LI. La conversion ou la moht
Les faits dont il va être parlé (xin, i-6) et la parabole du Figuier contiennent la même leçon morale que la parabole précédente ; mais l'évangéliste paraît y voir aussi bien une figure du châtiment qui attend les Juifs.
« Or certains vinrent en ce même temps », — préambule et synchi'onisrae visiblement artificiels, — (( lui parler des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec leurs sacrifices », — ou plutôt « avec celui de leurs sacrifices » (Klostermann, 5o4) : il s'agirait d'un événement très connu et tout récent dont on ferait pax't à Jésus, qui en
360 LUC, xjii, 1-3
XI" Or certains se trouvaient là en ce même temps^
qui l'informèrent au sujet des Galiléens
dont Pilate avait mêlé le sang avec leurs sacrifices. 'Et répondant il leur dit : •
« Pensez-vous que ces Galiléens
fussent les plus pécheurs de tous les Galiléens,
parce qu'ils ont ainsi souffert?
3 Non, je vous dis,
mais, si vous ne vous convertissez,
tous de même vous périrez.
tirerait le plus terrible pronostic pour ses auditeurs. Et l'on sent, tout autant d'artifice dans le rapport imaginé entre la leçon et le fait. Il est superflu de vouloir mettre cette affaire en rapport avec celle de Barabbas, ou déterminer l'endroit où se trouvait Jésus quand eut lieu l'entretien dont il s'agit. On peut voir dans Josèphe que Pilate avait la main dure. Mais Josèphe ne signale pas le cas de Galiléens massacrés dans le temple, sur leurs victimes, au moment du sacrifice; et il. n'aurait probablement pas négligé d'en parler, si le cas était réel. Etant donné l'esprit de notre rédacteur, il n'est aucunement téméraire de supposer (avec Welluausen, 71) que le prétendu cas des Galiléens massacrés dans le temple de Jérusalem est une transposition de ce qu'on lit dans Jonèphe (A nt. XVIII, 4) touchant un massacre de Samaritains sur le Garizim, en des circonstances analogues, après la pàque de l'an 35.
« Et répondant, il leur dit », — au lieu de s'apitoyer sur le sort de ses compatriotes, et les présentant comme les prémices de l'extermination universelle : — « Pensez-vous que ces Galiléens fussent pécheurs plus que tous les Galiléens », ^- que la masse des Galiléens actuellement vivants, — «parce qu'ils ont subi cela?» — On n'est pas obligé de supposer que les interlocuteurs de Jésus, sans plaindre ceux que Pilate avait tués, se sont avisés tout de suite qu'ils avaient dû mériter leur sort, et que Jésus combattrait cette idée ; dans la.circonstance, Jésus est censé plutôt professer que ces Galiléens, comme tous les Juifs, ont mérité la mort, en sorte que le meurtre de ces quelques Galiléens présage la destinée des Juifs, s'ils persévèrent dans leur endurcissement, comme on entrevoit qu'ils y persévéreront. Inutile de se demander si la pensée de Jésus n'aurait pas été autre que celle de l'évangéliste, et si elle n'aurait pas concerné seulement la perte éternelle des individus incrédules. — « Il n'en est rien, je vous dis m. —
LUC, xin, 4-5 361
* Ou bien ces dix-huit sur lesquels est tombée la tour à Siloé, et qu'elle a tués,
pensez- vous qu'ils fussent les plus coupables de tous les gens qui habitent Jérusalem ? ^Non, je vous dis; mais, si vous ne vous convertissez, tous ainsi vous périrez.
Ces Galiléens n'étaient pas pires que les autres Juifs. — « Mais si vous ne vdus convertissez, vous périssez tous de manière semblable. « — Cette parole de violence, si clic était authentique, ne ferait pas grand honneur à celui qui l'aurait prononcée ; mais il n'y a que naïveté, non cruauté, dans une prophétie faite après coup. Noter que la présentation du fait comme. un cas typique et prophétique s'accorde fort bien avec l'hypothèse d'une fiction.
