédiate dans la vie : «Justis mors quielis est portas. » (S. Ambr.) — Il est aussi facile à Jésus-Christ de ressusciter un mort, que de réveiller un homme endormi. — La mort et le sommeil sont frères, l'un est l'image de l'autre. Nous ne devrions jamais nous endormir sans penser à la mort.

v. 16. « Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples : Et nous aussi, allons et mourons avec lui. » — Nous devons être prêts à tout sacrifier pour Jésus-Christ, même la vie, s'il le faut. — Celui-là aime véritablement Jésus, qui se donne à lui sans réserve, tout prêt à le suivre, à travers tous les périls, mémo jusqu'à la mort. Est-ce ainsi que nous l'aimons?

v. 17. « Jésus vint donc, et trouva que Lazare était depuis quatre jours dans le sépulcre. » — C'est au moment où tout est désespéré que Jésus-Christ vient à notre secours.

v. 19. « Beaucoup de Juifs étaient venus prè* de Marthe et Marie pour les consoler de la mort de leur frère. » — C'est une

œuvre pieuse que de consoler les affligés et de prendre part à leurs peines. — Les consolations des hommes sont bien impuissantes et bien vaines. Il n'y a pour nous qu'un seul, véritable et unique consolateur, c'est Jésus-Christ. — On pleure la mort du corps, on ne pleure pas celle de l'âme..., bien autrement déplorable.

v. 20. « Marthe, ayant appris que Jésus venait, alla au-devant de lui. » — Admirons et imitons l'empressement de Marthe à venir trouver Jésus.

v. 21,22. «Marthe dit donc à Jésus ; Seigneur, si votes eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort. Toutefois, maintenant même, je sais que tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu tous le donnera. » — En quelque extrémité que nous nous trouvions, nous ne devons jamais abandonner la confiance en Dieu et en notre Sauveur.

v. 23, 24. « Jésus dit : Votre frère ressuscitera. Je sais, répondit Marthe, qu'il ressuscitera au dernier jour. » — La pensée de la résurrection future, d'une autre vie où nous retrouverons ceux que nous avons perdus, est bien propre à nous consoler de la perte de ceux qui nous sont chers. Pourquoi le chrétien s'affligerait-il? Il retrouvera bientôt ceux qu'il a perdus, pour n'en être plus jamais séparé : en mourant, ils n'ont fait que le devancer un peu dans la céleste patrie. Il n'y a que la religion qui puisse adoucir avec efficacité les grandes afflictions.

v. 25. « Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra. » — Quelles paroles I... Un homme parlerait-il jamais ainsi ? — Dieu seul est la source et le dispensateur de la vie, le vainqueur de la mort. Celui qui croit en Jésus-Christ, n'a rien à craindre des atteintes de la mort; elle ne peut rien contre lui. Jésus est la vie de notre âme, laquelle consiste dans l'union avec Dieu, dans la possession du bien infini. Lui seul peut nous arracher à la mort corporelle, spirituelle, éternelle.

v. 26, 27. « Le croyez-vous? » — Le crois-tu, ô mon âme, et vis-tu comme si tu le croyais? — Ecrions-nous, avec Marthe : « Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde pour sauver le monde, et je veux vivre de manière à ne pas rendre vain et inutile ce que vous avez fait et souffert pour moi. »

v. 28. « Ayant dit cela, elle s'en alla, et appela Marie sa sœur, en secret, disant : Le Maître est ici, et il t'appelle. » — Le Sauveur est là, ô mon âme, il t'appelle, il veut .se donner à toi, il veut te guérir de toutes tes misères et te rendre heureuse; pourrais*-tu balancer et ne pas courir à lui ? — Dans nos afflic-

tions, Jésus nous invite à aller à lui, à chercher en lui seul notre refuge et notre consolation. A l'exemple de Marie quittons les hommes pour aller répandre notre cœur et nos larmes aux pieds de Jésus : « Venile ovines, qui laboratis... »

v. 35, 36. « Et Jésus pleura. Les Juifs dirent : Voyez comme il l'aimait. » — Comme ces pleurs nous révèlent le cœur aimant et compatissant de Jésus ! Ce n'était pas un stoïcien dur et insensible : il éprouvait toutes les nobles émotions de l'humanité. De même qu'il la représentait dans ses douleurs, il la représentait aussi dans ses tendresses les plus touchantes et les plus pures... Maintenant, il se montre homme ; tout à l'heure, il se montrera Dieu. — Les larmes de Jésus honorent et sanctifient les nôtres..., et les essuient.

v. 37. « Mais quelques-uns d'eux dirent : Lui qui a ouvert les yeux d'un aveugle-né, ne pouvait-il pas faire que celui-ci ne mourût point? » — Les hommes du monde, les mauvais chrétiens trouvent toujours dans la conduite des âmes pieuses à critiquer et à mordre. — Il faut s'y attendre et ne pas s'en préoccuper.

v. 39. « Jésus dit : Otez la pierre. Marthe lui dit : Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu'il est là. » — Quel que soit l'état misérable d'un pécheur, quelque infection que répande sa conscience gâtée et corrompue, il n'est jamais trop tard pour que Jésus puisse le guérir. — Une tombe... un suaire... un cadavre en pourriture.., voilà ce qui reste de l'homme, de toutes ses richesses.

