XLI. La mission des Soixante-douze
Tandis que Matthieu a identifié au discours de= mission qu'il trouvait dans le recueil de sentences l'e sommaire de ce même discours qu'il trouvait dans Marc, notre évangile affecte de présenter l'un et l'autre comme distincts, le sommaire de Marc restant comme discours aux Douze, et le discours de mission étant censé adressé à un groupe de soixante-douze disciples, par ailleurs, ignoré de la tradition évangéliquè . En l'ait, le discours de mission ne concerne pas les Douze mais les missionnaires clirétiens en général, et il est possible que la source ne Fait pas fait adresser spécialement aux Dou?^ (E. Meyer, I, 292). On pourrait même supposer que le rédacteur i^ été induit à sa combinaison par une rédaction intermédiaire qui faisait adresser le discours à un cercle pliiS' étendu que celui' des Douze ; mais il parait bien plus probable que le personnage qui a remanié les deux livres à Théophile, et qui était fort Gapable de fictions hardies, a conçu lui-même pour le discours de mission la mise en scène que nous voyons. Le dédoublement du discours permettait de signaler une mission plus considérable que celle' des Douze et proportionnée par le nombre de ses représentants aux destinées universelles duchrislianisme. Soixante-douze est cinq fois douze, et le cinquième de trois-cent-soixante ; c'est le chilTre des peuples énumérés au.
chapitre x de la Genèse (soixante-dix dans l'hébreu, soixante-douze dans les Septante), le chiffre des ancêtres humains du Christ dans la généalogie de notre évangile ; les Pères en ont rapproché les soixante-dix membres de la famille de Jacob arrivant en Egypte (Gbn. . xLvi, 27), les soixante-dix anciens qui assistaient. Moïse (Ex. xvui, 21 ; XXIV, I ; NoMBn.xi, 16, 3o ; dans ce dernier passage, avec Éldad et Modad, on aurait soixante-douze inspirés). On peut aussi comparer les soixante douze traducteurs de la Bible, communément désignés sous le nom d.e Septante.
Inutile d'objecter que les soixante-douze ne sont pas envoyés aux Gentils, mais seulement où Jésus lui-même doit aller : on ne pouvait pas, sans heurter violemment une tradition certaine, attribuer au Christ durant sa vie mortelle l'intention d'évangéliser les païens. De même' que les soixante-douze figui-ent les prédicateurs chrétiens qui ont réellement pourvu à l'évangélisation de L'univers, l'endroit où ils sont censés pénétrer avant Jésus, c'est-à-dire laSamarie, représente l'univers païen. En lait, les Samaritains étaient plutôt des Israélites schismatiques ; du point de vue. juif, ils étaient plutôt païens ; de là vient que notre auteur,' soit dans l'évangile soit dans les Actes, se complaît à montrer Jésus, puis les apôtres, en l'apport avec les Samaritains : ainsi commençait 'et se préfigurait l'universalité du christianisme. Toute l'histoire de la Samaritaine dans le quatrième évangile est fondée sur la même idée. Ce ne doit pas être par hasard qu'un discours qui, dans Matthieu (x, 5), contient la défense de prêcher aux Samaritains, se trouve ici donné en Samarie. Le discours même sera cité plus loin (xxii, 35) comme ayant été adressé aux Douze, et la façon dont il est introduit tx'ahit encore l'artifice qui l'a détourné de sa destination et de sa j)lace originelles . Si l'on ne dit pas expressément que l'Evangile ait été prêché aux Samaritains, c'est que, dans la réalité, il ne l'a pas été ; on a voulu seulement ouvrir une perspective prophétique (comme dans iv, i4-3o, supr. p. i54; ss.).
