LL-c, svi
9 Et moi je vous dis :
Faites-vous des amis avec l'argent de l'iniquité, afin, lorsqu'il (vous) maïKiuera..
qu'ils vous reçoivent dans les éternelles demeures.
comment ils peuvent tirer parti d'un si bon exemple. — a Et le Seigneur », — c'est ainsi du moins, que plusieurs traduisent, — « loua l'économe injuste ». — On nous accorde que c'était un filou ; mais on le fait célébrer tout de même par le Christ disant; — « 11 a prudemment agi », — il s'est comporté en homme habile et prévoyant, — «parce que les fils de ce siècle », — les gens de ce monde passager, qui vivent appliqués à ses intérêts, — « sont plus habiles vis-à-vis de leur génération », — dans leur façon de traiter avec leurs contemporains,
— « que les enfants de la lumière » — les enfants de Dieu, appelés à jouir de sa lumière éternelle, ne le sont à garantir, dans leurs relations avec ces mêmes contemporains, l'intérêt supérieur de leur éternité. Dire que les enfants de lumière sont moins liabiles que les enfants du siècle dans les afïaires temporelles serait une remarque sans portée pour l'application morale qui est développée assez naturellement dans ce qui suit.
(( Et moi je vous dis », — d'après cet exemple d'habileté temporelle,
— «faites-vous des amis avec les richesses de Finiquité ». — Les richesses de ce monde sont toutes injustes, dans la pensée de l'évangéliste ; elles ne pei-dent ce caractère que si elles sont distribuées en aumônes. Qu'on se procure donc dès amis avec ces richesses en les distribuant, comme l'intendant delà parabole s'est acquis des amis en faisant des cadeaux aux débiteurs de son maître. L'enchaînement des idées est assez satisfaisant, eu égard à la mentalité de l'auteur et i à ses préoccupalionç, pour qu'il n'y ait pas lieu de le vouloir rompre en distinguant une parabole authentique, avec sa morale, qui aurait été la recommandation générale d'user du présent pour préparer l'avenir (Jûlicuer,II, 5ii), et en supposant que le rédacteur évangélique, reproduisant la parabole, aurait compris que le .maître de l'intendant avait loué la ruse de son employé ; ensuite de quoi, notre rédacteur aurait introduit sa propre application, plus restreinte, de la parabole en faisant dire à Jésus: « Et moi je vous dis, faites-vous des amis », etc. La première application qu'on suppose serait beaucoup trop vague, ettrès certainement l'évangéliste fait parler Jésus en son propre nom avant : « Et moi je vous dis » (xvi,9), la réflexion sur les
408 LUC, xvj, 0
enfants du siècle et les enfants delà lumière ne pouvant ôtre attribuée au maître de la parabole. D'autre part, on a trouvé incroyable que le rédacteur évangélique ait voulu montrer le maître plein d'admiration devant la fraude commise à son préjudice, tout en amenant ensuite, sans autre avertissement, une réflexion qui ne convient qu'au Christ, On a donc proposé (Klostbumann, 5a5) d'admettre que la reprise: « Et le Seigneur loua l'économe infidèle», vient de lui et qu'il l'a ménagée tout exprès pour introduire l'explication que luimême avait déjà en vue en arrangeant la parabole; et l'on signale ailleurs une combinaison littéraire analogue (xvni, i-5, parabole ; 6-8, application amenée par réflexion sur ce qu'a dit « le juge injuste », avec ce préambule : « Et le Seigneur dit »). Dans le cas présent, le narrateur., ayant achevé le récit parabolique, introduirait r.explication par : « Et le Seigneur Joua », ce qui suit contenant la louange même en discours direct (introduit par oxi ; mais ot! cppovc'[Ji.coç É7roW|ffev pourrait encore dans cette hypothèse, appartenir à la formule d'introduction, et le discours direct, commençant avec ci uiol toîj cclwvoç xtX., serait introduit parle second ort).
Si plausible que semble cette combinaison, le sens naturel du texte exige plutôt que la morale de la parabole vienne seulement avec la phrase où Jésus est censé l'exprimer (xvt,9), et le préambule de cette phrase : « Et' moi je vous dis », suppose que l'opinion précédemment émise sur la conduite habile de l'économe (xvt, 8) est la conclusion du récit, non la morale, qui d'ailleurs serait assez immorale (le cas de xviii, 1-8, n'est pas exactement parallèle, car 6-8 se détache nettement en commentaire de 2-5, et 8, « je vous dis » etc., répond à la question posée dans 7 par « le Seigneur »), Il est donc préférable de traduire : « Et le maître », — ainsi qualifié (xûpioç) plusieurs fois dans le récit, — «loua l'économe infidèle de ce qu'il avait agi avec habileté», c'est-à-dire qu'il reconnut son savoir-faire, f/explication ultérieure : « parce que les fils de ce siècle », etc. , n'a plus rien à voir avec les sentiments du maître mais expriment une réflexion de Jésus qui n'est pas directement subordonnée à la pi'oposition principale (le second on ne dépend aucunement de ÈTt/jVEçev, mais coordonne à la phrase qui précède une remarque sur le contenu de celle-ci) ; aussi bien la strophique du morceau paraît-elle détacher cette réflexion de la parabole, comme introduction à la morale proprement dite que Jésus est censé en tirer. Mais, en prenant les choses ainsi, il ne s'ensuit pas que Jésus constate d'abord mélancoliquement l'incapacité des siens dans les choses temporelles : on lui fait dire que les chrétiens ne savent pas aussi bien assurer leur salut en usant chrétiennement de leurs biens, c'est-à-
" Qui .est fidèle en très peu aussi en beaucoup est fidèle ; et qui en 1res peu est malhonnête en beaucoup aussi est
[malhonnête.
