‹ L'évangile selon LucChapitre 17 sur 80 · XIV. Pèche miraculeuse et vocation des premieks disciples · texte numérisé non relu

XIV. Pèche miraculeuse et vocation des premieks disciples

Vient ensuite la vocation des quatre premiers disciples. Selon Marc (i, i4-3i) et la vraisemblance, Jésus ne s'est installé à Gapharnaiim, dans la maison de Simon, qu'après avoir gagné celui-ci à l'Evangile. La transposition du récit de vocation résulte de celle qui a été faite pour la visite à Nazareth : ayant conduit d'abord Jésus à Nazareth, et de Nazareth à Gapharnaûm, l'évangéliste raconte ce que Jésus a fait dans cette ville, d'après la relation de Marc ; d'après la même relation, il l'a montré « prêchant dans les synagogues de la Judée », et maintenant, sans autre avertissement, il le suppose revenu à Gapharnaûm, et l'amène au bord du lac pour la vocation des disciples. De même que l'anecdote de Nazareth figure l'insuccès de l'Evangile auprès des Juifs, la vocation des disciples, avec la pêche miraculeuse, figure le succès de l'Evangile chez les Gentils. Dans le récit de vocatiou il est aisé de reconnaître les deux éléments avec lesquels ce récit a été construit et que le rédacteur n'a pas su harmoniser complètement, à savoir la vocation des quatre disciples dans Marc, et un récit de pêche miraculeuse où Simon-Pieri*e tenait, après .lésus, le rôle principal. Pour former son cadre, le rédacteur a anticipé la description où Marc (iv, i, 35) a voulu insérer le discours des paraboles, ce qui réduira d'autant la mise en scène de ce discours dans notre évangile (viii, 4, 2a).

« Or il advint, comme la foule se pressait vers lui et écoulait la

170 i.uc, V, a-4

^ Or, étant monté dans Tune des barques, qui était à Simon, il le pria de s'écarter de la terre un peu, et s'étant assis de la barque il enseignait les foules.

* Mais, quand il eut cessé de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et lancez vos filets pour la pèche. »

parole Je Dieu ». — Ayant raconté déjà plusieurs miracles qui ont été opérés à Gapharnaûm, et une tournée de prédication dans les' villes voisines, l'auteur peut sans invraisemblance montrer la foule accourant sur les pas de Jésus et l'écoutant au bord du lac de Tibériade. Le début ne laisse pas d'être un peu embarrassé. — «Et que lui-même se tenait au bord du lac de Gennésaret ». — L'auteur dit : « le lac de Genncsaret », pour que le lecteur ne soit pas trompé par le nom de mer qu'emploie Marc (i, x6 ; ii, i3 ; iv, i). — « Il vit deux bai'ques arrêtées au bord du lac ». — Rassemblement des deux barques que Marc (i, i6, 20) présente l'une après l'autre, l'équipage de la première étant au travail, et l'autre à tprre raccommodant l'outillage de pêche; ici tout le monde est à terre, après une pêche infructueuse, nettoyant les filets afin de les faire sécher ensuite. — « Mais les pêcheurs en étant descendus, lavaient les filets ». — On les fera tout à l'heure pêcher ensemble. Pour couper au plus court, on ne nomme pas tout de suite les propriétaires des barques, et l'on se borne à dire que Jésus monta dans l'une, en ajoutant, pour préparer la pêche miraculeuse, que cette barque était à Simon; on dira seulement à la fin que l'autre barque était aux fils de Zébédée ; par la maladresse de cet arrangement, André, le frère de Pierre, disparaît du récit.

