‹ L'évangile selon LucChapitre 25 sur 80 · XXIV. La pécheresse · texte numérisé non relu

XXIV. La pécheresse

La mention des publicains et des pécheurs, que l'on reprochait à Jésus de fréquenter, semble avoir déterminé l'insertion, après les discours relatifs à Jean-Baptiste, du récit concernant la pécheresse ; et il est curieux de constater que notre évangéliste, après s'être fait scrupule de nommer plus haut (vu, 29) les prostituées à côté des publicains, amène ici, comme par compensation, une histoire de prostituée ; à la véi'ité, il s'abstiendra encore d'employer le mot et parlera d'une « femme pécheresse ». D'où l'on peut rétrospectivement inférer que les prostituées étaient comprises parmi les « pécheurs » dans le discours précédent. L'on dirait même que ce discours a sug-

.;gérc en partie le récit : les Juifs reprochaient au Christ d'aimer les bons l'epas, et i'évangélisle aussitôt nous le montre à table ; ils blâimaient sa familiarité avec les gens mal famés, et on nous le fait voir agréant les soins d'une femme de mauvaise vie, à laquelle il promet •en échange le pardon de ses péchés L'histoire de la pécheresse est avec les derniers propos concernant Jean-Baptiste dans le même rapport que celle du ressuscité de Naïn avec la réponse de Jésus au message du Précurseur. Kt la composition n'est pas moins artificielle, bien qu'elle soit moins réussie et plus compliquée. Une parabole y intervient, qu'ignorent les autres témoins delà tradition évangélique, -et qui pourrait n'être, comme beaucoup d'autres sentences et paraboles, que l'adaptation de quelque dicton ou fable populaire, adaptation qui aussi bien serait de notre auteur. L'adaptation, d'ailleurs, est assez maladroite, vu que le récit et la parabole ne s'accordent pas. D'autre pai't, le récit est dans la dépendance, pour ce qui est de la mise en scène, de celui qu'a donné Marc (xiv, 8-9) touchant l'onction faite à Jésus par une femme anonyme, deux jours avant le passion, dans la maison de Simon le lépreux. Notre auteur n'a pas reproduit ce récit de Marc, afin d'éviter le double emploi, et peut-être aussi parce que le récit primitif de la passion dans Luc ne le contenait pas. On peut dire encoi'c que notre histoire de pécheresse remplace celle de la femme" adultère, qu'aucun des évangiles officiels n'avait retenu, mais que les rédacteurs évangéliques ont dû connaître.

Grande est la perplexité où l'exégèse chrétienne a été jetée par le quatrième évangile (xiv, 8-9), qui signale aussi une onction faite à Bélhanie, comme celle de Marc, mais chez Lazare, et par Marie sa. sœur, six jours avant la pâque. Pour échapper aux difficultés qui naissent de la comparaison des textes, certains commentateurs anciens ont admis trois onctions faites par trois personnes dilTérenles ; d'autres, au contraire, ont pensé tout simplifier en ne recon- -naissant dans les' quatre évangiles qu'une seule onction faite par Marie sœur de Lazare ; la plupart des interprètes latins depuis Augustin admettent deux onctions, qu'ils attribuent à cette Marie, et, depuis Grégoire le Grand, ils identifient celle-ci à Marie la Magdalène. Les récits se prêtaient à toutes les confusions, sauf pourtant à la dernière ; car Marie la Magdalène, dans Marc et dans Matthieu, n'est pas la femme de l'onction ; dans Luc, elle n'est pas la pécheresse ; et chez Jean, elle n'est pas Marie de Bélhanie. Mais notre évangile, en oniettant la scène de l'onction dans les récits hiérosolymitains, et en en transposant certains traits dans l'histoire de la pécheresse, semblait avoir admis l'identité des deux femmes et

^"^ El voilà qu'une femme, [qui était] péclieresse en la ville,

sachant qu'il était à table dans la maison du pharisien,

apporta un flacon de parfum, •8 et se plaçant derrière (lui), près de ses pieds, en pleurs, '

se mit à arroser de larmes ses pieds;

et avec les cheveux de sa lête elle les essuyait ;

elle baisait ses pieds,

et elles les oignait de parfum.

