‹ L'évangile selon LucChapitre 48 sur 80 · L. Vigilance nécessaîhe en vxje ntr jugement · texte numérisé non relu

L. Vigilance nécessaîhe en vxje ntr jugement

Pour les conseils de vigilance en vue du grand jugement, d'autres données traditionnelles ont été exploitées, à savoir certaines compa-

LUC, Kii, 36-357 mi

^•^ et vous-mêmes «oyez semblables à gens attendant leur maître quand il revient des noces, afin, lorsqu'il arrivera et frappera, qu'ils lui ouvrent aussitôt.

^^ Bienheureux ces serviteurs-là, qu'à son arrivée le maître trouvera veildants 1 En vérité je vous dis qu'il se ceindra, les fera iriettpe à table et, se présentant, les servira.

raisons ou paraboles que Marc et Matthieu ont logées dans le grand discours apocalyptique. Ce qu'on lit d'abord (xii, 35-36) n'est pas sans analogie avec ce qu'on trouve dans Marc ( xiii, 33-36) touchant lesserviteurs qui veillent en attendanit le retour du maître, maispour- ■rait faire soupçonner amssi quelque inâuence de la parabole des Vierg€s(MT. xxv,a->i3) ou d'unthèmeparaboliqueappairenté à eeUe-ci.

(( Que vos reins soient ceints ». — Pour le travail, les Orientaux 03at besoin de retrousser et fixer leurs longs vêtements . — «Etvoslampès allumées». — Seconde image qui ne cada'e pas bien avec la première : tous les esclaves ont besoin d'être prêts a servir leur maiitra, mais ils n'ont pas besoin d'avoir tous des lampes pour le recevoir. D'où présomption que la métaphore des lampes a été prise ailleurs que celle du serviteur veillant. — « Et soyez vous-mêmes semblables à des gens qui attendent leur maître quand il revient du festin nuptial ». — Le mot (yaixo'.) pourrait s'entendiie d'un festin ordinaire, et la situation n'est pas la même qu«dans la parabole des Vierges, .où le Christ arrivepour le festin. Mais le px'ésent tableau esticomplexe:le maître en question est, pour l'évangéliste, le Christ arrivant du iciel, où est le festin du bonheiur éterneil, et ce mêm.e Christ lest .censé convier aussitôt ses fidèles, ses «serviteurs », à un festin qu'il leur serviria lui-même 1x11,37) ! l'es serviteurs vigulaimits se trouveront ainsi dans la situation des vierges sages. — (( Afin que, loirsqu'il arrivera et friip- ,pera »,— comme Je Christ dei'Apocalypse.(iw, 20; cfMï.xxv, ai, dont le pendant exact est Le. xtii, aS). — « Ils lui ouvrent aussitôt», — sans le faire attendre. Bès que le maître arrive et frappe à la porte, on lui ouvre, parce que tout le monde est sur pied, disposé à le servir.

({ Heureux ces serviteurs, qu'à son arrivée le maître trouvera vieilllants ! )) — Car grande sera la satisfa,ction de ce maîitre : il fera pour ses serviteurs ce que ceux-ci font pour lui, il des fera mettre à sa place et les servira. — « En vérité Je vous dis qu'il se ceindica, les

38 Qu'à la deuxième ou bien à la Iroisième veille il arrive,

s'illes trouve ainsi,

bienheureux sont ceux-là !

3^ Mais comprenez ceci :

que si le maître de maison savait

à quelle heure le voleur viendra,

il veillerait

et ne laisserait pas forcer sa maison ; *" vous aussi soyez prêts,

parce que, à Theure que vous ne pensez pas,

le Fils de l'homme viendra.

fera mettre à table, et passant devant » — eax, — « les servira », — Ce trait n'est pas pris de l'usage ordinaire et ne peut être qu'allégorique : il s'agit du festin messianique, et peut-être la rédaction a-t-elle été influencée par le discours où Jésus se dit le serviteur de ses disciples (xxii, 26-27; Me x, 45)- Nulle raison d'admettre que l'auteur ait pensé à la coutume l'omaine des saturnales. — « Qu'il vienne à la deuxième ou à la troisième veille, s'il les trouve ainsi, bienheureux sont ceux-là! » — Marc(xiii, 35) indique quatre veilles, conformément à l'usage romain. Notre évangile parle seulement de trois veilles, non qu'il ait négligé la quatrième comme trop tardive pour un retour de noces, mais parce qu il retient le partage de la nuit en trois veilles suivant la coutume juive. Ce n'est pas à dire que la première veille étant censée consacrée au festin, la seconde et la troisième demeureront pour le retour ; l'idée du festin est adventice à la comparaison ou parabole à laquelle se rattache la mention des veilles ; et il semble plutôt que la première veille ne soit pas exclue comme temps possible du retour, mais que la seconde et la troisième sont mentionnées pour faire valoir le zèle des serviteurs ; ceux-ci attendront, s'il le faut, jusqu'à la fin de la nuit. Quelques témoins (D, mss lat., etc.) paraphrasent ce passage en mentionnant expressément les trois veilles (veille du soir, deuxième, troisième).

