‹ L'EvangileChapitre 71 sur 108 · S. JEAN, 13, 31-32 ; S. MATTHIEU · texte numérisé non relu

S. JEAN, 13, 31-32 ; S. MATTHIEU

s. marc, 14, 22-25 ; s. luc, 22, 15-20.

J'ai eu le plus ardent désir de manger cette Pâque avec vous. Judas parti, Jésus se rasséréna et s'épancha plus librement avec ses apôtres. Il leur annonça que le moment de sa glorification était arrivé, et que son Père allait lui rendre gloire comme il avait rendu gloire à son Père. Cette glorification, c'était tout d'abord sa passion et sa mort, par lesquelles il allait assurer plus d'honneur à son Père, en lui obéissant affectueusement, que tous les hommes ne lui causaient de deshonneur par leurs révoltes et leurs crimes. C'étaient ensuite sa résurrection, son ascension et le triomphe de son évangile, par lesquels le Père attesterait la divinité de son Fils.

Il manifesta ensuite sa joie de manger cette Pâque avec ses apôtres avant de souffrir. Il avait ardemment désiré cette heure, parce qu'il se proposait d'y donner aux hommes la plus grande marque de son amour, alors qu'ils s'apprêtaient à exercer contre lui la haine la plus odieuse.

Il mangeait cette Pâque avec eux pour la dernière fois avant la Pâque du ciel à laquelle il venait de convier ses apôtres (168). Prenant alors la seconde coupe, il leur répéta le même avertissement ; il ne boirait plus de ce vin jusqu'au jour où il serait dans le royaume de son Fère et où il boirait un vin nouveau, celui de la gloire et de la "félicité éternelles.

Le festin pascal touchait à sa fin. Jésus prend alors du pain, le bénit, le rompt et le donne à ses apôtres en leur ordonnant de le manger et en disant : « Ceci est mon corps ». Il prend ensuite la coupe, probablement celle qu'on appelait la « coupe de bénédiction », il rend grâces et leur ordonne d'en boire tous en disant : « Ceci est mon sang », ou : « Ceci est le calice de mon sang ». \

Ces paroles sont proférées avec une clarté et une simplicité admirables. Ce sont « les paroles de la

vie éternelle » auxquelles Pierre a jadis rendu hommage (73). Elles établissent l'identité absolue de ce que Notre-Seigneur présente à manger et à boire et de la réalité qu'il révèle. Ce qui paraît être encore du pain et du vin, c'est vraiment, par l'effet de la parole toute-puissante du Fils de Dieu, son corps et son sang.

Pour mieux marquer l'identité, Jésus. ajoute que ce corps, tel qu'il le donne, c'est celui qui est livré pour les hommes, celui qui va être attaché à la croix el mourir ; ce sang, tel qu'il le présente, c'est celui qui va être versé pendant la passion, pour les apôtres et pour beaucoup d'autres, c'est-à-dire pour tous les hommes. Le Sauveur a promis de se donner comme un « pain vivant » ; il donne donc son corps et son sang tels qu'ils sont réellement, c'est-à-dire animés par sa sainte âme et unis à sa divinité.

Les apôtres comprennent alors le vrai sens des paroles de la promesse. Les Juifs s'imaginaient que Jésus voulait donner son corps à manger et son sang à boire sous leur forme naturelle, et ils avaient refusé de croire. Les apôtres, au contraire, avaient cru, mais en attendant que le Sauveur exécutât luimême son dessein de la manière qu'il jugerait convenable. Leur foi et leur confiance trouvaient en ce jour leur justification.

Ce que le Sauveur leur présentait, ce n'était pas une figure ou une image, car un morceau de pain ne peut pas représenter un homme, surtout un homme qui est le Fils de Dieu ; il n'y aurait aucun rapport entre la représentation et le personnage représenté. Ce n'est pas non plus un simple souvenir, que ferait revivre un repas commémorât if ; car alors le Fils de Dieu, qui avait opéré tant de merveilles, se fût montré bien à court de puissance et de générosité, en ne laissant à ses disciples qu'un

simple morceau de pain, et pas même celui qu'il tenait alors entre ses mains et qu'il commanda à ses apôtres de manger.

D'ailleurs il a dit simplement et clairement, en ce moment solennel : « Ceci est mon corps » ; il n'a pas dit : « Ceci représente mon corps », ni : « Ceci rappelle mon corps ». Quand il avait promis de donner son corps en nourriture, il avait mis cette merveille en parallèle avec celle de son ascension (73). Le parallèle ne se justifie que si Jésus se donne vraiment lui-même dans l' Eucharistie ; il n'a pas de sens, s'il ne laisse qu'un simple souvenir matériel.

Le Sauveur appelle son sang « celui de la nouvelle alliance ». Il scelle en effet la réconciliation des hommes avec Dieu, comme autrefois le sang des victimes immolées avait scellé l'ancienne alliance de Dieu avec les Hébreux. Exod., 24, 8.

Les paroles : « Faites ceci en mémoire de moi » confèrent aux apôtres le pouvoir et le devoir de renouveler ce que le Seigneur vient d'accomplir sous leurs yeux. Prenant à leur tour le pain et le vin, ils prononceront sur ces éléments naturels les paroles mêmes du Christ, qui, en passant par leurs lèvres, garderont toute leur efficacité divine, et le pain et le vin deviendront comme au premier jour et dans les mêmes conditions le corps et le sang du Christ.