dire en les donnant aux pauvres, que l'intendant malhonnête à su se garantir une paisible l'etraite en faisant des cadeaux aux débiteurs de son maître. Si l'idée ne se dégage pas plus nettement, c'est que la parabole, en vérité, se prêtait mal à une application morale.
L'application est eu correspondance avec la parabole. Il faut, à l'instar de l'habile intendant, se faire des amis avec les richesses injustes, — « afin que, quand elles manqueront », — quand elles échapperont par le fait de la mort. C'est la leçon (IxXÎTrv]) des plus anciens témoins (SBAD, mss. lat. Ss. Se). La variante moins autorisée : « quand vous manquerez » (èxXcVriTe), vise directement la mort du propriétaire ; elle pourrait avoir été introduite tout exprès pour rappeler la déposition de l'intendant, en un temps où la distinction de la mort des individus et de la fin du monde s'imposait à l'exégèse. Eu égard au contexte, il est plus naturel d'insister directement sur la perte des richesses que sur celle de la vie. L'évangéliste paraît d'ailleurs entendre que la mort introduit immédiatement le juste dans le paradis. — «On vous reçoive dans les demeures étei'uelles ». Pour l'exacte correspondance avec la parabole.on est bien tenté de traduire {5É?covTai, comme dans 4) • «ils vous reçoivent », le mort étant reçu au ciel par ceux qu'il a secourus en ce monde, bien qu'il ne soit pas autrement indiqué de les supposer. tous morts avant leur bienfaiteur, ni surtout de les regai'der comme ayant faculté de donner à celui-ci une place en paradis ; d'ailleurs, « recevoir » ne signifie pas non plus intercéder efficacement pour que le bienfaiteur soit reçu. On a supposé que le sujet poui'rait être indéterminé, en visant les anges (Klostermann, 526), ou, plus vaguement,Dieu(Wi!:Li,HAUSEN,85), près de qui est le trésor acquis au ciel par les aumônes, et que l'on oblige en la personne des siens (cf, xiv, 12-14 ; Mr. xxv, 3i-46 ; pour les « demeures éternelles », cf. Hénogii, xxxix, 4-5, 7 ; la formule pourrait être « technique», Klostermann, 526, sans exclure une allusion antithétique aux tentes des patriarches ou à celles des Israélites au désert). Il paraît plus risqué d'entendre (avec Fiebig, 211) par « amis» les œuvres de bienfaisance, en'raison desquelles Uieu agréerait le bienfaiteur. Le rapport de cette réflexion avec la parabole invite à considérer « les amis » comme des pei'sonnes, et à regarder ces « amis » «omme « recevant » leur bienfaiteur quand il n'est plus de ce monde.
410 LETG, S\l, 11-13
^^ Si doiic donc podr l'injuste argent vous n'avez pas élc (idèles^
le vrai, (jui^vous le coudera ?
^2 El si pour le bien d'aulrui vous n'avez pas été tidèles,
le vôtre, qui vous, le donnera ?
1^ Nul domestique ne peut deux maîtres servir :
car, ou il haïra l'un et il aimera l'autrCj
ou bien il s'attachera à celui-ci et il méprisera celui-là .
Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent. »
Les considérations qui suivent semblent destinées à prévenir toutefâcheuse conclusion qui pourrait être tirée de la parabole, et I'ohi y insiste sur ce que l'usage des richesses qui vient d'être recommandé est la vraie forme de la fidélité. On ne laisse pas d'y continuer l'interprétation allégorique de la parabole, sans trop s'inquiéter de fincohérence qui résulte de ce faux point de dépai't. Le vrai riche est. Dieu, maître du monde, qui donne à qui lui plaît ce peu de chose que sont les richesses. Qui se montrera fidèle dans la gestion d& ces biens périssables, fausses richesses, méritera d'obtenir le vrai bien, la félicité du royaume céleste. — « Qui est fidèle pour très peu est fidèle aussi pour beaucoup »> — Façon de proverbe qui de soi n'a rien à voir, et tant s'en faut, avec le sacrifice des biens terrestres au bien étei'nel. Contre-partie : — « Et qui est malhonnête pour très peu est malhonnête aussi pour .beaucoup ». — Comme l'autre, l'occasion se présentant, il sera en grand ce qu'il a été en petit. Jugé d'après cet axiome, l'intendant de la paratole ne mériterait pas d'être loué ; mais c'est sur ce principe qu'est fondée la parabole des- Mines (^xix, 11-27). L'application qui va en êlTC laite ici est passablement détoux'née. .