«Or sachez ceci : que si le chef de maison savait à quelle heure», — il s'agit d'une heure de nuit, d'une « veille », comme le dit expressément Matthieu [xxiv, 43), — « le voleur viendra, il ne laisserait pas forcer sa maison. » — Il est probable que la leçon plus complète : « il veillerait et il ne laisserait pas, etc. (ms. B A, etc.), qui était celle de la source, a été interpolée d'après Matthieu. — « Vous aussi». — Matthieu (xxiv, 44) • << C'est pourquoi, vous aussi». — « Soyez prêts,

LUC, xir, 41-44 353

*i Et Pierre dit : « Seig-neur,

est-ce pour nous que tù dis celle parabole,

ou bien aussi pour tous? »

*2 Et le Seigneur dit .

« Quel est donc l'intendant fidèle, prudent,

que le maître préposera à ses domestiques,

pour (leur) donner en temps (voulu) la pitance ? ** Bienheureux ce serviteur-là,

qu'en arrivant son maître trouvera faisant ainsi ! ^* En vérité je vous dis

qu'à tous ses biens il le préposera.

parce qu'à l'heure que vous ne pensez pas îe Fils de l'homme viendra. » — Ce verset manque dans quelques témoins (mss. i, ii8, 209) ; on l'a supposé interpolé d'après Matthieu, qui l'aurait ajouté en commentaire de la sentence précédente (Blass, 21).

Suivant un procédé qui lui est familier, notre évangéliste. avant d'amener la comparaison des deux serviteurs, fait intei'venir Pierre, qui pose une question à laquelle la parabole est censée servir de réponse. La lorme de la parabole est beaucoup plus satisfaisante •dans Matthieu (xxiv, 45-5i); elle a été modifiée dans Luc en yue d'une application directe aux apôlres, c'est-à-dire aux chefs des communautés chrétiennes. La question de Pierre est en rapport avec cette application; elle ramène assez maladroitement à une seule leçon les trois comparaisons ou paraboles qui suivent (xii, 42-44? 4^" 46, 47-48), en associant les deux premières de telle sorte que la troisième paraisse en être le commentaire. L'évangéliste a voulu faire ressortir dans cette dernière l'idée d'une rétribution proportionnée à la quantité des grâces reçues et à l'usage qui en a été fait. C'est pourquoi il a tenté d'établir une distinction expresse entre l'intendant et le simple serviteur, mais la distinction, primitivement étrangère à la parabole, n'est pas soutenue et nuit plutôt à la clarté aussi bien qu'à l'équilibre du récit.

« Or Pierre dit : « Est-ce à nous » — les apôtres, spécialement, — « ou bien à tous » —r les croyants, indistinctement, — « que tu adresses cette parabole ?» — On dirait que cette question fait écho à un passage de Marc (xiii, 37). Pour l'évangéliste la « parabole » n'est pas seulement la vigilance recommandée par la comparaison du voleur (xu, 39), mais la môme recommandation par la compai*aison des serviteurs qui veillent en attendant leur maître (xu, 35-38).

A. LoisY. — VEvangile selon Lnc. 23

354 LUG. XII, 45-48

*^ Mais si ce serviteur dit en son cœur : « Mon maître tarde à venir »,

et qu'il se mette à battre les servants et les servantes, à manger, à boire et à s'enivrer, *8 le maître de ce serviteur viendra au jour où celui-ci ne s'attend pas, et à l'heure qu'il ne connaît pas; il le fera couper en deux et lui donnera part avec les infidèles.

*^ Or ce serviteur qui, connaissant la volonté de son maîtren'aura rien préparé ni fait selon sa volonté, recevra beaucoup de coups ; *8 mais celui qui ne (la) connaît pas, et qui aura fait choses dignes de coups, en recevra peu.

A quiconque a été donné beaucoup, beaucoup lui sera demandé; et à qui l'on a confié beaucoup, davantage on lui réclamera.

