‹ L'évangile selon LucChapitre 52 sur 80 · LVI. A LA TABLE DU PHARISIEN · texte numérisé non relu

LVI. A LA TABLE DU PHARISIEN

Sans lien réel avec ce qui pi'écède, et artificiellement rassemblés dans un cadre l'édactionnel, viennent une nouvelle guérison sabbatique (xiV, 1-6), un avis sur la place à prendre quand on est invité à un repas (xi V, j-n), un autre sur les invitations à faire quand' on ■en donne un (xiv, 12-14), et la parabole du Festin (xiv, 16-24). ^^^^ "* propos de table aussi vaguement localisés que possible,

« Et advint, comme il était entré dans la maison d'un chef des pharisiens ». — L'auteur prend les pharisien"s afin de leur faire adresser les leçons qui vont suivre, et un chef des pharisiens pour expli- ■quer la présence d'un grand nombi'e d'autres pharisiens dans sa maison. L'entrée de Jésus dans la maison du pharisien n'est pas en rapport avec la circonstance du voyage antérieurement signalée, mais elle est pour la mise en scène de ce qui suit. Ce qu'était au juste ce chef des pharisiens, on ne nous le dit pas, et il est superflu de le conjecturer. Rien n'invite à le supposer membre du sanhédrin ou habitant Jérusalem. D'ailleurs, on interpréterait un peu arbitrairement la notice en entendant : « un chef qui était pharisien », par exemple, un chef de synagogue (Klostermann, 5ii). Il s'agit d'un personnage important dans la secte même, bien que le langage de i'évangéliste prête à équivoque, les phaxnsiens n'ayant pas été un parti politiquement oi-gànisé. Il semblerait que, dans la pensée de l'auteur, la mention des pharisiens suflit pour établir la' continuité logique du présent récit avec le pi'écédent, — « Le jour du sabbat ». : — Ceci est dit pour amorcer Thistoire de guérison, et les pharisiens sont là pour en être scandalisés. — « Pour pi-endre un repas ». — Et ceci est pour accrocher les propos roulant sur le thème du festin. •— « Eux étaient à l'observer ». — Les pharisiens ne sont pas là pour autre chose ; mais on peut trouver que ce trait, emprunté au premier récit de guérison sabbatique (vr, 7 ; Me. iii, 2), arrive trop

378 LL-c,. xrv, 2-4

2 Et voiui (|u'uii homme hydpophjueélait dcvaiil lui ; ' etprenaal la parole, Jésus s'adressa aux légistes et aux pha-

[l'isiens, disand :

« Est-il pei'jnis, en sabbat, de guérir, ou non ? » "* Mais eux se tinrent cois,

Et l'ayant pris, il le guérit ;

tôt. Car on dirait que les pharisiens n'ont pas autre chose à faire que d'épier Jésus, et ils observent seulement l'attitude que Jésus adoptera vis-à-vis de l'hydropique, dont il va être fait aussitôt mention. .

« Et voilà qu'un homme hydropique était devant lui ». — C'est le sujet à guérir, qui faitbesoin pour l'histoire, et dont on ne dit pas comment il se trouvait là. Toute cette mise en scène est assez gauche, et l'on en voit trpp le procédé de construction. Ce doit être parce qu'il avait localisé dans une synagogue, à l'instar du récit type, la guérison de la femme infirme (xiii, lo-ij), que notre auteur localise dans une maison particulière la guérison de l'hydropique. Réunion privée pour banquet, au lieu de réunion synagogale. Le trait est d'ailleurs conforme aux habitudes juives. Rien ne s'opposait à ce qu'on donnât des repas le jour du sabbat, et même on le faisait volontiei'S, les préparatifs ayant été exécutés la veille.

« Et prenant la parole ». -^11 faut supposer que, comme dans le récit qui a servi de modèle à celui-ci (vt,7; cl. xtit, i4), les pharisiens sedemandentsi Jésus se permettra d'opérer une guérison le jour du sabbat. C'est à cette préoccupation de leur esprit que Jésus l'épond, en les faisant, pour ainsi dire, arbitres du cas. — « Jésus s'adressa aux légistes et aux pharisiens ». — Les docteurs sont aussi des pharisiens, mais on parle de docteurs parce que la question qui se pose parait être de leur ressoi-t. — r- « Est-il permis ou non d'opérer guérison le jour du sabbat ? » — Les docteurs n'osent pas dire non. ^^ « Mais ils gardèrent le silence ». — Trait de Marc (tu, 4)» omis par notre auteur dans la reproduction du récit typique, et utilisé ici. — « Et l'ayant pris, il le guérit ». — Jésus guérit cet hydropique en le touchant (cf. Me. i, 4i). On peut croire que le geste est pour varier la forme de la guérison ;il peut sembler approprié à la nature de la maladie et dispense l'auteur de chercher une parole impérative qui y convienne. — « Et il le congédia » . — Gomme si l'homme n'avait plus l'ien à faire auprès de lui (cf. vin,38).