des deux onctions. Il n'en est rien au fond, et le procédé témoignesimplement d'une belle indifférence à l'égard de ce qui est simple matière de fait, sans que l'auteur ait professé une opinion arrêtée pour ou contre l'identification dont il s'agit. Du reste, le récit de l'onction dans Marc n'est pas moins fictif que le récit de la pécheresse dans notre évangile (voir Marc, SSy-Sgi).

a Or l'un de pharisiens le pria de manger chez lui ». — Aucune détermination locale ni chronologique : l'histoire se passe dans une certaine ville, un certain jour que Jésus dînait chez un certain pharisien. Celui-ci ne paraît pas animé de mauvaises inlentions.Le rédacteur construit sa mise en scène sur un type qui lui est familier (cf. XI, 37 ; XIV, i). On peut supposer que la ville est Capharnaûm ou une bourgade quelconque de Galilée. — « Et étant entré dans la maison du pharisien, il se mit à table ». — Pour l'intelligence de ce qui va suivre, il faut se représenter les convives étendus sur des divans, autour de la table, à la manière antique.

«Et voilà qu'une femme qui était pécheresse en la ville y^. — La mention de « la ville » pourrait trahir une influence soit du récit de la femme adultère, soit du récit de l'onction dans Marc, à l'égard desquels « la ville » serait Jérusalem. L'emploi du mot « pécheresse » ne doit pas faire illusion sur les antécédents de la personne ; l'auteur dit « pécheresse » (à[;LapTa)Xô;)pour ne pas dire « prostituée » (irôpv-fi ; cf. VII, 29, 34, et Mt. xxï, 3i-32) ; j)ar conséquent il est risqué d'en inférer que la « pécheresse » n'était pas « une prostituée de bas étage » (LAGRANGE,228),et l'emploi du mot « pécheur » au sens de « païen » n'a rien à voir avec le cas présent. Les mots : « qui était » (•/)Tiç T|v) sont suspects (ils manquent dans le ms. D, et ils viennent ailleurs tantôt avant tantôt après êv tyi -kôIbi ), et pourraient bien avoir été ajoutés pour que la femme ne semblât pas être encore actueller ment en profession de « pécheresse », l'auteur ayant écrit : «Et voici qu'une femme, pécheresse en la ville, — ayant su qu'il était à

LUC, vir, 39 231

^^ Ce que voyant, le pharisien qui l'avait invité se dit :

« S'il était prophète, il saurait qui et quelle est la femme qui le touche, (et) que c'est pécheresse. »

table dans la maison du pharisien, apporta -un vase de parfum >; . — Ce vase donnerait à penser que la femme a prémédité son acte, s'il y avait lieu d'en rechercher les mobiles, et si le parfum ne venait pas du récit de l'onction dans Marc. On pourrait supposer que la femme vient témoigner sa reconnaissance pour le pardon de ses péchés; mais les péchés ne sont pardonnes qu'à la fin du récit (vu, 47)- Elle s'est introduite dans la salle du festin à la faveur du tumulte et de la liberté qui accompagnent en Orient les grands repas.— «Et se tenant par derrière, près de ses pieds », — ce qui s'explique aisément par la position des convives, dont les pieds découverts sont en arrière de la table, — « pleurant, se mit à arroser de larmes ses pieds », — les pieds nus de Jésus, qui avait, comme les autres convives, déposé ses sandales à l'entrée de la salle du festin. On doit supposer que la femme, agenouillée et courbée sur les pieds du Christ, pleure abondamment. — « Et elle les essuyait avec les cheveux de sa tête », — que l'on doit supposer dénoues ; — « elle baisait ses pieds et les oignait de parfum ». — Le narrateur paraît admettre que la femme ne s'était pas proposé seulement de baiser les pieds de Jésus, mais premièrement de les laver avec ses larmes, pour les oindre ensuite de parfum. La femme n'ose pas répandre sur la tête de Jésus le contenu de son vase d'albâtre, comme la iemme de l'onction dans Marc, ou plutôt la combinaison de l'onction avec l'effusion des larmes aura engagé le narrateur à faire répandre le parfum sur les pieds comme par un surcroît d'honneur, on peut dire par un sentiment de culte religieux, car l'onction des pieds n'était pas d'usage ordinaire. Le baiser n'est pas seulement pour les Orientaux une marque d'affection, c'est aussi une marque d'honneur : baiser les pieds est un signe d'entière soumission ; la pénitente, dont nul aupal'avant n'avait soupçonné qu'elle pût avoir l'intention de changer de vie, vient honorer Jésus en s'humiliant elle-même, et ses larmes attestent son repentir.