(( Or, après cela », — après les premiers incidents de ce voyage en Samarie, après les paroles qui marquent les conditions dans lesquelles on peut être disciple du Christ, et qui, au point de vue didactique, font un assez bon préambule au discours de mission, — « le Seigneur », — titre qui, dans Mai'c et dans Matthieu, ne se l'encontre pas comme désignation de Jésus, mais qui se renconl''e assez souvent dans notre évangile (cf. siip7\, p. -220 ; les vainanles que présente le texte en ces endroits pourraient être dues à Finfluence des autres synoptiques ; dans vii, i3, le ms. D, Ss. ont « Jésus » ; ici les mêmes témoins et Se. mss. lat. omettent b xù'pioç), — - « en désigna encore »,
292 Lcc, X, 1
— par vocation spéciale, et en plusdes Douze précédemment choisis,
— « soixante-douze autres ». — Le chiflre de soixante-douze, que donnent des témoins très autorisés (mss. BD, Ss, Se. mss. lat.), est préiérable au chiffre rond de soixante-dix, qui est celui d'autres témoins (cf. Lagrange, 292). Un pareil choix, à cette date et en ces circonstances serait bien extraordinaire ; il supposerait d'ailleurs que Jésus voyage avec une petite armée de disciples, dans laquelle auraient été choisis les Soixante-douze après les Douze, ce qui, môme en tenant compte de la notice sur les femmes nourricièi*es (vir, 2 -S), ne laisse pas d'être invraisemblable ; et ce qui est plus étrange encore, c'est le motif assigné à ce choix.
« Et il les envoya par deux ». — C'est ce que Marc (vi, ta) a dit des Douze, et notre auteur a réservé le trait pour les Soixante-douze, soit qu'il l'ait trouvé seulement dans Marc, soit qu'il l'ait trouvé aussi bien dans la source où il prenait le discours démission. Ce trait doit être en rapport avec une coutume des temps apostoliques, adoptée probablement pour la sécui'ité des missionnaires, plutôt que pour le relief de leur témoignage (voir Marc, 172). — « Devant lui, en toute ville et endroit où il devait lui-même aller ». — Donnée confuse et singulière. Ces émissaires ne seraient pas envoyés de divers cotés pour prêcher et guérir, comme on Ta dit des Douze ; ils semblent envoyés seulement comme des fourriers chargés de préparer les logements là où Jésus doit s'arrêter. S'ils sont envoyés simultanément, cela fait trente-six places retenues en trente-six lieux, comme si la troupe évangélique devait occuper tout un canton, ce qui pourrait s'accorder avec le grand nombre des disciples, mais achèverait de faire ressortir l'invraisemblance ; s'ils sont envoyés seulement deux pour chaque étape, ce qui pourrait sembler suffisant, on ne voit plus la raison d'être des Soixante-douze. C'est que, dans la perspective apparente du récit, il serait par trop inconcevable que Jésus lançât une mission plus considérable que celle des Douze. Le discours que le Christ adresse aux Soixante-douze n'en est pas moins un discours de mission, qui détermine les règles de l'apostolat chrétien, et l'évangéliste se contredirait violemment si l'unité de sa pensée n'était sauvegardée par la signification symbolique des Soixantedouze et du rôle qui leur est assigné. Ils sont bieïi réellement les envoyés du Christ, tous ces prédicateurs qui, à la suite de Barnabe et de Paul, ont porté l'Evangile aux nations, comme les Douze l'avaient poi-té d'abord aux Juifs ; ils sont aussi des hérauts de Jésus, ils préparent sa venue dans tous les lieux où ils lui recrutent des fidèles, et ils annoncent entons lieux son prochain avènement dans la gloire.
^Et il leur disait:
« La moisson est abondanle, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le maître de la moisson qu'il envoie des ouvriers à sa moisson, ^Allez : voici que je vous envoie comme agneaux au milieu de loups.
* Ne portez pas bourse, ni sac, ni souliers, et personne en chemin ne saluez.
« Et il leur dit » — ce que, dans Mallhieu (ix, 37-38), il est censé avoir dit aux Douze : — « La moisson est abondante », etc. Dans la perspective de notre évangile, il semblerait que les Douze ne suffisent pas à la besogne entrevue ; mais, ici, comme dans Matthieu, ceux à qui la parole s'adresse sont censés devoir être les ouvriers souhaités, ce qui s'accorde mal avec le sens naturel de la sentence, proverbe commun, qui aura été mis en rapport avec les conditions de la propagande clarétienne dans les premiers temps (cf. BuLTMANN, 5q). Elle n'est point, par elle-même, liée au discours qui suit, et, dans Matthieu, elle en est séparée par la mission des Douze, en vue de laquelle. Jésus donne ensuite à ceux-ci ses instructions .
