LE TRIBUT A CÉSAR
toute vérité la voie de Dieu. Dites-nous clone ce que vous en pensez : est-il permis de payer le tribut à César, ou faut-il le refuser ? »
Jésus connaissait bien leur malice. « Pourquoi me tentez-vous, hypocrites ? » leur dit-il. « Faitesmoi voir la monnaie du tribut? » Ils lui présentèrent un denier. Jésus leur dit : « De qui est cette image et cette inscription ?» — « De César », lui dirent-ils. Jésus reprit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
En entendant cette réponse, ils furent dans Pétonnement et ne purent lui adresser aucun reproche devant le peuple. Ils se turent, le laissèrent et s'en allèrent.
S. MATTHIEU, 22, 15-22 ; s. marc, 12, 13-17 ; s. luc, 20, 20-27.
Rendez à César ce qui est, à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Le Sauveur avait mis les docteurs en mauvaise posture par sa question sur le baptême de Jean, lis voulurent lui rendre la pareille en lui posant un cas délicat dont la solution devait le compromettre, pensaient-ils, soit devant le peuple, soit devant l'autorité romaine.
Des pharisiens et des hérodiens furent chargés de demander publiquement à Jésus s'il fallait payer le tribut à César. Prenant l'air de gens recommandâmes qu'embarrasse une grave difficulté de conscience, ils commencèrent par faire des compliments au Sauveur et ensuite posèrent leur question. Répondre oui, c'était reconnaître le droit d'une autorité étrangère et odieuse aux Juifs, et ainsi se rendre impopulaire. Répondre non, c'était faire acte de révolte contre l'autorité de Rome.
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Jésus, qui connaissait les pensées de ces hypocrites interrogateurs, les obligea à donner eux-mêmes la réponse. Il leur demanda de lui montrer la pièce de monnaie qui servait à payer le tribut à l'administration romaine. On lui présenta une pièce qui portait l'effigie de Tibère avec ses noms en exergue. La monnaie de l'empereur avait donc cours chez eux ; c'est avec elle qu'ils payaient le tribut auquel ils étaient astreints depuis la réduction de la Palestine en province romaine par Pompée, c'est-à-dire depuis près d'un siècle. Bon gré, mal gré, ils se reconnaissaient donc sujets de l'empereur de Rome. Le Sauveur n'avait pas à traiter la question politique dans laquelle on tentait de l'engager. Sa réponse fut à la fois péremptoire et déconcertante pour ceux qui l'interrogeaient. S'a vouant eux-mêmes sujets de César, ils avaient à rendre à César ce qui était à lui, par conséquent le tribut et l'obéissance. Mais il ajouta : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». Il y a là un principe qui, tout en respectant les droits légitimes des pouvoirs humains, met au-dessus les droits de Dieu, le Maître souverain des rois et des sujets. Or Dieu veut, sans nul doute, qu'on obéisse aux princes temporels, mais il veut qu'on lui obéisse à lui-même avant tout, même dans les cas où la volonté du prince se mettrait en contradiction avec la sienne. A Rome et dans tous les autres pays, le souverain commandait tout, dans l'ordre religieux et dans l'ordre civil. Notre-Seigneur lui enlève l'autorité dans les choses qui intéressent la religion et la conscience. Il libère ainsi l'âme humaine d'un joug que faisait peser sur elle le paganisme, et établit sur un principe indiscutable les droits de l'autorité spirituelle, en séparant radicalement les deux pouvoirs
151. la résurrection. — Ce même jour, se présentèrent aussi à lui des saddueéens, qui prétendaient qu'il n'y aura pas de résurrection, et ils l'interrogèrent en ces terines : « Maître, voici ce que Moïse nous a écrit : Si quelqu'un vient à mourir, en laissant sa femme, mais point d'enfants, son frère doit s'unir à cette femme, afin de procurer une descendance à son frère. Or il y avait parmi nous sept frères. Le premier se maria, puis mourut sans enfants. Le second prit la femme, et mourut à son tour, sans laisser de postérité. Le troisième fît de même, ainsi que les autres jusqu'au septième, mais sans laisser d'enfants. La femme mourut enfin après tous les autres. A la résurrection, duquel sera-t-elle la femme, puisqu'il y en a sept qui ont été mariés avec elle? »
Jésus leur répondit : « Vous êtes dans l'erreur, et vous ne comprenez ni les Ecritures, ni la puissance de Dieu. Les enfants de ce monde prennent femme et se donnent en mariage ; maix ceux qui seront jugés dignes de l'autre vie et de la résurrection d'entre les morts, ne se donneront plus en mariage et ne prendront plus femme, puisqu'ils ne pourront plus mourir. Ils sont alors pareils aux anges et les fils de Dieu, parce qu'ils sont les fils de la résurrection.