(( Si donc vous n'avez pas été fidèles pour les richesses injuste^ w. — Entendons : si vous n'avez pas voulu distribuer aux pauvres ces laux biens. — « Qui vous confiera les vraies? » — Dans la sentence rapportée d'abord, 'les locutions « peu » et « beaucoup » concernent des biens du même ordre ; ici les richesses injustes, qui correspondent au peu, se trouvent alignées avec les vraies, qui correspondent à beaucoup, et qui ne sont pas ici du même ordre que le peu. — « Et si vous n'avezpas été fidèles.pour le bien d'autrui ». — Le bien d'autrui,. ou le bien éli-anger, s'entend encore des biens terrestres, qui n'ont par eux-mêmes rien de commun avec la fin où tendent les disciples.de l'Evangile. — « Qui vous donnera le vôtx*e ? » — Le bien propre des enfants de Dieu est le même que la richesse véi-itable, à savoir la vie éternelle et la grâce d'y atteindre. Peu importe après cela que l'éco-
1* Or écoutaient tout cela les pharisiens, qui étaient amis de l'argent, et ils se moquaient de lui.
nome de la parabole se soit bien trouvé de tromper son maître au profit des débiteurs de celui-ci, ce n'est pas tromper le grand Maître, maislui être fidèle, que de jeter aux pauvres les biens de la terre, qu'on a reçus de lui, c'est lui être fidèle en peu de chose et mériter la grande récompense. Contorsion logique.
La parole sur les deux maîtres qu'on ne peut servir en même temps arrive ici parce qu'il y est question de la richesse, et que la richesse (jxafjLcovSç) est en vedette dans les sentences précédentes. On peut toujours suppléer, si l'on veut, une transition artificielle et implicite : qui donne ses biens aux pauvres se dégage du service de Mammon pour appartenir à Dieu. — « Nul domestique ». — Matthieu ("vi, 24) n'a pas « domestique » (olxÉT-fjç), ajouté sans doute par notre évangélistepour plus de clarté, ou simplement pour le rythme de la phrase., — « Ne peut servir deux maîtres », etc.
^LX. Leçon aux pharisiens. Le Riche et Lazare.
On s'aperçoit aussitôt que les pharisiens n'étaient pas loin, et que l'évangéliste les tenait en réserve pour leur faire administrer une leçon spécialement en rapport avec lem' caractère. — « Or les pharisiens, qui aimaient l'argent, entendaient tout cela, et », — comme si cet enseignement de Jésus leur semblait déraisonnable, — « ils se moquaient de lui ». — Ce que les pharisiens sont supposés trouver ridicule est l'enseignement de Jésus sur les richesses, l'emploi qu'il faut en faire, leur incompatibilité essentielle avec la piété véritable. On nous représente les pharisiens comme de riches bourgeois qui veulent passer pour justes (f. x, 2g; xviir, 9-12), et qui invoqueraient volontiers la. prospérité de leurs aiTaires en preuve de leur sainteté ; mais leur justice n'est pas plus la sainti&té véritable que leurs richesses ne sont les vrais biens. La parabole du Riche et de Lazare va leur signifier sur ce point le jugement de Dieu, La notice qu'on vient de voir et les sentences qui la suivent servent d'introduction à la parabole et ont été combinées à cette fin par le réducteur. Aussi bien l'enchaînement des sentences est-il arbitraire et leur application peu naturelle. La première sentence (xvi, i5),la seule qui soit en situation, et qui paraît avoir été construite par l'évangéliste, déclare aux pha-
412 LUC, XVI, lb-16
15 Et il leur dit:
« Vous êtes ceux qui se font justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs; car ce qui est chez les hommes élevé est abomination devant Dieu.
^^ La Loi et les Prophètes jusqu'à Jean : depuis lors le royaume de Dieu est annoncé, et chacun lui fait violence.
risiens que leur orgueilleuse justice, qui veut éblouir les hommes, est abominable à Dieu; cette sentence est en rapport assez logique avec la parabole qui va venir (au. moins pour la partie principale, xvi, 19q5), et elle l'introduirait assez naturellement. Mais on nous amène d'abord (xvi, 16) la parole sur la Loi et les Prophètes, qui ont duré jusqu'à Jean, pour faire place au royaume de Dieu (Mï. xi, i2-i3), ce qui n'empêche pas d'ajouter (xvi, i^) que la Loi durera autant que le ciel et la terre (Mt, v, 18). Dans la pensée du compilateur, ces pensées sont cooi'données à la dei*nière partie de la parabole (xvi, 26-3i), où Abraham renvoie le riche et ses frères à la Loi et aux Prophètes pour y apprendre la vraie foi : rapport tout littéraire et artificiel. Enfin aiTive, très inattendue, la condamnation du divorce (xvi, 18; Mt. V, 32), dont il est malaisé de voir ce que le compilateur en a voulu faire dans ce contexte.