« Allez ». — Ce mot, qui n'a pas de parallèle en Matthieu, est pour la liaison. — « Voici que je vous envoie comme agneaux », — Matthieu (x, i6) dit : « brebis » (upo^axa; Luc, àpvaç), — « au milieu de loups ». — Matthieu ajoute : « Soyez donc prudents », etc. Ou bien notre auteur n'aura pas trouvé ce conseil dans la source, ou bien il n'en aura pas été satisfait. Il semble du reste que l'avertissement: « Voici que je vous envoie » etc., vienne mieux en tête du discours, quoi qu'il ait pu aussi être conçu d'abord comme une sientence indépendante. Le tout n'est que locutions proverbiales adaptées à la situation des pi'emiers missionnaires clirétiens. — « Ne portez- ni boui'se, ni sac, ni souliers ». — Mêmes prohibitions que plus haut (ix, 3), mais d'après le recueil de sentences, l'interdiction des souliers remplaçant celle de la seconde tunique (Mt. x, io, réunit les deux défenses ; il paraît tout à fait risqué de supposer, à raison de Me. vi, 9, un primitif 6TrEv8û[j.aTa ou ÙTioBujjLaTa, qu'on aurait lu à tort 6uo5'/îjj.aT«, ce qui aurait introduit la défense des chaussures, Spitta, ap. Klostermann, 4!7;?)- « Emporter » ((SxaTa^eiv) ne signifie pas « chausser », et l'on pourrait êti*e tenté de trouver ici la défense de pi'endre des sandales de rechange (Laguange, 295) ; mais le verbe
• Mais en quelque maison que vous entriez, dites d'abord : « Salut à cette maison. »
^ Et s'il y a là enfant de salut, sur lui reposera votre salut ; sinon, sur vous il reviendra.
est choisi pour les premiers membres de l'énumératidn, et quand il se réfère à notre passage (dans xxii, 35), l'évangéliste entend que bourse, besace et sandales ont été pareillement interdites . — « Et ne saluez personne en chemin ». — Interdiction propre à notre évangile; elle paraît signifier qu'il ne faut pas perdre le temps en politesses inutiles, non qu'il l'aille prendre garde de se faire connaître trop >tôt(WELLHATjSEN, 49)» ^^^ elle doit être en rapportavec les conditions de la prédication à domicile. Serait-il trop téméraire de penser qu'elle remplace en quelque façon la défense de prêcher aux Samaritains et aux païens (Mt. :x, 5) ?Elle ménage d'ailleuris la transition à ce qui va être dit du salut à donner en entrant dans les maisons .
« Or, en quelque maison que vous entriez, dites d'abord : « Salut à cette maison ».. — Matthieu (x, 12): « Et en entrant dans la maison, saluez-la». — « Et s'il y. a là ;un enfant de salut, sur lui reposera votre salut ». — Jeu de mots sur le double sens du mot : « salut » (e'ifT,v-ri — shalôm).. Les hérauts de l'Evangile qui, arrivant dans une maison, prononcent le souhait contenu dans la formule de salutation, apportent le salut véritable; s'il y a là un « enfant de salut », c'est-àdire un homme bienveillant et poli qui soit en môme temps une âme prédestinée et bien disposée, ce qui apparaîtra par la façon dont il prendra la salutation qui lui sera faite, le salut qu'on lui souhaite lui arrivera l'éellement. — « Sur lui reposera votre salut. Sinon », — dans le cas contraire, si la maison n'est pas habitée par un «enfant de salut », ce qui se connaîtz*a par la réponse désagréable qui sera faite à la. salutation et parle refus d'hospitalité, — « il reviendra sur vous », — le vœu de salut sera de nul effet pour celui à qui il était adressé, mais il reviendra aux missionnaires, qui en appliqueront la vertu à d'autres. Il ne doit pas* être question d'une bénédiction particulière qui retomberait sur les missionnaires rebutés, puisqu'ils sont euxmêmes en possession du salut et qu'on ne s'occupe pas ici de leurs^ mérites ni de leur récompense.
« Mais restez dans cette maison », — ne changez pas de logis, — mangeant et buvant ce qu'on y a ». — Ceci est impliqué dans les autres évangiles et ne paraît pas viser spécialement le cas d'aliments
'Mais (dans la même maison restez, .înang:eaiitet buvant ce qu'on y a ; <;ar l'ouvrier a droit à son salaire.
