‹ L'évangile selon LucChapitre 32 sur 80 · XXXIII. La multiplication des pains · texte numérisé non relu

XXXIII. La multiplication des pains

« Et étant revenus, les apôtres lui l'acontèrent tout ce qu'ils avaient fait». — D'après Marc (vi, 3o), avec omission de ce que dit celui-ci. (vi,3i) touchant le motif qui détermine Jésus k emmener ses disciples. Dans notre évangile, on pourrait croire que le Christ s'éloigne avec les siens parce que letétrai'que a désir de le voir. Et

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1^ Mais les foules, l'ayant su, le suivirent. El les ayant accueillis, il leur parlait du royaume de Dieu, et à ceux qui avaient besoin de guérison il rendait la santés

cet effet de perspective pourrait être dû à l'influence du document qui est à la base de Marc, à moins que ce ne soit une atténuation dece que Luc lui-même disait peut-être en cet endroit d'après ce document (cf. xm, 3i-33, et Marc, 187). — « Et les prenant avec lui, il se retira à l'écart, vers une ville appelée Bethsaïde ». — La différence de mise en scène s'accentue relativement à Marc (vi, 82), qui parlede départ en barque vers un lieu désert, sans auti'e désignation. Notre auteur s'avisera seulement plus loin (ix, lu) qu'il a oublié ledésert, si toutefois il n'a pas senti lui-même ce qu'avait d'un? peu incohérent et risqué la mention d'un lieu désert à côté de Belhsaïde. Il semble vouloir faire entendre que le voyage se fait par terre. La localisation du miracle auprès de Betlisaïde pourrait provenir de ceque Bethsaïde est, dans Marc (vi, 45), l'endroit où les disciples doivent se rendre après la multiplication des pains ; Bethsaïde reparaît encore, dans Marc (vni,aa), avant la confession de Pierre, que notreévangile rattache à cette multiplication.

« Mais les foules, l'ayant su, le suivirent ».. — Simplification de Marc (vi, 33), où, plusieurs ayant vu Jésus s'embarquer, et deviné ou il va, les gens de la région le devancent par terre en cet endroit. Ici les gens ont l'air de venir en foule sur les pas de Jésus et de se trouver assemblés devant lui quand il s'arrête. — « Et les ayant accueillis, il leur parlait du royaume de Dieu » . — C'est ce que dit Mai-c (vi, 34), mais en signalant la pitié qu'a Jésus pour ces brebis sans berger. Notre auteur n'ayant pas dit que les apôlreseussent besoin de repos, c'est seulement un projet de retraite qui semble dérangé. — « Et il rendait la santé à ceux qui a valent besoin de guérison ». — C'est ce qu'on lit dans Matthieu (xiv,i4), qui neparle pas d'enseignement avant la multiplication des pains. Notre récit paraît donc associer les indications de deux sources différentes ; mais enseignement et guérisons vont souvent ensemble dans nosrécits (cf. IX, !>,, 6 ; X, 9).

« Or le jour commençait à baisser ». — Marc (vi,35) : « Et l'heure étant déj à fort avancée ». — « Et s'étant approchés, les Douze », — Marc : « ses disciples », — « lui dirent : « Congédie la foule ». — Dans Marc, les disciples disent d'abord que le lieu est désert et qu'il .se fait tard. — « Afin que, s'en allant dans les villages et les cam-

1* Or le jour commençait à décliner ;

et s'approchant les Douze lui dirent :

« Congédie la foule,

afin que, s'en allant dans les villages et campagnes d'alentour,

il prennent gîte et trouvent nourriture ;

car ici en lieu désert nous sommes. »

^3 Mais il leur dit :

« Donnez-leur à manger vous-mêmes. »

Et ils dirent : «T>^ous n'avons pas plus

de cinq pains et deux poissons,

à moins que nous n'allions nous-mêmes

acheter des vivres pour tout ce monde. », 1* Car ils étaient environ cinq mille hommes. Il dit à ses disciples :

(( Faites-les étendre par rangées d'environ cinquante. » ^^ Et ils agireni ainsi et les firent étendre tous.

pagnes d'alentour, ils prennent gite ». — Ni Marc ni Matthieu ne parlent de logement, et les gens pouvaient s'en passer, comme Jésus et ses disciples, plus facilement que de vivres. — « Et trouvent de la nourriture, parce qu'ici nous sommes en lieu désert», — où l'on manque de ce qu'il faudrait.

