‹ L'évangile selon LucChapitre 36 sur 80 · XXXVI. L'ÉPILEPTIQUE · texte numérisé non relu

XXXVI. L'ÉPILEPTIQUE

Le récit concernant la guérison de l'épileptique est abrégé relativement à Marc et pourrait faire supposer la connaissance d'une autre source ; mais le travail rédactionnel peut expliquer l'omission de presque tout ce qui regarde l'insuccès des disciples, ce qui donne au récit plus d'unité. On dirait que, préalablement à Marc, cette histoire avait été construite par combinaison de deux types : le miracle que ne peuvent produire les disciples et que réalise le maître, le thème de la demi-foi ou foi incrédule, personnifiée dans le père de

^^ Et répondant, Jésus dit :

« O génération incrédule et dépravée,

jusques à quand serai-je près de vous et vous]souffrii*ai-je ? amène ici ton fils. «

l'épileplique, et de la foi qui obtient' et réalise les miracles (Bui^t" .MANN, i3o).

« Or il arriva, le jour suivant », — indication relative à la mise en scène de la transfiguration pendant la nuit, — « comme ils descendaient de la montagne », — circonstance rattachée dans Marc (ix, 9) aux propos échangés entre Jésus et les disciples après la transfiguration, — « que vint à sa rencontre une grande foule », — Omission de ce qu'on lit dans Marc (ix, 14-16) touchant la dispute des scribes avec les disciples au milieu de la foule, la surprise de la foule en voyant Jésus, et la question de celui-ci à propos de la dispute.

« Et voilà que de la foule un homme cria, disant ». — Marc (ix, 17) : « Et un de la foule lui répondit ». — « Maître, je t'en prie, x'egarde mon fils, parce qu'il est mon unique enfant ». — Le dernier trait vient de notre évangéliste, qui a déjà présenté comme enfants uniques le ressuscité de Naïn (vu, 12) et la fille de Jaïr (viii, 42). Gomme chez Matthieu (xvii, i5), la description de la maladie, que Marc >(ix, 17-18, 20-22) disperse en deux endroits, est résumée dès l'abord dans le discours du père. — « Et un esprit se saisit de lui ». — Marc (ix, 19) dit, pour, commencer, que c'est « un esprit muet ». — « Aus- :sitôt crie, lui donne des convulsions avec écume ». — Les ciùs sont -empruntés au dénouement de l'histoire dansMarc (ix, 26), les convulsions à la crise qui va être décrite (ix, 42 ; Me. ix, 20). — « Et à grand'peine le quitte-t-il après l'avoir brisé ». — Anticipation de ce ■qu'on lit dans Marc (ix, 26) touchant la crise suprême qui aurait été provoquée par l'exorcisme de Jésus. Le démon est censé ne sortir qu'avec difficulté, parce que c'est en des convulsions violentes que ^s'achève la crise. — « Et j'avais prié les disciples de le chasser, et ils n'ont pas pu ». — C'est ce qu'on lit dans Marc (ix, 18) : « Et j'ai dit à tes disciples de le chasser », etc.

« Et répondant, Jésus dit : <^-0 génération incrédule et dépravée ». — Marc (ix, 19) a seulement : « O génération incrédule ». Matthieu ^xvii, 17) ajoute : « et dépravée ». Cette dernière épithète, qui n'était pas dans le texte de Marcion, pourrait avoir été ajoutée dans notre évangile d'après Matthieu. — «Jusques à quand serai-je près de vous et vous souftrirai-je ?» — On ne voit pas bien dans notre évangile ■où va l'apostrophe (voir Marc, 268) : la foule est tout à l'arrière-plan

*2 Or, comme encore il approchail, le démon le jeta par terre et l'agita de conATulsions ; mais Jésus menaça l'esprk impur, il guérit l'enfant et il le rendit à son père.

*8 Et tous furent stupéfaits du grand miracle de Dieu.

Mais pendant que tous étaient en admiration de tout c&

[qu'il faisait, il dit à ses disciples :

deïa perspective ; le père, qui recourt en eonfî'ance à Jésus, sans la nuance de doute qui le caractérise dans Marc, ne mérite aucun blâme etue pourrait être considéré coimue type de la génération incrédule ; dans cette hypotMse, le miracle aurait plutôt dû lui être refusé, ou remis, •comme dans Mare, après un acte de foi. Restent les disciples ; mais si l'auteur a pensé à eux, on s'étonne qu'il n'ait pas donné ensuite, d'après Marc (rx, 28-29), ^* raison de leur impuissance (cf. Mt. XVII, 19-20). Ce qui est clair, c'est que Jésus s'emporte contre le manque de foi de ceux qui l'entourent et se déclare comme dépaysé en pareil milieu ; il s'€xprim e ici comme unêlre divin égaré parmi les hommes et pressé de retourner aucieHBuLTMATVN, 96). — «Amène ici ton fils », — Dans Marc (cf. Mt. xvn, l'j) : « Amenez-le moi », l'ordre s'adresse à ceux qui entourent le possédé.

« Et comme il » — le possédé, — « s'approchait, le démon le jeta par terre et l'agita de convulsions » . — C'est, avec • de légères variantes, ce que dit Marc(ix, 20), mais en faisant ensuite engager sur le cas une conversation qui se prolonge entre Jésus et le père (Mc!. IX, 21-24), et que notre évangéliste a supprimée. — « Mais Jésus menaça l'esprit impur, il guérit l'enfant » — par cet exorcisme, — « et le rendit à son père », — comme il a fait pour le ressuscité de Naïn (vTi, i5) ; et l'impression de la foule est aussi la même qu'en cette occasion (vu, 16; il pourrait y avoir dans notre passage quelque influence de Me. vu, 87) . — (( Et tous furent stupéfaits du grand miracle de Dieu ». — Ce dénouement remplace la crise qui, dans Mare (ix, 26-27), précède la sortie du démon, renfant étant laissé comme mort, et Jésus le relevant en le prenant par la main. A toutes ces précisions notre auteur a préféré une pointe de sentiment,. et il omet l'explication que donne Marc à l'insuecès des disciples.

** «Prêtez bien l'oreille à ces paroles : c'est que le Fils de l'homme va être livré enoiains d'hommes. »

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