Ne passez pas de maison en maison.
8 Et en quelque ville que vous entriez, où l'on vous recevra, mangez ce que l'on vous servira; • guérissez les malades qui y seront ; et dites-leur :
« Proche est de vous le royaume de Dieu. »
que les Juifs auraient scrupule de prendre (cf. I Cou. tx, 7, i4 ; et il n'y a pas de rapport avec I Cor. x, 27). — « Car l'ouvrier a droit à son salaire ». — Matthieu'(x, 10) dit: «à sa nourriture » (tv]? xpocpT,? ; Luc, Tou [xtffOoïï). « Salaire » doit être primitif (cf. I Tim. v, 18). La place oùnotre évangile donne cette remarque est aussi la plus naturelle. Du reste, c'est encore un proverbe commun, dont il est fait application à l'œuvre apostolique. — • « Ne passez pas de maison en maison ». — Autre formule, plus nette, de la recommandation précédente. — « Et en quelque ville que vous entriez et où on vous aura reçus, mangez ce qu'on vous servira ». — Répétition inutile de ce qui vient d'être dit à propos de la maison, bien que, cette fois, une allusion aux scrupules juifs soit possible (J. Weiss-Bousset, 445). Mais la source distinguait ce qu'il y avait à faire par l'apport à la maison selon qu'on y était accepté ou non, et par rapport à la ville selon qu'il y avait ou non possibilité d'y prêcher (cf. Me. vr, 40-11 •,' Mt. X, ii-i5, où la distinction primitive est sensible, nonobstant la confusion introduite par Tévangéliste). — «Guérissez les malades qui y seront ». — C'est ce que dit aussi Matthieu (x, 8), avec un développement de sa façon. — « Et dites-leur », — non seulement aux malades guéris^mais aux habitants du lieu: — « Proche est de vous le royaume de Dieu ». — Dans Matthieu (x, 7), l'ordre de prêcher vient avant celui de guérir.
«Mais en quelque ville que vous entriez, et où on ne vous aura pas reçus, sortant dans ses rues, dites ». — Marc (vi, 11) et Matthieu (x, i4) se bornent à recommander le geste que notre évangile met en discours. On peut, douter que les deux autres synoptiques aient matérialisé la recommandation, et notre auteur peut sous-entendre que le geste se joint à la parole ; ou bien aura-t-il. pensé que la réalité de ce geste tout juif ne convenait pas dans un discours qui concerne selon lui, au fond, l'évangélisation des païens?
^0 Mais en quelque ville que vous entriez, où on ne vous^
[recevra pas,, sortant dans ses rues, dites :
« Jusqu'à la poussière, qui s'est attachée, de votre ville, à nos pieds, nous secouons sur vous.
Mais sachez ceci :
que proche est le règne de Dieu. »
12 Je vous dis qu'à Sodome, en ce jour-là, sera fait sort plus tolérable qu'à celle ville-là.
— « Nous secouons jusqu'à la poussière qui s'est attachée de votre ville à nos pieds ». — Lé discours est pour la symétrie avec ce qui a été dit touchant la ville où l'on sera reçu, et il tend, sans y trop réussir, à donner une explication du geste symbolique : de cesgens qui ne veulent pas d'eux, les. missionnaires ne gardent pas même un grain de poussière, et ils n'ont rien de commun avec eux..
— « Mais sachez ceci, que proche est le royaume de Dieu ». — Ici l'on ne dit pas: « proche est de vous », et il ne s'agit plus d'avertissement mais de menace. Le sens est que le royaume vient, amenant le châtiment des incrédules, non qu'il s'est approché en vain de ceux à qui les missionnaires s'adressent maintenant. — « Je vous dis qu'il sera fait sort plus tolérable à Sodome, en ce jourlà »,— -^aujour du grand avènement, annoncé dans le « royaume», et qui est pour les incroyants le jour du châtiment, — « qu'à cette villelà » . — C'était la conclusion de ce passage dans la source. Matthieu (x, i5) : « Je vous le dis en vérité, il sera fait sort plus tolérable au pays de Sodome et de Gomorrhe, en ce jour-là, qu'à cette ville-là ». Il est malaisé de voir comment la mention de Sodome pourrait ne signifier qu'une évocation du sort historique de Sodome, loi*s du jugement dernier (Lagrange, 298), puisqu'il va être question, dans les mêmes termes, de Tyr et deSidon; la personnification morale des villes est la personnalité collective de leur population.