Ainsi est institué le sacrifice eucharistique, en relation étroite avec le sacrifice de la croix. Car, dans ce sacrifice, Jésus-Christ renouvelle et continue le don qu'il a fait au cénacle et l'offrande qu'il a faite sur la croix. Il n'a souffert qu'une fois, mais il ne cesse pas d'offrir ses souffrances en hommage d'amour à son Père et en témoignage d'amour pour les hommes, auxquels il se livre tout entier dans son Eucharistie,

avoir récité l'hymne d'actions de grâces, Jésus dit : « Mes petits enfants, je ne suis plus avec vous que pour un peutle temps. Vous me chercherez ; mais de même que j'ai dit aux Juifs : Là où je vais, vous ne pouvez venir, je vous le dis à vous à présent.

« Je vous donne un commandement nouveau, c'est de vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés ; c'est ainsi que vous vous aimerez mutuellement. Tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples à l'affection que vous aurez les uns pour les autres. »

Je vous donne un commandement nouveau. Quand les dernières hymnes d'actions de grâces eurent été récitées, Jésus s'entretint affectueusement avec ses apôtres. 11 annonça son départ imminent ; il s'en allait là où personne, pas même ses apôtres, ne pouvait le suivre. Il retournait à son Père.

En partant, il leur laissait un commandement nouveau, celui de s'aimer les uns les autres comme lui-même les avait aimés. L'amour du prochain était commandé par l'ancienne loi (152), mais il n'était que fort imparfaitement pratiqué, même parmi les Juifs. Jésus en faisait un précepte nouveau, essentiel à la loi nouvelle, et il voulait que cet amour fût porté aux dernières limites, à l'exemple de l'amour qu'il avait lui-même pour les hommes. L'amour que les disciples auront les uns pour les autres sera même la marque à laquelle on reconnaîtra quel est leur maître. Ne pas pratiquer cet amour, c'est donc s'exclure du nombre des disciples de Jésus-Christ.

Simon Pierre lui dit : « Seigneur, où allezvous ? )) Jésus répondit : « Là où je vais, tu ne peux me suivre à présent, mais tu me suivras plus tard. Simon, Simon, ajouta le Seigneur, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment. Mais moi, j'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille point. Et toi, une fois converti, affermis tes frères. Quant à vous tous, cette nuit même vous serez en butte au scandale à mon sujet ; car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais, quand je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée ». Pierre reprit : « Pourquoi ne puis- je pas vous suivre à présent ? Alors même que tous seraient scandalisés à votre sujet, je ne le serai pas. Je suis prêt à aller avec vous en prison et à la mort ; je donnerai ma vie pour vous ». — « Tu donneras ta vie pour moi ? » répondit Jésus. « En vérité, en vérité, je te le dis, cette nuit même, le coq n'aura pas chanté deux fois que tu m'auras renié trois fois ». Mais Pierre n'en répétait que davantage : « Je ne vous renierai pas ». Tous les autres disciples parlaient de même.

Il leur dit encore : « Quand je vous ai envoyés sans bourse, ni besace, ni chaussures, avez-vous manqué de quelque chose ?» — « De rien », lui dirent-ils. Il ajouta alors : « Maintenant que celui qui a une bourse la prenne, ainsi que sa besace, et que celui qui n'en a point vende sa tunique et achète une épée. Car, je vous le dis, il faut que s'accomplisse à mon sujet ce qui a encore été écrit : Il a été mis au rang des scélérats.

En effet, tout ce qui me concerne, touche à sa fin. )) Ils lui dirent : « Seigneur, voilà ici deux épées. » — « Assez ! » leur répondit-il.

S. MATTHIEU, 26, 30-35 ; s. marc, 14, 26-31 ; s. luc, 22, 31-38 ; s. jean, 13, 33-38.

Le coq ri aura pas chanté deux fois que tu tri auras renié trois fois. Pierre, pas plus que les autres apôtres, ue comprenait ce que pouvait être le départ dont Jésus parlait. Le Sauveur lui dit qu'en effet il ne pouvait le suivre maintenant là où il allait, mais qu'il le suivrait plus tard.

Il lui révéla alors ce qui le concernait. Satan a voulu s'en prendre aux onze apôtres, comme il l'a fait pour Judas, en leur ôtant la foi à force d'inquiétudes et de persécutions. Il voudrait les agiter comme on agite au crible le froment. Mais Jésus a prié, spécialement pour Pierre, le chef de son Eglise, afin que sa foi ne défaille point ; et du moment que le Christ a prié pour obtenir une chose aussi nécessaire, il l'a obtenue. Pierre, sans doute, va faiblir lamentablement ; mais, en vertu de la prière du Christ, sa défaillance ne sera que passagère. Une fois revenu à lui et à son Maître, il sera chargé d'affermir ses frères dans la foi. La triste expérience qu'il aura faite ne servira ainsi qu'à le rendre plus apte à défendre les autres.

Ses frères, en effet, en auront besoin, et Dieu se servira de Pierre pour les établir inébranlablement dans la fidélité à leur mission. Tous, cette nuit même, vont être en butte à une terrible tentation au sujet de leur Maître. Une parole du prophète va s'accomplir : « Frappe le berger et que les brebis soient dispersées. » Zach., 13, 7. Mais le Christ ressuscitera, et ses disciples le retrouveront un jour en Galilée, dans ce pays où, à l'abri des menaces

des Juifs, ils vivaient avec lui dans une si intime familiarité.

Pierre, auquel le Sauveur accordait de si éminents privilèges, eut à honneur de mettre tout son zèle au service de Jésus. Pourquoi ne le suivrait-il pas, non plus tard, mais tout de suite ? Les autres agiront comme ils l'entendront. Pour lui, rien ne pourra le détacher de son Maître ; décidé à le suivre, il ira en prison et à la mort, s'il le faut. C'était grande présomption. Le Sauveur le lui fait comprendre, en lui annonçant que, loin d'affronter la prison et la mort, il le reniera, et jusqu'à trois fois, et cette nuit même, avant que le coq ait chanté deux fois.