« Et il leur dit: « Vous êtes ceux qui se font justes », — qui posent pour la justice, qui se donnent pour justes (cf. xviu, 9) — « devant les hommes ». — Le reproche est général, non motivé spécialement, et s'accorde. avec ce que laisse entendre Matthieu (vi, 1-2, 5, 16). — « Mais Dieu connaît vos cœurs ». — Il n'est point dupe des apparences et il n'ignore pas que les pharisiens sont, par les sentiments de leur cœur, les serviteurs de Mammon et non les siens. Et il n'apprécie pas non plus de la même façon que les hommes ce que ceux-ci appellent grandeur, l'éclat des rictiesses et de la prospérité mondaine. — (( Car ce qui est élevé chez les hommes », — ce qui leur paraît grand, — « est abomination devant Dieu ». — Dieu déteste l'orgueil et le faste.
« La Loi et les Prophètes jusqu'à. Jean ». — Peut-être la transition ^se fait-elle sur cette idée: que les pharisiens se glorifient à tort de l'Ecriture, puisqu'ils ne savent pas reconnaître le royaume de Dieu qui se réalise, depuis la prédication de Jean, par le salut qu'a apporté Jésus, Matthieu (xi, ii-i4)a paraphrasé à sa manière la sentence
LUC. XVI,. d 7 413-
!■' Mais il esl plu? facile que le ciel et la terre passent, que de la Loi iiiiseul Irait tombe,
concernant le rapport de Jean avec le royaume; notre auteur qui ne tient pas à relever le rôle de' Jean, n'a pas reproduit cette sentence dans le discoui'S qui se rattache au message du Baptiste (vu, i8-35) ; il n'en retient ici qu'une partie, usant de Jean comme d'une date. On lit dans Matthieu (xt, i3) : « Car tous les prophètes et la Loi ont prophétisé jusqu'à Jean ». — « Depuis lors le l'oyaume de Dieu est annoncé ». — Matthieu (xi, 12): « Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu'à maintenant le royaume des cieux est violenté ». — « Et. chacun lui fait violence »; — Matthieu: « et des violents le dérobent ».. Plusieurs pensent que notre auteur a voulu signifler l'empressementdes convertis, et traduisent (PiâCsTac) ; « chacun s'y presse »• L'hyperbole serait forte, même de la part des optimistes les plus déterminés. Ces considérations sur le rapport de Jean et de l'Evangile sont rétrospectives, comme celles qu'on a rencontrées plus haut sur J ean-Baptiste et sur l'attitude des Juifs à l'égard de Jean et de J ésus (vu, a4-35) ; elles sont nées x^ar conséquent dans la tradition chrétienne.
« Mais il est plus facile que le ciel et la terre passent, qu'un seul trait de la Loi tombe ». — Matthieu (v, 18) : « Car en vérité je vous dis, avant que passent le ciel et la terre, pas un iota ou un trait ne passeront que tout ne soit arrivé ». On peut croire que notre auteur, bien qu'il accentue la sentence en l'abrégeant, l'entend de la même façon que Matthieu, c'est-à-dire d'un accomplissement spirituel et lypologique. La violence que le royaume de Dieu subit de la part de ses ennemis n'empêchera pas toutes les volontés et promesses de Dieu de se réaliser dans les temps et conditions marqués par sa providence.
(( Quiconque répudie sa femme, et en épouse une autre, commet un adultère ». — Notx'e évangile ne touche point ailleurs la question du divorce; il introduit donc ici la sentence que Matthieu (v, Sa) rapporte dans le discoui'ssur la montagne, comme un cas où l'Evangile accomplit la Loi; mais il se trouve plutôt conforme à Marc (x, 11), et il ignore, ou il écarte, l'exception d'infidélité, admise par Matthieu. — « Et qui épouse une femme répudiée par son mari commet un adultère ». — Cette sentence sur le divorce est si peu en rapport avec le contexte que certains ont pensé devoir l'entendre en allégorie : l'évangéliste aurait voulu signifier que l'Evangile et. la Loi sont unis indissolublement, et que ce serait une façon d'adultère de vouloir l'un sans l'autre (Jûlicher, II, 633). Mais Tallégorie serait tirée de
414 LUC, xvr, 18-19
18 Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre est adultère ; et qui épouse femme répudiée par son mari est adultère.
" Il était un homme riche, qui se vêtait de pourpre et de linon, faisant tous les jours chère somptueuse.
bien loin, et l'on peut croire que, si l'auteur j avait pensé, il y attrait quelque peu adapté le texte. Le plus probable est qu'ail voit et présente dans cette leçon contre le dÎTorce un cas spécial d'accomplissement de la Loi par l'Evan^le. Gela étant, il serait, pour les deux dernières sentences (xvi, 17-18), dans la dépendance, sinon de Matthieu, au moins d'une recension du discours sur la montagne qui aurait été apparentée de très près à Matthieu et dont il se serait borné à prendre quelques extraits.