v. 41. « Jésus, levant les yeux, dit : Père, je vous rends grâce de ce que vous m'avez écouté. » — Apprenons de Jésus à ne jamais rien entreprendre d'important sans recourir à la prière. La prière de Jésus-Christ, lorsque nous la présentons au Père céleste est toute-puissante ; il ne sait pas y résister : elle fait descendre sur nous toutes les grâces du ciel.

v. 43. « Ayant dit cela, il cria d'une voix forte : Lazare, sortez ! » — La voix que nous entendons ici est la voix puissante de celui qui tient entre ses mains les clefs de la vie et de la mort, qui a désarmé ce monstre terrible et lui a ôté son aiguillon. C'est un écho avant-coureur de cette voix formidable qui un jour fera sortir tous les morts du tombeau. — La conversion d'un pécheur, surtout d'un pécheur d'habitude, est un miracle plus grand que celui de la résurrection d'un mort... ; mais rien ne résiste à la grâce divine.

v. 44. <v Et aussitôt, celui qui était mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et le visage enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : Déliez-le, et laissez-le aller. » — La mort obéissante et domptée lâche sa proie. Le cadavre se ranime, le mort

s'avance..., mais il est encore lié. — C'est Dieu qui justifie intérieurement le pécheur par sa grâce, c'est l'Eglise qui le délie par ses ministres.

La résurrection de Lazare est une preuve invincible de la divinité de Jésus-Christ..., et, par suite, de la religion qu'il a établie... ; mais ne nous contentons pas de croire..., joignons la pratique à la foi. — Mais ce miracle renferme encore un autre enseignement. Jésus-Christ, qui, par là, nous a prouvé d'une manière si éclatante sa divinité, nous prouve encore la résurrection future de tous les hommes, la résurrection universelle.

— Il nous est aisé de comprendre que Dieu pourra faire pour tous ce qu'il a fait pour un seul, que celui qui a ressuscité Lazare, mort depuis quatre jours et déjà corrompu, peut aussi bien ressusciter Adam, et tous ceux qui sont morts depuis Adam, jusqu'à la fin du monde. La mort n'est pas l'œuvre de Dieu, n'est pas la condition naturelle de l'homme, créé pour durer toujours; elle n'est qu'un accident survenu à la suite du péché. En détruisant le péché par le mérite de sa mort, Jésus a détruit notre mort, et rendu au corps de l'homme, du moins pour la vie future, le privilège primitif de l'incorruptibilité.

v. 47, 48. « Les Pontifes et les Pharisiens assemblèrent le Sanhédrin, en disant entre eux : Que ferons-nous ? voilà cet homme qui opère beaucoup de prodiges! Si nous le laissons agir ainsi, tous croiront en lui, et les Romains viendront détruire notre ville et notre nation. » — Les membres du Sanhédrin constatent la réalité du miracle opéré à Béthanie, ainsi que des autres prodiges que le Sauveur opérait journellement. Il fallait que leur évidence fût bien grande, pour les forcer à cet aveu. — L'égoïsme est toujours habile à se couvrir du prétexte du bien public. C'est moins la ruine de leur nation que la diminution de leur influence, de leur considération, de la richesse que ces hypocrites redoutaient, et, pour les conserver, ils sont résolus à sacrifier le sang innocent. La justice, s'ils l'avaient consultée, leur aurait dit qu'il n'est pas permis de sacrifier un innocent à son propre avantage. — Que l'habileté et la fausse prudence des sapes du siècle est courte, et comme Dieu se plaît à la confondre ! Ils veulent perdre Jésus-Christ pour sauver la nation entière, disent-ils, et c'est justement la mort de Jésus-Christ qui fut la cause de leur ruine.

v. 50. « Il est expédient q\C un homme meure pour le peuple. »

— La haine des ennemis de Jésus-Christ est a) inexcusable ; Jésus-Christ et l'Eglise ne répandent sur les hommes que des bienfaits ; b) hypocrite ; elle a sans cesse à la bouche les grands mots de progrès, de civilisation, de bien général de l'humanité...; au fond, elle n'obéit qu'à des motifs égoïstes, bas et

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honteux; c) aveugle : en s'attaquant à Dieu, elle ne s'aperçoit pas qu'elle attire sur elle une punition, une vengeance inévitables.

v. 51. «Il ne dit pas cela de luwnême;mais, étant le grandprêtre de cette année, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation. » ■ — Caïphe prophétise sans le savoir. — Dans leurs desseins pervers, même lorsqu'ils réussissent, les impies ne se doutent pas qu'ils ne sont, après tout, que des instruments aveugles entre les mains de Dieu, qui sait taire tout tourner à sa gloire, et tirer le bien du mal.

v. 53. « De ce jour donc, ils pensèrent à le tuer. » — Toutes les fois que nous péchons mortellement, nous décrétons, en quelque sorte, la mort de Jésus-Christ.

PROJETS HOMILÉTIQUES.

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