Pierre s'entêta à n'en vouloir rien croire. Sans tenir compte des assurances du Sauveur, il continua ses protestations de fidélité. Les autres apôtres eurent à cœur d'en faire autant, pauvres âmes dévouées, mais téméraires, qui tenaient tête au danger de loin et croyaient qu'il leur serait aisé d'être aussi fermes quand le danger serait présent.

Sans s'arrêter à ces assurances, le Sauveur leur demanda si rien ne leur avait manqué, quand jadis il les envoya en mission, dépourvus de toute ressource humaine (67). « Rien », répondirent-ils. Les temps vont maintenant changer. Personne ne viendra plus à leur secours et ils se heurteront à l'antipathie générale. Qu'ils se pourvoient donc eux-mêmes d'une bourse pour acheter des provisions, d'une besace pour les conserver, et, même au prix d'un vêtement nécessaire comme la tunique, d'une épée pour se défendre. Car va s'accomplir pour leur Maître la prophétie d'Isaïe, 53, 12 : « Il a été mis au rang des malfaiteurs », et ses disciples ne seront pas mieux traités que lui (159).

Les apôtres prirent au sens strict ce que Jésus -avait dit du glaive. Ils songèrent à se défendre les

armes à la main. « Voilà ici deux épées », dirent-ils en montrant deux glaives ou deux instruments pouvant en tenir lieu. Il est possible que les apôtres les aient apportés avec eux, selon la coutume des Galiléens toujours batailleurs. « Assez ! » répondit Jésus, pour couper court à une interprétation inintelligente de ses paroles.

173. discours après la cène. — « Que votre cœur ne se trouble pas. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures. S'il en était autrement, je vous l'aurais dit. Je vais donc vous préparer une place, et lorsque je m'en serai allé et que je vous aurai préparé une place, je viendrai de nouveau et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi. »

Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. L'entretien du Sauveur après la Cène est rapporté par saint Jean. Notre-Seigneur y exprime, avec l'abandon et la gravité de celui qui va quitter des amis très chers, différentes idées destinées à consoler et à instruire ses apôtres. C'est- comme son testament.

1° Les espérances éternelles. Les apôtres ne

doivent se troubler de rien, mais avoir foi en Dieu et en leur Maître. Les demeures ne manquent pas dans le royaume de son Père. 11 y en a pour eux, comme pour une multitude d'autres, en proportion des mérites de chacun. Le Sauveur s'en va dans ce royaume et là il leur préparera une place. Puis, à l'heure de la mort, il reviendra les prendre, afin qu'ils soient éternellement avec lui.

« Vous savez où je vais, et vous en connaissez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne

savons pas où vous allez ; comment pouvonsnous en connaître le chemin ? » Jésus lui dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie. Personne ne vient à mon Père que par moi. Si vous m'aviez connu, vous auriez aussi connu mon Père ; mais dès ce moment même, vous le connaissez et vous l'avez vu. » Philippe lui dit : « Seigneur, montreznous le Père, et cela nous suffit. » Jésus lui dit : « Je suis avec vous depuis si longtemps, et vous ne m'avez pas connu ! Philippe, celui qui me voit, voit aussi mon Père. Comment donc dis-tu : Montrez-nous le Père ? Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moimême. Le Père, qui demeure en moi, fait luimême les œuvres. Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? Croyez-le du moins à cause des œuvres ellesmêmes. )>

2° Le chemin de l'éternité. — Thomas observa que ni lui ni ses compagnons ne savaient où allait Jésus, et que par conséquent le chemin leur était inconnu. Le Sauveur répondit qu'il était lui-même la voie, la vérité et la vie. Il en avait donné la démonstration aux Juifs par les trois grands miracles opérés sous leurs yeux à Jérusalem. Voie, il avait fait marcher le paralytique (39), et faisait marcher dans le chemin du ciel les âmes qui consentaient à le suivre. Vérité, il avait fait voir l'aveugle-né (87) et illuminait les âmes dociles à son enseignement. Vie, il avait tiré Lazare du tombeau (133) et rendait la vie pour l'éternité aux âmes qui s'attachaient à lui, et se nourrissaient de lui. Par cette triple

DISCOURS APRÈS LA CÈxNE 221

forme de son action surnaturelle, il conduit les âmes à son Père ; il est le guide indispensable sans lequel personne n'arrive au Père.

3° L'union du Père et du Fils. — Connaître le Fils, c'est connaître le Père. Les apôtres ont, bien qu'imparfaitement encore, cette double connaissance. Le Sauveur affirme à Philippe que le voir lui-même, c'est voir son Père ; car le Père est dans le Fils et le Fils est dans le Père ; les personnes sont distinctes, mais elles ne font qu'un. C'est pourquoi le Père parle par le Fils et agit par le Fils. Cette action, que le Sauveur ne revendique pas pour lui même, mais pour le Père, est une action miraculeuse qui doit convaincre ceux qui en sont les témoins.

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais, et même en fera de plus grandes, parce que je m'en vais vers le Père. Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils : je ferai aussi ce que vous me demanderez à moi-même en mon nom.

« Si vous m'aimez, gardez mes commandements. Alors je prierai le Père, et il vous donnera un autre Inspirateur, pour qu'il soit toujours avec vous, l'Esprit de vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas. Mais vous, vous le connaîtrez, parce qu'il demeurera avec vous et sera en vous.

« Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous. Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me verrez, parce que je vis et que vous vivrez. Ce jour-là, vous

connaîtrez que je suis dans mon Père, et vous en moi, et moi en vous. Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui-là qui m'aime. Celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; moimême je l'aimerai et je me manifesterai à lui. »

Jude, différent de l'Iscariote, lui dit : « Seigneur, comment se fait-il que vous vous manifesterez à nous et non au monde ? » Jésus lui répondit : (( Celui qui m'aime gardera ma parole ; alors mon Père l'aimera, nous viendrons à lui et nous établirons notre demeure en lui.

« Celui qui ne m'aime pas ne garde pas mes paroles. Quant à la parole que vous avez entendue, elle n'est pas de moi, mais de Celui qui m'a envoyé, du Père. Je vous ai dit ces choses pendant mon séjour parmi vous. Mais l'Inspirateur, l'Esprit- Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous aurai dit. »

4° L'action des croyants. — L'action du Père par le Fils va se continuer. Ceux qui croient au Fils en seront les instruments, et ils feront même de plus grandes choses que le Sauveur. La prédication du Christ ne semble avoir eu qu'un succès médiocre et restreint ; celle des apôtres convertira le monde. Ils n'auront qu'à demander au Père, au nom du Sauveur, tout ce qui sera nécessaire au succès de leur apostolat ; ils pourront directement le demander au Fils, et tout leur sera accordé pour la gloire du Père et celle du Fils.

5° L'amour des disciples pour le Sauveur et du Sauveur pour les disciples. — Le disciple qui aime le Sauveur sarde ses commandements. Le Sauveur

qui aime ses disciples ne veut pas les laisser orphelins ; il priera son Père de leur envoyer son Esprit- Saint, qui sera avec eux et en eux. Bien plus, le Père les aimera et, avec le Fils, viendra établir en eux sa demeure. Le Sauveur énonce ici ce que sera la vraie vie nouvelle, la vie surnaturelle pour le chrétien. Dieu sera uni à son âme par une grâce telle, qu'elle sera comme une habitation de Dieu en lui.

Pour ne pas laisser ses disciples orphelins, Jésus promet de venir à eux. Il le fera par ses apparitions, à la suite de sa résurrection, et par l'union intime avec lui qui résultera de la vie de la grâce. Encore quelques heures et le monde ne le verra plus, parce qu'après sa résurrection, il ne se montrera qu'à ses amis ; mais eux, ils le verront vivant, parce qu'ils vivront d'une vie qu'ignore le monde, la vie de la foi. Ce sera la raison pour laquelle il ne se manifestera pas au monde, mais à ses seuls disciples. Ceux-ci alors reconnaîtront les rapports intimes qui unissent le Fils au Père et à ses amis fidèles.

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix : je vous la donne, niais non comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble pas, qu'il ne craigne point. Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m'en vais et je viens à vous. Si vous m'aimiez, vous ne manqueriez pas de vous réjouir de ce que je vais au Père, parce que le Père est plus grand que moi. Je vous en ai parlé à présent avant que la chose n'arrive, afin que, quand elle sera arrivée, vous croyiez. Je ne m'entretiendrai plus longuement avec vous désormais, car voici qu'arrive le prince de ce monde, bien qu'en moi rien ne soit à lui. Mais afin que le monde sache

que j'aime le Père, j'agis selon l'ordre que le Père

m'a donné.

« Levez-vous, allons-nous en d'ici. »

Il sortit, pour aller suivant sa coutume à la

montagne des Oliviers, et ses disciples le suivirent.

14, 26 ; s. luc, 22, 39.

6° Le don de la paix. - - Jésus laisse sa paix à ses disciples, non comme la paix du monde qui est superficielle et éphémère, mais la paix profonde de l'âme, la paix avec Dieu et avec soi-même. Le départ du Maître ne doit pas troubler cette paix. Les apôtres ont plutôt à se réjouir de ce qu'il retourne à sou Père. Jésus dit que son Père est plus grand que lui, parce que, s'il lui est égal par sa divinité qui n'a pas quitté le ciel, il lui est inférieur par son humanité qu'il va bientôt amener auprès du Père. La paix ne doit pas non plus être troublée par les tragiques événements qui vont suivre. Les apôtres en sont avertis à l'avance ; ils doivent donc garder leur foi en celui qui les a prévus et voulus.

Le prince de ce monde, Satan, arrivait en ce moment contre lui, bien qu'il n'eût aucun droit sur le Fils de Dieu. Si le Sauveur paraît succomber sous ses coups, ce n'est pas impuissance de sa part, mais pure obéissance à la volonté d'un Père qu'il aime. La seule conclusion que le monde devra tirer de son supplice et de sa mort sera que le Christ aime son Père.

Le Sauveur se leva alors avec ses apôtres et prit lentement le chemin de la montagne des Oliviers, où il avait coutume de se retirer chaque soir.

« Je suis la vraie vigne, et mon Père est le

vigneron. Toute branche qui ne porte pas du fruit en moi, il la retranchera, et toute branche qui porte du fruit, il l'émondera, afin qu'elle porte davantage de fruit. Déjà vous êtes purs, à cause des paroles que je vous ai dites : demeurez donc en moi, et moi en vous. De même que la branche ne peut porter du fruit par elle-même, si elle ne demeure sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez en moi. Je suis la vigne, vous êtes les branches. Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire. Celui qui ne demeure pas en moi sera jeté dehors, comme le sarment ; il se desséchera, on le ramassera, on le mettra au feu et il brûlera. Si vous demeurez en moi et si mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et cela vous arrivera. Mon Père trouve sa gloire à ce que vous portiez beaucoup de fruit, et que vous vous fassiez mes disciples. »

Demeurez dans mon amour. En quittant le cénacle et la ville, le Sauveur continua son entretien.

