‹ L'évangile expliqué, défendu, méditéChapitre 99 sur 419 · M*. XVIII. 21-35. — § LXXII. PARDON DES INJURES · texte numérisé non relu

M*. XVIII. 21-35. — § LXXII. PARDON DES INJURES

s'accordent sur la terre, » s'unissent ensemble dans une prière commune, « quoi qu'ils demandent, ils l'obtiendront de mou Père, qui est dans les deux; car, là ou deux ou trois sont réunis en mon nom, » dans un même sentiment d'amour et de confiance en moi, a je sîds au milieu d'eux, » disposé à écouter leurs prières et à les exaucer. Ainsi, ce que les tentatives, les efforts de la correction fraternelle n'auront pu obtenir, pourra être accordé à la prière.

B. DU PARDON DES INJURES (Mt. 24-35).

(Evang. du 21° dim. après la Pentecôte).

Au devoir de la correction fraternelle se joint naturellement celui qui impose le pardon des injures. « Pierre alors s' approchant de Jésus, lui dit : Seigneur, si mon frère pèche contre moi, combien de fois lui par donneraije? sera-ce jusqu'à sept fois t. » — Nous lisons dans le Thalmud : « Si un homme pèche contre vous., la première fois vous lui pardonnerez, la seconde et la troisième fois, vous lui pardonnerez encore, la quatrième fois, vous ne lui pardonnerez plus (a). » On craignait que le pardon, en se rendant trop facile, ne devînt une excitation à une nouvelle offense, Saint Pierre demande si c'est assez de se montrer à cet égard deux fois plus généreux que les docteurs juifs. Mais Jésus, loin de trouver sa générosité excessive, lui répondit : « Je ne vous dis pas de 'pardonner jusqu'à sejjt fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois » (manière de parler

super terram, de omni re quamcumque petierint, fiet illis à Pâtre meo, qui in cœlis est. — 20. Ubi enim sunt duo vel très congregati in nomine meo, ibi sum in medio eorum. — 21 . Tune accedens Petrus ad eum, dixit : Domine, quoties peccabit in me frater meus, et dimittam ei? usque septies? — 22. Dicit illi Jésus: Non dico tibi usque septies, sed usque septuagies septies.

(a) Joma. fol. 8fi. « Ilnbbi José dixit, homini in aller um peccanli seiiïel remittunt, secundo rcmittunt, tertio rcmittant, quarto remilfant. — L'évangile des Nazaréens, au témoignage de saint Jérôme, racontait ainsi les paroles de Notre Seigneur et de saint Pierre : « Si peccavit frater tuus in verbo, et salis tibi fecerit, septies in die suscipe eum. Dixit ei Simon, discipulut ejus : Septies m die? Respondit Dominas et dixit ci : Etiam ego dico tibi, usquè ad septuagesics septies.

Dehaut. L'Evang.— T. III. 42

134 l'évangile UNIQUE, r>-iFEXM', médité.

usitée chez les Juifs, pour dire indéfiniment et toujours

Puis, pour imprimer plus fortement encore Dette vérité dans le cœur des Apôtres, il leur propose la parabole suivante : n Aussi h royaume des neuœ, » le gouvernement divin, la conduite que Pieu, mi est le roi de l'univers., tient à l'égard des hommes, « est semblable, peut être comparée à celle * d'un roi qui voulut fi

Ire compte à ses \ ■£, » exiger de ceux qu'il

avait préposés à l'administration de ses biens le compte de leur gestion, s Et < .

amena un qui devait dix r.iille talents » {b)t dette énorme, car le talent juif valait alors trois mille seckels. environ six mille francs, suivant d'autres, plus de huit mille francs de notre monnaie, ce qui fait une somme de soixante à quatre-vingts millions^. « Comnehdébitt '

|3> ldeô assimilatum ost ivgnum iwlorum homini régi, qui volait rationom ponoro oum servis sois. — '2i. lït eùm cœpisset ralionem ponere, oblatus est ei unus, qui debobat oi decem millia talenta. — 15. Cùm autem non halvtvt

o dette aussi considérable à l'égard dragon - al il'vni au",

tant de dureté et de rigueur à l'égard des intérieurs - atnindre à |

ce qu'ils doivent, ne "peuvent s'expliquer que par le sj vigueur à cette époque. Ainsi, nous savons que. déjà au temps de Evcrgète, un certain Joseph, neveu du graud-prètre Onias, roi dTJgvpte les tributs de la Syrie, de la Phénicie et d somme «le seize mille talents, le double de celle q i

