M*. XXII. 1-14. — § CIV. PARABOLE DU FESTIN NUPTIAL
vertu intérieure : les ténèbres extérieures où il est jeté représentent l'enfer, où retentissent pendant Féternité les pleurs du désespoir et les grincements de dents. Jésus-Christ veut montrer que ce n'est pas assez de confesser extérieurement la religion chrétienne, si l'on n'en a pas l'esprit et les vertus, que ce n'est pas le droit de naissance et d'héritage, comme le pensaient les Juifs, mais le mérite, l'innocence et la charité, qui nous rendent dignes du ciel. Quant à cette conclusion peu rassurante : « 11 y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus, » elle s'applique sans contestation, et dans le but primitif de la parabole, aux Juifs, dont le petit nombre s'est converti à la religion chrétienne. Elle s'applique également à la généralité des hommes répandus sur toute la terre. — S'applique-t-elle également aux chrétiens et à l'Eglise chrétienne? Veut-elle dire que dans l'Eglise même, parmi les chrétiens, c'est le petit nombre qui sera sauvé? Plusieurs saints Pères, saint Clirysostôme entre autres, le pensent. D'autres pensent le contraire, s'appuyant sur ce que, dans la parabole, le roi ne trouve, dans la salle des noces, qu'un indigne. Cette raison ne nous parait pas très-forte, surtout, si, au lieu de l'entendre de l'Eglise primitive, on voulait l'étendre à tous les siècles. Quoi qu'il en puisse être, à en juger par la conduite et les mœurs de la plupart des chrétiens de nos jours, il n'y a que trop lieu de craindre qu'on ne puisse dire d'eux comme des Juifs : il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus.
Bien que cette parabole ait une grande analogie avec celle de saint Luc, exposée précédemment (Voy ez § LXXXVIII), elle ne doit cependant pas être confondue avec elle. La parabole de saint Luc a pour but d'exposer la conduite des Juifs par rapport à la prédication évangélique, et le petit nombre de ceux qui croient en Jésus-Christ. La parabole de saint Matthieu va plus avant, et prédit la ruine de Jérusalem la réprobation du peuple Juif, et la substitution des Gentils à leur place. Ce n'est pas ici un simple particulier qui invite ses amis, c'est un roi qui convie ses sujets au festin nuptial de son fils unique, et qui a le pouvoir de se venger des ingrats et des rebelles.
ENSEIGNEMENTS PRATIQUES
A. Jésus interrogé sur l'origine de sa puissance.
L. XX. v. 1,2. « Comme Jésus se promenait, sous les portiques du temple, enseignant et évangélisant le peuple, les Princes des prêtres, les Scribes et les anciens, se réunissant, lui demandèrent : Dites-nous par quelle puissance, vous faites toutes ces choses? » — Interrogation, a) entourée d'une fastueuse solennité; b) pleine d'artifice et d hypocrisie, ayant pour but, non de connaître la vérité, mais de tendre des embûches et de trouver un prétexte d'accusation ; c) injuste et sans droit : Jésus avait prouvé suffisamment sa mission divine par les miracles qu'il avait opérés : il n'avait aucun compte à rendre à la Synagogue, puisque, ainsi que les anciens prophètes, ce n'était pas d'elle qu'il avait reçu sa mission.
M1, v. 24, 25. « Jésus leur répondit : Je tous poserai, moi aussi, une question. Si vous y répondez, je vous dirai en vertu de quelle puissance j'agis. D' où procédait le baptême de Jean? du ciel oîi des hommes? » — Réplique de Jésus, a) pleine de noblesse et de dignité : au lieu de répondre en suppliant et en accusé, il interroge à son tour ; b) pleine de profondeur : la question que Jésus adresse aux Pharisiens renferme implicitement la réponse la plus formelle à la question qui lui était adressée, et ils l'auraient aisément compris, s'ils eussent été de bonne foi ; ou plutôt, ils ne le comprirent que trop, mais ils ne voulurent pas l'avouer ; c) pleine d'une admirable sagesse • en leur adressant cette question, il évite de se commettre avec eux, et les commet eux-mêmes avec le peuple ; il jette ses adversaires dans la perplexité et l'embarras, et les réduit à confesser honteusement leur ignorance. — Il est de bonne guerre de répondre à la ruse par l'adresse, et de prendre dans leurs propres filets ceux qui vous tendent des pièges.
v. 26. « Or, ceux-ci réfléchissant entre eux, disaient : Si nous répondons que le baptême de Jean vient du ciel, il nous dira : Pourquoi donc navez-vous pas cru en lui? Si nous disions, au contraire, qu'il vient des hommes, tout le peuple nous lapidera. » — Nous voyons ici la perplexité et l'embarras où la question de Jésus-Christ a jeté les Pharisiens : c'est ainsi que ceux qui n'agissent pas avec droiture et avec franchise se jettent souvent d'eux-mêmes dans d'inextricables embarras.
v. 27. « Ils répondirent donc ■ Nous ne savons d' où procédait le baptême de Jean. » — Ne sachant que répondre, les Pharisiens en sont réduits à confesser leur ignorance. — Pressez un