‹ L'évangile selon LucChapitre 23 sur 80 · XXII. Le ressuscité de Naïn · texte numérisé non relu

XXII. Le ressuscité de Naïn

Que l'évangéliste ait voulu amener une résurrection de mort avant le message de Jean-Baptiste, c'est ce qui ne résulte pas seulement de la coordination de ses récils, mais du soin qu'il prendra (vu, i8) de compter le miracle de Naïn parmi ceux dont le bruit est venu jusqu'à Jean, — « El il advint ensuite ». — Indication vague; mais quand même on voudrait lire ou ti'aduire : «el le jour suivant», on n'aurait toujours qu'une transition purement littéraire pour l'elier à son contexte le miracle que l'évangéliste va inventer (la leçon la plus autorisée paraît être âv tÙJ £?■%, suppléer '/^ôv(jf ; certains témoins, mss. S G D, etc. lisent x-Ti ei-Tjç, suppléer vuxâpa ; la pi'emière lecture est confirmée par VIII, I, èv xw xaÔE^riç, et la foule qui suit Jésus à Naïn n'est pas celle qui a entendu le discours des béatitudes; dans IX, 3^, où la même formule désigne le lendemain, on ajoute •Jip.spa). — « Qu'il se rendit à une ville appelée Naïn ». — Cette ville n'est pas mentionnée ailleurs dans l'Ecriture ; c'est une localité située au sudest de Nazareth, peu éloignée d'Endor, aussi de Sunem, où Elisée ressuscita un jeune homme, enfant unique de ses parents (II Rois, iv, 8-3;7), comme celui de Naïn était fils unique de sa mère. L'auteur ne paraît pas avoir songé que Nain est assez loin de Capharnaûm. Josèphe (Bell. jud. IV, '9, 4, 5) connaît une ville du même nom dans le sud de la Palestine ; mais notre récit suppose Naïu en Galilée, et la mention de la Judée dans la conclusion (vu, 17) ne AÙse pas la Judée proprement dite mais toute la Palestine, y compris la Galilée (cf. i, 5 ; ly, 44 ; VI, 17). — « Et ses disciples faisaient roule avec lui, ainsi qu'une foule nombreuse ». — Le miracle ne manquera pas de témoins.

« Or, comme il approchait de la porte de la ville, voilà que l'on portait en terre un mort ». — La coutume juive était d'enterrer les morts en dehors des villes el des lieux habités, les cadavres et les tpmbeaux étant réputés impurs. Pour la même raison les funérailles

^2 Or, comme il approchait de la porte de la ville,

voilà que se faisait convoi d'un mort, unique fils de sa mère»

laquelle était veuve ;

et des gens de la ville en grand nombre étaient avec elle. ^^ Et lai voyant, le Seigneur eut compassion d'elle,

et il lui dit : « Ne pleure pas, »

^* Et s'élant approché, il toucha le cercueil ;

les porteurs s'arrêtèrent ;

et il dit : « Jeune homme, je le dis, lève-loi ! » " Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler ;

et il le donna à sa mère.

suivaient de près le décès et avaientlieu souvent le même jour. On portait le cadavre dans une bière ouverte, et les Juifs de Jérusalem portent encore ainsi les morts, enveloppés d'un suaire (LAGnANGB, 20i). Celui que les gens de Naïn conduisaient à sa dernière demeure était un jeune homme, -^ « fils unique de sa mère, qui était veuve ; et des gens de la ville en assez grand nombre étaient avec elle », — associés à son deuil. Ce n'est pas sans intention que la situation est ainsi dramatisée. Comme, dans le récit précédent, l'évangéliste faisait entrevoir le salut des Gentils sous la figure d'une guéris on de païen, opérée à distance par Jésus, il oriente maintenant la pensée du lecteur vers l'œuvre que le Christ a opérée directement, le salut d'Israël, réalisé dans le groupe de croyants qui a constitué le premier noyau du christianisme. La veuve désolée représente Jérusalem, métropole du peuple de Dieu, menacée de perdre son fils unique, et le perdant en effet, pour le recouvrer miraculeusement par la puissance de Jésus ; grâce à lui les promesses de Dieu ne sont pas vaines, et la mère qui a pleuré son fils mort peut le voir encore vivant.