« Et à eux il dit », — combattant l'objection qu'ils sont supposés

LUC, xiv, 5-7 379

* et il leur dit :

(( Qui d'entre vous si son âne (?) ou son bœuf en puits tombe^ aussitôt ne l'en retire, (même) en jour de sabbat? » ^ Et ils ne purent pas répliquer à cela. ' Et il adressa aux invités parabole, remarquant comment ils choisissaient les premières places, (et) il leur dit :

n'avoir pas osé exprimer, — « Qui d'entre vous, si son fils ou son bœuf tombe dans un puits, ne l'en l'etire aussitôt », — quand même ce serait — « le jour du sabbat ». — L'association du fils et du bœuf ■ paraît singulière ;. et plusieurs témoins (S L, Ss. mss. lat. Vg.) ont « l'âne » (ovo;) au lieu du « fils (uW;, A B, etc. ; Se, a le fils, le bœuf et l'âne). On allègue les passages de la Loi (Ex. xx, lo ; Deut. v, i4) où l'homme et les animaux apparaissent ensemble comme soumis à l'obligation du sabbat ; mais ces textes n'ont qu'un rapport éloigné avec le sujet de notre discours ; plus probants seraient certaiens textes rabbiniques en rapport avec la discipline du sabbat (voir Kloster- MANN, Sia). Mais il est possible que le texte primitif, au lieu du fils ou de l'âne ait parlé de la brebis (oiç, dont on aurait fait uloç et ô'voç. Well- HAUSEN, 76. Dans Mt. xii, '35, passage tout à fait parallèle, il est question de brebis, 7Tpôj3xTov, qui est la leçon de D dans notre passage). S'il est permis, le jour du sabbat, de venir en aide à un animal pour l'empêcher de périr, à plus forte raison la même chose doit être permise quand il s'agit d'un homme. La vie de l'homme et celle delà bête importent plus que l'observation du sabbat. Telle est l'idée qui ressort du texte (comme de Mt. loc. cit.), même si l'on garde la mention du fils, et ce n'est pas précisément le devoir de la charité qui est mis au-dessus du sabbat (comme dans xm, i5). — « Et ils ne pouvaient rien répondre à cela », — n'ayant pas d'argument à fairevaloir contre ce raisonnement en vue duquel l'histoire a été conçue. Car ici encore l'histoire aété conçue comme illustration d''un argument contre la rigueur de l'observance sabbatique, et elle n'a d'autre valeur que celle de l'argument ; c'est un produit de la tradition, que l'évangéliste aura utilisé en y ajoutant seulement le cadre (xxv, i), où il se proposait de loger d'autres enseignements (Bultmann, 5)

La guérison de l'hydropique est censée opérée avant qu'on se mette à table; puis chacun prend place pour le repas, et Jésus, voyant les convives se porter vers les premières places, ferait une observation à ce sujet. Au fond, l'évangéliste exploite ce qui est dit ailleurs (Mo. xu, 39 ; Mt. xxui, 6 ; Le. xx, 46) sur le goût des docteurs et des pha-

^ « Lorsque lu seras invité par quelqu'un à festin, ne te mets pas à la première place, de peur que plus digne que toi n'ait été invité par lui, ^ et que celui qui vous a invités tous deux ne vienne te dire ; « Cède-lui la place », et que tu n'arrives, avec confusion, à occuper la dernière place.

risiens pour les premières places dans les festins. Cette remarque et la guivante, qui s'adresse au maître de la maison, ne seraient pas tout à fait conformes à nos i-ègles de politesse ; mais une pareille liberté •de langage n'avait rien de choquant dans le milieu où vivait l'auteur, ou bien il.a pensé que le Christ pouvait se la permettre. On peut croire que la première sentence est qualifiée parabole à raison de l'application, que l'évangélisle a en vue, aux conditions du royaume, Il n'est pas autrement nécessaire de supposer que la leçon a été présentée d'abord en manière de récitparaboliqiie et tournée en incident réel par notre auteur. Il est bien plus probable que celui-ci adapte tellement quellement au thème de l'évangile une leçon de commune sagesse.

« Or il adressa aux invités », — aux pharisiens aassemblés chez le chef, — « une parabole, remarquant comme ils choisissaient les premières places, leur disant : « Quand tu sera invité ». — La leçon s'adresse à chacun des convives présents ; mais la vraie raison pour l'emploi du singulier est que la sentence n'a pas été conçue d'abord en discours évangélique, mais en conseil de sagesse (cf. Pnov. xxv, 6-j, dont notre passage pourrait bien dépendre). — <f A un festin ». — Il s'agit d'un repas solennel, et peut-être doit- on maintenir le sens de festin nuptial (cf. xn, 36), que le mot grec (yâ-it-oi) comporte naturellement, l'auteur étant fort capable d'y attacher une signification allégorique (on pourrait même supposer une influence de la parabole du Festin dans Mt. xxit, 2). — « Ne te mets pas », — de toi-même et d'abord, — a à la première place », — au haut bout de la table, à la place qu'on destine à l'hôte le plus distingué, — « de peur qu'un plus digne que toi n'ait été invité par lui », — par ton hôte. Les convives sont supposés arriver les premiers dans la salle du festin et se placer eux-mêmes ; un personnage honorable, ari'ivant le dernier, peut se trouver obligé de se mettre au bas bout de la table ; le maître vient quand tout le monde est installé ; s'il y a nécessité, il rectifie les positions. — « Et que celui qui vous a, toi et lui, invités, ne vienne te dire : « Cède-lui place ». — Pour ne pas déranger tout le monde en

