EUG, IX
■"^^ Et UHie voix vint de la nuée, disant :
œ Celui-ci est mon fils élu ;
écoutez-le. »
"38 Et quand passa la voirx, Jésus se tpoava seul.
Et eux se turent,
et à personne ils ne racontèrent, en ce leraps-là,
rien de ce qu'ils avaient vu.
Marc (ix, 6), est maladroitement transposé. Dans Tespi^t de la narralion première, l'apparition de la nuée et la voix céleste sont des ph.énomènes simultanés, qu'il ne fallait pas séparer. Dans la combinaison de notre auteur, Moïse et Elie partaient quand Pierre a pi'is la parole, et ils ne sont pas restés dans la nuée, si tant est qu'ils y soient entrés ; l'évangéliste aura soin de noter que Jésus est seul quand la voix se fait entendre ; tant paraît âonc arrangé pour que les disciples ne puissent se méprendre sur la personne à qui s'adresse la parole du Père. 11 n'^apparaît pas que la nuée soit venue pour emporter Moïse et Elle, qui éCaîenï bien venus sans elle, ni que Moïse et Elie soient dans la nuée d'où se tait entendre la voix de Dieu ; encore moins voit-on l'a nécessité d'admettre que les disciples, entrant dans la nuée, sont eflrayés d'y voir entrer les personnages célestes. La nuée vient pour envelopper la manifestation de Dieu, et de là résulte l'effroi.
« Et une voix vint de la nuée, disant: a Celui-ci est mon fîls élu ». — Marc : « Mon fils bien-aimé ». « Elu » (cf. xxrii, 35) est en rapport avec Isaïe(xLii, i ; cf. Mt. xn, i8) ; c'est le nom du Messie dans les paraboles d'Hénoch;. — «Ecoutez-le ». Et quand vint la voix, Jésus se trouva seul ». ■ — Quand la voix se produisit (èv tw •yevs'ffôat tt,v (pwvTJv), il se trouva que Jésus était seul. Ce ne doit pas être pour rien que notre auteur ne dit pas avec Marc (ix, 8) : « Et aussitôt, regardant à l'entour, ils ne virent plus personne que Jésus seul avec eux » . La voix ne peut concerner que lui, parce qu'il est seul au moment où Dieu désigne son grand envoyé, dont Moïse et Elie ne sont que les témoins et les précurseurs. Notre auteur n'a pas non plus jugé à propos de retenir la défense, faite aux disciples par Jésus, de raconter l'événement avant sa résurrection, ni la perplexité des disciples devant cette recommandation (Me. ix, 9-10) ; il parle seulement du silence gardé. — « Et ils se turent, et ils- ne communiquèrent à pevsonne, en ce temps-là, rien de ce qu'ils avaient vu ». — La notice n'en fait pas moins écho à Marc : « Il leur délendit de raconter à personne ce qu'ils avaient vu, si ce n'est quand le Fils de l'homme serait ressus-
3' El le jour suivant, comme ils descendaient de la mon-
[tagne^
à sa rencontre se porta foule nombreuse ; 38 et voilà que de la foule un homme cria, disant :
« Maître, je t'en prie, regarde mon fils ;
car il est mon unique (enfant).
3" Et advient qu'un esprit se saisit de lui,
aussitôt crie, le met en convulsions avec écume ;
et h grand'peine le quitte-t-il, après l'avoir brisé, ^o Et j'avais prié tes disciples de le chasser,
et ils n'ont pas pu. »
cité des morts ; et ils gardèrent la défense ». Conclusion qui trahit 1er cai'actère non historique du récit.
L'auteur omet ensuite ce qu'on lit dans Marc (ix, ii-i3) touchant Elie et sa venue, parce que la mission de Jean a été définie auparavant (vu, i8-35J, et qu'il ne veut rien savoir de l'apparition d'Elie en' la personne du Baptiste. Il convient de rappeler ici que ce récit de la transfiguration paraît avoir été originairement une vision du Christ ressuscité, anticipée dans Marc entre la parole concernant la parousic prochaine (Me. IX, i) et celle qui concerne la venue d'Elie (Me. ix, ii-i3, saufla glose de la b), paroles qui, dans la source de Marc, suivaient immédiatement la confession de Pierre (cf. Marc, 259-264 ; BuLTMANN, 157). La conclusion même de Marc (ix, g) trahit la fiction; et inférer de celle de Luc (ix, 36), que les particularités du récit dans le troisième évangile sont des renseignements personnels, émanant de Jean ou de Jacques, serait d'une logique un peu téméraire en ses inductions. Il y aurait plutôt lieu de supposer que Luc ne pai'îait pas de la transfiguration.