« Et l'ayant vue, le Seigneur fut pris de compassion pour elle, et il lui dit : «Ne pleure pas». — C'est qe qu'il dira aussi devant la fille de Jaïr (vui, 5a). Le mot « Seigneur » (xuptoç) est employé ici pour la première fois au courant de la narration à propos de Jésus (autres passages: VII, 19; x,i ; xi, 39;xn,42; xiii, i5;xvii,5-6;xviii,6;xix,8j XXII, 61 ) , Que cette particularité soit l'indice d'une source particulière, il est permis d'en douter; mais ce n'est point parce que la beauté du miracle justifierait l'emploi du mot, c'est tout simplement parce que ce beau miracle est rédactionnel ; l'évangile de Pierre désigne aussi Jésus par son nom de culte. — « Et s'étant approché, il toucha le cercueil ». — Jésus touche le cercueil, parce qu'il est censé ne vouloir

^^ El cpainle s'empara de lous, et ils glorifiaient Dieu, disant :

« Prophète grand s'est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple, »

^'Et se répandit ce propos dans toute la Judée, à son sujet, et dans tous les alentours.

pas toucher le cadavre ; mais le geste est le même que celui qu'il fera en prenant par la main la fille de Jaïr, dont il a dit qu'elle n'était pas morte (vin, 54). — « Les porteurs s'arrêtèrent », — obéissant, pour ainsi dire, au geste du Christ, — « Et il dit : « Jeune homme, jeté dis, lève-toi ». — Sauf la substitution de «jeune homme » (veavtaxE) à . « jeune fille », ce sont les paroles adressées à la fille de Jaïr (vni, 54). — « Et le mort se leva sur son séant », — comme Tabitha dans les Actes (ix, 4o)> — « et il se mit à parler », — comme le fils de la veuve de Sarepta (I Rois, xvni, 22). — « Et il le donna à sa mère ». — Jésus rend le jeune homme à sa mère, comme il rendra l'épileplique à son père (ix, 42)» comme Elle a rendu à la veuve de Sarepta son fils (I Rois, xvii, 23, Sept. ; cf. II Rois, iv, 36).

(( Or crainte s'empara de tous ». — Impression de crainte religieuse comme après la guérison du paralytique (v, 26), et plusieurs fois dans les récits de la naissance (i, 12, 65 ; 11, 9). — « Et ils glorifiaient Dieu, disant », — comme la veuve de Sarepta (I Rois, xvii, 24) et surtout comme Zacharie (1, 68): — « Un grand prophète s'est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple ». Et ce propos se répandit à son sujet », — on parla ainsi de Jésus, — « dans toute la Judée et dans tous les alentours ». — Amplification de ce qui a déjà été dit plusieurs fois en d'autres occasions (i, 65 ;iv, 14, 3'j). Bien que le trait serve à préparer le message de Jean, l'on peut supposer une arrière-pensée allégorique : ce n'est pas tant la résurrection d'un jeune homme de Naïn que le fait symbolisé par ce miracle, à savoir la réalisation du salut par la naissance du christianisme, qui a fait du bruit en Palestine et au dehors. Nonobstant la localisation, qui reste inexpliquée, le miracle paraît inventé de toutes pièces d'après des récits antérieurs, et rien n'oblige même à supposer (avec Bultmann, ï33) qu'il aurait été seulement arrangé, mais non conçu, d'après un type donné, par le rédacteur évangélique. Et il va de soi, ici comme ailleurs, que le sens symbolique attaché au fait par le narrateur n'empêche pas celui-ci de présenter le miracle comme réel. Le grand bruit fait par le miracle est

^^ Et les disciples de Jean l'informèrent de toutes ces chose» et ayant fait venir deux de ses disciples, Jean ^^ les envoya au Seigneur, disant :

ce Es-tu celui qui vient, ou en attendrons-nous un autre ? »

censé avoir contribué au message de Jean- Baptiste; mais on n'est pa& obligé de supposer que l'auteur du récit s'est dit que, Jean, captif à Machéronte, était, en dehors de la Judée, Il aurait pu, dira-t on, 1& lire dans Josèphe; mais la notice de Josèphe relative à Jean est-elle d'une authenticité indiscutable ?

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