7° Nécessité de la grâce. - - Pour porter des fruits de salut, il faut être uni au divin Maître comme la branche de vigne l'est au cep. Par cette union, il communique à l'âme la vie surnaturelle, qui est une participation à sa vie divine. Sans lui, on ne peut rien faire dans cet ordre ; si capable que l'on soit d'accomplir de grandes choses de l'ordre naturel, on est radicalement impuissant à accomplir le moindre acte surnaturel. En union avec lui, au contraire, on n'a qu'à demander la grâce, et, avec ce secours, on devient capable de suivre Jésus,

d'écouter sa parole et de faire des actes qui glorifient le Père et conduisent au ciel.

« De même que mon Père vous a aimés, je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. C'est en gardant mes commandements que vous demeurerez dans mon amour, de même qu'en gardant les commandements de mon Père, je demeure dans son amour. Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous, et que votre joie s-oit complète.

« Voici mon commandement : c'est que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. On ne peut avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. Vous, vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous ai commandé. Désormais je ne vous appellerai plus serviteurs, parce que le serviteur ignore ce que fait son maître. Je vous ai donné le nom d'amis, parce que tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître. Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis, et qui vous ai établis pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. Je vous prescris ces choses, afin que vous vous aimiez les uns les autres. »

8° La vie d'amour. — Il faut aimer Jésus, mais on ne l'aime que si on obéit à ses commandements, comme lui-même obéit à la volonté de son Père. Alors, c'est au fond de l'âme la joie complète. Or son commandement à lui, celui dont il fait la carac-

téristique de la loi nouvelle, c'est l'amour des uns pour les autres, porté jusqu'à donner sa vie pour ceux qu'on aime. Si les disciples vivent ainsi, ils ne seront plus les serviteurs, mais les amis de leur Maître, et il leur fera connaître ce que son Père lui a révélé. Il a lui-même choisi ses apôtres afin qu'ils réalisent cette vie supérieure, et qu'obtenant du Père tout ce qu'ils demanderont, ils produisent des fruits permanents et s'aiment les uns les autres.

« Si le monde vous déteste, sachez qu'il m'a détesté avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n'êtes pas du monde, et que je vous ai choisis en vous tirant du monde, à cause de cela, le monde vous déteste. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : Le serviteur n'est pas plus grand que son Maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront ; comme ils ont gardé ma parole, ils garderont la vôtre. Mais tout ce qu'ils feront contre vous sera à cause de mon nom, parce qu'ils ne connaissent pas celui qui m'a envoyé. Si je n'étais pas venu, et si je ne leur avais pas parlé, ils ne seraient point coupables ; mais à présent, ils n'ont pas d'excuse à leur péché. Me détester, c'est détester mon Père. Si je n'avais pas fait parmi eux des œuvres que personne autre n'a faites, ils ne seraient pas coupables. Mais à présent, ils ont vu, et ils m'ont détesté, moi et mon Père. C'est pour l'accomplissement de la parole qui est écrite dans leur loi : Ils m'ont haï sans raison. »

9° L'opposition du monde. — Le monde hait

Jésus, il haïra naturellement ses disciples et la haine dont ils seront l'objet n'aura d'autre cause que le Maître lui-même. Il ne sait pas que Jésus est l'envoyé du Père ; mais son ignorance est coupable et ne l'excuse pas, parce que, pour prouver sa mission divine, le Sauveur a accompli des œuvres incomparables qui auraient dû convaincre tous ceux qui en ont été les témoins. C'est donc Jésus que l'on détestera et que l'on persécutera dans la personne de ses disciples, et en Jésus c'est Dieu le Père lui-même que l'on détestera. Ainsi se vérifiera la parole du Psaume 68, 5 : « Ils me haïssent sans cause ».

Mais le témoignage rendu à Jésus n'en sera pas moins continué, d'abord par l'Esprit-Saint, ensuite par les apôtres eux-mêmes qui publieront ce qu'ils ont vu et entendu pendant qu'ils vivaient avec le Sauveur. De son côté, le inonde ne cessera pas de manifester sa haine ; il croira même remplir un devoir envers Dieu en mettant à mort les envoyés de Jésus. Les Juifs, en particulier, les traiteront comme des impies et des blasphémateurs, et ils penseront défendre le dogme de l'unité de Dieu en poursuivant ceux qui prêcheront la divinité de Jésus-Christ.

Le Sauveur avertit les apôtres de toutes ces choses, afin qu'ils ne soient pas surpris et ne sentent pas faiblir leur confiance quand elles arriveront.

a Mais quand sera venu l'Inspirateur que je vous enverrai de mon Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi. Et vous aussi, vous rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. tJe vous ai dit ces choses afin que vous ne soyez pas scandalisés : ils vous chasseront des synagogues,

et voici- l'heure où quiconque vous mettra à mort croira rendre hommage à Dieu. Ils en agiront ainsi avec vous, parce qu'ils ne connaissent ni le Père, ni moi.

a Je vous ai dit ces choses afin que, quand leur heure sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites. Je ne vous les ai pas dites dès le commencement, parce que j'étais avec vous. Maintenant, je vais à celui qui m'a envoyé, et personne de vous ne me demande : Où allez-vous ? Mais parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre cœur. Pourtant c'est la vérité que je vous dis ; il vous est avantageux que je m'en aille, parce que si je ne m'en vais pas, l'Inspirateur ne viendra pas à vous ; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai.