<( Et il leur dit : « Donnez-leur à manger vous-mêmes ». — Cet ordre amène dans Marc (vi, 37-38) un jeu de dialogue que notre auteur a simplifié dans la réponse des disciples en en retenant les données. — « Et ils dirent : « Nous n'avons pas plus de cinq pains et deux poissons, à moins », — hypothèse qu'on doit supposer peu facile à réaliser et qui est présentée plutôt en objection discrète, — « que nous n'allions nous-mêmes acheter des vivres pour tout ce monde ». — Pour montrer la portée de l'objection, le narrateur indique ici la quantité de la foule, que Marc (vi, 44) signalait seulement à la fin du récit. — « Car ils étaient environ », — Marc n'a pas : « environ » — « cinq mille hommes » .

Jésus ne s'arrête pas à cette difficulté, — « Et il dit à ses disciples : a Faites4es étendre par rangées de cinquante chacune ». — Mise en discours de ce que dit Marc (vi, Sg) : « Et il leur commanda que tous s'étendissent par groupes », littéralement:» par tablées », « sur l'hei'be verte ». Marc (vi, 4o) ajoute : « Et ils se mirent par rangées de cent et de cinquante ».. — « Et ils agirent ainsi et les firent

" Or, ayant pris les cinq pains et les deux poissons,

le regard au ciel, il les bénit, les rompit

et les donna aux disciples pour les servir à la foule. ^' Et ils mangèrent et furent rassasiés tous,

et l'on emporta de leurs restes douze corbeilles de morceaux. " Et advint : comme il était à prier en parliculier,

ses disciples étaient avec lui,

et il les interrogea, disant :

« Qui les foules disent-elles que je suis ? »

tous étendre ». — Le dei*nier membre de phrase est omis dans quelques témoins (dont ms. D).

« Et ayant pris les cinq pains et les deux poissons, le regard au ciel ». — Aucun des trois synoptiques n'omet ce regard au ciel, qui sans doute accompagne rituellement les paroles eucharistiques . — « Il les bénit, rompit». — La fraction ne peut concerner que les pains, et Marc (vi, 4i) a soin de le noter ; notre auteur paraît vouloir signifier que la multiplication des pains et poissons l'ésulte de la. bénédiction. — « Et donna aux disciples pour les présenter à la foule ». — Marc ajoute à part la distribution des poissons. — « Et ils mangèrent et furent rassasiés tous. Et l'on emporta de leurs restes », — pour ^'expression, dans ce dernier trait, Luc se rappi'oclie davantage de Matthieu (xtv, 20), — « douze corbeilles de morceaux », — ce qui s'entend par rapport aux pains (xXà(7(jt:aTa). Marc ajoute, comme en surcharge : « ainsi que des poissons ».

Dans le troisième évangile comme ailleurs, ce récit de la multiplication des pains est compris en prototype de la cène chrétienne, et c'est dans ce sens qu'il paraît dès l'abord avoir été conçu (voir Marc,. ig'i-igS) : mythe d'un culte où, tout en commémorant dans le repas mystique la mort et la résurrection du Seigneur, l'on n'entend pas encore figurer au naturel cette mort-saciùfice dans la fraction du pain et la distribution du vin. C'est l'eucharistie de ceux qui rompent le pain en remerciant le Père « pour la vie et la science qu'il leur a fait connaîti'e pas son serviteur Jésus » (Didaché, ix, 2 ; x, 2).

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