‹ L'évangile selon LucChapitre 28 sur 80 · XXVII. Les vrais parents du Christ · texte numérisé non relu

XXVII. Les vrais parents du Christ

L'évangéliste a volontairement abrégé le récit de Marc en le transposant, et tout d'abord il omet le motif assigné dans le second évangile (ni, 2i) à la démarche de la famille. Renvoyant l'affaii^e de Beelzeboùl et la demande de signe après le départ de Galilée, il a dû placer plus tôt l'intervention des parents, et il a jugé que le discours des paraboles, qui la suit.immédiatement dans Marc, lui fournissait une occasion analogue à celle qu'indiquait celui-ci. Bien qu'il ait laissé tomber la mise en scène.de Marc, et que la parabole du Semeur soit pi'ononcée dans un endroit quelconque au milieu d'une grande foule, il .montre lia famille « dehors » (vni, Qo), ce qui n'a de signification que dans le cadre du second évangile, d'autant que l'explication du Semeur, non destinée à la foule, ne suppose plus que la présence des disciples, en sorte que la famille devz'ait pouvoir s'approcher de Jésus. Le vague de la description, où la foule est à la fois présente et absente, permet la combinaison, mais n'en dissimule pas l'artifice.

« Or sa mère et ses frères vinrent le tx'ouver », — Mai'c (iii, 3i)^ ayant signalé plus haut la démarche, disait : « Et arrivent sa mère et.

'^Etlui, répondant, leur dit :

« Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent.

ses frères » ; la famille, arrêtée par la foule devant la maison, iaisait transmettre son message à Jésus dans l'intérieur du logis. Noti-e auteur abrège ces détails, — » Et ils ne pouvaientle joindre à cause de la foule; mais on l'avertit : « Ta mère et tes (Vères sont là dehors, Youlant te voir ». — Marc (m, 32) : « Voici dehors ta mère et tes frères, qui te demandent ».

Notre auteur abrège aussi la réponse de Jésus; il supprime d'abord la première réplique (Me. ui, 33) : « Qui est ma mère et qui sont mes frères? » puis le regard de Jésus sur ceux qui l'entourent, et la déclaration : « Voici ma mère et mes frères.» (Me. lu, 34) ; et s'il retient la sentence essentielle (Me. m, 35) : « Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, et ma sœur et ma mère », il ne laisse pas de l'atténuer quelque peu dans la forme : — « Et répondant il leur dit : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent». — La mention de la parole, au lieu de la volonté divine, est pour le raccord de l'anecdote au précédent discours, dont elle ferme pour ainsi dire le cadre et achève l'enseignement (cf. VI, 47-4,9)' Mais les omissions sont dues beaucoup moins au désir d'abréger qu'au souci d'écarter les traits qui impliqueraient un blâme ou un désaveu à l'égard des parents. Cette suppression, il est vrai, se trouve insuffisante pour l'objet qu'on se propose; mais il semble que, dans l'intention de l'évangéliste, la déclaration concernant la parenté spirituelle ne doive pas être comprise en un sens défavorable aux parents naturels. Les deux parentés ne sont point ici en opposition, bien que l'évangéliste ne se soit pas avancé jusqu'à dire expressément que la lamille naturelle était aussi bien à comprendre dans la famille spirituelle .

L'anecdote n'en a pas moins pris un caractère tout idéal, en perdant les traits vivants et réalistes qu'y donnait Marc. Il est vrai que, déjà dans Marc, le point culminant de l'anecdote est la sentence finale (Me, m, 35), en vue de laquelle l'anecdote pourrait bien avoir été construite (Bultmann, i5 ; contre M, Dibelius, Formgeschiùhte, ag, Sa), ce qui lui enlèverait le caractère d'historicité en tant que trait spécial de la vie de Jésus, et pourrait compromettre môme sa signiûcation générale quant à l'attitude des pai'ents à l'égard du. nouveau prédicateur (Me. m, ai).

248 LUC, Yiii, 22-24

22 Or advint, un cerlainjour,

qu'il monta en barque ainsi que ses disciples ;

et il leur dit:

« Passons à l'autre bord du lac » ;

et ils démarrèrent.