« Lorsqu'il sera venu, il montrera que le monde a tort au sujet du péché, de la justice et du jugement : au sujet du péché, parce qu'ils n'ont pas cru en moi ; au sujet de la justice, parce que je vais à mon Père, et que désormais vous ne me verrez plus ; au sujet du jugement, parce que le prince de ce monde est déjà jugé.

« J'ai encore bien des choses à vous dire ; mais vous ne pouvez les porter en ce moment. Quand cet Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité ; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il entendra, et il vous annoncera ce qui doit arriver. C'est lui qui me glorifiera, parce qu'il recevra de ce qui est à moi et vous l'annoncera. Tout ce qu'a le Père est à moi ; c'est pourquoi j'ai dit qu'il recevra de ce qui est à moi et vous l'annoncera. »

10° L'œuvre du Saint-Esprit. — La nouvelle du départ de Jésus a attristé lçs apôtres. Mais son départ leur sera avantageux, parce que du ciel il leur enverra le Saint-Esprit. Le Sauveur donne à l'Esprit divin le nom de « Paraclet ». Ce mot désigne « celui qu'on appelle auprès de soi », pour en recevoir conseil, secours ou consolation. Le Paraclet est donc à la fois l'inspirateur, le protecteur, l'intercesseur, le consolateur, en un mot celui qui assure aux âmes tous les biens spirituels qu'elles peuvent attendre de Dieu.

Quand le Saint-Esprit viendra, il convaincra et condamnera le monde au sujet du péché, de la justice et du jugement. — On a accusé le Sauveur d'avoir péché en prétendant être le Fils de Dieu ; le péché a consisté au contraire à ne pas croire en lui, malgré toutes les preuves qu'il a fournies de sa mission divine. - - Les Juifs ont voulu faire prévaloir leur justice, celle qu'ils établissaient d'après leurs traditions humaines, en laissant de côté les plus graves préceptes de la loi divine, comme le Sauveur le leur a souvent reproché. La vraie justice est celle qu'a prêchée Jésus, avec une autorité qu'atteste le fait de son retour au Père par sa résurrection et son ascension. — Le jugement de condamnation va être porté contre Jésus par le monde ; mais ce jugement doit être infirmé par Dieu, et la mort du Christ sera la condamnation du prince de ce monde, Satan, et par conséquent de ceux qui se sont faits ses adeptes.

C'est là ce que fera comprendre le Saint-Esprit. Il y a si bien réussi que, sur ces trois points, la prétention des Juifs n'a trompé personne. Le Saint- Esprit ne fera d'ailleurs que dire ce qu'il aura appris du Père et du Fils. Il enseignera aux apôtres ce que leur Maître ne peut leur enseigner maintenant,

parce qu'ils ne seraient pas capables de le porter ; il révélera l'avenir et glorifiera le Fils. En un mot, son action sera commune en tout avec celle du Père et du Fils. En disant que le Saint-Esprit recevra de ce qui est à lui, le Sauveur fait entendre que, dans la Sainte Trinité, le Saint-Esprit procède éternellement du Fils aussi bien que du Père, et que, dans le temps, il continue et complète l'œuvre que Jésus, Fils de Dieu, a commencée.

« Un peu de temps, et vous ne me verrez plus, et encore un peu de temps, et vous me verrez, parce que je vais au Père ». Quelques-uns de ses disciples se dirent alors entre eux : « Que nous dit-il ainsi: Un peu de temps, et vous ne me verrez plus, et encore un peu de temps, et vous me verrez, parce que je vais au Père ? » Ils disaient donc : « Que dit-il là, un peu de temps ? Nous ne savons ce dont il parle ». Jésus savait qu'ils voulaient l'interroger, et il leur dit : « Vous vous demandez entre vous pourquoi j'ai dit : Un peu de temps, et vous ne me verrez plus, et encore un peu de temps, et vous me verrez. En vérité, en vérité, je vous dis que vous gémirez et que vous pleurerez, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse sera changée en joie. Quand une femme enfante, elle a de la tristesse, parce que son heure est venue ; mais quand elle a mis au monde un enfant, elle ne se souvient plus de la souffrance, dans la joie qu'elle a de ce qu'un homme est venu au monde. Ainsi pour vous, vous avez maintenant de la tristesse ; mais je vous verrai cle nouveau ; alors

votre cœur se réjouira, et personne ne vous enlèvera votre joie. En ce jour-là, vous ne me ferez plus de questions. »

11° Le départ et le retour du Sauveur. — Jésus répète aux apôtres que bientôt ils ne le verront plus, mais que peu après ils le reverront, parce qu'il s'en va à son Père. Il disparaîtra à sa mort, il reparaîtra à sa résurrection. Les apôtres ne comprenaient pas. Jésus insista sur la même pensée, et se servant de la comparaison de la femme qui enfante, il leur annonça pour eux une grande tristesse qui sera bientôt changée en joie, tandis que la joie du monde sera changée en tristesse. Ils le reverront donc de nouveau ; leur cœur sera rempli alors d'une joie que personne ne pourra leur ravir, et ils comprendront ce qui maintenant leur inspire toutes sortes de questions.