^° Mais, lorsque lu seras invité, va te mellre à là dernière place,

■ afin, quand sera venu celui qui t'a invité, qu'il te dise : . « Ami monte plus haut. »

Alors ce te sera honneur devant tous tes commensaux. 11 Car quiconque s'élève sera abaissé, et qui s'abaisse sera élevé. »

mettant le plus digne à la première place, le maître fait simplement échange de la première et de la dernière pljace entre ceux qui les occupaient. — « Et qu'alors tu n'arrives, avec confusion », — pourpette humiliation publique, — « à occuper la dernière place ». — La prudence est donc de prendre un parti contraire. « Mais lorsque tu seras invité, va te mettre à la dernière place ».

— Là du moins on n'a d'autre chance à courir que celle de voir l'hôte vous dire que vous êtes trop modeste. — « Afin que, quand celui qui t'a invité sera venu, il te dise ». — C'est à raison de l'application que la chose est présentée comme certaine; car, dans le cours ordinaire ses choses, il ne suivrait pas nécessairement que celui qui choisirait la dernière place dût être appelé à la première. « Afin que » (ïva) n'est pas non plus à prendre en rigueur, comme prescrivant l'intention qu'on doit avoir, mais comme déterminant les conséquences de l'acte prescrit. — «Ami, monte plus haut». Alors te sera honneur»,

— d'être ainsi traité, — « devant tous ceux qui seront à table avec toi ». — Raison de ce renversement : — «. Parce que quiconque s'élève sera abaissé », — comme il arrive dans le premier cas indiqué, — « et qui s'abaisse sera élevé », — comme il est dit dans le second.

La même sentence reviendra plus loin (xvin, ï4 '> cf- Mt. xxiii, 12) avec un sens nettement religieux et eschatologique. Ainsi doit-on l'entendre dans le présent contexte, car ce principe est loin de se vérifier toujours dans le coui'ant de la vie ordinaire. Ce doit être propos courant, dont la tradition a tiré parti selon les opportunités (BuLTMANN, Qi). Le conseil auquel il est ici adapté n'est pas d'un, mysticisme transcendant, et c'est de sol un précepte de sagesse, politesse et habileté, dont on pourrait s'étonner qu'il ait trouvé place dans l'enseignement attribué à Jésus (Bultmann, loc. cit.), si la tradition n'y avait introduit une pointe d'allégorie. On peut dire que la présente leçon, dans son ensemble, est une exhortation à l'humilité, dont on voit d'abord une application' particulière et occasionnelle dans le cas du festin, puis la l'écompense cei'taine et durable

^2 Et il disait aussi à celui qui l'avait invjlé : « Quand tu donnes diner ou souper, n'invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni des voisins riches, de peur qu'eux aussi ne te retournent invitation, et qu'il ne te soit rendu la pareille.

^' Mais, quand tu donnes feslin, invite pauvres, estropiés, boiteux, aveugles ;

dans la gloire du l'ègne de Dieu : il faut être dernier et serviteur maintenant pour être premier dans le royaume à venir. Mais on ne peut pas l'entendre comme une comparaison : de même que celui qui prend la première place à table s'expose à être renvoyé à la dernière, ainsi celui qui s'enorgueillit rencontre Thumiliation. Ce n'est pas de cette façon que notre auteur le comprend, et il verrait plutôt dans le tout une allégorie qui, pour le sens, équivaudrait à la parabole du Pharisien et du publicain (xvin, 9-14^.

Il est à noter que le ms. D contient dans Matthieu (xx, après 28) une variante de notre passage, sous une forme relativement indépendante: « Mais vous, cherchez, de petit, à grandir, et, déplus grand, à être moindre. Et entrant et invités à souper, ne vous attablez pas aux places distinguées, de peur qu'un plus honorable que toi ne survienne, et que rinvitateur(o£i7rvQ/.X-(iTwû, l'esclave chargé des invitations) ne vienne te dire: « Descends, plus bas »,et que tu n'aies honte. Mais si tu te mets au plus bas lieu et qu'un moindre que, toi arrive, l'invitateur te dira : « monte plus haut », et cela te sera profitable. »