a Or, étant monté dans l'une des bai'ques » — trait emprunté à la mise en scène des paraboles (Me. iv, 1), — « qui était à Simon, jl le pria de s'éloigner un peu de terre », — afin de rester à portée de la foule, tout en s'en dégageant ; — « et s'étant assis, de la barque il enseignait les foules ». — Comme il s'agit d'amener la pêche miraculeuse, qui figure la prédication chrétienne, on s'abstient de dire l'objet du discours, et l'on arrive tout de suite à la conclusion. — « Mais, quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large et lâchez vos filets pour la pêche » . — L'ordre de Jésus est une ti'ansition artificielle ménagée par le rédacteur et en rapport avec le symbolisme que celui-ci met dans le récit ; l'ordre de prêcher figure la mission donnée aux apôtres. Entendue à la lettre, l'invitation suppose en Jésus l'intention de faire un miracle qui est un pur signe. Le cas est mieux

uic, V, 5-8 171

'• Et répondant, Simon dit : « Mailre,

« Toule la nuil: peinant, nous n'avons rien pris;

mais, sur la parole, je laneerai les lllels. » " Et l'ayant fait, ils prirent grande quanlilé de poissons ;

mais leurs filets se rompaient.

' Et ils firent signe aux compagnons qui étaient dans l'autre

[barque

de venir à leur aide ;

et ils vinrent, et ils remplirent les deux barques,

au point qu'elles sombraient.

^ Ce que voyant, Simon Pierre

tomba aux genoux de Jésus, disant :

« Eloigne- toi de moi, Seigneur,

parce que je suis homme pécheur. »

présenté dans le supplément de Jean(xxi, 3-6), où les pêcheurs sont déjà au travail et reçoivent le conseil de jeter le filet en tel endroit. Ici l'auteur, ne dit pas « jeter » (Me. i, i6, .Kp.'it(3'iÀÀovTa!;, ou pxÀÀovTxc à(ji,cpi'pX-ri(;Tpov, Mt. VI, i8 ; Jn. xxi, 6, ^àXers... xb SiV.Tuov), mais « descendez i> (■/oùJ.aa.Te) ; il ne s'agit donc pas, comme dans Marc, d'un épervier jeté, mais d'un grand filetlentement descendu à l'eau et que Tonne remonte pas dans la barque, mais que l'on ramène au rivage pour le vider. Ainsi l'entend le récit du quatrième évangile (Jn. xxi, 6-ii ; c'est la ca.jf^Yf\ de Mt. xiii, 47)- Pour faire bref, et trouvant peut-être un intérêt symbolique à mettre les poissons dans les barques, notre auteur voudra qu'on ait l'elevé le grand filet comme on aurait levé l'épervier : indice de combinaison rédactionnelle et de libre adaptation, plutôt qu'allusion à une espèce intermédiaire de filet que les apologistes modernes (cf. Lagrange, 167) ont découverte fort à propos pour justifier son procédé.

« Et répondant, Simon dit : « Maître» — Titre donné plusieurs fois à Jésus dans notre évangile (èTttJTâxvi!;, est propre à Luc, où est évité ^a^pe-'). — « En peinant toute la nuit nous n'avons rien pris ». — Chez Jean, ce détail appartient à la mise en scène : Pierre et ses compagnons ont jeté le filet toute la nuit saiis rien prendre, quand Jésus, à l'aube, leur crie de jeter le filet à droite du bateau. Et le trait est beaucoup plus naturel ainsi que la réllexiou de Pierre à l'heure tardive où elle se produit. — « Mais, sur ta parole, je lancerai les filets ». — Le « nous », dans la première partie de cette réponse,

" Carde stupeur élaient saisis lui et ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu'ils avaient pris ;

