‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 285 sur 419 · L. XVHI. 1-8. — g XCIV. LE JUGE INIQUE · texte numérisé non relu

L. XVHI. 1-8. — g XCIV. LE JUGE INIQUE

rendre la justice qu'elle réclamait. « Mais, » comme cette pauvre veuve ne se rebutait pas et revenait sans cesse à la charge, « à la fin, il se dit à lui-même : Bien que je n'aie aucune crainte de Dieu, et que je ne me soucie guère des hommes, toutefois, parce que cette femme m'importune, de peur qu'à la fin elle ne Tienne me faire quelque affront, » quelque esclandre désagréable par ses clameurs et ses invectives (litter., de peur qu'elle ne me soufflette., ôtomckcÇti, sugillet me), « je lui ferai justice. »

« Vous entendez, » ajoute le Seigneur, « ce que dit ce juge d'iniquité. » Quoi ! ce juge sans cœur et sans conscience se laisse fléchir; une prière persévérante finit par triompher de son égoïsme; « et Dieu, » ce souverain Juge, qui est la sainteté et la justice même, qui est plein de miséricorde, « ne vengerait pas ses élus, » qu'il aime si tendrement, et « qui, nuit et jour, crient vers lui, et il différerait de les secourir! » qui pourrait le croire? « Oni, je vous le dis, il les vengera, » et sa vengeance ne se fera pas longtemps attendre. — La ruine de Jérusalem en donna bientôt la preuve. « Cependant, » ajoute le Sauveur, « quand viendra le Fils de l'homme, » quand il descendra du ciel pour exercer sa justice, « pensez-vous qu'il trouvera sur la terre, » même parmi ses disciples, « cette foi, » cette confiance vive et persévérante qui animait la veuve de la parabole précédente, et qui triomphe du cœur de Dieu ?

B. LA PRIÈRE DOIT ÊTRE HUMBLE. — PARABOLE DU PHARISIEN ET DU PUBLICAIN'.

(L. xviii. 9-14. Evangile du Ile dimanche après la Pentecôte.)

Pour être exaucée, notre prière ne doit pas seulement être fervente et persévérante, elle doit, de plus, être

Post heec autem dixit intrà se : Etsi Deum non timeo, nec hominem revereôr, — 5. Tamen quia molesta est mihi haec vidua. vindieabo illam, ne in novissimo veniens sugillet me. — 6. Ait autem Dominus : Audite quid judex iniquitatis dicit : — 7. Deus autem non faciet vindictain electorum suorum clamantium ad se die ac noete. et patientiam habebit in illis? — 8. Dico vobis, quia cito faeiet vndictam illorum. Ferùmtamen Filius homini» veniens, putas, inveniet fidem in terra?

humble, et partir d'un cœur vivement touché de son indignité et de sa misère. C'est ce que Jésus voulut faire comprendre, par la parabole du Pharisien et du Public ai n.

« Et à quelques-uns, qui se confiaient en leur justice » prétendue, « et qui méprisaient les autres » (de l'estime de soi-même au mépris des autres, il n'y a qu'un pas) « il dit cette autre parabole : Deux hommes montèrent au temple, pour prier. » Voilà un dessein louable, assurément; mais quels sont ces deux adorateurs? « L'un était Pharisien, » c'est-à-dire, suivant l'opinion du vulgaire, un homme juste, respectable, zélé observateur de la loi; « Vautre était un Publicain, » c'est-à-dire, l'un de ces hommes détestés, méprisés, odieux pour les exactions dont plusieurs d'entre eux se rendaient coupables, et qui étaient à peu près, parmi les Juifs, ce qu'était parmi les Indiens, un vil paria. « Le Pharisien » entre dans le temple, la tète haute et le maintien assuré, pénètre dans le parvis des Israélites, le plus près possible du sanctuaire, et là, « debout » à la vue de tous, « il priait ainsi en lui-même (a) : Mon Dieu, je vous

9. Dixit autem et ad quosdam, qui in se confidebant tanquam justi, et aspernabantur cœteros, parabolam istam : — 10. Duo hominos ascendorunt in templum ut orarent : unus Pharisœus, et aller Publicanus. — M. Pharisœus stans, hœc apudse orabat : Deus,

(a) Nous trouvons clans le Talmud lui-même des témoignages nombreux de l'excès d'orgueil où en étaient venus les Pharisiens et les Docteurs juifs de ce temps. Ainsi, par exemple, le rabbin Simon ben Jochaï disait à ses disciples qu'il pouvait, à lui seul, par sa justice, compenser tous les péchés de ses contemporains ; mais que lui et son fils pouvaient prendre sur eux les péchés commis par tous les hommes, jusqu'à leur temps; et qu'enfin, en s'associant encore Jotham, fils d'Uzias, ils pouvaient effacer, par leurs vertus, les péchés du genre humain jusqu'à la fin du monde : « Succa., fol. 452. Dixit R. Jeremias, nomine Simeonis filii Jochai : Possum ego liberare totum mundum ab eo die quo procreatus sum hàc usque (Glose. : Mcrito juMitice meœ ego porto omnes iniquiiates eorum, et libero eos à judicio). Et si fdius meus Eleazar sit mecum, pos sum liberare omnes homincs, quotquot fuerunt in mundo, à quo die Me creatus est, hue usquè. Et si sit Jotham filius Uziœ nobiscum, possumus omnes in <;;;;'— versum homincs liberare, quotquot unquàm fuerunt à die, quo mundus creatm est, usque ad finem ejus. » — Le môme docteur Simon ben Jochaï, qui a rédigé le livre de Sohar, disait encore que, si mille invités trouvaient place au banquet céleste, lui et son fils y assisteraient; mais que, si deux invités seulement y étaient admis, ce serait lui et son fils : Videbam filios divini cœnaculi, et non nisi pauei eraut. Si mille sunt, ego et fdius meus in eorum numerq tumus ; si duo, ego et filiui v>cus Mi sumus. « (Ibid).

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