Le Christ se retournerait ensuite vers son hôte. — « Or il dit à celui qui l'avait invité ». — L'hôte est choisi pour destinataire d'une leçon concernant les invitations ; mais la leçon aurait pu être aussi bien adressée à tous les convives. Leçon artificielle d'ailleurs, et qu'on dirait avoir été simplement tirée de la parabole du Festin en manière d'instruction morale sur l'amour des pauvres : à en pressex' les termes, on croirait que Jésus défend de se recevoir entre égaux et oblige à ne festoyer que les miséreux. C'est que l'auteur a glissé, dans une leçon sur les invitations à faire, son idéal de communisme au profit des déshérités. — « Quand tu donneras dîner ou souper ». — Lé festin de la parabole va être dans notre évangile un souper; mais c'est un dîner dans Matthieu (xxn, 4)- — « N'invite pas tes amis ni tes frères, ni tes parents, ni voisins i-iches », — personne de ta

^*et bienheureux seras-tu, de ce qu'ils n'ont pas de quoi te rendre, car cela le sera rendu en la résurrection des justes.

condition, — « de peur qu'eux aussi ne t'invitent réciproquement et que » — par-là même — « il ne te soit rendu la pareille ». — Le l'ésultat est qu'on n'a i*ien donné, donc rien acquis pour le ciel.

« Mais quand tu fais festin, invite pauvres, estropiés, aveugles ». — Il va de soi que les estropiés et les aveugles dont il s'agit sont aussi des miséreux ; car les riches ne sont pas soustraits aux infirmités. Gomme les personnes qu'on dit ici de ne pas inviter sont en étroite correspondance avec celles qui, dans la parabole suivante, refusent de se rendre à l'invitation qui leur a été faite (xxv, 16-20), celles qu'on dit d'inviter sont exactement les mêmes qui, dans la parabole (xiv, 21), sont dites prendre la place des pi'emiers conviés. 11 y a donc lieu de penser que le sens allégorique de la parabole domine déjà la pi'ésente sentence, et qu'il ne s'agit pas tant de recommander la charité désintéressée que l'idéal de vie commune préconisée par l'évangéliste, le Juif pharisien étant d'ailleurs, le type de la justice intéressée, et le Samaritain généreux celui de la vraie charité.

L'esprit du rédacteur se reconnaît dans la conclusion : — « Et bienheureux seras-tu », — en n'invitant que des misérables, — « parce qu'ils n'ont pas de quoi te rendre ». — Ce bienfait gratuit crée un titre au bonheur éternel. — « Car cela te sera rendu dans la résurrection des justes ». — Moyennant cette condition, l'on aura part au l'ègne de Dieu. Ainsi l'entend l'auteur, puisque c'est sur cette équivalence de « la résurrection des justes » et du «royaume de Dieu » que va se faire la transition à la parabole du Festin. On pourrait supposer que la résurrection des justes s'oppose à la résurrection générale, celle du jugement, qui viendra plus tard et à laquelle participeront en quelques façon les méchants (cl. Ap. xx, 5 ; I Cor. XV, 23). Mais cette distinction n'est aucunement recommandée parle contexte, et noli'e auteur paraît ne vouloir admettre, comme les pharisiens eux-mêmes, de l'ésurrection que pour les justes (cf. xx, 35) ; et il n'y aurait, pas à dire que le sort des méchants est simplement laissé en dehors de la perspective. La formule pourrait avoir été choisie à dessein pour accentuer l'identité de l'idée chrétienne avec la croyance du judaïsme orthodoxe. Tout notre j^assage a donc chance d'être i-édactionnel, et il n'y pas lieu de distinguer (avec li. Weiss, 620) une leçon de Jésus, sur la bienfaisance désintéressée,

384 LUC, xiY, 15-lG

^^ Or, entendant cela, l'un des convives lui dit : « Bienheureux qui prendra repas dans le royaume de Dieu ! )> 18 Et il lui dit :

« Un homme donnait grand souper et il invita beaucoup

[de gens ;

que l'évangéliste aurait adaptée à la matière des repas ou plutôt à son propre idéal de vie commune.

Une de ces transitions par trop faciles, dont le rédacteur est coutumier, amène la parabole du Festin. Il convient de noter l'artifice, tout littéraire et médiocrement réussi, par lequel la pi'emière sentence (xiv, 7-1 1 ) a été adressée aux commensaux du Christ, la deuxième (xiu, i2-i4) à son hôte, et la parabole présentée comme réponse à la remarque d,'un des convives. — « Or, ayant entendu cela », — ce qui vient d'être dit de la récompense dans la résurrection des justes, — (( un des convives lui dit : «Bienheui'euxqui mangera du pain dans le royaume de Dieu ! » — Heureux qui aura part au repas des justes élus ! L'homme, qui est pharisien, songe probablement à luimême. Ce pharisien et les autres représentent le judaïsme orgueilleux, riche et avare, qui n'aura point de part au royaume qu'il espère. C'est ce que Jésus va faii'e entendre dans la parabole. Sans doute n'est-il pas indispensable de voir (avec Bultmann, 65) dans ce passage une sentence qui aurait eu cours dans la tradition et qu'on aurait pu aussi bien attribuer à Jésus, mais que l'évangéliste aurait utilisée simplement en manière de transition.