« Ou bien ces dix-huit ». — L'auteur, comme dans le casprécédent,^ affecte une façon de parler qui conviendrait pour un fait récent et connu de tout le monde. Cependant il a tout l'air de ne rien savoir de plus que ce qu'il invente. Mais l'accident qu'il va signaler montre que, pour lui, le cas précédent n'est aussi qu'un accident providentiel. Fantaisies théologiques derrière lesquelles on chercherait vainement une impression de réalité. — «Ces dix-huit sur lesquels est tombée la tour, à Siloé », — près de la fameuse source, — « et qu'elle a tués, pensez-vous », — pai'ce qu'ils ont ainsi péri, — « qu'ils fussent coupables plus que tous les gens qui habitent Jérusalem ?» — Ici encore Jésus a l'air de combattre une idée qu'on pourrait avoir, non une idée qui aurait été émise devant lui ; et il va nier seulement que les dix-huit écrasés aient mérité leur sort plus que les autres habitants de Jérusalem. — « Il n'en est rien, je vous dis ; mais, si vous ne vous convertissez, vous tous ainsi périrez ». — On ne prouvei'a jamais que la tour en question n'a pas existé, ou bien qu'elle ne s'est pas écroulée sur dix-huit personnes au temps de Ponce Pilate (les fouilles archéologiques ont mis- au jour les assises d"une tour 'bâtie près du canal de Siloé. Lagrange, 38o). Mais il y a bien des chances pour que ce cas soit fictif comme le précédent. Les deux incidents sont présentés comme figurant la destruction complète de la nationalité juive ; et l'on peut croire que le narrateur est au clair sur l'accomplissement de ces prévisions.
«'Et il dit cette parabole ». — La parabole est présentée comme
* Et il dit cette parabole :
« Quelqu'un avait figuier planté dans sa vigne ; il vint y chercher fruit, el il n'en trouva pas.
' Il dit alors au vigneron :
« Voilà trois ans que je viens chercher fruit en ce figuier et n'en trouve pas.
Coupe-le ; pourquoi aussi rend-il la terre stérile ? »
contenant en fo'rme symbolique la leçon et la prédiction qui ont été faites à propos des deux événements ci-dessus mentionnés. Le développement ne manque pas d'analogie avec l'allégorie de la vigne dans Isaïe (v, 1-7 ; le rapport est plus éloigné avec Jér. xxiv, allégorie des bonnes et des mauvaises figues, et Ps. lxxx, vigne transplantée), mais le symbolisme n'est que dans la donnée générale. Au moins dans la pensée de l'évangéliste, le figuier n'est pas un individu quelconque mais le peuple juif. Si l'on suppose l'authenticité, il n'y aurait eu, pour ce qui est de Jésus, qu'une comparaison avec application aux auditeurs. Mais on doit tenir compte de ce que cette parabole remplace en quelque façon dans notre évangile l'histoire symbolique du figuier desséché (Me. xi, 12-14, .ao-^aS ; M^. xxi, 18-22), et il est permis de se demander si la parabole n'aurait pas été conçue tout exprès sur le thème fourni par ce qu'on a lu plus haut (m, 9 ; Mt. m, 10) de Jean-Baptiste ; le récit de Marc est autant dire parallèle à la parabole plutôt qu'il n'en est dérivé. Une parabole semblable à la nôtre se trouvait parmi les fables d'Achikar (Charles, The Pseadepigraphica. II, 776). Le thème étant donné, l'application au ministère de Jésus près du peuple juif était facile, non pour Jésus luimême, mais pour les interprètes delà tradition évangélique.
