‹ L'évangile selon LucChapitre 40 sur 80 · XL. Ce qui est exigé des disciples · texte numérisé non relu

XL. Ce qui est exigé des disciples

Viennent maintenant trois paroles censées dites par Jésus à des gens qui demandaient à le suivre ou qu'il appelait à sa suite. Les deux premières sont, dans Matthieu (viii, 19-22), rattachées au départ de Jésus pour la rive orientale du lac, après les premiers miracles

^8 II dit à un autre :

« Suis-moi. »,

Et celui-ci dit ; « Permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père. »

««El il lui dit:

« Laisse les morts enterrer leurs morts ; quand à toi, va-t'en annoncer le règne de Dieu. »

faits parle Ghinst à Capharnaûm. Notre auteur les rattache, un peu trop tard, au départ de Galilée ou plutôt' au départ pour la Judée; car on ne voit pas très bien comment des vocations se seraient produites en territoire samaritain. La combinaison ne laisse pas d'être intentionnelle, et elle pourrait avoir été suggérée par la source, où ces dits du Seigneur avaient leur place naturelle auprès du discours de mission, dont notre auteur va faire aussitôt le discours aux soixante-douze disciples.

« Et comme ils allaient )),-t- pour la perspective, Jésus et ses compagnons vont, du village où l'on a pas voulu d'eux, à un autre village où ils espèrent meilleur accueil, — « dans le chemin », — indication qui se rapporte plutôt à ce qui suit, comme pour localiser l'anecdote, et qui n'est d'aucune utilité si on la rattache à ce qui précède, — « quelqu'un », — d'après Matthieu (viii, 19) : « un scribe », mais ce ne doit pas être une indication de la source, — « lui dit : « Je te suivrai où que tu ailles », etc. — Eu égard au contexte, la réponse de Jésus paraît contenir une allusion au refus d'hospitalité qu'il vient d'éprouver ; mais l'allusion n'existe que dans la combinaison rédactionnelle et en vertu de celle-ci. La réponse paraît être un dicton sur la condition humaine, dont on aura fait application au Fils de l'homme et au ministère apostolique, et l'introduction a été ensuite imaginée pour amener le logion ainsi obtenu (Bultmann, i4)- Les deux logia suivants, semblent également avoir été contruits au moyen de proverbes, et les introductions adaptées tellement quellement à ces logia.

(( Etildità un autre:« Suis-moi». — Matthieu(vni,ai)n'a pas ce préambule, qui parait nécessaire à l'équilibre apparent de l'anecdote. — « Et celui-ci dit ; « Permets-moi » etc. — A la réponse de Jésus notre évangile ajoute ; -7 « Quant à toi, va-t'en annoncer le royaume de Dieu ». — Ce conseil positif pourrait être destiné à corriger l'impression que donne la prescription négative et à laisser entendre que l'appel de Jésus n'a pas été vain. Notre auteur a en vue la mission des disciples ;

"^ Un autre dit .

« Je te suivrai, Seigneur ;

mais d'abord permets-moi de dire adieu à ceux de ma maison. » ^2 Mais Jésus lui dit :

«•Quiconque, mettant la main à la charrue,

regarde en arrière

n'est pas apte au règne de Dieu. »

par la place qu'il assigne à ces anecdotes, il donne à penser que les trois personnes qui y figurent ont appartenu au groupe des Soixantedouze. La corrélation nécessaire de la vocation de disciple avec la prédication du royaume achève de christianiser le dicton sur les morts ensevelisseurs de morts. Mais il est trop clair ici que la mise en scène n'a rien de réel : qu'est-ce qui aurait empêché l'homme d'accompagner Jésus après avoir enterré son moi't ? Et s'il ne s'agit que de suivre spirituellement le Christ, la sentence prend aussi un caractère idéal, d'ailleurs assez difficile à préciser. Le jeu de mots trahit un dicton proverbial, bien que l'origine de celui-ci ne puisse être indiquée (le renvoi de Gressmann, ap. Klostermann, 475, à des contes égyptiens où des morts ensevelissent d'autres morts, vaut du ' moins pour la comparaison).

« Or un autre encore dit », — comme le premier : — « Je te suivrai,

Seigneur », — tout en ayant, comme le second, quelque chose à faire

auparavant ; — « mais d'abord permets-moi. de dire adieu à ceux de

ma maison ». — Ainsi la mise en scène de cette troisième anecdote,

imitée des précédentes, paraît être de l'évangéliste. Elle s'inspire

peiit-etve de ce qu'on lit au livre des Rois (I, xix, 19) touchant l'appel

d'Elisée, qu Elle prend à sa charrue, et qu'il emmène après lui avoir

permis d'embrasser son père. De là vient l'idée de l'adieu ; seulement

Jésus enchérit sur Elle en ne permettant pas l'adieu. — « Mais Jésus

lui dit :« Quiconque, mettant la main à la charrue, i-egarde en arrière,

n'est pas apte au royaume de Dieu ». — L'idée ne manque pas de

Tigueur, mais elle n'est pas nettement exprimée, et la sentence est

mal construite. Notre évangéliste, à qui cette réponse de Jésus paraît

devoir être aussi imputée, a mis en métaphore la charrue d'Elisée,

la présentant en symbole de l'œuvre évangélique, en sorte que la

formule, sSns figure, se traduirait : qui se met à l'œuvre du royaume,

et se retourne vers le monde, n'est pas propre à l'œuvre du royaume.

La métaphore de la charrue obscurcit plutôt la sentence, qui n'est

pas très loin d'être une tautologie. Du reste, le rapport de l'introduc-

A. LoiSY. — L'Evangile selon Luc ig

^ Or, après cela, le Seigneur en désigna encore soixante-

[do«ze autres,.

e\ il les envoya deux à deux devant luii en toute ville et endroit où il devait lui-même aller.

tion avec le logion est aussi artificiel que dans les- cas précédents, le point de vue de la mise en scène étant purement idéal. Peut-être encore un dicton sur le laboureur et la charrue aurait-il été d'abord adapté au thème du règne de Dieu (on peut comparer Pline, H. N. XVHI, 179 : « Arator nisi incurvus praevaricatur »)..

Daûs la pensée de l'évangéliste, la première anecdote montre que le vrai disciple doit renoncer à ses aises et aux agréments de l'exis!tence ; la seconde, qu'il doit sacrifier toute autre considération à celle du royaume de Dieu ; la troisième,, que toute son activité doit se porter en avant, vers le règne de Dieu qu!il annonce et dont il prépare l'avènement.

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