« Et le Seigneur dit : « Quel est donc l'intendant », — Matthieu (xxiv, 45) : « le serviteur », — « fidèle et prudent, que le maître préposera à ses domestiques, pour leur donner la pitance en temps » — voulu? — «Heureux ce serviteur, qu'à l'arrivée son maître trouvera y>, etc. — Dans Matthieu (xxiv, 49)» le mauvais serviteur est dit «boire avec les ivrognes; ici(xii, 45) — «boire et s'enivrer » — Dans Matthieu (xvîv, 5i), le maître lui fait sa part « avec les hypocartes », ici (xii, 46) — « avec les infidèles ». — Suit, en manière de glose quelque peu embarrassée, l'application au même sujet d'une autre comparaison ou leçon de commune sagesse.

« Or ce serviteur », — non peut-être celui dont on vient de parler, mai^ celui dont on va dire la coupable conduite, — « qui, connaissant la volonté de son maîti-e », — dans la pensée de l'évangéliste le serviteur doit être le chef de communauté bien instruit de ses devoirs, — « n'aura rien préparé ni fait selon sa volonté, recevra beaucoup de coups ». — L'auteur seul pourrait dire ce qu'il entend par cette punition; rien pourtant n'empêche d'admettre que ce soit un châtiment d'outre-tombe, et il en va de même pour l'autre cas. — (( Mais celui qui, sans savoir », — étant mal instruit, et, si l'évangé-

LUC, xir, 49 358-.

*9 Je suis venu jeter du feu sur la terre, et combien voudrais -je qu'il brûlât déjà !

liste a quelque logique, ce serait le simple croyant, — « aura fait des choses dignes de coups, en i-ecevra peu ». — La platitude de cette leçon n'est pas à nier, et sans doute n'y a-t-il pas lieu de se demander ce qu'elle aurait pu signifier dans la bouche de Jésus, soit en application aux docteurs de la Loi et aux simples Juifs (JiiLicHER. II, . i58), soit en application aux Juifs et aux païens (Wellhausen", 69). On remarquera que cette comparaison ne s'accorde pas avec la précédente; car il n'y est plus question de maîti'e revenant; les coups sont au-dessous de la peine de mort, et les serviteurs qui se sont abstenus de faire ce qu'ils devaient ne sont pas dans le cas de celui qui a fait le contraire.

Une sentence générale complète la leçon que l'évangéliste a en vue : a — Mais à quiconque a été donné beaucoup, beaucoup lui sera demandé ». — La forme est d'un pi^overbe dont on recommande l'application morale. — « Et à qui l'on a confié beaucoup, on lui réclamera davantage. » — Eu égard au contexte, le sens ne paraît pas être : « on demandera plus qu'il n'a été donné », mais : « on demandera plus qu'aux autres », bien que les deux explications reviennent à peu près au môme pour le fond. De tels propos n'ont point d'auteur; Jésus aurait pu s'en servir, mais on a pu tout aussi bien en enrichir son enseignement.

Comme si l'idée du compte à rendre éveillait celle des difficultés à surmonter, notre auteur amène, après un préambule de sa façon, la sentence concernant les divisions que provoque l'Evangile — « Je suis venu jeter du feu sur la terre » . — Imitation et anticipation de la formule : « Je ne suis pas Yenn jeter la paix», que notre auteur a certainement lue dans la source (cf. Mt. x,34). Le feu en question ne peut être ni le saint Esprit, ni la vertu pui'ifiante de la parole divine, ni le renoncement évangélique, ni l'ardeur pour le sacrifice, toutes choses qui ne sont point à jeter et qui ne mettent point la terre en feu. Jésus n'aurait pas pu dire non plus qu'il jetait le feu du jugement (Klostermann, 5o2), car tout au plus l'annonçait-il. Vu les expressions choisies et la suite du discours, le ieu n'est pas autre chose que la discoi'de introduite dans le monde par la prédication de l'Evangile, ou la prédication évangélique en tant que principe de cette discorde, ou l'Eglise naissante. Autant dire que ce préambule, encore plus que la sentence à laquelle il sert d'introduction, suppose l'expérience de la prédication chrétienne, l'existence des commu-

'"Mais j'ai à être baptisé de baptême,

et combien suis-je angoissé jusqu'à ce qu'il soit accompli ! ^3 Vous pensez que je suis venu donner paix sur la terre ?

Non, je vous dis, mais division,

nautés chrétiennes (cf. Bultmann,94, 99), et ne peut en aucune façon être considéré comme un précieux témoignage touchant les sentiment de Jésus (J. Weiss-Bousset, 458). — « Et combien je voudrais qu'il brûlât déjà ! » — Jésus est censé-émettre ce vœu, parce que la lutte dont il s'agit doit se produire avant que le règne de Dieu ait son accomplissement. Il faut, d'ailleurs, que le Christ lui-même .succombe avant que la lutte ait lieu.