« Quelqu'un avait un figuier planté en sa vigne ».— Le cas est censé ordinaire de figuier planté ainsi (Deut. xxii, 9, n'y contredit pas, car on y proscrit l'ensemencement de la vigne ; cf. Jûlicher, II, 434)' — « Il vint », — un certain jour, — « y chercher du fruit, et il n'en trouva pas », — La suite montre que le propriétaire est déjà venu plusieurs fois inutilement. Ce début manque de netteté. — « Or il dit au vigneron », — à l'ouvrier chargé de cultiver la vigne et de la garder. On dirait que le propriétaire en question n'apparaît dans sa vigne que pour prendre les fruits : situation analogue à celle du propriétaire dans la parabole des Vignerons (xx, 19-10 ; Me. xû, 1-2 ; Mt.
** Mais celui-ci, répondant, lui dit : « Seigneur, laisse-le encore cette année, pour que je bêche à i'entour et mette du fumier ; ® peut-être portera-t-il fruit à l'avenir ; sinon, tu le couperas. »
:xxi, 33-34). — « Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier et que je n'en trouve pas ». — Ce pi-opriétaire est venu trois ans de suite inutilement ; voici la troisième année qu'il est déçiu. Ces trois années de stérilité ne sont pas les trois années qu'aurait duré le ministère du Christ d'après le quatrième évangile, ou qui se seraient écoulées depuis la prédication de Jean-Baptiste, ni les trois années au bout desquelles seulement, d'après la Loi (LÉ v. xix, 23-25), le propriétaire avait le droit de cueillir les fruits d'un arbre nouvellement planté : dans la première hypothèse, on ne voit pas à quoi correspondrait l'année de grâce ; la seconde est tirée de trop loin et elle serait d'ailleurs exclue par la chronologie des synoptiques ; la troisième est exclue parle fait que le propriétaire vient chercher les fruits de ces trois années. Les trois ans marquent un temps assez long durant lequel l'arbre aurait dû normalement donner des fruits à son maître et n'a rien produit. — «Coupe-le ». — Dans un manuscrit (D), le maître dit d'abord : « Apporte la hache » ; mais ce peut être une glose (d'après ni, 9). — « Pourquoi rend-il aussi la terre stéi'ile ? » — On peut entendre que l'arbre épuise la terre pour rien, où gêne de -son ombre le voisinage, mais le sens peut être simplement que l'arbre, par le lait de sa stérilité, rend aussi bien stérile la place qu'il occupe. « Mais lui », — le vigneron, — « répondant, lui dit : « Seigneur, laisse-le encore cette année », — au lieu de le couper tout de suite, — « pour que je bêchéà I'entour et que je mette du fumier ». — Par l'effet de cette culture et de l'engrais, — « peut-être portera-t-il du fruit à llaveuir », — c'est-à-dire l'an prochain. Littéralement : « et s'il porte du fruit », la conduite à tenir, dans cette hypothèse, étant sous-entendue (ms. D et mss. lat. paraphrasent : «corbeille de fumier »). — « Sinon tu le couperas ». — On peut entendre : « Tu le feï'as couper » ; mais l'exécution pourrait bien être réservée au propriétaire, parce que le propriétaire est Dieu, qui châtiera le peuple juif, et que le vigneron est identifié à Jésus lui-môme (cf. Herjmas, Sim. v). Plusieurs témoins (AD, Ss. Se. Vg.) lisent : «Peut-être portera-t-il du fruit, sinon, plus tard, tu le couperas », en transposant elç -rb |j.éXXov après el o£ pi./,7£, et peut-être sous-entendant 'éto; :
" Or.il était à enseigner dans une synagogue, en sabbat ; " ellà était unefemme ayant esprit d'infirmité depuis dix-huit ans ; elle était courbée et elle ne pouvait se redresser tout à fait.
12 Et l'ayant vue, Jésus l'appela et lui dit : « Femmej tu es délivrée de ton infirmité » ; >3 el il lui imposa les mains ;
et aussitôt elle se redressa, et elle rendait gloire à Dieu.