« Mais il lui dit : « Un homme fit un grand souper ». — Dans la source, la parabole commençait sans doute comme chez Matthieu (xxii, 2) : (( Le royaume des cieux est comparable à un homme, etc. Notre auteur, ayant mis, pour sa combinaison rédactionnelle, le l'oyaume dans la question du pharisien, commence l'histoire ex abrupto : « Certain homme faisait grand repas ». Du reste, la parabole, avec son développement, n'est pas du tout un propos de table, et conviendrait mieux dans un discours public, ainsi que Matthieu l'a pensé. — « Et il invita beaucoup de gens ». — A grand festin beaucoup d'invités. Apparemment il s'agit d'u.n riche particulier qui offre un repas à des gens de son monde. L'auteur entend que Dieu adresse au peuple juif le message du royaume; il n'insiste pas sur l'invitation préliminaire, qui est censée avoir été faite par les prophètes, comme dans Matthieu (xxit, 3) pour la première invitation. Dans l'économie du récit, l'invitation a été faite quelques jours à l'avance et a paru acceptée ; l'heure n'a pas été indiquée avec préci-

LUC, XIV, 17-;20 38b

^' et il envoya son serviteur, à l'heure du souper, dire aux invités : « Venez, parce que c'est déjà prêt. »

^^ Et ils se mirent (comme) d'ensemble tous à s'excuser. Le premier lui dit : « Terre j'ai achetée, et j'ai nécessité de l'aller voir ; je te prie, tiens-moi pour excusé. »

" Et, un autre dit:

« J'ai acheté cinq paires de bœufs, et je m'en vais les essayer ; je te prie, tiens-moi pour excusé. »

2" El un autre dit :

«J'ai pris femme, et c'est pourquoi je ne puis venir. »

sion, parce qu'une seconde invitation se fait le jour même, quand le Tepas est prêt, pour le rassemblement des convives,

« Et il envoya son serviteur, à l'heure ..du souper, dire aux invités », — sur lesquels il croyait pouvoir compter : — « Venez, parce que c'est déjà prêt ». — Il faut donc venir sans tarder. C'est peu d'un serviteur pour un homme si riche et pour un si grand festin, où tant de monde est convié. Dans Matthieu (xxii, 3-4, 8-io), les serviteurs sont toujours en nombre, et l'on peut croire que notre évangéliste parle d'un seul serviteur parce qu'il a en vue le Christ, venu pour ■servir (xxiir, 27). — « Et ils se mirent d'un seul coup tous à s'excuser». — Sans s'être autrement concertés, les invités s'accordent tous pour décliner tout de suite l'invitation sous divers prétextes (la formule àTtb |j.iaî marque l'unanimité simultanée dans le refus, bien -que les invités ne soient pas réunis ensemble et qu'ils ne se soient pas entendus pour refuser l'invitation). Le détail des excuses laisse •entendre que chacun est chez soi quand on l'appelle ; mais l'emploi d'un seul serviteur, visitant un si grand nombre de personnes et disant qu'on vienne tout de suite, ne s'accorde pas bien avec la circonstance ni avec l'espèce d'unanimité simultanée du refus.

« Le premier lui dit » . — La réponse est donnée au serviteur, mais dans les termes de politesse qui conviendraient en s'adressant -directement au maître et qui devront lui être répétés. — « J'ai acheté une terre, et j'ai nécessité de l'aller voir ». — Comme on est à l'heure dursouperi l'excuse est assez mal placée, et il en sera de môme pour la suivante. Matthieu (XXII, 4), qui parle du repas de midi (itoKJxov),

A. Lois Y. — L'Evangile selon Luc. 25

" Et revenu, le serviteur rapporta cela à son maître.

Alors, irrité, le n;aître de maison dit à son serviteur r

(' Va vite dans les places et les rues de la vilJe;

et amène ici les pauvres, estropiés, aveugles et boiteux. »• 22 Et le serviteur dit : « Seigneur,

il a été fait comme tu as ordonné,

et il y a encore de la place, n 28 Et le maître dit au serviteur :

« Va-l'en le long des chemins cl des haies

et force (les gens) d'entrer,

afin que soil remplie ma maison ; 2* car je vous dis

que pas un de ces hommes invités ne goûtera de mon souper. »'

a dû conserver la donnée de la source, et noire évangéliste l'aura modifiée, estimant que le repas du soir (Seîtivov) convenait mieux pour figurer le grand festin du. royaume. — « Je te prie, liens-moi pour excusé ». — Il ne semble pas que la forme de l'excuse ait une portée allégorique. — « Et un autre dit : « J'ai acheté cinq paires de bœufs, et je vais les essayer ». — Même remarque que pour la précédente excuse. — ce Je te prie, tiens-moi pour excusé ». Et un autre dit : « J'ai pris femme, et c'est pourquoi je ne puis venir ». — Le dernier ne prend pas la peine de s'excuser autrement, mais ce peut être pour varier le formulaire, non pour marquer quelque incivilité de forme ; ou plutôt encore c'est que, dans celte strophe, le retour du serviteur a dû pi'endre la place de l'excuse polie.

