LE FIGUIER DESSÉCHÉ
cause de la multitude sympathique qui entourait Jésus et qui n'eût pas permis un attentat. Cette multitude se composait en grande partie de Galiléens enthousiastes, témoins de merveilles sans nombre opérées par le Sauveur. Il resta donc à enseigner dans le temple toute la journée du lundi et n'en repartit que le soir pour Bethanie.
146. le figuier desséché. — Le lendemain matin, en passant, les disciples virent le figuier desséché jusqu'aux racines, et ils s'en étonnèrent. (( Comment », dirent-ils, « s'est-il desséché tout d'un coup ? )) Pierre se ressouvenant lui dit : (( Maître, voici que .le figuier que vous avez maudit s'est desséché. » Jésus prit la parole et leur dit : « Ayez foi en Dieu. Je vous le dis en vérité, si vous aviez la foi, sans aucune hésitation en vousmêmes, non seulement vous en feriez autant pour un figuier, mais vous diriez à cette montagne : Ote-toi, et jette-toi dans la mer, et cela se ferait. C'est pourquoi je vous dis : Tout ce que vous demanderez par la prière, croyez que, vous le recevrez, et cela vous arrivera. Toutefois, lorsque vous vous lèverez pour prier, si vous avez quelque grief contre un autre, remettez-le lui, afin que votre Père qui est dans les cieux vous remette vos péchés. Car si vous ne remettez pas, votre Père qui est dans les cieux ne vous remettra pas non plus vos péchés. »
S. MATTHIEU, 21, 20-22 ; s. marc, 11, 20-26.
Ayez foi en Dieu. Le mardi matin, quand on reprit le chemin de Jérusalem, les apôtres remarquèrent avec étonnement que le figuier maudit la veille
était tout desséché. Le Sauveur saisit l'occasion pour leur rappeler la nécessité de la foi et de la prière. Avec une foi sans hésitation, on pourrait dire, non seulement à un arbre (122), mais même à une montagne (83), de se jeter dans la mer, et l'on serait obéi. La montagne représente toute difficulté qui paraît insurmontable. Le prophète Zacharie, 4, 7, disait, en parlant d'une difficulté de ce genre, surmontée avec le secours du Seigneur : « Qui es-tu, grande montagne ? Tu n'es plus rien qu'une plaine, n Le Sauveur insista de nouveau sur l'efficacité de la prière (101) et sur l'obligation où l'on est de pardonner à ses frères avant de s'adresser à Dieu (46).
147. discussion dans le temple. — Ils vinrent de nouveau à Jérusalem. Pendant qu'il se promenait dans le temple, enseignant le peuple et l'évangélisant, les princes des prêtres, les scribes et les anciens s'approchèrent de lui et lui dirent : « En vertu de quelle autorité agissez-vous ainsi? Dites-le nous. Quel est celui qui vous a donné ce pouvoir ? »
Jésus prit la parole et leur dit : « Et moi aussi, je vais vous poser une question. Répondez-moi, et je vous dirai en vertu de quelle autorité j'agis ainsi. D'où venait le baptême de Jean, du ciel ou des hommes ? » Mais ceux-ci réfléchissaient en eux-mêmes et disaient : « Si nous répondons : Il vient du ciel, il nous dira : Pourquoi donc ne croyez-vous pas en lui ? Si nous disons : Il vient des hommes, nous avons le peuple à redouter ; car tous s'uniront pour nous lapider, certains qu'ils sont que Jean était vraiment un prophète. »
Ils répondirent donc à Jésus : « Nous n'en savons rien. » Et Jésus repartit : « Ni moi non plus, je ne vous dirai pas en vertu de quelle autorité j'agis ainsi. »
En vertu de quelle autorité agissez-vous ainsi ? Dans le temple, où Jésus se remit à enseigner, les membres chi sanhédrin s'approchèrent de lui pour lui demander de qui il prétendait tenir l'autorité qu'il exerçait ainsi dans leur propre domaine.