montre que Simon n'est pas seul dans la bai'que, mais l'acte de foi qu'il prononce ensuite est fait en son nom personnel. Vu sa préoccupation desymbolisme, le narrateur a bien pu ne pas se souvenir que la nuit est le temps le plus favorable pour la pêche au filet. — « Et l'ayant fait », — Simon etses auxiliaires — « prirent une grande quantité de poissons, mais leurs filets se rompaient », — menaçaientde se rompre. Le trait est pour introduire la seconde barque dans le récit de la pêche. — « Et ils firent signe aux compagnons qui étaient dans l'autre barque de venir à leur aide » — L'autre barque était-elle restée au bord, ou bien a-t-elle suivi, par imitation, celle de Simon ? Il n'importe. On remarque tout exprès que les gens de l'autre barque étaient associés (|j.éTo/ot) de Simon ; ils sont donc censés pêcher avec lui, et c'est pourquoi on leur lait signe d'approcher pour recueillir le poisson qui appartient à tous. La combinaison s'accorde avec le symbolisme de l'ensemble, mais non avec la donnée primitive de Marc, •où Zébédée, ses fils etses gens forment un groupe tout à lait distinct de Pierre et d'André. Noire auteur, du reste, ne nomme pas encore les fils de Zébédée, mais les gens de « l'autre barque ». — « Et ils vinrent, et ils », — les deux équipes de pêcheurs — « remplirent les deux barques au point qu'elles sombraient », — elles menaçaient de sombrer, comme naguère le filet menaçait de se rompre ; mais elles n'ont pas plus sombré que le filet ne s'est rompu.

« Or, voyant » — ce prodige, — « Simon- Pierre ». — On ne savait pas encore que Simon eût le sermon de Pierre, quine lui sera qu'ultérieurement attribué (vi, 4). et l'emploi du surnom pourrait être dû à l'influence de la source où l'évangéliste a puisé le récit de la pêche miraculeuse. — « Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, disant : « Eloigne-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur. Seigneur !» — Le discours n'est pas en exact rapport avec la situation. Le nom de « Seigneur » (xupte)„qui reviendra souvent dans l'évangile, témoignerait que Simon voit déjà en Jésus le Christ, et il paraît être ici par influence dé la source. Pourquoi Pierre se déclare-t-il si grand pécheur, et ce propos ne conviendrait-il pas au disciple que l'on dit avoir renié son maître ? Pourquoi ses compagnons, qui vont suivre Jésus comme lui, qui apparemment ne sont ni pires ni meilleurs que lui, n'en disent-ils pas autant ? L'auteur, pour donner une explication, veut imputer ce langage à la frayeur, et il n'explique rien. D'ailleurs,

" et pareillemenl Jacques et Jean, fils de Zébédée,

qui étaient compagnons de Simon.

Et Jésus dit à Simon: « N'aie pas peur;

désormais tu seras preneur d'hommes. »

11 Et ayant amené les barques à terre,

laissant tout, ils le suivirent.

comment Pierre a-t-il fait pour se mettre à genoux dans la barque surchargée de poissons, et comment a-t-il pu dire à Jésus de s'éloigner? Encore un indice de combinaison rédactionnelle : ce n'est pas dans la barque, c'est à terre que le récit primitif de la pèche faisait tenir les propos échangés entre Pierre et Jésus. C'est ce que l'on peut inférer aussi bien du récit johannique, bien que la conclusion primitive y ait été altérée par d'autres combinaisons (Jn. xxi, iS-i^, y a été en quelque façon substitué).

« Car la stupeur l'avait saisi, ainsi que tous ceux qui étaient avec lui, à cause dé la pêche qu'ils avaient laite ». — Mais, s'il ne s'agissait que de poissons, un pêcheur de profession n'aurait probablement pas été si effrayé. A cet endroit seulement l'auteur s'avise qu'il est temps de mentioaner les fils de Zébédée. — « Et pareillement Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient compagnons de Simon ». — Ici la surcharge est évidente, ces deux étant déjà compris parmi « ceux qui étaient avec» Pierre. C'est que, dans le récitprimitif de la pêche miraculeuse, tout le groupe de pêcheurs, Pierre et ses compagnons, était dans une seule barque, la barque de Pierre. — « Et Jésus dit à Simon : « N'aie pas peur ». — Ainsi paillent les êtres surnaturels aux humains qu'ils favorisent de leurs apparitions et qui sont effrayés de leur approche (cf. i, i3,3o ; n, lo). — « Désormais tu seras preneur d'hommes ». — Marc (i, i^) disait « pêcheurs » ; notre évangéliste a préféré un terme qui garde l'idée de capture sans celle de pêche (Çwypeïv signifie « prendre vivant » et « sauver la vie », en faisant ressortir l'idée de vie. Ss. traduit assez exactement pour le sens: « Tu prendras des hommes pour la vie »).