« Mais j'ai a être baptisé de baptême ». — C'est-à-dire immergé dans la mort. L'image du baptême, que notre auteur emprunte à Marc (x, 38), parce qu'il ne veut pas la laisser perdre, tout en négligeant le l'écit qui l'encadre dans le second évangile, est réunie artificiellement à celle du feu, et la perspective du discoui's n'est aucunement historique. — « Et combien suis-je angoissé jusqu'à ce qu'il soit accompli I » — Exclamation taillée sur le même patron que la précédente, et anticipation de Gethsémani. Rien n'invite à penser que l'angoisse ((Juvé-/o\).y.'. ; cf. (Tuvet'xovxo, viii, 3;;) soit celle du désir, désir de salut pour le monde, ou désir de prompte mort afin d'en être plutôt quitte. Jésus est censé envisager avec terreur la mort qui l'attend : il se trouve ainsi partagé entre deux sentiments, le désir de voir bientôt se préparer par la pi'édication apostolique l'avènement du royaume, et refTroi que lui inspire la terrible épreuve par laquelle lui-même doit passer avant cette préparation.

« Vous pensez que je suis venu mettre la paix sur la terre? » — Matthieu, (x, 3^) : « Ne pensez pas que je sois venu jeter la paix sur la terre ». Notre auteur dit ici : « mettre (SoUvat) la paix », parce qu''il a dit plus haut : «jeter le feu ». — « Non, je vous dis, mais la division ». , — Matthieu : « Je ne suis pas venu jeter la paix mais le glaive ». Ne pouvant dire : «mettre le glaive », notre auteur supprime la métaphore, — « Ils seront désormais cinq, dans chaque maison, divisés. » — En faisant dire à Jésus que les divisions existeront «depuis maintenant» (Hno tou vuv), l'évangéliste paraît oublier que le feu delà discorde s'allumera seulement après que 1^ Christ aura été baptisé dans la mort : c'est que, par rapport à lui, le moment où Jésus parle et celui de sa mort se confondent presque. — «Trois conti'e deux, et deux contre trois seront divisés». — Au lieu de présenter simplement les trois couples d'opposants, comme Matthieu

5* Car on sera désormais cinq, en une maison, divisés :

trois contre deux et deux conlre Irois ^'' ils seront divisés,

père contre fils et fils contre père,

mère contre fille et ûlle contre mère,

belle-mère conlre bru et bru contre belle-mère. » 55 Or il disait aussi aux foules :

« Lorsque vous voyez nuage s'élever au couchant,

aussitôt vous dites qu'il va pleuvoir, et il en est ainsi ;

et lorsque vent du midi souffle,

vous dites qu'il fera chaud, et cela arrive. ^® Hypocrites,

de l'aspect de la terre et du ciel vous savez juger :

de ce temps-ci comment ne jugez-vous pas ?

(x, 35) : « Car je suis venu faire division de l'homme conlre son père, delà fille contre sa mère, de la bru conlre sa belle-mère-», qui semble, après Michce (vil, 6), viser le soulèvement de la jeune génération contre la vieille (mais on ne voit pas que Matthieu considère comme croyante la jeune génération, ainsi que le supposent J. Weiss-BoussET, loc. cil. ; et l'idée pourrait bien être la même que Me. sut, 12 î Le, xxT, i6>, notre évangéliste a compté les membres de la famille et trouvé qu'il y a seulement cinq personnes, la môme étant à la fois mère et belle-mère ; il montre donc les cinq divisés en deux groupes ennemis, trois et deux. Ces combinaisons arithmétiques doivent être secondaires par rapport au texte de Matthieu. — « Père contre fils, et fils contre père, mère contre fille, et fille contre mère, belle-mère contre bru, et bru contre belle-mère ». — Tous les possibilités ne sont pas épuisées pas ces hypothèses ; car, dans la confusion supposée des rapport de famille, le fils, par exemple, pourrait aussi bien s'attaquer à sa mère, et la filie'à son père.

On ne voit pas bien comment ai-rive ici la parole sur lés signes du temps, que les gens ne savent pas compi'endre. Peut-être l'évangéliste a-t-il voulu, après une instruction où Jcs discipes sont avertis de.se prépai-er au jugement de Dieu, en placer une où le peuple reçoit le même enseignement sous lormc de similitudes qui ne sont pas expliquées.