seur, et que, malgré cela, il lit un profit considérable. 11 est vrai qu'il se préscorté de deux mi'.'.. - - qu'à Aseal ,.ère ville impor-

tante qu'il rencontra, et qui lui refusa le tribut, il St e\ gistrsts

et eoiitisquer leurs biens jusqu'à concurrence de miile talents. Puis, il plaça dans la banque d'Alexandrie les sommes qu'

et les chambres I - époque, et nous

dans la parabole du serviteur négligent, le maître reproche à celui-ci de n'avoir place dans une banque le talent qu'il avait reçu, plutôt que de l'enfouir et de le rendre inutile. S i la province d'Asie d'uue

fingt mille taies s, les chevaliers s de lui foui

. 'porta plus de c ,'.- . .' ;.us lu para' - pp, est probablement l'empereur Auguste lui-

même. Le débiteur est un certain Xéuodore, .. I ferme de

pâtre d'abord, et puis d'Octave, la tétrarquie de Lysanias, Abila, ses environs. Cet homme avait

•r arche lui tut profitai1 ' lui aurait peut-être pai s ici dans l'Eva de T« - - sa charge,

alla mourir misérablement à An:

al valait 00 mines, la mine 100 deniers, le deuie. 1 franc de notre mouuaie actuelle. Ainsi, le talent valait 6,000 deniers

m1, vin. 21-35. — g LXX1I. pàrdo» k . 136

n'avait pas de auoi le rend/ressort Maître, »dans sa juste colère, usant a la rigueur de la facultéque lui lai ait la loi alors en u âge, « ordonnai >• afin de se dédommager autant que possible, « qu'on le rendu, lui, sa femme et ses enfants, et tout ce qu'il possédait pour payer la dette {d). »

Ju tement enraye du soi-i liorriiVlu <|ui IViW'ii'l.-iii h, (jitiJui paraissail plus dur que la mort, a le serviteur, >• le mini tre prévaricateur, eu1 recours à la clémence el ;>. La pitié <lc -ou maître; « se jetant à ses pieds, il Vwn/plo-

rait, disant : Prenez jifiliciee, » .■leconlez-iiiui « v,i.

délai, je vous rendrai tout : » grâce aux efforts que je ferai, jespère, avec le temps, acquitter ma dette. C'était promettre plus qu'il n'étail <in son pouvoirde tenir; mais « le maître de ce serviteur ayant pitié de lui, » touché d'une immense compas ion, à la vue de sa douleur et de son repentir, » le renvoya, et lui remit « plue qu'il n'avait osé demander, « sa délie „ toute entière.

« Mais le serviteur » ainsi gratifié, « assortir » môme du palais oti il venail de recevoir un tel bienfait, « rencontra un de ses compagnons, » <|ui faisait également partie deî employé du roi, mai dans une position inférieûreà la i ienne, « lequel lui devait cent deniers, » en- \ iron ceni franc \, somme bien in ignifiante, à côté de la

undè redderet, jussil eum Domiou lejus vaenumdari et uxorem ejus 1 1 ftlioa < i omnia quœ babebat, el p< dai. — tè. Procidene autei mi ille. orabal oum tdicens : Patienliam babe in me, el omnia reddara tibi. — 27. Mi rtu au te ni Dominua servi il lins, dimisit eum, et debitum dimisit ei. — 28.Egre lis aul m u l 'vus ille, invenit unum de consen i suis qui debebal ei centum denai

0,000 francs, el 10,000 talents formaient la tomme de 60 millions dé deniers, i de i

cla u mis révolte •> bon droit. Tel a pourtanl été le droit commun dans le monde en/fer, avanl la prédication de l'Evangile, \ Rome, au temps de la législation di dou2 tabl . le créancier pouvait, 1" mettre au» I débiteur, 2° le mutiler, 3° le vendn comme esclave. Voici le texte traduit <" latin moderne par Potbicr : [Pandect.,T. I, pagexerv.) « Si non tolvat debitor, liceat eum duoert in privatwn oaroerém turtiqité vinoirèavt rlwM ttitt eom—