((Et ayant amené les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent >■>.. — Les compagnons de Pierre se comportent comme si ce qui a été dit à Pierre les concernait : c'est sans doute que Pierre est, pour notre évangéliste comme pour les autres et déjà pour Paul, le représentant de l'apostolat primitif. Et tous sont dits « suivre» aussitôt Jésus, parce que telle est la coriclusion des récits de vocation dans Marc. Seulement r évangéliste a oublié ou négligé de dire combien étaient ceux

qui « suivirent » ainsi Jésus-, et, sans le témoignage précis des deux autres synoptiques, on pourrait croire que le Christ emmène avec lui tout le personnel des deux barques, censé une seule équipe de pêcheurs sous la direction de Simon, et sans autre souci des poissons ramenés à si grand efïort sur les barques : c'est que l'équipe de pêcheurs est en elTet tout l'apostolat des premiers temps, entêleduquel on met Pierre, comme dans les Actes, et que les poissons figurent le monde à convertir.

L'on aura donc combiné en ce récit la vocation des disciples d'après Marc, récit déjà typique et symbolique à sa manière, où Jésus appelle souverainement ceux qu'il associe à son œuvre de salut, et une tradition, orale ou écrite, de pêche miraculeuse,, car il paraît impossible d'attribuer (avec Holtzmann, JohanneSy aaS ; Wellhauskn, ï4) à. l'évangéliste lui-môme l'invention de la pêche miraculeuse, qui serait uine simple allégorie construite sur la parole : «je vous lerai pêcheurs d'hommes ». Dans cette hypothèse, les incohéi-ences de la narration devraient être moindres^, puisque le rédacteur l'auirait conçue à sa guise. L'amalgame de deux sources écrites est de beaucoup l'hypothèse la plus vraisemblable ; et il est pai'eillemént à présumer que le miracle de la pêche n'était pas originairement en rapport avec l'appel des premiers disciples mais avec la mission diéfînitive des apôtres. Qu'un vieux conte de pèche miraculeuse ait été utilisé en celte occasion par la tradition chrétienne et adapté aux récits de visions, rien n'est plus vraisemblable; mais c'est aller un peu vite et chercher un peuloin que d'alléguer à ce propos la représentation d'une pêche très hypothétiquement miraculeuse du héros babylonien Gilgamesch(GRESsiviANN, ap . Klosïeumann, 43'i)- Or il se trouve qu'une pèche miraculeuse est l'acontée dans l'appendice de Jean (xxi, i.ii4), associée à une apparition du Christ ressuscité. Les d'eux récitS' con^cordent pour l'essentiel et se fondent sur une tradition commune, sans que l'un dérive nécessairement de l'autre. La plupart des- divergences qu'ils, présentent s'expliquent parles retouches que les rédacteurs évangéliques ont dû introduire dans lé thème traditionnel pour l'ajuster à l'ensemble de leur composition.. Tout le préambule du présent récit, avec les deux barques, l'es pêcheurs nettoyant les filets, Jésus prêchant et donnant l'ordre d'avancer en mer, est pour l'avantage du symbolisme. et pour le raccord soit avec le contexte, soit avec le récit de la vocation dans Mavc. Dans le quati'ième évangile, la pêche miraculeuse est tout à fait adventice ; elle est donnée^ en troisième apparition, du Christ ressuscité, mais le rédacteur paraît l'avoir empruntée aune tradition où elle était conçue comme la première :

cela résulte du lieu, de la mise en scène et des sentiments attribués aux disciples (xxi, ii). Ainsi la présentait l'évangile de Pierre,