La parabole du Riche arrive en conclusion du discours (D y met une introduction : « Or il dit une autre parabole », sans doute parce qu'on ne voyait pas de. rapport entre la parabole et ce qui précède). — « Or il était un homme riche ». — C'est une histoire qui nous est contée en manière de parabole, non une parabole proprement dite dont la leçon se dériverait par application. Le cas est significatif par lui-même et la leçon qu'il comporte y est; donnée directement. Il ne s'ensuit pas que le récitait le moindre fondement de réalité. Le nom de Lazare ne prouve pas que le riche et le pauvre de notre conte aient historiquement plus de consistance que l'enfant prodigue et que l'économe infidèle . Si le pauvre a un nom, c'est parce que les complications du récit et du dialogue l'ont réclamé. Il est vrai que, pour réquilibre, on aurait dû donner aussi un nom au riche (Priscillien, tr. IX, et l'auteur du De Pascha compntas l'appellent Finees ; et la version sahidique Nineué) ; mais le personnage du riche était moins intéressant, el ce ne serait pas motif pour^ supposer (avec Klosteu- MANN, 527) que le nom de Lazare aurait été interpolé ici d'après Jean (xi). L'auteur de la parabole, qui pourrait bien être l'evangéliste luimême, aura trouvé quelque part le thème des deux morts avec le renversement de leurs conditions dans l'autre monde (voir dans Klostérma-NN, 628, extraits d'un conte égyptien, d'après Gtuessmann, et la mention d'une légende rabhinique, tout au long rapportée dans FiEBiG, T09-112; autres légendes ibîd., 98-100, ii4-ii5), et il t'aura sans peine adapté à son idéal évangéliqae .
LLG, XVI, 20-21 41b
^''Or uri pauvre, nommé Lazare,
gisait à sa porte, couvert d'ulcères, ^^et désireux de se rassasier de ce qui tombait de la table du
[riche ;
mais les chiens encore, venant, léchaient ses plaies.
On nous donne quelques détails essentiels touchant la vie que tneriait le riche. — « Il se vêtait de pourpre et de linon». — La pourpre est pour l'habit de dessus, le manteau ; et le linon ((Buccoç), ia fine toile de coton d'Egypte, pour l'habit de dessous, la tunique. — <(Faisant tous les jours fête somptueusement». — L'homme était assez l'iche pour que tous ses jours fussent de réjouissance.
«r Et un pauvre, nommé Lazare » — Forme gi-écisée et abrégée du nom hébreu Eléazar, « Dieu aide » . Mais il n'est pas nécessaire d'admettre que le nom ait été choisi à raison de sa signification étymologique ; bien moins encore convient-il de supposer une autre étymologie (lô ézer) pour que le riom signifie : « sans secours ». — a Gisait à sa porte v. — Non pas contre la porte, mais à côté (cf. Agt. III, 2) ; les gens du riche voient Lazare quand ils ouvrent la porte, et on le voit aussi de la rue. — « Couvert d'ulcèi'cs ». — • Lazare est censé incapable de marcher, on l'apporte devant la maison du i"iche pour <jja'il y mendie sa subsistance, — a Et qui souhaitait se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ». — Il ne s'agit pas de la desserte, mais des menus débris, on peut dire la part deschiens, qui.justement, vont être aussitôt mentionnés. Et l'on a probablement ici une réminiscence de l'histoire de la Cananéenne (Me. vu, 2;j-28), que notre ■évangile n'a point reproduite. Plusieurs témoins mentionnent expressément « les miettes «(d'après Mt. xv, 2;?). Quelques-uns même ajoutent (d'après xv, 16) : « et personne ne lui en donnait » ; ce qui est •exagéré, vu que Lazare ne serait pas censé venir là régulièrement, et par conséquent y trouver sa subsistance, si on ne lui donnait rien. Mais on a voulu représenter le mendiant dans l'attente des quelques bribes qu'on lui jette, et il va de soi qu'il ne vit pas dans l'abondance. — « Mais les chiens », — les chiens de la rue, qui fréquentent la porte du l'iche pour le même motif que Lazare, — « venaient même lécher ses plaies ». — Surcroît de misère. Car le narrateur n'entend pas opposer la pitié des chiens à la rigueur des hommes. Il n'est pas dit que le riche et ses gens se montrent positivement malveillants pour Lazare. On parle des chiens pour relever la triste situation du mendiant infirme, qui ne peut môme pas écarter de lui les chiens errants ; pour leur donner un rôle dans la fable, on dit que les chiens
416 LUC, xvi, 22
^^ Or advint que mourut le pauvre, et qu'il fut emporté par les anges au sein d'Abraham ; el mourut aussi le riehe, et il fut enterré,
lèchent ses jîlaies ; mais ils ne sont point censés le faire comme pour le caresser ; ce n'est pour le malheureux qu'un supplément de honte et de douleur. Dans cette mise en scène, l'antithèse porte directement sur les positions non sur les sentiments des personnages ; toutefois le riche, sans être méchant, est censé égoïste, jouisseur, loin de Dieu, comme tous ceux de sa condition ; et Lazare, i?auvre et souffrant, est censé avoir les vertus de son étal, l'humilité et la patience, qui le rendent agréable à Dieu.
