XXXVII. L'avenih du Fils re l'homme
Il en est quitte pour rattacher vaille que vaille à rétonnement de la foule la seconde pi'ophétie de la passion, qui, dans Marc, est complètement détachée du précédent récit par une notice oîi l'on montre Jésus traversant la Galilée et enseignant ses disciples (Me. IX, 3o-3i a). Pour notre évangéliste, qui a mis la transfiguration à proximité du lac de Tibériade, il n'y a pas lieu de ramener Jésus en Galilée, et l'incognito de Jésus ne lui aura pas semblé non plus à retenir.
«Or, tous étant en admiration de tout ce qu'il faisait», — remarque générale qui ne vise pas seulement le dernier miracle, mais l'ensemble des miracles galiléens, — « il dit à ses disciples », — comme pour les prémunir contre l'illusion que cette faveur populaire aurait pu leur donner au sujet de son prochain avenir : — « Prêtez bien l'oreille à ces paroles », — aux paroles que Jésus va dire, et dont cet .avis fait ressortir l'importance : — (( G.'est qu'en effet le Fils de l'homme va être livré en mains d'hommes ». — Marc (ix, 3i) : << Le Fils de l'homme est livré en mains d'hommes » ; mais Mare ajoute : c( ils le tueront, et, tué, après trois jours il ressuscitera ».0n n'a pas motif de supposer que notre évangile aurait gardé la forme piimitive de la prédiction ; il est bien plus prolsable que le rédacteur a conservé la proposition essentielle, en laissant tomber î-e reste, pour éviter une répétition, et que l'esorde : « Prêtez l'oreille ià ces paroles », fait une sorte de compensation a ce qu'il omet. La prédiction est ainsi présentée comme une sorte de mystère que les disciples sont inviîtés à retenir, mais qu'ils ne vont pas comprendre. Comme rantithèse paraît voulue entre l'admiration de la foule «t le sort que les 'hommes vont faire au Christ, il n'est pas indiqué d'entendre le mot « paroles » au sens de faits, comme si Jésus invitait les disciples à se souvenir, quand sa passion arrivera, des miracles qu'ils vienneni; de voir ; l'auteur ne paTaît pas songer à une leçon morale dont les disciples n'auraient pas su pi'ofiier encore, mais à une prédiction qui va leur être faite ot dont provis^vii^'ment ils me saisiront pas le sens. De quelque façon qu'on l'entend'e, la liaison est artificielle ; elle l'est surtout si « les paro'les «sont les faits antérieurs, la référence devenant presque littéraire, et l'idée subtile ; toutefois ce a'>est pas raison pour que l'évangéliste s'en soit abstenu.
280 LDC. IX, 4o-46
*5 Mais eux ne comprenaient pas celte parole, et elle leur était voilée, pour qu'ils ne l'entendissent point ; et ils n'osaient l'interroger au sujet de celte parole.
*^ Or leur vint idée (de savoir) qui était le plus grand d'entre eux;
«Mais eux ne compi'enaient pas cette parole». — Dans Marc (ix, 32) cette inintelligence des disciples n'a pas besoin d'explication, parce qu'elle leur est coutumière ;, notre auteur,- qui la signale exceptionnellement, en donne une raison qu'il juge propre à en écarter toute signiûcation défavorable. — « Car elle leur restait voilée, pour qu'ils ne l'entendissent point », — ou mieux peut-être ; « en sorte qu'ils ne l'entendaient pas »,le sens étant que, par la volonté de Dieu, la parole demeure pour eux enveloppée, obscure, si bien que, s'ils ne comprennent pas, ce n'est pas faute d'intelligence, c'est parce que la chose leur est rendue inintelligible. Et l'on est dispensé de demander comment Dieu a pu rendre inintelligible une prédiction aussi claire. — « Et ils n'osaient l'interroger au sujet de cette parole ». — Marc;« Mais ils ne comprenaient pas cette parole, et ils n'osaient pas l'interroger ».