« Ce que voyant, le pharisien qui l'avait invité se disait en luimême y, — étonné que Jésus reçût l'hommage d'une telle créature : — «S'il était prophète », — le ms. B a : « le prophète », ce qui serait

232 LUC, vn. 40-41

*" Et prenant la parole, Jésus lui dit : « Simon, j'ai quelque chose à te dire ». Et lui : « Maître, parle », dit-il.

^1 « Deux débiteurs étaient à certain {)rêteur : l'un devait cinq cents deniers, .

et l'autre cinquante.

une désignation du Messie (cf. J.v. i, 21, aS ; vi, t4 ! vu, 4o) : mais l'article paraît avoir été interpolé pour obtenir ce sens, — « il saurait qui et quelle est celte femme qui le touche », — il saurait — « que c'est une pécheresse ». — Non qu'un prophète soit obligé de tout savoir, mais un ami de Dieu doit se connaître ert hommes, discerner les bons des méchants, les justes des pécheurs, et ne pas se commettre avec les personnes de mauvaise vie La réflexion du pharisien n'est pas nécessairement une marque de malveillance ou de mépris, elle peut aussi bien traduire une sorte de déception. Mais Jésus, en lui expliquant la conduite de la femme, va lui montrer qu'il connaît et la condition et les sentiments de la malheureuse qui pleure derrière lui, et le doute qui s'est levé dans l'esprit de son hôte.

« Et prenant la parole, Jésus lui dit : « Simon, j'ai quelque chose à te dire ». — ^^ Façon de parler conforme aux habitudes de la politesse orientale, et qui ne contient aucune ironie : Jésus demande la parole, et son hôte, non moins poliment, en l'appelant « maître »• (StSâaxaXs), l'invite à la prendre. — « Maître, parle » dit-il». — 11 n'apparaît pas autrement que ce petit jeu de dialogue, imaginé par le rédacteur évangélique, soit empreint de froideur. L'auteur avait oublié de nous direque le pharisien eût nom Simon; s'il s'en avise maintenant, ce doit être par influence du récit de l'onction dans Marc. Il résulte par ailleurs de ce dialogue que l'hôte de Jésus est un simple pharisien, comme il a été dit d'abord, non un docteur, puisque Jésus l'appelle par son nom ; c'est même pour le besoin du dialogue qu'on lui en a donné un.

Suit la parabole, proposée en manière de question au pharisien. — «Deux débiteurs étaient à un créancier », — pour des sommes inégales, mais tous deux également insolvables : — «l'un devait cinq cents deniers, et l'autre cinquante» — seulement; — «comme ils n'avaient pas de quoi payer », — le créancier, exemple rare chez les prêteurs, ef qui a dû toucher d'autant plus les débiteurs, — « leur fît grâce de tout». — Le cas n'est pas chimérique, mais il pourrait bien avoir

*^ Gomme ils n'avaienl pas de quoi rembourser, à (ous deux il fit

[remise :

lequel donc davanlag-e l'aimera?

^' Répondant, Simon dit : « Je pense que c'est celui à qui davantage il a remis. » Et il lui dit : « Bien tu a jugé. »

^té conçu, d'après quelque dicton sur la proportion de la reconnaissance au bienfait, en vue de l'application voulue par l'auteur, Dieu étant le créancier envers lequel tous les hommes ont conlraclé une dette plus ou moins considérable en proportion de leurs péchés. Jésus ne tire pas lui-même la conclusion de la parabole, il demande au pharisien ce qu'il pense du cas. — « Lequel donc l'aimera davantage ?»