. . .Si [iluir, ii uni r ir,l i In ,/■■■ . ttOptO In lu, ,, n mltiiil i " II! 'If. iftU liC0ât

debitori va/rt in parti . ut Inter oreditom dtvtdtréturi *i ptùi »"-

ouerintf impuni i tstoi Corput MoofSj id '■->. torpm ttndtré, wl prttiwtM i v — «. .s< malint eum vendant uffrd tiberim c&portand*

dette immense qui venait de lui être remise, « et V ayant saisi à la gorge (e) » afin de l'entraîner en prison, « il V étouffait en criant : Paie-moi ce que tu me dois. L'autre se jetant à ses pieds, le suppliait eu disant : Prenez patience, et je vous paierai tout. Mais, » cet homme cruel, fermant son cœur à toute pitié, « refusa » de lui accorder le moindre délai, « et le fit mettre en prison, jusqu'à ce qu'il eût payé toute sa dette. — « Voyant ce qui se passait, les autres serviteurs, » révoltés de tant d'inhumanité et d'ingratitude « eu conçurent une grande tristesse, et » dans leur juste indignation, « ils vinrent raconter à leur maître tout ce qui s'était fait. Alors le maître, » indigné à son tour d'une conduite aussi odieuse, « l'appela » devant lui « et lui dit : Méchant serviteur, je tai remis toute ta dette sur ta prière : ne devais-tu pas avoir pitié de ton compagnon, comme j'ai eu pitié de toi? et, dans son indignation, il le livra aux exécuteurs, » aux geôliers chargés de faire subir la torture, et l'abandonna aux rigueurs de la justice, « jusqu'à ce qu'il payât toute sa dette, » c'està-dire pour tout le reste de sa vie, et sans espoir d'en sortir jamais. « Ainsi vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne remet du fond du cœur à sou frère ce que son frère lui doit. » A l'exemple de ce roi justement

et tenens suffocabat eum, clicens : Redde quod debes. — 29. Et procidens conservus ejus, rogabat eum dicens : Patientiam habe in me, et omnia reddam tibi. — 30. Ille autem noluit; sed abiit, et misit eum in carcerem, doncc redderet debitum. — 34. Videntes autem conservi ejus quœ fiebant, contristati sunt valdè, et veneruntj et narraverunt Domino suo omnia quae facta fuerant. — 32. Tune voeavit illum Dominus suus, et ait illi : Serve nequaur, omne debitum dimisi tibi, quoniam rogasti me. — 33. Nonne ergo oportuit et te misereri conservi tui, sicut et ego tui misertus sum? — 34. Et iratus Dominus ejus tradidit eum tortoribus, quoadusquè redderet universum debitum. — 35. Sic et pater meus cœlestis faciet vobis, si nonremiseritis unusquisque fratfi suo de cordibus vestris.

(e) D'après le droit romain, le débiteur, s'il résistait, pouvait être traîné vers le préteur. « Quocumque modo, obtorto etiam collo. » — « Priusquàm hinc obtorto collo ad prœtorem trahor» (Plaut. Pœnul., ni, 5-45). — Cic. in Verrcm iv, 10 : « Quem obtortâ gulâ de convivio in vinculn atque in tenebras abripi jussil. »

mK xviii. 21-35. — § LXXT. pardon des injures. 137

indigné, il vous traitera comme vous aurez traité les autres, il sera sans pitié pour celui qui aura été sans pitié.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

v. 15. « Si un de vos frères a péché contre vous, allez, et reprenez-le seul entre voies et lui. S'il vous écoute, vous aurez gagné votre frère. » — Devoir do la correction fraternelle. ( Voy. Proj. hom. A. etB.) Nous devons aimer nos frères, comme Jésus-Christ lui-même nous a aimés, et ne rien épargner pour le salut de leur âme, comme Jésus-Christ lui-même n!a rien épargné pour notre salut (Jo. xn, 34; i. Jo. iv, 11, 21, 22). — Si notre frère nous a offensés, ne balançons pas à faire les premières démarches de réconciliation, car Jésus-Christ est venu à nous le premier. « Plus erga corrigentem agat benevolentia quant sèveritas; plus coliortatio, quàm commotio; plus charitas, quàm potestas. » (S. Léo.)

v. 17. « Que s'il ne les écoule point, dites-le à V Eglise, et s'il %' écoute point V Eglise, qu'il vous soit comme un payen et un publicain. » — « Habere jàm non potest Deum patrem, qui Ecclesiam non liabet matrem. Alienus est, profanas est, hostis est» (S. Cypr.). — « Admonitio ■• a) prirata, b) socialis, c) publica. »