« l'an prochain », ce qui est moins précisément indiqué dans l'autre leçon, plus autorisée). La menace reste suspendue, et l'on ne pouvait, pas, sans rompre la perspective de l'évangile, dire qu'elle avaiteu son accomplissement. 11 sutïitque dans ce petit drame horticole on entrevoie le di'ame du salut avec ses conséquences funestes pour Israël.
LU. Le SABBA.T
A première vue, l'on ne saisit aucun rapport entre le récit de guérispn sabbatique et la parabole qui le précède, ou celles qui le suivent, d'autant que ce récit, par son contenu, semblerait appartenir au. ministère galiléen. Faute de meilleure explication, l'on suppose que l'évangéliste l'a trouvé ainsi encadré dans la source où il l'a pris (Klostérmann, 5o6) ".hypothèse qui donnerait une assez médiocre idée de la source en question.' Les Pères qui ont vu dans la femme guérie l'Eglise, opposée au figuier stérile et condamné de la synagogue, ont peut-être rencontré, sans le vouloir, la pensée qui a présidé à l'arrangement de ces morceaux. Le récit de guérison sabbatique pourrait donc être un doublet fictif du récit galiléen qui est commun aux trois synoptiques, comme le ressuscité de Naïn double la fille de Jaïr, et il aurait été tout exprès localisé vers la Samarie pom*- figurer le salut des Gentils. 11 ne faut donc pas se hâter d'alléguer la vraisemblance, d'après les détails delà mise en scène, pour transporter le miracle à Gapharnaûm. Le rédacteur évangélique aura probablement trouvé le récit tout fait, et il l'aura tellement quellement adapté à son cadre.
« Or il était à enseigner dans une des synagogues le jour du sabbat ». — Remarquer le vague de ce préambule. Qu'une telle façon d'enseigner ne convienne guère ni au temps ni au lieu, c'est ce dont le narrateur n'a aucun souci. — « Et il se trouvait là une femme qui avait un esprit d'infirmité depuis dix-huit ans ». — Tout à l'heure
LUC, xiii, 14 365
^^ Or, prenant la parole, le chef de la synagogue, indigné de ce que Jésus eût fait en sabbat guérison, dit à la foule :
« II y a six jours où l'on doit travailler ; venez donc ces jours-là vous faire guérir, et non le jour du sabbat. ».
(xm, 4) on nous a parlé de dix-huit hommes, mais le rapport des chiffres doit êti'e fortuit. Si l'auteur, au lieu de mentionner la maladie, désigne l'esprit quienest cause, ce pourrait bien n'être pas seulement parce qu'il regarde la maladie comme une sorte de possession, mais parce que la femme représente la Gentilité. En tout cas, il n'y a , pas lieu de la considéi*er comme proprement possédée, c'est-à-dire folle, ni comme s'étant rendue préalablement coupable de péché, si ce n'est pour autant que la maladie de là femme serait l'image de l'état d'impureté moi-ale où vivaient les Gentils. — « Elle était courbée », — à raison de cette espèce de paralysie, — « et elle ne pouvait se redresser tout à fait ». — Corps tout penché, d'où résulte impossibilité de relever la tête. Gomme dans le cas précédemment raconté (vi, 6- II), la guéiùson va se faire sans que la pei'sonne intéressée l'ait d'abord demandée. — « Or, l'ayant vue, Jésus », — par un sentiment de souveraine pitié, — « l'appela et lui dit : « Femme tu es délivrée de ton infirmité. » Et », — ce disant, — « il lui imposa les mains ». — Parole" et geste sont simultanés ; les deux opèrent la guérison, car il s'agit de guérison miraculeuse, non d'exorcisme efficace, comme dans les cas de possession ; et, vu le caractère du récit, pas n'est besoin de supposer que l'imposition des mains aurait été ajoutée par l'évangéliste. Le trait ne laisse pas de différencier cette guérison de l'autre guérison sabbatique, et peut-être tend-il à en souligner la signification religieuse. L'homme précédemment guéri n'était paralysé que de la main droite, et sa guérison ne réussit qu'à provoquer la haine des pharisiens ; la femme dont il s'agit maintenant était paralysée de tout le corps, et sa guérison, par l'imposition des mains, va, en confondant les ennemis du Glii*ist, réjouir une foule qui acclame ses miracles. Groira qui voudra que ces détails ont été pris au hasard pour le grossissement du pi^odige et non pour faire entrevoir l'accession des Gentils au salut. — « Aussitôt elle se redressa et rendit gloire à Dieu ». — Nulle mention d'action de grâces dans le premier récit.