(( Or advint que le pauvre mourut, et qu'il lut porté par les anges dans le sein d'Abraham », — De sa sépulture il n^est pas question, car mieux vaut ne pas penser à ce qu'a pu devenir sa dépouille. Il suffit de savoir que les anges ont pris soin de son être immortel, de ce qui, dans la conception vulgaire, subsiste d'un homme défunt, son ombre vivante, quelque chose qui n'est précisément ni le corps ni l'âme, et qui participe de l'un et de l'autre, corps par les ajjparences, âme par la subtilité. L'endroit où Abraham i*eçoit ses enfants fidèles est « le paradis » dont le Christ parlera au bon larron (xxiii, 43) ; c'est à raison de son accueil paternel, non parce que Lazare serait censé couché près de lui au festin des bienheureux (cf. Jn. xiii,. 23), qu'Abraham est dit le prendre.dans son sein. 11 serait d'ailleurs peu naturel de dire que les auges portèrent Lazare à table auprès d'Abraham. Le séjour des justes ne pai'ait pas être un simple lieu d'attente, comme il l'est en d'autres documents (Ap. vi, 9 ; IV Esdu. n', 35, ; viii, Sa). On trouve-dans Hénoch(xxii) une description détaillée du séjour des défunts avant le jugement dernier : le séjour lumineux des justes est voisin de l'endroit où sont les pécheurs ; il contient une source d'eau vive; les deux endroits sont en dehors de la terre des vivants, non au-dessus ni au-dessous. Ailleurs.danslemême livre (Hénoch, xxxix, lxx), le paradis semble être le séjour définitif des élus. Notre parabole associe cette idée du séjour définitif avec la topographie de l'autre passage, tout en supposant, comme on va le voir, une plus grande distance entre le paradis et l'enfer. Le livre slave d'Hénoch (Moufill et Charles, Secrets of Enoch, 7-8]. met le paradis au troisième ciel, mais en correspondance avec le monde inférieur.
(( Et le x'iche mourut aussi et fut enterré » — avec les honneurs dus à son rang. — « Et dans l'enfer », — où il s'en alla. On ne dit pas s'il
23 Et dans l'enfer, comme il levait les yeux, étant en tourments, il vit Abraham de loin, et Lazare dans son sein.
24 Et criant, il dit :
« Père Abrahanl, aie pitié de moi et envoie Lazare, pour qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau et rafraîchisse ma langue ; car je suis torturé dans cette flamme. »
y fut conduit par les anges du châtiment. Le texte de ce passage ne paraît par sûr. Quelques témoins (S, mss. lat. Vulg. Marcion, Tatien) lisent : « et il fut enterre en enfer» . Métaphore peu conforme à la •gravité du récit. Un avantagé apparent résulte de ce que la sépulture «n enfer s'oppose au transfert dans le sein d'Abraham ; mais l'antithèse porte plutôt sur le sort final des personnages. La leçon (Ss.) : « il fut enterre et jeté en enfer », serait plus satisfaisante, si elle était mieux attestée. — « Ayant levé les yeux, comme il était en tourments ». — L'enfer où est le riche est un lieu de souffrances, et l'infortuné lève les yeux, cherchant quelque secours, vers le compartiment des bienheureux, qui paraît être ici sur un plan supérieur à celui des réprouvés. — ; « Il vit Abraham de loin ». — A -une grande distance, qu'il est superflu de vouloir mesurer, car il faudrait savoir jusqu'où peut atteindre la vue des morts. — u Et Lazare dans son sein ». — Lazare ne doit pas être le seul juste qui soit dans le sein d'Abraham, mais c'est le seul qui importe au récit et que le riche reconnaisse. Ainsi le pauvre était maintenant au comble de la félicité, le riche au plus profond de l'infortune.
«Et criant». — Il faut bien crier pour se faire entendre de si loin. — « Il dit : « Père A.braham » — En tant que Juif, le riche a le droit . d'appeler Abraham son père. Rien n'oblige à voir là une allusion directe à des fonctions souveraines ou' à un pouvoir d'intercession que le patriarche exercerait dans l'autre monde. — « Aie pitié de moi et envoie Lazare s>. — On ne] peut pas demandera Abraham de se •déranger lui-même. — « Pour qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau et me rafraîchisse la langue ». — Gom,tne la phrase est construite, il ne semble pas que Lazare soit invité à prendre du bout de son doigt à la source d'eau vive qui est dans le paradis (locns refri- ...gerii, lacis et pacis, dans la tradition chrétienne ; Lagrange, 445»
A. LoisY. — U Evangile selon Luc. aj
26 Mais Abraham dit :
(c Mon enfant, souviens-toi que tu" as reçu tes biens en ta vie, el Lazare pareillement les maux ; or maintenant il est ici consolé, et toi lu es torturé.