« En vérité, en vérité, je vous le dis, si en mon nom vous demandez quelque chose au Père, il vous le donnera. Jusqu'ici vous n'avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit complète. Je vous ai dit ces choses en paraboles. Voici l'heure où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais où je vais m'exprimer clairement au sujet du Père. Ce jour-là, vous demanderez en mon nom, et je ne vous dis pas que je prierai le Père en votre faveur; car le Père vous aime, parce que vous m'avez aimé, et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu. Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; et maintenant je quitte le monde et je m'en vais au Père. »

Ses disciples lui dirent : « Voici qu'à présent vous parlez clairement, et vous ne dites plus de parabole. Nous savons bien maintenant que vous connaissez toutes choses, et que vous n'avez pas besoin qu'on vous interroge : aussi croyons-nous que vous êtes sorti de Dieu. »

Jésus leur répondit : « Vous croyez maintenant ? L'heure vient, la voici même, où vous allez être dispersés chacun de votre côté, et où vous me laisserez seul. Je ne suis pas seul cependant, parce que le Père est avec moi. Je vous ai dit ces choses afin que vous ayez la paix en moi. Dans le monde, vous souffrirez persécution : mais ayez confiance, j'ai vaincu le monde. »

s. jean, 15, 1-27 ; 16, 1-33.

12° Le dernier mot. — Jésus termine l'entretien en assurant de nouveau à ses apôtres que le Père les aime et leur accordera tout ce qu'ils demanderont en son nom. Qu'ils demandent donc, et ils auront la joie d'être exaucés. Le Fils les aime aussi ; mais il n'aura pas besoin de prier pour eux, car le Père les aime d'autant plus qu'ils ont cru fidèlement à la mission de son envoyé.

Le Sauveur, sorti du Père, est venu en ce monde ; à présent, il quitte le monde et retourne au Père. Cette fois, les apôtres comprennent, et ils assurent qu'ils croient que leur Maître est venu du Père.

Jésus observe que cette foi ne les empêchera pas, dans quelques instants, de l'abandonner seul : son Père n'en restera pas moins avec lui. Tout ce qu'il leur a dit ne tend qu'à les maintenir, eux aussi, unis avec lui, pour la paix et la joie de leur âme.

A leur tour, ils seront persécutés dans le monde ;

ils auront confiance malgré tout, car le Christ a vaincu le monde. Tout ce qu'il lui laisse encore de pouvoir contre ses disciples ne servira qu'à accuser sa défaite.

174. prière du sauveur. — Après avoir ainsi y>arlé, Jésus leva les yeux vers le ciel et dit : « Père, voici l'heure : glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie, vous qui lui avez donné puissance sur toute chair, pour qu'à tous ceux que vous lui avez confiés, il assure la vie éternelle : cette vie éternelle qui consiste à vous connaître, vous le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ. Je vous ai glorifié sur la terre ; j'ai accompli l'œuvre que vous m'aviez assignée à faire. Et maintenant, Père, glorifiez-moi en vous-même, par cette gloire que j'ai eue en vous, avant que le monde existât.

« J'ai fait connaître votre nom aux hommes que vous ayez pris en ce monde pour me les donner. Ils étaient à vous, et vous me les avez donnés. Ils ont gardé votre parole ; ils savent maintenant que tout ce que vous m'avez donné vient de vous ; car les paroles que vous m'avez confiées, je les leur ai transmises. Ils les ont reçues ; ils ont connu en toute vérité que je suis sorti de vous, et ils ont cru que vous m'avez envoyé. »

Qu'ils ne soient qu'un en nous, afin que le monde croie que vous m'avez envoyé. Jésus a fini ses recommandations aux apôtres. Dans la solitude, par cette nuit sereine qu'éclaire la pleine lune de la Pâque, le Sauveur s'adresse alors à son Père et le

prie pour lui-même et pour tous ses disciples du présent et de l'avenir.

1° Prière pour lui-même. — Jésus demande à son Père de le glorifier, c'est-à-dire de le faire reconnaître comme son Fils. C'est à lui, en effet, qu'il a donné toute puissance pour conduire tous les hommes à la vie éternelle, cette vie qu'assure la foi au vrai Dieu et en son envoyé, Jésus-Christ.

Lui-même s'est acquitté de la tâche que le Père lui avait confiée, et en retour il attend de lui qu'il assure à son humanité la gloire éternelle dont il jouit déjà par sa divinité. Il a fait connaître le Père aux hommes, et, parmi eux, il en est que le Père lui a donnés et qui croient en celui qu'il a envoyé. Sa mission bien remplie, il mérite donc que le Père lui accorde ce qu'il demande.

« Je vous prie pour eux. Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que vous m'avez donnés, parce qu'ils sont à vous, que tout ce qui est à vous est à moi, et ce qui est à moi est à vous, et que j'ai été glorifié en eux. Voici que je cesse d'être dans le monde, tandis qu'eux sont dans le monde, pendant que je viens à Vous. Père saint, gardez-les dans votre nom, eux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un comme nous. Quand j'étais avec eux, c'est moi qui les gardais dans vptre nom ; ceux que vous m'avez donnés, je les ai gardés, et nul d'entre eux n'a péri, si ce n'est le fils de perdition, pour l'accomplissement de l'Ecriture. Mais maintenant je viens à vous, et, en ce monde où je suis encore, je dis ces choses pour qu'ils aient en eux ma joie dans sa plénitude.

(( Je leur ai transmis votre parole, et le monde les ai pris en haine, parce qu'ils ne sont pas du monde, pas plus que je ne suis moi-même du monde. Je ne vous demande pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal ; car ils ne sont pas du monde, pas plus que je ne suis moimême du monde. Sanctifiez-les dans la vérité, dans cette vérité qui est votre parole. De même que vous m'avez envoyé dans le monde, je les ai envoyés dans le monde, et c'est pour eux que je me sanctifie moi-même, afin qu'ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »

2° Prière pour les apôtres. — Jésus ne prie pas en ce moment pour le monde, bien qu'il soit sur le point de donner sa vie pour lui. Il prie spécialement pour ses apôtres, qui d'ailleurs, avec les grâces reçues, travailleront à la conversion du monde.