Le pharisien fait la réponse qui convient, mais sur an ton modeste, comme s'il laissait à son interlocuteur le droit d'être de l'avis contraire. — « Répondant, Simon dit : « Je pense que c'est celui à qui il a fait plus grande grâce » . Et il lui dit : « Tu as bien jugé ». — Jésus approuve la réponse parce qu'elle est vraie, non pour insinuer que celui qui l'a faite s'est condamné lui-même. Jusqu'à présent Jésus et le pharisien font un assaut de politesse où l'on dirait que l'auteur s'est complu. Ce que le Christ va dire ensuite peut s'entendre en manière de critique à l'égard du pharisien, qui aurait manqué de rendre à Jésus tous les honneurs convenables. Mais c'est que l'histoire est mal construite, et l'on s'en apercevra de plus en plus à mesure qu'on avancera vers la fin . En dépit des apparences, l'antithèse qui va être établie entre la conduite du pharisien et celle de la femme ne porte pas sur des obligations de civilité que l'hôte aurait négligées et dont la femme se serait acquittée à sa place, mais sur les témoignages d'amour reconnaissant qui sont en rapport avec la situation de la femme vis -à- vis de Dieu et de son représentant, situation qui n'est pas celle du pharisien. Celui-ci n'est pas censé avoir été incivil envers Jésus, et le Christ n'est pas censé non plus avoir l'incivilité de le réprimander chez lui, bien que l'antithèse ait l'air d'être développée à son désavantage (cf. JiÏLicHER, Die Gleichnisreden Jesu, 1899, II, 296).

(( Puis, se tournant vers la femme, il dit à Simon : « Vois-tu cette femme ?» — Il y a motif à sa conduite envers moi, qui est diflérente de la tienne. — « Je suis entré dans ta maison, tu n'as pas versé d'eau sur mes pieds ». — Le lavement des pieds était d'usage et quasi de néces-

234 LUC, vil, 44-47

*^ Et se lournanl vers la femme,

il dit à Simon :

« Vois- tu cet te femme?

Je suis entré dans ta maison :

eau sur les pieds tu ne m"as pas versée;

mais elle de ses larmes a arrosé mes pieds,

et avec ses cheveux les a essuyés, f ^ Baiser tu ne m'as pas donné ;

mais elle depuis que je suis entré

n'a pas cessé de baiser mes pieds.

" D'huile ma tète lu n'as pas oint ; ~ mais elle de parfum a oint mes pieds. *' C'est pourquoi, je te dis,

sont remis ses péchés (si) nombreux,

parce qu'elle a aimé beaucoup ;

mais celui à qui peu est remis

peu aime. »

site pour les convives arrivant de voyage, mais non poui* tout invité ;. le pharisien a donc pu s'en dispenser, mais, ce qu'il n'a pas fait, lafemme l'a fait. — « Mais elle m'a arrosé les pieds de ses larmes, et elle les a essuyés de ses cheveux » . — Ses larmes ont donc remplacé l'eau pour le lavement des pieds, et ses cheveux ont leiiulieu de linge poui'les essuyer. Image plus facile à concevoir qu'à réaliser. — « Tu ne m'as pas donné de baiser ». — Le baiser non plus n'était pas donné à tout le monde. — « Mais elle, depuis que je suis entré, n'a pas cessé de me baiser les pieds ». — Jésus dit r « depuis que je suis entré » (elfffiXôov), parce que c'est à Tarrivée que le baiser aurait pu lui être donné par son hôte. La leçon : « depuis qu'elle est entrée » (eb-riX^ev, ms. L, mss. lat., etc.), paraît provenir de ce qu'on a jugé l'autre inexacte, la femme n'étant entrée qu'après Jésus ; maisle discours comporte exagération, et. il n'y a pas lieude relever le moment précis où la femme est entrée. En place du baiser au visage, que Thôle aurait, pu civilement donner, lalemmehumblement n'a pas cessé de baiser les pieds du Christ. Antithèse qui va bien aussi à écrire, mai& on ne conçoit, pas que l'hôte eût pu et dû faire ce que fait la femme. — « Tu n'as pas oint d'huile ma tête ». — Une telle onction n'avait lieu que dans les grandes occasions. — « Mais elle a oint de parfum mes pieds». — Antithèse littéraire, non moins artificielle que les.

LUC, VII, 48-80 23v>

" El à elle il dit ;

« Sont remis tes péchés ».