Avant la conclusion du discours aux Soixante-douze, notre auteur insère l'apostrophe comminatoire aux villes galiléennes qui n'ont pas écouté la prédication de Jésus. L'apostrophe a dû exister d'abord indépendamment du discours, avec le thème duquel elle a seulement un rapport d'analogie ; mais elle avait été rattachée au discours, à raison même de ce rapport, dans la source commune de Matthieu et
13 Malheur à toi, Ghorazin !
Malheur à toi, Bethsaïde !
Parce que, si à Tyr et à Sidon fussent arrivés les miracles
[advenus chez vous,, depuis longtemps, assises en cilice et cendre, elles feraient
[pénitence, ^* Mais à Tyr et à Sidon sera fait sort plus tolérable, au jugement,
[qu'à vous.
15 Et toi, Gaphamaiina, sei-âs-tvi Jusqu'au cteléleçée'? Jusqu'à l'enfer tu descendras.
1" Qui vous écoute m'écoule, et qui vous rejette me rejette ; mais qui me rejette rejette celui qui m'a envoyé, n
de Luc. — « Malheur à toi, Ghorazin », etc.. « assises en cilice et cendre elles auraient fait pénitence ». — Matthieu (xi, 21); « en cilice et cendre elles , aui'aient fait pénitence ». L'addition du participe (xàÔT^jjievoc) pçuri'ait bien avoir été faite pour améliorer le rythme de la phrase ; mais le mot, qui correspond à un usage oriental constant (Lagrange, 299), pourrait aussi être primitif. — « Mais à Tyr et à Sidon ». — Matthieu (xi, aa) : « Mais, je vous le dis, à Tyr et à Sidon. — « Il sera fait, au jugement », — Matthieu : « au jour du jugement», — « sort plus tolérable qu'à vous. Et toi, Gapharnaûm, seras-tu jusqu'au ciel élevée ?» — Leçon des meilleures autorités (jj-ti ëw; oûpavoij 6'|co0/i(ïyi ;), qui fait allusion à l'exaltation éventuelle de Gapharnaûm, au lieu de laquelle se produira le profond abaissement qu'elle a mérité (la leçon tj... ùvj/wOeïffa neferait qu'une allusion assez banale à la prospérité ou à l'orgueil de Gapharnaûm). Les termes de l'antithèse ont été empruntés à Isaïe (xiv, i3, i5). Oracle de prophète chrétien jetant un coup d'œil l'éti'ospectif sur l'activité de Jésus en Gahlée (Bultmann, 68),
« Qui voTus écoute ni'écoute ». — Matthieu (x, 40) ■ «f Qui vous reçoit me reçoit » . La source disait probablement « recevoir », la sentence venant en conclusion du discoui's et en rapport avec ce qui vient d'être dit touchant ceux qui recevraient et ceux qui ne recevraient pas Jésus. Notre auteur a mis « écouter », parce qu'il avait parlé déjà (ix, 48) de « recevoir», en reproduisant la même sentence d'après Marc (ix, 3;;) ; ce doit être aussi pour éviter la répétition qu'il développe la sentence en antithèse, au lieu que Matthieu conclut tout
1' Or les soixante-douze revinrent avec joie, disait : « Sei-
[gneur, même les démons nous sont assujetlis par Ion nom. » 18 Et il leur dit : '
<( Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair.
de suite : « et qui me reçoit reçoit celui qui m'a envoyé ». — ■«■ Et qui vous rejette me rejette )). — La conclusion s'adapte ainsi à ce qui vient d'être dit touchant l'incrédulité des villes galiléennes, comprise enfigure de l'incrédulité juive. — «Et qui me rejette rejette celui qui m'a envoyé ». — C'est pourquoi les Juifs seront plus mal traités, au jour du jugement, que Sodome, Tyr et Sidon, Et cela encore est un encouragement que le Christ glorifie adresse à ceux qui le prêchent,