— Il n'y a pas ici de précepte absolu. La correction fraternelle doit être employée toutes les fois qu'il y a espérance fondée de succès, de profit spirituel. On doit l'omettre, lorsqu'elle ne pourrait produire que de mauvais effets, mais cette limitation du précepte ne découle que de l'imperfection de notre vie chrétienne. « Frustra niti, et niliïl aliucl laborando quàm odium quœrere, extremœ dementiœ est » (Adrian.).

v. 18. « Je votes le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera aussi lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera aussi délié dans le ciel. » — Droit d'excommunication accordé à l'Eglise. Il est juste que celui qui refuse de se soumettre au jugement de l'Eglise soit exclu de l'Eglise, et qu'on ne permette pas aux membres gangrenés de corrompre ceux qui sont sains. Le jugement de l'Eglise est un jugement de Dieu.

— Le pouvoir des clefs, accordé primitivement à saint Pierre comme chef de l'Eglise, maintenant communiqué à tous les Apôtres. Le refus de l'absolution est, sous un rapport, une excommunication réelle.

v. 19. « Je vous le dis encore, si deux d'entre vous s'unissent ensemble sur la terre, quoi qu'ils demandent, ils V obtiendront de mon Père qui est dans les deux. Car là où deux ou trois sont réwnis en mon nom, je suis au milieu d'eux. » — Jésus-Christ est

donc Dieu, puisqu'il affirme qu'il est partout où deux ou trois de ses disciples sont réunis en son nom. — Puissance irrésistible de la prière commune. Les prières de l'Eglise sont toujours exaucées, parce qu'elles sont faites au nom de Jésus-Christ et en union avec lui, et que lui-même devient notre avocat et les présente à son Père. Quel bonheur pour nous de vous savoir au milieu de nous, ô mon Sauveur, lorsque nous sommes réunis aux pieds de vos saints autels ! Quelle ineffable bonté de votre part, de vous trouver au milieu de vos fidèles serviteurs pour les entendre, les consoler, les fortifier, les exaucer!... Où puis-je être mieux qu'avec vous?... N'ai-je donc rien à vous demander? N'êtes-vous pas mon unique espérance, mon unique consolation?

v. 21. « Pierre alors, s' approchant de lui, dit : Seigneur, combien de fois, mon frère péchant contre moi, lui pardonnerai* je ? jusqu'à sept fois? » — L'amour-propre a toujours peur d'aller trop loin, de faire trop de sacrifices.

v. 22. « Jésus lui dit : Je ne tous dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. » — L'amour ne compte pas. La mesure du pardon, comme celle de la charité, c'est d'être sans mesure. N'est-ce pas ainsi que Notre-Seigneur en a agi à notre égard ? a-t-il mis des bornes à sa miséricorde ? Nos rechutes multipliées ont-elles lassé son inépuisable tendresse? — La mémoire du chrétien doit être tenace pour les bienfaits, courte et oublieuse pour les offenses.

v. 23. « Le royaume des deux peut être comparé à un monarque qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs. » — Dieu est le Roi de l'univers, le Maître suprême, le souverain Juge des hommes, qui n'ont été créés que pour le servir. C'est de lui qu'ils ont reçu tout ce qu'ils possèdent, non comme une propriété indépendante, dont ils peuvent faire l'usage qu'il leur plaira, mais comme un bien qu'ils doivent administrer au profit de leur Maître, et dont il leur demandera nn compte sévère ; il y a un jour fixé pour cette reddition de compte : il y aura un jugement. Dieu nous en avertit d'avance, afin que nous nous y préparions*.

v. 24. « On lui en amena un qui lui devait dix mille talents. » — La dette que nous avons contractée envers la justice divine par un seul péché est énorme, est infinie ; nous sommes dans Timpuissance absolue de l'acquitter. Il ne peut y avoir aucune proportion, aucune mesure commune en ce que les hommes se doivent les uns aux autres, et ce qu'ils doivent à Dieu. Et qui peut compter le nombre de nos péchés ? faibles et misérables pécheurs que nous sommes, quelle terreur ne doit pas nous inspirer la pensée de cette dette immense et du compte redoutable qu'il nous en faudra rendre, si nous ne nous hâtons d'implorer la miséricorde du souverain Juge?

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