Le Sauveur avait déjà déclaré très nettement par qui il était envoyé, et il ne cessait de prouver par des miracles la légitimité de sa mission. Les grands-prêtres avaient le droit d'en connaître, sans nul doute ; mais ils avaient le devoir de se rendre aux preuves qui leur étaient fournies. Ils ne le faisaient pas pour Jésus, ils ne l'avaient pas fait pour Jean-Baptiste. Pour montrer à tout le peuple leur parti-pris contre tous ceux qui venaient de Dieu, il leur posa donc une question préalable, à laquelle leur situation les obligeait de répondre catégoriquement : « D'où venait le baptême de Jean, de Dieu ou des hommes ? »
Répondre qu'il venait de. Dieu, c'était se mettre en contradiction avec eux-mêmes, puisqu'ils ne croyaient ni à la mission divine de Jean, ni à celle de Jésus, que Jean avait présenté comme le Messie. Répondre qu'il ne venait que des hommes, c'était contredire tout le peuple, qui vénérait Jean comme un prophète, et s'exposer à être lapidés.
Ils préférèrent dire qu'ils n'en savaient rien. En avouant publiquement leur ignorance,' ils se reconnaissaient incapables de porter un jugement sur les questions les plus graves pour la vie religieuse d'Israël. De quel droit alors se permettaient-ils de demander des comptes au Sauveur ?
« Que vous en semble? Un homme avait deux fils. Il alla au premier et lui dit : Mon fils, va-t-en aujourd'hui travailler à ma vigne. — Je ne veux pas, répondit celui-ci ; mais ensuite, touché de repentir, il y alla. S'approchant de l'autre, le père parla de même. — J'y vais, Seigneur, répondit celui-là, et il n'y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté de son père? » — « Le premier », lui dirent-ils. Jésus reprit : « Je vous dis en vérité que les publicains et les courtisanes arriveront avant vous dans le royaume de Dieu. Car Jean est venu à vous par le chemin de la justice, et vous n'avez pas cru en lui, tandis que les publicains et les courtisanes ont cru en lui. Vous en avez été témoins, et ensuite vous ne vous êtes pas repentis pour croire en lui. »
S. MATTHIEU, 21, 23-32 ; s. marc, 11, 27-33 ; s. LUC, 20, 1-8.
Mon fils, va aujourd'hui travailler à ma vigne. S'adressant à la foule, Jésus leur dit une parabole. Les deux fils reçoivent Tordre d'aller travailler à la vigne de leur père. L'un répond non et y va, l'autre oui, et il n'y va pas. Evidemment, le premier seul accomplit la volonté du père.
Le Sauveur fait l'application de la parabole. Le premier fils représente les publicains, les courtisanes, les pécheurs, qui, au lieu d'obéir à Dieu, l'ont gravement offensé. Ils se repentent maintenant et entrent en foule dans son royaume. Le second fils est la figure des Juifs et de leurs docteurs, qui se vantent de faire la volonté de Dieu et qui lui résistent sur les points les plus importants (110).
D'une manière plus générale, le premier fils représente les gentils, qui ont commencé par s'écarter de Dieu, mais vont maintenant venir en foule pour le servir dans le nouveau royaume ; le second fils, c'est Israël qui, d'abord fidèle, va se montrer rebelle à l'action du Messie.
^ Jean-Baptiste est venu par le chemin de la justice, c'est-à-dire avec l'autorité de sa vertu et celle de la mission reçue de Dieu. Ce sont les petits et non les grands qui ont cru en lui ; ces derniers n'ont pas su reconnaître leur erreur ni se repentir pour assurer leur salut en rentrant dans la bonne voie.
148. les vignerons homicides. — Il se mit alors à parler en paraboles. « Écoutez cette autre parabole », dit-il au peuple.
« Un père de famille planta une vigne, l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir, y bâtit une tour, la loua à des vignerons et partit pour un très long voyage. Quand le temps des fruits arriva, il envoya un de ses serviteurs auprès des vignerons, pour recevoir d'eux le fruit de la vigne. Mais ceux-ci le saisirent, le blessèrent et le renvoyèrent les mains vides. Il leur envoya alors un autre serviteur ; mais ils le frappèrent à la tête, l'accablèrent d'outrages et le renvoyèrent les mains vides. Il en envoya encore un autre, et ils le tuèrent ; d'autres enfin en grand nombre, qu'ils blessèrent et chassèrent, qu'ils lapidèrent et mirent à mort. A la fin, le maître se dit : Que ferai-je ? Je vais leur envoyer mon fils bien-aimé. Il le leur envoya donc après tous les autres, en se disant : Quand ils le verront, peut-être le respecteront-ils.