a Or, prenant la parole » — sur le fait qui vient de se pi'oduire, — « le chef de la synagogue », — qui fait pendant aux pharisiens de l'autre
■1^ Mais le Seigneur lui répondit et dit ; «Hypocrites, chacun de vous en sabbat ne détache-t-ilpas son bœuf ou son âne de la crèche pour les mener boire ? 18 Et cette fille d'Abra.ham, que Satan a liée voici dix-huit ans, il n'aurait pas fallu la détacher de ce lien le jour du sabbat ? »
récit, et que l'on peut supposer pharisien lui-même — « indigné de cer que Jésus avait fait guérison en sabbat, dit à la foule », — comme s'il n'osait s'attaquer directement à Jésus pour le réprimander de la violation commise : — « Il y a six jom*s où l'on doit travailler », — les six jours où Dieu s'est acquitté du travail de la création (cf.DEUT. v, i3) ; — « venez donc ces jours-là vous faire guérir », — puisqu'on ne peut légitimement s'occuper de vous que ces jours-là, — « et non le jour du sabbat ».
« Mais le Seigneur ». — Noter l'emploi du mot dans ce récit secondaire. Jésus, relevant l'apostropbe du chef de la synagogue, — « lui répondit et dit ». — Gomme le chef de la synagogue ne s'est pas adressé directement au Christ, celui-ci ne lui adresse pas individuellement sa réponse, mais au groupe qu'il représente, aux pharisiens,. aux Juifs incrédules. — « Hypocrites ». — Quelques témoins (D, Ss. Se.) ont le singulier, probablement pour l'accord avec la formule d'introduction : « il lai répondit» ; mais le pluriel est recommandé par la suite du discours. — « Chacun de vous, le jour du sabbat, ne détache-t-il pas son bœuf ou son âne de la crèche pour les mener boire ?» — Les plus scrupuleux observateurs de la Loi se croient permis de rendre ce service, intéressé d'ailleurs, à des animaux sans l'aison. Matthieu (xir, ii) fait valoir la même idée'dans l'auti^e récit sous une forme différente, que notre auteur de son côté reproduira dans un troisième récit de guérison sabbatique (xiv, i-6). Les deux, récits propres à notre évangile ont été construits, comme les autres histoires sabbatiques, autour de l'idée, argument d'école contre une interprétation trop rigide du repos sabbatique (cf. Bultmann 5). Il n'est aucunement certain que les arguments et à plus forte raison les guérisons miraculeuses doivent être attribués à Jésus. — « Et cette fille d'Abraham ». — Zachée aussi sera qualifié fils d'Abraham (xix, 9), en tant que croyant. Le titre qui est donné à la femme pourrait bien viser derrière son apparente descendance la signification spirituelle de son personnage — « Que Satan a liée voici dix huit ans » , — qu'il tient liée depuis ce temps-là par la maladie. Il n'est pas autrement
1' Et pendant qu'il disait cela, tous ses adversaires étaient confondus ; et toute la foule se réjouissait de tous les miracles opérés par lui.
18 II disait donc ; « A quoi est comparable le royaume de Dieu^ et à quoi le comparerai-je ?
1® Il est comparable à grain de sénevé qu'a pris un homme pour le jeter dans son jardin ; il a grandi et il est devenu arbre, et les oiseaux du ciel ont niché dans ses branches. »
insinué que la maladie ait été conséquence d'un péché. — « Il ne fallait pas la détacher de ce lien », — les mots (XuO-fivat aTcd) sont choisis pour la correspondance avec ce qui a été dit du bœuf et de l'âne, — « le jour du sabbat ». — L'argument est supposé sans réplique. Non seulement c'est un droit, mais c'est un devoir de guérir un malade, si on le peut, le jour du sabbat.