23 Mais, pendant qu'ils navig-uaient, il s'endormit. Et descendit tourbillon de vent sur le lac ;

et ils étaient. envahis et couraient danger. 2* Ets'étant approchés, ils l'éveillèrent, disant: « Maître, maître, nous périssons ! »

Et s'étant levé, il taniça le vent et Ja houle de l'eau, et ils s'apaisèrent, et il y eut calme,

XXV IL La tempête

Ayant changé la mise en scène du discours des paraboles et rattache à ce discours la dénxarche de la famille, notre évangéliste a dû changer de môme" les préliminaires du miracle de la tempête apaisée. Dans Marc(iv, 34-35), Jésus, qui était dans une barque sur le lac pour prononcer le discours des paraboles, n'a, le soir venu, qu'à donner à ses disciples l'ordre de partir pour l'autre rive, et durant la traversée il s'endort. La combinaison de Max^c peut être artificielle, elle ne manque pas de logique. Le récit dans Luc ne lient plus à rien, et il faut d'abord mettre Jésus dans la barque. — « Or advint, un certain jour, qu'il monta en barque ainsi que ses disciples, et il leur dit », — comme dans Marc (iv, 34) • — « Passons à l'autre bord du lac ». Et ils partirent ». — L'auteur n'a pas à mentionner les cii'constances où s'arrête Marc (iv, 36), et, avant d'en venir à la tempête, il signale le sommeil de Jésus, mais sans les précisions de Marc (iv, 38).

« Or, pendant qu'ils naviguaient, il s'endormit. Et il descendit un tourbillon de vent sur le lac ». — Marc (iv, 3;;) : « Et il survint un grand tourbillon de vent )). Notre auteur dit : « descendit», soit à raison de la situation du lac, encaissé entre des hauteurs. Soit parce que l'esprit de la tempête vient d'en haut (cf. ix,55). — « Et ils étaient envahis et couraient danger». — Marc : « Et les vagues envahissaient la barque, en sorte que la barque était déjà remplie ». — « Et s'étant approchés, ils l'éveillèrent, disant : « Maître, maître, nous péx'issons ! ». — Appel plus pressant que dans Marc (iv,38), mais

LUC, viii, 25-26 249

36 El il leur dit :

Où est votre foi ?»

Mais effrayés, ils s'étonnaient, se disant entre eux ; (i Qui donc est-il,

pour commander aux vents et à l'eau et en être obéi ?»

** Et ils abordèrent au pays des Géraséniens, qui est en face de la Galilée.

■d'où est éliminée la nuance de reproche : « Maître, n'as-tu pas souci de ce que nous périssons?» — « Et s'étant levé, il menaça le vent et la houle de l'eau », — Marc (iv, Sg) : « il menaça le vent et il dit à la mer : « Silence, tais-toi ». — « Et ils s'apaisèrent, et il y eut calme ».

— Marc : « et le vent s'apaisa, et il se fit grand calme». — « Et il leur dit : « Où est votre foi? » — Atténuation de Marc (iv, ^o): « Pourquoi -êtes-vous craintifs ? N'avez-vous pas encore de loi ? » — Mais, pas plus que dans Marc, le cri de détresse des disciples n'est compris en recours inspiré par la confiance.

« Mais, efirayés, ils s'étonnaient ». — Marc (iv, 4i) : « Et ils furent saisis d'une grande frayeur ». Matthieu (vm, 27) : « Et les hommes ■s'étonnèrent ». Notre passage semblerait donc dépendre de Mare et de Matthieu ; mais, si l'hypothèse d'une rencontre fortuite n'est pas très probable, on peut supposer que les deux évangélistes plus récents ont connu et Marc et la source dont dépend Marc lui-même.

— « Se disant entre eux : « Qui donc est-il, pour qu'il commande et aux vents et à l'eau, et qu'ils lui obéissent ?» — Paraphrase de Marc : « Qui donc est-il, pour que même le vent et la mer lui obéis- :sent ? »

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