2*5 Et avec tout cela, entre nous et vous grand abîme a été placé, de façon que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le puissent pas, et que non plus de là-bas vers nous on ne traverse. »
rappelle le 4'"XP^'^ ^S'^p désiré par les serviteurs d'Osiris), une gouttequ'il viendrait mettre sur la langue du riche ; il semblerait plutôt qu'il y a dé l'eau en enfer, mais que les damnés, qui la voient pour leur tourment, sont empêchés d'y atteindre (voir citation rabbinique dans Klostebmann, 532). — « Parce que je suis torturé dans cetteflamme ». — Le riche est donc dans le feu de Tenler, bien qu'il ne soit pas précisément dans, la géhenne, et il souffre d'une soif ardente (cf. Me. IX, 43, 48 ; IV Mach. IX, 9).
« Et Abi'aham », — avec la calme et douce majesté qiui convient aux élus, — « dit : « Mon enfant ». — Un témoin considérable (Ss. )omet ce mot (xéîcvov), probablement pour qu'Abraham n'appelle pas un réprouvé son fils. — « Souviens-toi que. tu as reçu tes biensdui'ant ta vie ». — Le riche a goûté, durant son existence tei'restre, sa part de bonheur, celle qu'il appréciait, qu'il voulait. — « Et Lazare pareillement les maux ». — Lazare, pendant ce temps-là, a eu sa part de malheur, qu'il n'avait point cherchée, mais qu'il a subie sans révolte — « Or maintenant », — par un juste retour, — « il est ici consolé » — de ses souffrances passées ; il a la part de félicité que Dieu réserve aux méprisés et aux déshérités dé ce monde. Variante moins autorisée : « Et maintenant c'est lui (oSs au lieu de Sihe) qui est. consolé ». Le contraste est m'oins entre les personnes qu'entre les conditions et les lieux. Citons pour mémoire la leçon de Gyprien' (Test. 111, 61) : « Nunc hic rogatur (traduction inexacte de TrapajcaXeïTat), tu autem doles », avec laquelle s'accordent Aphraates et Ephrem,. probablement d'après le Diatessaron (Burkitt„<S. Ephraim'squotaiions from the Gospel, 71). — « Et c'est toi qui es torturé ». — La situation du riche est sans remède, parce qu'elle est dans la logique inflexible des déci*ets divins : à chacun son lot. Théologie et morale-
LUC, XVI, 2b-2G 41&
assez sommaires, qui seroat quelque peu amendées et complétées par le supplément qu'on y va mettre. Du reste, il ne s'agit pas, en ce moment, d'expliquer au riche pourquoi il a dû aller en enfer et Lazai-e en paradis, mais pourquoi il n'a plus, en enfer,, de bien à attendre, ni Lazare, en paradis, de mal à craindre. L'idée qui ressort jusqu'à présent de la fable est qu'il y a, dans l'autre vie, une compensation pour le pauvre.
Une considération supplémentaire intervient, qui sert de transition à la dernière partie de la parabole, où se remarque une théologie plus profonde, — «Et avec tout cela », — dans la situation qui vient d'être décrite (èv ■kxci toûtoiç. Var. kni) . 11 ne s'agit pas d'enchérir sur l'argument précédent, mais d'attirer l'attention sur une circonstance qui rend irréalisable la requête du riche. La traduction : « et dans toutes ces régions «(Lagrange, 447)> q,ui donne à la formule un sens géographique, accentue de façon exagérée peut-être le caractère peu naturel de la notice : les réprouvés n'ont-il pas connaissance de cet abîme qui les sépare des élus, et est-il besoin de leur signifier d'abord qu'il existe?^« Enti'enous et vous ». — (( Nous » désigne les bienheureux, et « vous » les damnés. Abraham et Lazare ont des compagnons de bonheur, le riche a des compagnons de tourment. Visiblement la perspective du récit s'élargit. — «Un grand abîme est établi », — pour séparer à jamais l'enfer du paradis. — « De façon que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le puissent pas, ni ceux de là-bas » — où tu es — « passer chez nous ». — Lazare ne peut pas plus se rendre auprès du riche en enfer que le riche auprès de Lazare en paradis.
Le refus d'Abraham se trouve ainsi discrètement formulé dans les raisons métaphysiques et réelles qui rendent la demande du riche inexécutable. Sur quoi le riche fait une autre demande qui n'est pas dans son intérêt, mais dans celui des frères qu'il a laissés chez lui sur la terre. Dans la. réalité, après avoir traité de la destinée finale du riche etdu pauvre, on va parler du judaïsme réprouvé, qui est inconvertissable, parce qu'il ne sait pas reconnaître* le Christ dans les Ecritures. L'unité de la parabole est sauve en tant que déjà le riche et Lazare personnifient respectivement le judaïsme pharisaïque et la masse des chrétiens. Unité artificielle, et qui ne préjuge pas même l'authenticité de la première partie, dont l'eschatologie n'est pas celle •de l'Evangile primitif, et qui est plutôt un conte juif, peut être un conte égyptien judaïsé. La réflexion sur le grand abîme est une transition ménagée pour amener les considérations finales et d'abord la seconde demande, assez singulière, que va taire le riche.