Ces trois excuses sont typiques de toutes celles qu'on dit avoir élé faites; elles ne sont ni invraisemblables ni mensongères; mais ce sont des prétextes qui auraient pu être prévus quand la première invitation a élé proposée, et qu'on découvre maintenant, parce que, au moment décisif, on ne se soucie pas de répondre à l'appel. Les excuses sont simplement représentées dans Matthieu (xxii, 5) par l'indication : « Ils s'en allèrent l'un à la campagne, l'autre à son négoce » (le cas du marié n'était pas facile à transposer dans le récit du premier évangile, où le rédacteur ne voulait pas parler d'autres noces que celles du prince royal); mais il n'est pas nécessaire de supposer que notre auteur aurait donné en forme de dialogue ce que la source énonçait en forme de récit, Matthieu ayant pu énoncer aussi bien en forme de récit ce que la source donnait en forme de dialogue» Quant au fond, notre évangéliste voit dans les invités qui s'excusent

LUC. A'iv, 21-24 387

les types des hommes qui refusent le salut, absorbés qu'ils sont par les intérêts et les joies de ce monde.

(( Et revenu » — à la maison, — « le serviteur rapporta cela à son maître. Alors, irrité », — mais ne voulant pas avoir pre'parc son festin pour rien, — « le chef de maison dit à son serviteur : « Va vite dans ïes places et les rues de la ville ». — Nous ne savions pas que la scène se passait en ville ; mais l'ensemble de la mise en scène le faisait entendre. — « Et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux ». — C'est l'énumération rencontrée plus haut (xiv, i3). On ne raconte pas l'exécution de cet ordre, et, par une liberté singulière de la narration, le serviteur y répond comme s'il était accompli.

«Et le serviteur dit: « Seigneur, il a été fait comme tu l'as ordonné », — on a ramassé dans les rues les pauvres, etc. — « et il y a encore de la place ,). — La salle du festin n'est pas remplie. — « Et le maître dit au serviteur : « Va le long des chemins et des haies », — hors de la ville, où sont les pui'S vagabonds, — « et force », — non par violente contrainte, mais par sollicitation pressante, les gens — «d'entrer, afin que ma maison soit remplie». — Suit un arrêt de condamnation contre les premiers invités, comme s'ils ne s'étaient pas eux-mêmes exclus de la fête. -^ « Car je vous dis que pas un de ces hommes qui étaient invités ne goûtera de mon souper». — L'exécution du dernier ordre est sous-entendue, comme celle du précédent, et l'histoire est ainsi terminée. Dans cette finale, l'auteur est dominé par la préoccupation allégorique; il pense au règne de Dieu, où les invités du Maîli'e éternel, c'est-à-dire les tenants du judaïsme officiel n'auront point de part; il y pense même tellement que, sans s'apercevoir de l'incohérence, il met dans la bouche du maître parlant à son unique servitexir les mots :« je vous dis », qu'on devrait, imputer au Christ faisant l'application de la parabole, si le maître, c'est-à-dire Dieu, ne disait, à la fin de la phrase, « mon festin ».

La seconde mission du serviteur pour trouver des convives de remplacement a été dédoublée de la première, la seule que dût connaître la source, et qui soit indiquée dans Matthieu (xxii, 9-10). Cette seconde mission introduit dans la parabole une complication invraisemblable, les pauvres qui ont été recrutés dans la ville attendant, pour goûter au festin, qu'on ait ramené les vagabonds de la banlieue. C'est que l'évangéliste, ayant vu dans les premiers invités les Juifs .incrédules, suivant une idée familière au rédacteur des Actes, a voulu figurer dans les pauvres de la ville les convertis du judaïsme, dansceux du dehors les convertis de la gentilité. Il conçoit les incrédules

388 LLc, XIV, 2b-27

^^ Or faisaient route avec lui foules nombreuses,

et se retournant, iileur dit:

'^ a Si quelqu'un vient à moi

et ne hait ses père et mère,

femme et enfants,

frères et sœurs,

et même encore sa propre vie,

il ne peut être mon disciple, 27 Qui ne porte sa croix. f

et ne marche derrière moi ' i ,

ne peut être mon disciple.

comme riches, les croyants comme pauvres, ce qui donne à l'allég-orie une couleur de révolution sociale qu'elle n'a pas dans Matthieu. L'allégorisation de Matthieu est plus apocalyptique, celle de Luc plus morale. Les deux laissent entrevoir une parabole adaptée aux circonstances de la prédication chrétienne en ses premiers temps, et qui pouvait bien être une allé'gorisation plus simple d'un thème parabolique fourni par la tradition juive.

