‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 286 sur 419 · L. XVIII. 1-8 — § XCIV. LE PHARISIEN ET LE PUBLICAIN · texte numérisé non relu

L. XVIII. 1-8 — § XCIV. LE PHARISIEN ET LE PUBLICAIN

rends grâces ; » (il n'a rien à se reprocher, rien à demander; il n'a besoin de rien, et n'a que des actions de grâces à rendre), et de quoi remercic-t-il Dieu ? Je vous rends grâces « de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont voleurs, injustes et adultères: » pour moi, je n'ai rien de semblable à me reprocher; je suis un homme juste; je n'ai rien de commun avec tous ces vils pécheurs, et je forme, avec mes semblables, les autres Pharisiens, une race sainte, privilégiée, et supérieure à tous les autres liommes. — Voilà la prière de l'orgueilleux Pharisien : il vient se vanter devant Dieu, il vient étaler toutes ses perfections, dans lesquelles il se complaît; il vient abriter son orgueil sous le masque de la piété, car, tandis que sa bouche rend grâces à Dieu, dans son cœur, il se rend grâces à lui-même, il s'adore lui-même. A cette estime de lui-même, il joint le mépris le plus insolent du prochain; il se place à part, en dehors de l'humanité, il se proclame comme le seul juste sur la terre, lui qui ne connaît pas même ce que c'est que la véritable justice, et qui s'imagine follement qu'elle consiste uniquement dans l'exemption des crimes les plus grossiers.. Et puis, avec quel dédain il parle de ce Publicain qu'il a aperçu à l'entrée du temple? « Je ne suis pas non plus, » ajoute-t-il, grâce à Dieu, « comme ce » misérable « PuHicain, » que j'aperçois là-bas, et qui se permet de venir souiller de sa présence le sanctuaire de la Divinité.

Non-seulement, ajoute-t-il, en poursuivant, non sa prière, mais son propre panégyrique, je ne suis pas un pécheur, et je n'ai pas le moindre reproche à me faire, mois je fais plus que la loi ne m'ordonne. D'après le lévitique, xvi, 29, il nous est prescrit de jeûner un jour de l'année; et moi, fidèle à la coutume des Juifs fervents et pieux, « je jeûne deux fois le >e, » le mardi et

le jeudi (b). D'après les Nombres, xvm, 21, je ne dois,

gratias ago tibi, quia non sum sicut caeteri hominum raptores, injusti, adulteri; vel ut etiam hic publicanus. — -H. Jejuno bis in sabbato," décimas do omnium quœ possideo.

[b) Taan., 54 2. « Ampliùs décrètent»! magistri nosfrt, ut jcjunaretur diebus II et V proplcr très m, vidclicet profiter dcstructioncm templi, propter legemcon-

à la rigueur, que la dîme de mes troupeaux et des fruits de mou champ; mais moi, « je 'paie la Mme de tout ce que je possède, » la dîme de la menthe, de l'anis et du cumin (Math., xxm, 23), des légumes de mon jardin, à laquelle je ne suis pas obligé. — On le voit, il place la perfection, non dans les dispositions du cœur, non dans l'abnégation, le dévouement et la charité, mais dans l'observation de quelques pratiques extérieures; il s'admire lui-même, et ne comprend pas que l'orgueil suffit pour ruiner toute sa perfection et tout le mérite de ses bonnes œuvres, et pour le rendre coupable devant Dieu ; « Ij)sa superbia grande crimen erat. » (S. Aug.) — A l'entendre., ce n'est pas lui qui doit rendre grâces à Dieu, c'est Dieu lui-môme qui lui en redoit, et qui devrait le remercier

« LePvMicain, » de son côté, avait bien d'autres sentiments dans le cœur. Loin de songer à se faire voir, il se serait volontiers caché dans les entrailles de la terre. Pénétré du sentiment de son indignité, « il se tenait loin » du sanctuaire, dans le parvis des Gentils, se croyant indigne de pénétrer plus avant. Dans la confusion que lui causait le souvenir de ses péchés, « il ri osait pas même lever les yeux au ciel, » mais, le cœur brisé de douleur, « il se frappait la poitrine (c), » pour témoigner qu'il se reconnaissait grièvement coupable, « s'écriant, » d'une voix entrecoupée de sanglots : « Mon Dieu, ayez pitié de moi, qui suis un » misérable « pécheur. »

4 3.EtPublicanusà longé stans, nolebat necoculos ad cœlum levare ; sed percutiebat pectus suum, dicens :Deus., propilius esto mihi peccatori.

(lagratam cl propter probrum divini nominis. » — Suivant la tradition juive, Moïse était monté sur le Mont Sinaï le jeudi, et en était descendu le mardi. Les premiers chrétiens conservèrent ces deux jours de jeûne, mais ils les transférèrent, au mercredi et au vendredi. (Dœllinger, Mon. de VHist. ceci.)

(c) C'était la coutume, particulièrement pour les femmes et les vierges, de se frapper la poitrine comme signe d'un grand chagrin, d'une douleur véhémente (Nahum, xi, 8). — « Les femmes de Ninive étaient traînées, soupirant comme la colombe, et se frappant la poitrine. » « (Tempanizantes super corda sua; » suivant l'hébreu.) — (Virg., /En. xi, 37) : « Ingentem gemitum lunsis ad sidéra tollunt pectoribus. » — Il ne faudrait donc pas se figurer ici l'acte puremen symbolique par lequel nous nous frappons la poitrine en récitant le Confiteor, et qui n'est le plus souvent qu'une pure cérémonie.

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