« Lorsque les vignerons l'aperçurent, ils se dirent entre eux : C'est l'héritier ; allons, tuons-le, et l'héritage sera à nous. Ils le saisirent alors, le jetèrent hors de la vigne et le mirent à mort. Quand donc le Maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » Ils lui dirent : « Ce sont des méchants qu'il fera périr violemment ; puis il louera sa vigne à d'autres vignerons, qui lui rapporteront du fruit à la saison. » — « II viendra en effet », reprit Jésus, « il fera périr ces vignerons et donnera la vigne à d'autres. »
C'est V héritier, tuons-le, et V héritage sera à nous. La parabole des vignerons homicides est des plus saisissantes par son caractère tragique. Elle trace en même temps un résumé historique et prophétique des rapports d'Israël avec son Dieu.
Le père de famille plante une vigne et la munit de tout ce qui est nécessaire pour la protéger et l'exploiter : une haie contre les bêtes sauvages, un pressoir pour écraser le raisin sur place, une tour de garde en pierres sèches pour abriter celui qui défendra la récolte et la vendange contre les maraudeurs. Il la loue à des vignerons qui, moyennant un salaire pour leur travail, remettront au maître le produit de la récolte. Celui-ci part ensuite pour un très long voyage.
Le père de famille, c'est Dieu, qui a établi son peuple dans la terre de Chanaan comme une vigne de choix. Isaïe, 5, 7. Il lui a donné par Moïse des institutions religieuses et civiles capables de le protéger et de le faire prospérer. Il l'a confié à des hommes qui devaient le gouverner, l'instruire et le maintenir dans la fidélité, les rois, les prêtres, les docteurs et dans les derniers temps, le sanhédrin.
Puis, après les grandes manifestations du Sinaï, il s'est tenu comme à l'écart, laissant le peuple aux mains de ses guides.
Le père de famille envoie successivement différents serviteurs pour recueillir les fruits de sa vigne. Les vignerons les saisissent, les blessent, les renvoient les mains vides ; ils en outragent d'autres en grand nombre, les lapident et les font périr. Les chefs du peuple, au lieu de rendre à Dieu ce qu'il avait droit d'attendre d'eux, ont mal reçu ses envoyés, les prophètes ; ils les ont outragés et mis à mort (103, 111).
Le père se décide alors à envoyer son propre fils aux vignerons, dans l'espoir qu'au moins ils le respecteront ; mais ceux-ci, à sa vue, n'en deviennent que plus furieux ; ils le saisissent, le jettent hors de la vigne et le tuent, en s'imaginant follement que la suppression de l'héritier leur assurera la possession de l'héritage. Ici, la parabole emprunte aux circonstances une émouvante signification que tous peuvent saisir. Les prophètes n'ont pas été écoutés et plusieurs ont été mis à mort, comme récemment Jean-Baptiste. Dieu alors a envoyé son Fils, Jésus, qui a fréquemment revendiqué ce titre devant les Juifs. On pouvait croire que ce Fils serait respecté ; c'est le contraire qui a lieu. On a déjà cherché à le saisir et on est à la veille d'y réussir ; on l'a jeté hors de la vigne en l'excommuniant et en le traitant comme un blasphémateur, un samaritain et un possédé du démon ; quatre jours encore, et on le crucifiera. Le sanhédrin s'est plaint que « tout le monde s'est mis à sa suite » (143) ; il sent que l'influence lui échappe ; il va mettre à mort celui qui porte ombrage à son ambition et il s'imagine qu'ensuite il sera le maître de l'héritage, sans que personne puisse se soustraire à sa domination.