420 u;c, XVI, 27-28
" Et il dit : « Je te prie donc, père, de l'envoyer à la maison de mon père, car j'ai cinq frères, "8 pour qu'il les avertisse, afinqu'ils ne viennent pas, eux aussi, en ce lieu du tourment. »
« Et il dit : « Je te prie donc, père, de l'envoyer à ma maison paternelle ». — Puisque Lazare ne peut venir apporter au riche dans l'enfer le rafraîchissemet d'une goutte d'eau, gu'il aille sur la terre prêcher ceux que le riche y a laissés. L'inférence est inattendue. Estil donc si facile et si habituel aux morts de venir en ce monde catéchiser les vivants ? Il est vrai que « l'impossibilité de passer n'existe pas de la région heureuse à la terre » (Lagrange, 4^7); nous devons, du moins, le supposer; encore est-il que le riche est un peu pressé de demander une chose assez extraordinaire. — « Car j'ai cinq frères ». — Autant qu'il y a de livres dans la Loi. Avec le riche, on aurait six frères, la moitié de douze et l'on a pu conjecturer (Jûlicher, II, 689) que les six représentaient l'Israël incrédule ; mais l'auteur n'a pas dû évaluer à la moitié du judaïsme l'apport judéochrétien. — « Pour les avertir » — du malheureux sort qui m'est échu, et qui les attend s'ils ne se convertissent, — « afin qu'ils ne viennent pas, eux aussi, en ce lieu de tourments ».
Sans toucher à la question de possibilité, Abraham nie d'abord là nécessité d'un tel message, et il en contestera ensuite l'utilité. — « Mais Abraham dit : « Ils ont Moïse et les Prophètes ; qu'ils les écoutent ». — Il ne s'agit pas de cinq hommes opulents qui oublieraient d'apprendre dans la Bible à user sagement de leur fortune, à s'en détacher comme il convient : Moïse et les prophètes ne sont pas spéciaux pour cet objet. 11 n'est d'ailleurs j)as question d'amener les cinq frèi'es au renoncement; on voudrait les amener à la foi qui sauve, à cette foi que Moïse et les Prophètes sont censés enseigner ; et l'on déclare qu'ils sont réfractaires à l'enseignement de l'Ecriture.
« Et il dit: «Non,pèi'e Abraham». — L'Ecriture ne fait pas sur eux l'impi'ession qu'il faudrait. — « Mais, si quelqu'un des morts va les trouver, ils se convertiront ». — Il ne semble pas que le mort ait besoin pour cela de ressusciter, ou plutôt Lazare, dans le sein d'Abraham, est tout ressuscité ; il irait faire une apparition sur la terre. ^— « Et il lui dit : (C S'ils n'écoutent pas Moïse et les Prophètes, quand même quelqu'un ressusciterait des morts », — variante (Ss. mss. lat.
« 29 Mais Abraham dit :• « Ils ont Moïse et les prophè(es ; qu'ils les écoulent. »
3" Et il dit : « Non, père Abraham ;
mais si quelqu'un des morls va vers eux,ils se convertiront. »
31 Mais il lui dit :
« S'ils n'écoutent pas Moïse et les Prophètes, quand même quelqu'un ressusciterait d'entre les morts, ils ne seront pas persuadés. »
Marcion) : « viendrait (àiréXôv|, au lieu de àvâffTVj. D, Irénée, àvâuTvi xal àTféXÔy)) des morts », — « ils ne seront pas persuadés ».
Que notre évangéliste ait connu le récit johannique de la résurrection de Lazare et qu'il y lasse ici allusion, il est possible, mais on ne saurait l'affirmer. L'auteur fait dire à Abraham que la résurrection d'un mort ne toucherait pas les Juifs, et il croit savoir que la résurrection de Jésus les a trouvés indifférents ; le récit johannique monlre les Juifs incrédules à l'égai'd de Jésus, nonobstant la résurrection de Lazare, qu'il a opérée. On croira difficilement que la pai'abole et le récit soient indépendants l'un de l'autre ; mais le récit johannique, dans sa forme actuelle, dépend de Luc pour les deux soeurs, Marthe et Marie, qu'il donne à Lazare (voir Le quatrième Evangile, 5i, 338) ; c'est seulement à l'égard du récit fondamental de Jean qu'un rapport de dépendance pourrait être admis hypothétiquement pour la dernière partie de la parabole, et aussi bien pour le nom de Lazare. Que même cette seconde partie soit toute juive d'esprit et signifie simplement qu'il ne faille pas demander à Dieu un miracle en confirmation de sa volonté connue par l'Ecriture (Boltmann, 12^), il est permis d'en douter, la conversion par l'autorité de Moïse et des prophètes n'étant pas chose d'ordre purement moi'al,mais prolession de la foi chrétienne avec tous les renoncements qu'elle implique.