« Or il disait aussi aux foules », — ne se contentant pas d'enseigner ses disciples : — « Lorsque vous voyez un nuage s'élever au couchant, aussitôt vous dites que la pluie vient», — parce que c'en est le signe ordinaire, — « et il en arrive ainsi. Et quand » — vous voyez — « le

^'Mais pourquoi aussi de vous-mêmes ne jugez-vous pas

[ce qui est juste ?

vent du midi souffler, vous dites », — le pronostic n'étant pas moins sûr, — «qu'il fera chaud, et cela arrive». — Dans Matthieu (xvi, 2-3), les indices sont autx-ement choisis, la rougeur du ciel au soir présageant beau temps pour le lendemain, et au matin mauvais temps pour la journée. Sur un pareil thème rien n'était plus facile que de trouver des variantes, d'après les observations et dictons familiers dans le milieu particulier de chaque évangéliste.

« Hypocrites». — Cette épithète, qui manque dans Matthieu, pourrait faire supposer que notre auteur pense aux pharisiens, ou bien qu'il a considéré comme affectée l'ignorance des Juifs, qui n'ont pas su et qui ne savent pas reconnaître en Jésus le Christ annoncé ; mais, dans la perspective, il s'agit du prochain jugement de Dieu. — « L'aspect de la terre et du ciel vous savez apprécier », — pour en tirer les indications opportunes. Matthieu, seulement : « l'aspect du ciel ». — « Comment n'appréciez-vous pas » — de même — « ce temps-ci », — pour en déduire le prochain avènement du règne? Matthieu : « Mais les signes du temps, vous ne pouvez » les apprécier. Comme l'enseignement évangélique a ignoré d'abord les signes donnés en vue de l'avènement, il est à présumer que cette comparaison des signes ■météorologiques aux signes du « temps » a été conçue dans la tradition.

Suit, très artificiellement amenée, la comparaison du litige qu'il convient de régler à l'amiable avant de comparaître devant le j-uge (Mt. V, 25-26) — « Mais pourquoi aussi de vous-mêmes ne jugezvous pas ce qui est juste? » — Transition obscure et embarrassée, à quoi rien ne correspond dans Matthieu. L'auteur paraît vouloir dire que des gens si habiles à se reconnaître dans les choses matérielles devraient savoir « par eux-mêmes », non pas sans signes aucuns, puisque la comparaison précédente suppose que le temps actuel n'en est pas dépourvu, mais sans instruction spéciale sur le sujet et d'après les signes qui s'offrent, ceux que Dieu envoie, prendre le parti qui convient à l'intérêt de leur étei-nité, le bon parti, celui qui est selon Dieu (cf. AcT. iv, 19), le parti de la repentance.il faut prendre en vue du jugement dernier l'arrangement qu'il est recommandé de prendre avant un procès douteux, la conciliation.

« Car, quand tu vas avec ton adversaire devant magistrat, fais en sorte, en chemin, de te dégager de lui » — ■ Mauvaise retouche de ce qu'on lit dans Matthieu (v, 25) : « Mets-toi en bons termes avec ton

^^ Car, quand tu vas avec ton adversaire devant magistrat,

prends soin, en chemin, d'en finir avec lui,

de peur qu'il ne te traîne au juge,

que le juge ne te livre à l'huissier,

et que l'huissier ne te jette en prison : •5' je te dis, tu ne sortiras pas de là

que tu n'aies payé jusqu'à la dernière obole. »

adversaire, pendant que tu es avec lui dans le chemin. » — « De peur qu'il ne te traîne » -^ Matthieu : « te livre » — « au juge ; que le juge ne te livre à l'huissier » ; — proprement : « l'exécuteur ». Matthieu : •<( le juge au sergent » ; — « et que l'huissier ne te jette en prison ». — • Matthieu : « et que tu ne sois jeté en prison ». — « Je te dis. » — Matthieu (v, 26), plus solennellement: <( En vérité je te dis ». — ^ « Tu n'en sortiras pas que tu n'aies payé jusqu'à la dernière obole. » — Matthieu : « le dernier liard » (-/oSpocvTTiv ; Le. Xetîtôv). Une interprétation allégoi'ique paraît insinuée ; car l'invitation à se dérober au poursuivant s'explique mieux dans cette hypothèse, et l'adversaire pourrait être le diable . Les variantes à l'égard de Matthieu, qui se rencontrent dans la suite de la description, pourraient être en rapport avec la procédure des tribunaux romains (Klostermann, 5o3). Par lui-même, ce logion n'est qu'un conseil de' sagesse commune, dont l'application au thème du règne de Dieu n'est pas exempte d'artifice. Du reste, le chapitre qu'on vient de voir montre mieux que toute autre page des évangiles synoptiques combien les prétendus discours évangéliques ont été arbitrairement construits par groupement de sentences dont la plupart, sinon toutes, ont été faites « évangéliques » par la tradition chrétienne.

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