Que fera-t-il à ces vignerons ? Jésus pose la question et on lui fait une réponse qu'il approuve : le maître de la vigne punira de mort ces méchants, et il louera sa vigne à d'autres plus fidèles, qui lui en remettront les fruits. Les Juifs déicides subiront en effet le grand châtiment : en 70, leur ville sera ruinée et leur nation dispersée. A la place du sanhédrin, les apôtres et l'Eglise seront chargés de la culture de la vigne, devenue toute l'humanité, et ils lui feront produire des fruits.
A ces paroles, quelques-uns dirent : « A Dieu ne plaise ! » Mais Jésus les regardant ajouta : « N'avez-vous donc pas lu ceci dans les Ecritures : La pierre que les constructeurs ont rejetée est devenue la pierre angulaire ; c'est là l'œuvre du Seigneur, c'est une merveille à nos yeux ? C'est pourquoi je vous le dis : le royaume de Dieu vous sera enlevé, et sera donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. Et quiconque tombera sur cette pierre se brisera, et si elle tombe sur quelqu'un, elle l'écrasera. »
En entendant cette parabole, les princes des prêtres, les pharisiens et les scribes reconnurent qu'il y parlait d'eux. Aussi cherchaient-ils en ce moment à mettre la main sur lui ; mais ils craignaient la foule, parce qu'on le regardait comme un prophète. Ils le laissèrent alors et s'en allèrent.
Le royaume de Dieu vous sera enlevé. Les auditeurs comprirent qu'il s'agissait là du sort réservé à Israël et à ses chefs. Plusieurs protestèrent en disant :
« A Dieu ne plaise ! » Alors le Sauveur leur cita une parole du psaume 117, 22, 23. Les constructeurs de l'édifice rejettent une pierre, le Sauveur Fils de Dieu, et cette pierre devient le fondement de tout l'édifice, non par le hasard des événements, mais par la volonté formelle de Dieu. Comme le royaume de Dieu est fondé sur cette pierre angulaire, qui est le Christ, les Juifs qui ne veulent pas du Christ n'auront pas non plus le royaume ; il leur sera enlevé pour passer aux gentils, qui en tireront profit.
Bien plus, les Juifs rebelles n'échapperont pas à la vengeance. Ils se heurteront à cette pierre, ils tomberont sur elle en voulant l'écarter et la détruire, et ils s'y briseront. A son tour, la pierre tombera sur eux, et elle les écrasera, quand Dieu exercera son jugement contre eux.
L'allusion était claire et menaçante. Les membres du sanhédrin la comprirent ; dans leur colère, ils voulaient mettre la main sur Jésus. La crainte de la foule les en empêcha encore une fois.
149. les invités aux noces. — Jésus reprit la parole, et, se servant encore de paraboles, s'exprima ainsi : « Le royaume des cieux est semblable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler les invités aux noces, mais ils ne voulaient pas venir. Il envoya de nouveau d'autres serviteurs, avec cet ordre : Dites aux invités : Voici que j'ai préparé mon festin ; mes taureaux et mes animaux gras sont tués ; tout est prêt ; venez aux noces. Mais ils n'en tinrent aucun compte, et s'en allèrent l'un à sa ferme, l'autre à son commerce. D'autres se saisirent de ses serviteurs, les accablèrent d'où-
trages et les mirent à mort. A cette nouvelle, le roi entra en colère ; il envoya ses armées, fit périr ces homicides et brûla leur ville. Puis il dit à ses serviteurs : Les noces sont prêtes, mais ceux qui étaient invités n'en ont pas été dignes. Allez donc aux carrefours des chemins, et invitez aux noces tous ceux que vous trouverez. Ses serviteurs sortirent sur les routes, et rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, bons et mauvais ; et aux noces il y eut alïluence de convives. Or le roi entra pour voir les convives, et il aperçut un homme qui n'était pas revêtu de la robe nuptiale. Il lui dit : Ami, comment es-tu entré ici sans la robe nuptiale? Celui-ci resta muet. Le roi dit alors à ses exécuteurs : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures, là où seront les pleurs et les grincements de dents. Car beaucoup sont appelés, peu sont des âmes d'élite. )>
Les noces sont prêtes, mais ceux qui étaient invités nen ont pas été dignes. Dans le même ordre d'idées le Sauveur raconta une autre parabole, analogue à celle du festin (113), mais avec des traits particuliers.