« Quant à la résurrection des morts, n'avezvous pas lu dans les livres de Moïse ce que Dieu lui dit auprès du buisson : Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob ? Or Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu
des vivants ; car pour lui tous sont vivants. Vous êtes donc gravement dans l'erreur. »
Quelques-uns des scribes prirent la parole et dirent : « Maître, vous avez bien dit. » Les foules qui l'entendaient étaient dans l'admiration de sa science.
s. Matthieu, 22, 23-33 ; s. marc, 12, 18-27 ; s. luc, 20, 27-39.
]ls sont alors pareils aux anges. Les pharisiens et les hérodiens n'ayant rien pu objecter à la décision relative au tribut, des sadducéens se présentèrent à leur tour, avec l'espérance de mieux réussir à embarrasser Jésus. Les sadducéens n'admettaient ni l'existence des anges, ni la survivance de l'âme, ni la résurrection. Ils ne croyaient qu'à un seul esprit, Dieu, et encore lui déniaient-ils toute influence sur la conduite des hommes. Ils occupaient toutes les situations les plus importantes du sacerdoce, si bien qu'à l'époque de Notre-Seigneur les principales fonctions du temple étaient exercées par des hommes qui ne croyaient à peu près à rien.
Des sadducéens posèrent au Sauveur un cas imaginaire par lequel ils croyaient démontrer l'impossibilité de la résurrection. D'après une loi de Moïse, appelée loi du lévirat, Deut., 25, 5, 6, quand un homme marié mourait sans enfants, le frère de cet homme, s'il n'était pas marié lui-même, devait épouser la veuve, et le premier enfant issu de ce second mariage appartenait légalement au mari défunt, afin qu'aucun homme ne disparût sans postérité.
Dans le cas imaginé par les sadducéens, il y a sept frères dans une famille. Le premier se marie et meurt sans enfants. La veuve passe alors succès-
sivement aux six autres frères, qui meurent aussi sans postérité. De là, une difficulté pour le jour de la résurrection, s'il y en a une : duquel des sept frères la veuve sera-t-elle la femme ?
Le Sauveur répondit en montrant que l'objection des sectaires portait à faux. Elle supposait, en effet, que dans l'autre vie les relations entre mari et femme sont de même nature que sur la terre. Jésus en appela, pour les réfuter, aux Ecritures, dont les sadducéens ne contestaient pas l'autorité, et à la puissance de Dieu qu'ils ne pouvaient pas nier.
On se marie ici-bas pour perpétuer la race humaine. Les hommes meurent, il faut qu'ils en laissent d'autres après eux. Dans l'autre vie, on ne meurt plus ; les relations terrestres n'ont donc plus de raison d'être. Il y a dans le ciel des anges, purs esprits qui n'ont pas de corps. Après la résurrection, les hommes admis dans le ciel retrouveront leurs corps ; mais, par la puissance de Dieu, ces corps deviendront comme spirituels ; ils se dépouilleront de ce qu'ils avaient ici-bas de matériel et de périssable. En vertu de la résurrection, les bienheureux ne seront donc plus que des fils de Dieu, semblables aux anges et délivrés de tous les assujettissements de la nature corporelle.
La résurrection elle-même est attestée par les Ecritures. Le Sauveur en emprunte un témoignage aux livres de Moïse, les plus anciens et les plus révérés de tous, auxquels d'ailleurs les sectaires avaient emprunté la loi qui servait de prétexte à leur objection. Dieu s'y présente à son serviteur comme le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Exod., 3, 6. Il n'est pas seulement leur Dieu dans le passé, mais encore dans le moment où il parle à Moïse, car « il n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants », et pour lui, « tous sont vivants »,