^^ Et se mirent les convives à dire en eux-mêmes :

« Qui est-celui-ci, pour remettre même les péchés ? » •"^ Mais il dit à la femme :

« ïa foi t'a sauvée ;

va en paix. »

précédentes. — « C'est pourquoi, je te dis, ses nombreux péchés sont remis, parce qu'elle aime beaucoup». — Ce n'est pas précisément ce qu'on attendrait ; et,' pour que l'amour ne soit pas le principe de la justification, les théologiens protestants se sont eflbrcés de traduire : « puisqu'elle aime beaucoup », traduction que ne favorise pas la construction grammaticale, mais qui serait plus conforme au sens de la parabole et au contexte immédiat : — « mais celui à qui peu est remis peu aime ». — Dans les deux cas, l'amour sei'ait la conséquence du pardon, et la conclusion du discoui's serait en harmonie avec la parabole. Mais l'évangéliste ne paraît pas l'avoir ainsi compris, et la conclusion de l'histoire y contredit.

« Et il dit à elle-même », — ce qui précède s'adressant au pharisien ;

— « Tes péchés sont remis ». — Jésus pardonne au nom de Dieu, comme dans le cas du paralytique (v, 20), et le scandale des assistants est le même (cf. v, 21). — « Et les convives se mirent à dire en eux-mêmes : « Qui est-il, pour remettre les péchés. » — Sur quoi Jésus dit à la pécheresse repentie ce qu'il dira bientôt à l'hémorroïsse (viit, 48). — « Mais ilditàla femme : « Ta loi l'a sauvée ; va en paix ».

— Conclusion doublement artificielle ; mais le corps du récit ne l'étant pas moins, l'incohérence qui se remarque dans l'application de la parabole doit commencer avec la première déclaration (vu, l^j)', « Ses péchés sont remis parce qu'elle a aimé beaucoup », et non seulement avec la seconde (vti, 4^) : « Tes péchés sont remis » . Une incohérence analogue se retrouvera entre la parabole du Samari" tain et la règle qu'elle est censée illustrer ; ce qui montre que l'évangéliste n'y regardait pas de si près.

11 est donc inutile' de lui prêter ici l'idée d'un double rapport entre l'amour de la. pécheresse et la rémission de ses péchés, comme si l'amour était censé à la f ois cause et eflét du pardon. En aucune hypothèse l'application de la parabole n'est en équilibre, puisque, nonobstant la part qui est faite au pharisien dans le développement de

:236 Lua -VIII, 1

""■ Et advint ensuite

qu'il s'en allait, par ville et village prêchant et annonçant le royaume de Dieu ; et les Douze étaient avec lui,

l'antithèse qui prépare la conclusion, le pharisien n'est pas et ne peut pas être visé comme un pécheur qui se trouverait témoigner moins d'amour au Christ, parce qu'il n'a pas eu autant de péchés pardonnés. Dans l'ajustement du récit à la parabole, le pharisien n'est pas un demi-pécheur qui aurait négligé de mériter par des marques spéciales d'amour le pardon que Jésus aurait pu lui accorder ; tout au plus pourrait-on dire que l'ensemble du récit laisse deviner une arrière-pensée analogue à l'idée que fait valoir là parabole du Phai'isienet du publicain : comme l'humble publicain obtient son pardon, et que le pharisien qui a étalé ses mérites dans sa prière reste ce qu'il était auparavant, de même la pécheresse obtient un pardon qu'elle a mérité, et le pharisien Simon reste ce qu'il était, un homme content de lui-même et médiocre en charité. Il n'en reste pas moins que toute la combinaison est mal venue, et l'on n'a pas à rechercher derrière cette élucubration de l'évangéliste une histoire de pécheresse, ou seulement une parabole authentique, dont notre auteur aurait dérangé léquilibre par ses combinaisons rédactionnelles. Il y a bien une parabole que l'évangéliste s'est appropriée, mais dont on ne saurait dire si elle a été employée par Jésus (cf. Bultmann, io) ; l'histoire d'une pécheresse oignant Jésus de parfum peut être admise, mais conjecturalement, et comme étant d'abord présupposée au récit de l'onction dans Marc.

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