Jésus, qui les a reçus du Père, les laisse dans le monde. Il les a gardés jusqu'à ce jour, et aucun n'a péri, sinon le fils de perdition, l'infidèle Judas, comme l'ont annoncé les Ecritures. Que désormais le Père les garde, parce qu'ils vont être l'objet des persécutions du monde. Qu'il les maintienne ensemble dans une unité parfaite, qu'ils aient au cœur la joie de leur Maître, qu'ils soient sanctifiés dans cette vérité qu'ils vont avoir à prêcher.

Bien qu'ils ne soient pas du monde, il ne peut être question de les ôter du monde qu'ils ont à convertir. Qu'ils soient seulement défendus contre tout ce qui est mauvais, le péché d'abord et ses conséquences dans l'autre vie, puis Satan et tous les persécuteurs, ennemis de l'évangile.

Pour qu'ils soient saints, le Sauveur se sanctifie,

cest-à-dire se sacrifie, s'immole lui-même, afin de leur mériter la grâce de la sanctification.

« Je ne prie pas seulement pour eux, mais aussi pour ceux qui croiront en moi sur leur parole. Que tous ne soient qu'un, et, de même (pie vous, Père, vous êtes en moi, et moi en vous, qu'ils ne soient qu'un en nous, afin que le monde croie que vous m'avez envoyé. Si je les ai associés à la gloire que vous m'avez attribuée, c'est pour qu'ils ne soient qu'un, comme nous-mêmes nous sommes un. Je suis en eux et vous en moi, pour qu'ils soient consommés dans l'unité, et que le monde connaisse que vous m'avez envoyé, et que \ous les avez aimés, comme vous m'avez aimé moi-même.

« Père, ceux que vous m'avez donnés, je veux (pie là où je suis, ils soient avec moi, et qu'ils contemplent la gloire que vous m'avez attribuée à cause de l'amour que vous avez eu pour moi avant que le monde fût créé. Père juste, le monde ne vous a pas connu ; mais moi, je vous ai connu, et ceux-ci ont connu que vous m'avez envoyé. C'est à eux que j'ai fait connaître, et que je ferai encore connaître votre nom : que l'amour dont vous m'avez aimé soit donc en eux, que moimême je sois en eux. »

s. JEAN, 17, 1-26.

3° Prière pour tous les disciples. — Le Sauveur, jetant un regard sur l'avenir, prie encore pour toutes les âmes fidèles qui croiront à la parole des apôtres et le serviront dans toute la suite des temps.

Ce qu'il demande instamment pour eux, c'est l'union entre eux, une union qui a pour modèle celle du Père et du Fils. Cette union sera pour le monde une prédication irrésistible ; celui qui aura procuré un pareil résultat parmi les hommes, ne pourra être aux yeux du monde qu'un être surhumain, un envoyé de Dieu, le Fils de Dieu lui-même. L'unité entre les chrétiens est donc, dans l'intention de Jésus-Christ, une démonstration de sa divinité. En conséquence^ tout ce qui divise les chrétiens a son contre-coup sur la foi en Jésus-Christ. C'est pourquoi le Sauveur réclame avec tant d'insistance cette union parfaite entre tous ses enfants.

Il demande encore pour eux la récompense céleste ; il l'exige même, car il dit « je veux ». Il veut qu'ils soient un jour témoins de l'amour que son Père a pour lui et de la gloire dont il l'entoure. Ils le méritent parce qu'ils ont cru en lui, et ils le mériteront toujours s'ils ont pour leur Maître quelque chose de l'amour que le Père a pour lui et si Jésus vit vraiment en eux.

C'est là la grâce suprême, celle que le Sauveur leur souhaite avec ardeur.

175. l'agonie a gethsémani. — Quand il eut ainsi parlé, Jésus s'en alla avec ses disciples au delà du torrent du Cédron, dans un enclos appelé Gethsémani, où il y avait un jardin : il y entra avec ses disciples.

Lorsqu'il fut arrivé, il dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais aller làbas pour prier. » Puis prenant avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, il commença à être saisi de tristesse, d'angoisse et d'épouvante. Il leur dit alors : « Mon âme est

L'AGONIE A GETHSÉMAM 239

triste jusqu'à la mort. Demeurez ici, veillez avec moi et priez, pour ne point entrer en tentation. » S'étant ensuite éloigné d'eux, à la distance d'un jet de pierre, il s'agenouilla, se prosterna la face contre terre et pria en disant : « Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi ! Père, si vous le voulez bien, éloignez de moi ce calice ; toutefois, que ce ne soit pas ma volonté qui s'accomplisse, mais la vôtre ! »

Un ange du ciel apparut alors et le fortifia. Pour lui, tombé en agonie, il pria avec plus d'instance, et une sueur pareille à des gouttes de sang coula de son corps jusqu'à terre.

Il vint alors à ses disciples et les trouva endormis, accablés par la tristesse, et il dit à Pierre : « Simon, tu dors ? Vous n'avez donc pu veiller une heure avec moi ! Levez-vous, veillez et priez, afin de ne pas entrer en tentation ; car l'esprit est prompt, mais la chair est faible. »

Il s'en alla une seconde fois et pria en disant : « Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite ! » Il vint à eux de nouveau et les trouva endormis, car leurs yeux étaient appesantis et ils ne savaient que lui répondre.

Il les laissa donc, s'en retourna encore et pria pour la troisième fois, en répétant les mêmes paroles.

Il vint alors vers ses disciples et leur dit : « Dormez maintenant et reposez-vous. »

S. MATTHIEU, 26, 36-45 ; s. marc, 14, 32-41 ; s. luc, 22, 39-46 ; s. jean, 18, 1.

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