LVIL Le IIENONCEMENT

L'instruction qui suit, sur le thème du renoncement, est artificiellement construite avec deux petites paraboles propres à notre évangile et encadrées de sentences que Matthieu a logées soit dans le discours de mission (Mt. x, S^-Sg), soit dans le discours sur la montagne (Mt. V, i3). Le tout fait une manière de conclusion aux deux chapitres qui précèdent: on y peut voir que les Juifs ont été réprouvés parce qu'ils n'ont point satisfait à la condition indispensable pour être héritier du royaume, renoncer aux affections et aux intérêts de ce monde. Telle est l'ariùère-pensée de l'évangéliste, bien plutôt que : tous sont appelés, peu nombreux sont les vrais disciples (Wellhausen, 79).

Inutile de discuter la formule d'introduction, qui n'a rien d'historique. ■ — « Or marchaient avec lui foules nombreuses, et s'étant retourné, il leur dit ». — On ne sait si le narrateur a voulu reprendre ici la suite du voyage de Judée, perdu de vue depuis quelque temps, ou simplement ménager une transition pour le nouveau discours. Des foules âont amenées pour s'entendre dire à quelles conditions l'on peut réellement suivre Jésus, et il est sous-entendu que la masse ue

■8 Car qui d'entre vous, voulant bâtir une tour, 1)6 s'assied d'abord pour calculer la dépense, (et savoir) s'il a de quoi achever ?

comprendra pas. Rien n'inviteà supposer ici (avec J. Weiss-Bousset, 465) une troupe de gens qui s'empresseraient à la suite de Jésus pour voir à Jérusalem l'avènement du règne de Dieu (cf. xi, 29 ; xii, i ; un rapport avec xix, 11, 87, n'est pas indiqué).

« Si quelqu'un vient à moi », — se proposant de me suivre, — «et ne hait ses père,mère, femme, enfants, frères, sœurs, et même encore sa propre personne, il ne peut être mon disciple )). — Combinaison de la formule adoptée (ix, 28 24) ponr la leçon du renoncement personnel (d'après Me. VIII, 34), et de la formule du renoncement aux parents et enfants dans le recueil de sentences (Mt. x, S^-SS), formule dont notre auteur garde le mot «haïr», que Matthieu atténue en « aimer plus que moi » ; la femme, les frères et les sœurs sont ajoutés d'après l'énumération qui se fait dans la promesse à ceux qui ont tout quitté pour le royaume (xviii, 29; Me. x, 29). Au lieu de : « ne peut être mon disciple », on lit dans Matthieu {x/dj, 38) : « n'est pas digne de moi ». — « Qui ne porte sa croix et ne marche derrière moi ne peut être mon disciple ». — Même rapport avec Matthieu (x, 38), et même doublet par rapport à la leçon déjà donnée (ix, 23) d'après Marc (viii, 34). Les formules de Luc ont chance de représenter plus fidèlement la source que celles de Matthieu, qui semblent atténuées; les sentences elles-mêmes sont plutôt des oracles rendus au nom du Christ, dans les premiers cercles chrétiens, qu'un enseignement de Jésus, ainsi qu'en témoigne d'ailleui-s la mention de la croix (malgré l'hésitation de BuLTMANN, 98, 99). Elles correspondent a la situation du christianisme déjà suspect et persécuté.

Les deux comparaisons qui suivent sont pour montrer à quoi s'expose celui qui voudrait s'attacher à Jésus sans être dans ces dispositions. — « Qui d'entre vous, voulant bâtir une tour, ne s'assied d'abord pour calculer la dépense ». — L'homme s'assied pour faire son calcul, que l'on suppose assez compliqué. La tour à bâtir, s'il s'agit, comme il semble, d'un particulier, quelqu'un de l'assistance, ne semblerait pouvoir être une sorte de forteresse; mais, si l'on veut que ce soit une tour de garde, comme il y en avait dans les vignes, une telle bâtisse ne devait pas être de si grande dépense . Il s'agit d'une construction assez considérable, et, comme l'exemple est hypothétique, il ne faut pas trop regarder à la condition des auditeurs. L'hypothèse de la tour à construire fait pendant à celle de la guerre à

2^ De peur que, s'il pose le fondement

et qu'il ne soit pas en mesure de terminer,

tous ceux qui verront (cela)

ne se meltent à le ridiculiser, 3" disant:

« Cet homme a commencé de bâtir,

et il n'a pas été en mesure de terminer. » ^^ Ou bien quel roi, marchant contre un autre roi en guerre;

ne s'assied d'abord pour examiner

s'il sera capable, avec dix mille hommes, de tenir tête

à celui qui, avec \ingt mille, s'avance contre lui ? ^^ Sinon, pendaut que celui-ci est encore loin,

il envoie embassade pour demander les conditions de paix. ^3 Ainsi donc quiconque d'entre vous

ne renonce pas à tout ce qu'il possède

ne peut pas être mon disciple.