Le roi qui célèbre les noces de son fils, c'est le Père, qui va unir sur la terre le Christ avec l'Eglise, son épouse. Les premiers invités sont les Juifs, qui refusent de venir. Des instances leur sont adressées par les serviteurs, qui sont les apôtres et les prédicateurs de l'évangile : tout est prêt dans la maison de l'époux et de l'épouse ; les grâces de lumière et de vie, les dons de l'Esprit divin, les sacrements,
tous les biens de la loi nouvelle sont à la disposition des convives. Les Juifs persistent dans leur entêtement et déclinent à nouveau l'invitation pour se consacrer aux soins de leurs intérêts matériels ; l'exploitation de leurs terres et la prospérité de leur commerce sont pour eux la grande et l'unique affaire. Jls vont même jusqu'à se saisir des envoyés du Seigneur, à les outrager et à les mettre à mort. Le châtiment va suivre de près : les armées du Seigneur, les soldats romains de Titus, feront périr les homicides et détruiront leur ville par le feu. La prophétie contenue dans la parabole est devenue de l'histoire.
Aux Juifs sont substitués les gentils. Sur l'ordre du Seigneur, on va les chercher sur tous les chemins du monde, et, pour remplacer les invités indignes, on les fait entrer aux noces, bons et mauvais, de sorte qu'il y a affluence de convives.
Il va de soi que pour prendre part à un tel festin, il fallait avoir un costume de fête. C'était à chacun de se le procurer. Il ne suffit pas en effet d'entrer dans le royaume de Dieu, de se faire admettre dans l'Eglise, pour être un digne serviteur. Il faut^encore y mener une vie de foi, d'obéissance et d'amour et assurer à son âme la parure de la grâce qui sanctifie. Quand le roi entre dans la salle des noces et y fait son inspection, il trouve, parmi tant de convives, un homme qui n'a pas le vêtement désirable. Il l'interpelle, et comme le malheureux n'a aucune excuse à faire valoir, il le fait jeter dans les ténèbres extérieures. Ainsi, même dans son Eglise, le Sauveur trouvera des âmes qui vivront en dehors de sa grâce ; quand il fera son inspection, au jugement particulier de chacune d'elles, il sera obligé de les condamner.
La parabole se termine par la même sentence que
celle des ouvriers envoyés à la vigne (132) : « beaucoup d'appelés, peu d'âmes d'élite ». Ici, les appelés pourraient être tous les invités, aussi bien les Juifs qui refusent que les gentils qui acceptent. Cependant, par analogie avec la parabole des ouvriers, ce sont plutôt ceux qui sont invités et qui répondent à l'invitation. Mais parmi eux, il y a peu d'âmes d'élite, peu d'âmes vraiment généreuses. Il en est qui, comme le convive indigne, se font jeter dehors et se perdent. Parmi ceux qu'on a recueillis sur les chemins, il y a aussi des bons et des mauvais ; dans l'Eglise, il y a le mélange des uns et des autres. Chez les bons, qui entrent dans le royaume et y font leur salut, il y a peu d'âmes d'élite et généreuses ; beaucoup ont plus de souci de leur intérêt personnel que de la gloire de Dieu ; chez beaucoup l'amour est loin de commander toute la vie, et la tiédeur, les défaillances, les vues humaines enlèvent à Dieu la plus grande partie d'une existence qui devrait être toute à lui. En un mot, beaucoup de chrétiens qui arrivent au salut, peu qui soient des saints.
150. le tribut a césar. — Les pharisiens s'en allèrent tenir conseil sur les moyens de le prendre en défaut dans ses paroles, afin de le livrer ensuite aux princes des prêtres et au tribunal du procurateur. Après y avoir réfléchi, ils lui envoyèrent des espions, qui devaient se donner les apparences d'hommes justes. C'étaient quelques-uns des pharisiens et des hérodiens. Ceux-ci vinrent à lui et lui posèrent cette question : « Maître, nous savons que vous dites la vérité, sans souci de personne ; car vous n'avez de partialité pour aucun homme, et vous enseignez en