‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 287 sur 419 · L. XVIII. 1-8. — § XCIV. LE JUGE INIQUE · texte numérisé non relu

L. XVIII. 1-8. — § XCIV. LE JUGE INIQUE

Jésus termine sa parabole par les paroles suivantes, qui donnent la conclusion du drame : En vérité, « je vous le dis, celui-ci s'en retourna justifié dans sa maison et non Vautre (d). » — Le premier s'est justifié par l'humilité et la pénitence, le second s'est perdu par l'orgueil; « car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse, sera élevé. »

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

A. Le juge inique.

v. 1. « Il leur disait encore cette parabole, pour montrer qu'il faut toujours prier, et ne jamais se lasser. » — La prière est le propre des pauvres; or, devant Dieu, nous sommes tous et toujours pauvres et misérables. Le tentateur ne se lasse pas de nous attaquer, ne nous lassons pas, pour lui résister, de recourir à l'arme toute-puissante de la prière. La prière est pour l'âme ce qu'est la respiration pour le corps ; c'est l'atmosphère où l'âme vit et respire, et hors de laquelle elle meurt. Toujours prier, c'est avoir constamment le sentiment de sa misère, de son indigence, du besoin que nous avons incessamment de la miséricorde et de la grâce divines. Peu importe que la bouche se taise, si le cœur prie. Mais notre prière, pour être efficace, doit être persévérante : une telle prière, tôt ou tard, est toujours exaucée. — Il est difficile d'avoir accès auprès des rois et des grands de la terre : le Roi du ciel est toujours prêt à nous recevoir, à nous donner audience ; il nous commande de prier, de demander, parce qu'il se plaît adonner, à répandre sur nous ses grâces. — Qu'il est beau, qu'il est honorable pour un ver de terre, de pouvoir parler cœur à cœur, comme un fils auprès du plus tendre des pères, avec le souverain Maître de l'univers! (S. Chrys.)

v. 2, 3. « Dans une cité vivait un juge qui ne craignait point Dieu, et ne se souciait point des hommes. Dans cette même ville était une veuve qui venait à lui, disant : Faites-moi justice de mon adversaire. » — Cette pauvre veuve, délaissée sur cette terre, éloignée de son époux qui est dans le ciel, abandonnée et

14. Dico vobis : descendit hic justificatus in domum suam abillo : quia omnis qui se exaltât, humiliabitur; et qui se humiliât, exaltatibur.

(d) Ab illo, id est, prœ Mo. Locution hébraïque : Celui-ci fut justifié, en comparaison de l'autre.

Dehaut. L'Evang. — T. 111. 34

sans défense, toujours attaquée par des ennemis puissants et redoutables, dont la croix est le partage, c'est notre âme: « Ora ut vidua Christi, nondùm liabens conspectum, cujus precaris auxilium. » (S. Aug.) — C'est aussi Y Eglise militante, séparée de son divin Epoux, ayant le démon et ses suppôts pour adversaires, et pour juge, Dieu, qui semble -d'abord sourd à ses prières, mais qui, au moment désigné, viendra à son secours.

v. 4, 5. « Pendant longtemps, il ne voulut point; mais enfin il se dit un jour à lui-même •' Je n'ai ni crainte de Dieu, ni souci des hommes ; cependant, comme cette veuve ni importune, je vais lui rendre justice, pour qu'elle ne m'accable plus de ses instances continuelles. » — Dieu se sert de tout, même des méchants, même d'un juge unique, pour faire le bien : il dirige où il veut le cœur des hommes. — Les hommes sans foi et sans religion font quelquefois de bonnes actions, mais ces bonnes actions sont sans mérite devant Dieu, parce qu'elles n'ont d'autre mobile que leur propre intérêt; ils font le bien, parce qu'ils y trouvent leur avantage, soit pour leur propre tranquillité, soit pour se concilier l'estime du monde, etc.

v. 8. « Vous entende:, ajouta le Seigneur, ce que dit ce juge inique • et Dieu ne vengerait point, ses élus, qui jour et nuit crient vers lui, et il serait pour eux inexorable! » — Un juge inique, ennemi de Dieu et des hommes, type accompli de l'égoïste; et une veuve qui n'a aucun appui dans ce monde : tels sont les personnages que le divin Maître met en présence l'un de l'autre. Et pourtant, cet homme si dur finit par céder aux instances persévérantes de celle qui le prie. — Comment supposer maintenant que Dieu puisse se montrer sourd et inexorable aux prières de ses élus, lui qui est la bonté même, lui qui est rempli d'amour pour les enfants qu'il a adoptés, lui qui trouve son honneur et sa gloire dans l'humilité, la confiance, la persévérance de celui qui le prie ? Ce serait un blasphème de le penser. — Le Dieu de l'Evangile n'est donc pas, comme celui qui se forge une fausse philosophie, un Dieu inflexible, indifférent aux maux et aux besoins de ses créatures, et subissant lui-même les chaînes d'une inexorable nécessité. — C'est un Dieu bienfaisant, miséricordieux, un Dieu de charité et d'amour, en qui nous retrouvons les plus nobles sentiments de l'humanité : « Deus charilas est. » — Progrès du chrétien à l'école de la prière. — a) Le vif sentiment de notre misère, qui nous amène à la porte du sanctuaire; b) la foi, la confiance, qui frappent à la porte; c) la patience, qui attend, sans se rebuter, qu'on lui ouvre; d) la persévérance, qui fait ouvrir la porte, et nous introduit dans le sanctuaire. — Il n'y a rien qui résiste à une prière confiante et persévérante.

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