Il n'est pas téméraire de penser que cette apparition sur le lac est la vision de Pierre, ou qu'elle' a été d'abord mise en rapport avec cette vision, la première apparition du Christ selon la tradition de Paul (I Cor. xv, ô), et qu'elle p'ourrait avoir appartenu à- la tradition de Marc sur la résurrection (cf. Me. xiv 28 ; xvi, 7; Mt. xxvi, Sa; XXVIII, 7, 1620; Le. XXIV, 34). La tradition évangélique mettait la pêche miraculeuse en rapport avec la réhabilitation de Pierre, sa seconde A^ocation, ce qui fut, en réalité, sa vocation apostolique. Notre évangélistë, qui a supprimé volontairement toutes les apparitions gali. léennes, n'aura pas voulu néanmoins laisser perdre l'incident de la pêche,et il aura trouvé bon de l'adapter à la vocation de Simon comme disciple, moins pour l'avantage de l'etenir le miracle, que pour la valeur symbolique du trait. Mais l'origine du récit explique la place prépondérante qui est faite à Simon. La métaphore du pêcheur d'hommes a pu y être associée dès le commencement ; le quatrième évangile la remplace par celle du pasteur univei'sel (Jn, xxi, iS-i;;); notre, rédacteur a développé le symbolisme de la pêche : Jésus dans la barque, instruisant les Galiléens, figure la prédication de l'Evangile aux Juifs ; l'ordre donné à Simon d'avancer en pleine mer, et la pêche abondante qui s'ensuit figurent la prédication aux païens ; la réllexion de Pierre sur l'inutilité du travail antérieur remplace une indication qui a pu originairement n'avoir pas de sens allégorique et marquer seulement une circonstance de la vision ; notre auteur doit y voir une allusion à l'insuccès de la prédication apostolique auprès des Juifs, et à l'initiative, par lui attribuée à Pierre dans les Actes (x), de la prédication aux Gentils,

Quelques-uns ont pensé voir dans la rupture du filet une allusion à la querelle qu'on dit avoir divisé l'Eglise primitive sur la question des observances légales : les gens de l'autre barque seraient les apôtres de Jérusalem, à qui Pierre ferait accepter le principe de la prédication aux Gentils (Agt, xi, t-i8) ; la crainte qui envahit tous les pêcheurs serait la stupeur, tournée bientôt en admiration, qu'éprouvèrent les apôtres galiléens en apprenant les succès de Paul chez les païens (Gal. ii, 9 ; Act., xv, i-35). Mais il estbien invraisemblable que l'évangéliste tienne à faire valoir en figure les tiraillements qu'il a tantattéuués en les racontant. S'il dit que le filet se rompait, c'est afin de signifier l'énorme quantité des poissons, c'est-à-dire des croyants recrutés parmi les Gentils ; et si le rédacteur johannique a l'air de corriger cette indication, ce n'est pas pour effacer la trace de

^2 Et advint : comme il était en une des villes, se trouva un Iiomme plein de lèpre, (qui), ayant vu Jésus, (et) tombant sur (sa) face, le pria disant : « Seigneur, si tu veux, tu peux me purifier. »

^^ Et étendant la main, il le toucha, disant : « Je le veux ; sois purifié. » Et aussitôt la lèpre s'en alla de lui.

divisions auxquelles il n'a pas dû même songer, mais pour faire ressortir l'unité de l'Eglise symbolisée par lui dans le filet. La seconde barque est imposée par le récit de vocation : c'est pour l'amener que notre auteur suppose le filet prêt à se rompre. Ce qui est dit de la crainte éprouvée par tous les pêcheurs paraît imité du récit de la transfiguration (cf. IX, 34), ou interprété d'après ce récit, pour compléter le symbolisme du miracle. Cet ettroi n'est pas très propre à symboliser les sentiments des anciens apôtres devant les succès de Paul. Il s'agit d'une crainte rehgieuse devant le miracle, c'est-à-dire, au fond, devant le succès de la prédication apostolique auprès des Gentils, sans égard particulier à Paul, Pierre étant par notre auteur le premier apôtre des païens. Comme le quatrième évangile, le rédacteur du troisième . entend que le corps apostolique, présidé par Pierre, a été l'instrument providentiel de la conversion du monde. Dans cette élaboration du récit concernant la vocation des premiers disciples, coihme dans celle du récit concernant la prédication de Jésus à Nazareth, l'on reconnaît l'esprit et les procédés du rédacteur des Actes.

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