« Et comme il disait cela, ses adversaires étaient confondus ». — Réminiscence probable d'Isaïe (xlv, i6, Sept.), et qui ne prouve pas que l'évangéliste écrivait en érudit,mais qu'il connaissait assezbien la Bible des Septante. Ce passage n'est pas le seul où on s'en aperçoive. — « Et toute la foule se réjouissait de toutes les merveilles qui se faisaient par lui ». — On a rencontré des formules semblables dans les récits du ministère galiléen (v, 26 ; vu, 16-17) ; mais celle-ci a de quoi surprendi'e aprèsun miracle isolé ; on pourrait supposer que le récita été rédigé d'abord pour terminer une série, ou plutôt que cette espèce de ti'iomphe est en rapport avec le sens mystérieux de l'anecdote. La dernière hypothèse, en effet, semble confirmée par les paraboles qui viennent ensuite.
LUI. Paraboles
« Il dit donc ». — La parabole semblerait aussi avoir été dite en considération du succès qui vient d'être obtenu, comme si le fait raconté avait le même sens figuratif que la parabole. — « A quoi est comparable le royaume de Dieu, et à quoi le comparerai-je ?» — Préambule paraphrasé dans Marc (iv, 3o), omis dans Matthieu (xiii, 3i), et qui vient de la source commune.
20 Et il dit encore :
(( A quoi eomparerai-je le royaume de Dieu? 21 11 est comparable à levain ([u'a pris une femme pour le mêler à trois mesures de farine, jusqu'à ce que tout ait fermenté. »
« Il est comparable à un grain de sénevé, qu'un homme a pris pour le jeter dans son jardin ». — Matthieu dit : « semer dans son champ », et il ajoute, probablement d'après Marc (iv, Si-Sa), et d'après la source commune, que c'est « la plus petite de toutes les semences, mais une fois poussé, le plus grand des légumes ». La même antithèse existe d^ailleurs dans notre évangile entre le sénevé à l'état de grain et le sénevé à l'état d'arbre où les oiseaux s'abritent. — «Il a grandi et il est devenu arbre », — au moins par la taille, — (( et les oiseaux du ciel se sont abrités dans ses branches ». — Marc (iv, 32) paraphrase : « Il pousse de grandes branches, en sorte que les oiseaux du ciel peuvent s'abriter sous son ombre ». Matthieu (xnt, Sa) se rapproche de la source commune, tout en subissant l'influence de Marc : « Il devient arbre, en sorte que les oiseaux du ciel viennent s'abriter dans ses branches. » Notre auteur pense à la diffusion rapide de l'Evangile parmi les Gentils, et tel doit être déjà le sens de la source (cf. Ez. xvir, 24; xxxi, 6; Dan. iv, g, i8).
« Et il dit encore » — cette autre parabole : — « A quoi comparerai-je le royaume de Dieu ?» — Matthieu (xtii, 33] n'a pas non plus ce pi'éambule interrogatif, qui doit venir de la source, comme le précédent. - ((11 est comparable à du levain », etc. — La seconde pax^abole est pinsé dans le même sens que la première, et rien n'invite à penser que la puissance intensive de l'Evangile y serait visée indépendamment de sa force extensive, que concernerait le Sénevé : Texpansion agissante et bienfaisante est visée dans les deux paraboles. Peutêtre y aurait-il lieu plutôt de considérer (avec Bultmann, io6) la parabole du Levain comme ajoutée après coup, dans la tradition, à la pai'abole du Sénevé. L'application des deux pax'aboles a d'ailleurs été conçue en regard des (progrès extraordinaires qu'a promptement réalisés le christianisme naissant.