faire, et l'on, doit supposer entre les deux quelque proportion et analogie. Celui qui veut bâtir doit savoir d'avance — « s'il a de quoi achever », — mener à bonne fin son enti'eprise de construction, — « De peur que, s'il pose le fondement et qu'il ne puisse achever », — faute de ressources, — « ceux qui verront cela ne se mettent à le ridiculiser, disant : « Cet homme a commencé de bâtir et il n'a pu achever. » — L'ironie est plutôt dans le ton que dans le fond de cette remarque banale. « Cet homme-ci » est dit avec dédain, mais aussi pai'ce que le héros de l'histoire est anonyme et qu'il n'est pas besoin de le connaître pour riredeson échec (La.gr a.nge, ^ii). La comparaison est médiocre de forme, et elle n'est pas très heureuse, pai'ce que la correspondance est trop lointaine entre le cas moral en question et l'exemple qui y est comparé.

Il en va de même pour la comparaison suivante. — « Ou bien quel roi, allant faire la guerre à un autre roi, ne s'assied d'abord » — pour tenir conseil avec ses capitaines et — « examiner s'il sera capable, avec dix mille hommes, de faire face à celui qiii, avec vingt mille, vient contre lui ? Et s'il ne le peut», — comme il y a grande apparence qu'il ne le pourra pas, — « pendant que celui-ci est encore loin, il envoie une ambassade pour demander la paix». — Nul besoin de conjectul'cr que les rapports d'Hérode Anlipas avegson beau-père Arétas, roi des Nabatéens, auraient fourni la matière de cette faible parabole. La traduction : « il s'informe de sa santé » (suggérée par Klostkr- MANN, 5i6, pour èpojT-/ Ta TTcbç e'p'i^vriv, en lisant elç £lc'/)V7]v) est peu

^* Bon, certes, est le sel ; mais, si le sel même s'affadit, avec quoi l'assaisonnera-t-on ?

^^ Ni en terre ni en fumier il n'est utilisable ; dehors on le jette.

Qui a oreilles pour entendre entende ! »

recommandée par le contexte, quand même on y verrait un témoignage de soumission. — « Ainsi donc quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut être mon disciple ». ~ La conclusion ne s'adapte qu'à moitié aux paraboles et achève seulement de les encadrerdans le précepte du renoncement. Les exemples cités dissuaderaient plutôt les gens de suivre le Christ. Mais l'évangéliste, qui serait fort capable de les avoir lui-même arrangés, a voulu signifier que mieux vaut ne pas tenter de faire ce qu'on ne peut réaliser, n'avoir pas la velléité de se faire chrétien quand on n'a pas le courage du sacrifice total que demande la profession chrétienne. IL n'en reste pas moins que deux exemples, qui par eux-mêmes ne sont que des leçons empruntées à la commune sagesse, se trouvent adaptés artificiellement au thème du renoncement évangélique : fait littéraire, accommodation réalisée dans la tradition évangélique, quelle que soit la source d'où proviennent les exemples allégués .

Si l'on veut que la réflexion sur le sel soit en l'apport avec l'instruction dont elle fait partie, on devra dire que la profession de disciple est quelque chose d'excellent en soi, mais qu'elle perd toute sa valeur si elle ne s'accompague toujours du renoncement qu'elle comporte . — « Bon, certes, est le sel ». — Début de la sentence, conservé d'après la source, comme dans Marc (ix, 5o). — « Mais si le sel même s?affadit ». — Conformité avec Matthieu (v, i3, [xcopavOyi). — « Avec quoi l'assaisonnera-t-on ? « — Ici (àpTuOT^CTexat) conformité avec Marc (àpTuffexe). — « Il ne convient ni en terre ni en fumier », — il n'est pas même utilisable comme engrais ; — .« on le jette dehors ». — Matthieu ; Cl II n'est plus bon à rien qu'à être jeté dehors pour être foulé par les hommes » . L'idée du sel engrais a été introduite par noti'e auteur .

(( Qui a oreilles pour entendre entende ! » — Cet appel invite à chercher plus loin que le sens apparent du texte et à n'y pas voir qu'une instruction d'ordre moral . Les Juifs et leurs chefs étaient le sel de l'humanité ; infidèles à leur mission, puisqu'ils sont indociles nu. Christ et ne compreiment pas la leçon du renoncement évangé-

392 LUC, XV, i -2

^v Or venaient à lui tous les publieains et les pécheur»^

[afin de l'entendre ;.

' et les pharisiens et les scribes murmuraient, disant : « Cet (homme) reçoit des pécheurs et il mange avec eux. »

lique, ils ne sont plus bons à rien et ont perdu leur droit au royaume de Dieu. Moyennant cette application du dicton sur le sel, le discourssurle renoncement se trouve subordonné à l'idée qui domine lesrécits et discours précédents, à savoir la réprobation d'Israël et la vocation des Gentils. Pris en lui-même, le logion sur le selesi enuore^ un de ces dictons que la tradition chrétienne a élevés à lu dignité de leçons évangéliques en les pourvoyant d'applications religieuses et morales (cf. BuLTMANN, 91).

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